tag:theconversation.com,2011:/fr/technologie/articles Science – The Conversation 2026-02-04T15:14:47Z tag:theconversation.com,2011:article/274582 2026-02-04T15:14:47Z 2026-02-04T15:14:47Z Pourrait-on faire fonctionner des data centers dans l’espace ? <p><strong>Différents acteurs de la tech envisagent d’utiliser des satellites pour faire des calculs. En d’autres termes, il s’agit d’envoyer des data centers dans l’espace. Est-ce réaliste ? Un informaticien fait le point.</strong></p> <hr> <p>On parle de l’idée d’installer dans l’espace, en orbite, des <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Space-based_data_center">data centers destinés à l’intelligence artificielle</a>. Par exemple, en novembre 2025, Google annonçait son <a href="https://blog.google/innovation-and-ai/technology/research/google-project-suncatcher/">projet Suncatcher</a>.</p> <p>Quel crédit accorder à cette proposition ? Je vais d’abord expliquer les difficultés techniques qui font que cela semble très compliqué et coûteux pour un avantage peu clair, avant de formuler des hypothèses sur les raisons qui motivent ces annonces.</p> <h2>L’intelligence artificielle, c’est beaucoup de calcul</h2> <p>L’apprentissage automatique à grande échelle est au cœur des applications d’intelligences artificielles (IA) génératives (ChatGPT et consorts). Pour cela, il faut beaucoup de processeurs de calcul, qui consomment de l’électricité et rejettent sous forme de chaleur l’énergie ainsi consommée. Sur Terre, un grand data center de calculs d’intelligence artificielle <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/grenoble/datacenter-geant-pres-de-grenoble-on-ne-s-occupe-que-de-faire-du-profit-des-habitants-inquiets-face-au-porteur-du-projet-3278870.html">peut consommer 100 mégawatts (MW) et au-delà ; on a même projeté la construction de data centers à 1 000 MW</a>.</p> <p>Dans l’espace, du point de vue technique, se posent alors quatre problèmes :</p> <ul> <li><p>les composants électroniques sont irradiés par les rayons cosmiques, ce qui peut causer des pannes ;</p></li> <li><p>il faut produire de l’électricité ;</p></li> <li><p>il faut évacuer la chaleur produite ;</p></li> <li><p>les installations ne sont pas aisément accessibles pour intervenir.</p></li> </ul> <h2>Les radiations perturbent les composants électroniques</h2> <p>Récemment, un <a href="https://theconversation.com/airbus-dou-vient-la-panne-qui-a-conduit-lentreprise-a-immobiliser-des-milliers-davions-271579">Airbus A320 a fait une embardée dans le ciel</a>, car son informatique de commande avait été touchée par des rayons cosmiques. En effet, dans l’espace et, dans une moindre mesure, en altitude (les avions de ligne volent à une dizaine de kilomètres d’altitude), l’électronique est soumise à un rude régime.</p> <p>Les rayonnements cosmiques peuvent <a href="https://ieeexplore.ieee.org/document/583620">au pire détruire certains composants</a>, au mieux perturber temporairement leur fonctionnement. Pour cette raison, les fournisseurs conçoivent pour équiper les engins spatiaux des processeurs spéciaux résistant aux rayonnements, par exemple le <a href="https://www.gaisler.com/secondary-product-category/leon-sparc-processors">LEON</a> et le <a href="https://www.gaisler.com/products/noel-v">NOEL-V</a>, mais ceux-ci ont des performances de calcul modestes (par exemple, le NOEL-V, pourtant moderne, est environ dix fois plus lent qu’un seul cœur de mon ordinateur portable, qui en comporte 12). Si l’on utilise dans l’espace des composants destinés à des applications terrestres conventionnelles, les <a href="https://link.springer.com/article/10.1007/s12567-020-00321-9">radiations peuvent provoquer des pannes qui nécessitent des redémarrages de chaque processeur</a>, allant d’une fois toutes les quelques semaines à plusieurs fois par jour, suivant les conditions d’utilisation, d'autant plus fréquemment que le processeur est gravé finement (haute performance).</p> <h2>Produire suffisamment d’électricité</h2> <p>Les géants de la tech parlent actuellement de construire des data centers terrestres consommant de <a href="https://www.datacenterfrontier.com/hyperscale/article/55021675/the-gigawatt-data-center-campus-is-coming">l’ordre de 1 000 MW</a>. À titre de comparaison, les réacteurs de centrales nucléaires françaises ont des puissances électriques nominales (ce qu’elles peuvent produire à 100 % de leur puissance normale d’utilisation) <a href="https://world-nuclear.org/nuclear-reactor-database/summary/France">entre 890 MW et 1 600 MW</a>. En d’autres termes, un tel data center consommerait complètement la puissance d’un des petits réacteurs français.</p> <p>Or, dans l’espace, pour produire de l’électricité, il faut utiliser des panneaux solaires ou des procédés plus exotiques et peu utilisés – <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/TOPAZ_nuclear_reactor">microréacteur nucléaire</a> ou <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Radioisotope_thermoelectric_generator">générateur à radioéléments</a>, ces derniers étant utilisés pour des sondes partant vers des régions éloignées du Soleil et où il serait donc difficile d’utiliser des panneaux solaires.</p> <p>Aujourd’hui, les panneaux solaires de la Station spatiale internationale produisent <a href="https://www.nasa.gov/image-article/solar-arrays-international-space-station-2/">environ 100 kilowatt (kW) de puissance</a>, autrement dit 1 000 fois moins que ce que consomme un data center de 100 MW. Suivant l’orbite, il peut être nécessaire de gérer les périodes où le satellite passe dans l’ombre de la Terre avec des batteries (qui ont une durée de vie limitée), ou accepter que chaque satellite ne fonctionne qu’une partie du temps, ce qui pose d’autres problèmes.</p> <h2>Évacuer la chaleur</h2> <p>Il peut paraître surprenant, vu le froid de l’espace, qu’il soit difficile d’y évacuer de la chaleur. Sur Terre, nous évacuons la chaleur des data centers directement dans l’air, ou encore <em>via</em> des liquides pour ensuite restituer cette chaleur à l’air <em>via</em> une tour de refroidissement. Dans l’espace, il n’y a pas d’air à qui transférer de la chaleur, que ce soit par conduction ou par convection.</p> <p>Ainsi, la seule façon d’évacuer de la chaleur dans l’espace est le rayonnement lumineux qu’émet tout objet. Quand un objet est très chaud, comme du fer chauffé à blanc, ce rayonnement est intense (et en lumière visible). En revanche, pour des objets tels qu’un ordinateur en fonctionnement ou un corps humain, ce rayonnement (en lumière infrarouge, invisible aux yeux humains mais visible à l’aide de caméras spéciales), est peu intense. Il faut donc de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Spacecraft_thermal_control">grandes surfaces de radiateurs</a> pour disperser de la chaleur dans l’espace. Organiser l’évacuation de chaleur n’a rien d’évident dans un satellite…</p> <h2>Des problèmes très terre-à-terre</h2> <p>Venons-en à des problèmes plus pratiques. Quand on a un problème dans un data center sur Terre, on envoie un·e technicien·ne. Dans l’espace, cela impliquerait une mission spatiale. Certes, certaines tâches pourraient être accomplies par des robots, mais on est à des ordres de grandeur de complications par rapport à une maintenance dans un bâtiment terrestre. Or, les panneaux solaires et les autres composants ont une durée de vie limitée. Enfin, communiquer avec un satellite est plus compliqué et offre un moindre débit que d’installer un raccordement fibre optique dans une zone bien desservie sur Terre.</p> <p>Bien entendu, il y aurait également la question de la masse considérable de matériel à transférer en orbite, celle du coût des lancements et de l’assemblage.</p> <p>On peut également évoquer la pollution, pour l’observation astronomique, du ciel par le passage de constellations de satellites, ainsi que la pollution des orbites par les débris des satellites détruits.</p> <p>En résumé, même s’il était éventuellement possible techniquement de faire des calculs d’intelligence artificielle dans un satellite en orbite (ou sur une base lunaire), cela serait à un coût considérable et au prix de grandes difficultés. Dans les <a href="https://www.numerama.com/sciences/1977973-la-chine-se-lance-dans-le-data-center-spatial-mais-leurope-y-pense-aussi.html">propos de ceux qui annoncent des data centers spatiaux</a>, on peine à trouver une bonne raison à tant de complications. Parmi certaines justifications avancées, celle d’échapper dans l’espace aux législations des États.</p> <h2>Pourquoi donc parler de mettre des data centers en orbite ?</h2> <p>La question intéressante, plutôt que de savoir s’il serait <em>possible</em> de faire un centre de calcul IA dans l’espace, est donc de savoir à qui cela profite de parler dans les médias de projets relevant plus de la science-fiction que du développement industriel réaliste. Il est bien entendu périlleux de prétendre identifier les objectifs derrière les actes de communication, mais nous pouvons fournir quelques hypothèses.</p> <p>L’industrie spatiale états-unienne, notamment SpaceX, <a href="https://lafabrique.fr/une-histoire-de-la-conquete-spatiale/">nourrit l’idée de l’espace comme dernière frontière</a>, avec en ligne de mire l’installation sur Mars, voire la colonisation de cette planète – qu’importe qu’elle soit froide (- 63 °C en moyenne à l’équateur), à l’atmosphère très ténue, et sans protection contre le rayonnement cosmique, autrement dit très hostile à la vie.</p> <p>L’industrie de l’intelligence artificielle, quant à elle, nourrit l’idée du dépassement du cerveau humain.</p> <p>Ces deux industries ont un besoin intense de capitaux – par exemple, OpenAI <a href="https://fortune.com/2025/11/28/openai-partners-96-billion-debt/">a une dette de 96 milliards de dollars</a> (81,2 milliards d’euros). Pour les attirer, elles ont besoin de récits qui font rêver. Toutes deux créent la « <a href="https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=4736154"><em>fear of missing out</em></a> » (ou FOMO), la peur de passer à côté d’une évolution importante et de devenir obsolètes.</p> <p>D’ailleurs, cette communication fonctionne. La preuve, j’ai rédigé cet article qui, même si c’est pour expliquer à quel point ces projets sont irréalistes, leur accorde une publicité supplémentaire…</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274582/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>David Monniaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Différents acteurs proposent d’utiliser des satellites pour faire des calculs. En d’autres termes, il s’agit d’envoyer des data centers dans l’espace. Est-ce réaliste ? Un informaticien fait le point. David Monniaux, Chercheur en informatique, Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Université Grenoble Alpes (UGA) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/274588 2026-02-04T10:26:56Z 2026-02-04T10:26:56Z Pourquoi les pénis humains sont-ils si grands ? Une nouvelle étude sur l’évolution révèle deux raisons principales <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/714939/original/file-20260120-56-nzap50.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=0%2C164%2C3840%2C2560&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Formations rocheuses dans la vallée de l’Amour entre les villages d’Uçhisarr et de Göreme, en Anatolie centrale, Turquie. </span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=31051993">Nevit Dilmen/Wikimédia Commons</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p><strong>Comparés à ceux des autres grands singes, les pénis humains sont mystérieusement grands, ce qui suggère qu’ils pourraient servir de signal aux partenaires.</strong></p> <hr> <p>« La taille compte », c'est une phrase assez cliché, mais pour les biologistes de l’évolution, la taille du pénis humain constitue un véritable mystère. Comparé à celui d’autres grands singes, comme les chimpanzés et les gorilles, le pénis humain est plus long et plus épais que ce à quoi on pourrait s’attendre pour un primate de notre taille.</p> <p>Si la fonction principale du pénis est simplement de transférer le sperme, pourquoi le pénis humain est-il si nettement plus grand que celui de nos plus proches parents ?</p> <p>Notre nouvelle étude, publiée aujourd’hui dans <a href="https://doi.org/10.1371/journal.pbio.3003595"><em>PLOS Biology</em></a> révèle qu’un pénis plus grand chez l’être humain remplit deux fonctions supplémentaires : attirer des partenaires et intimider les rivaux.</p> <h2>Pourquoi est-il si proéminent ?</h2> <p>Comprendre pourquoi le corps humain a cette apparence est une question centrale en biologie évolutive. Nous savons déjà que certaines caractéristiques physiques, comme une grande taille ou un torse en forme de V, <a href="https://doi.org/10.1007/s10508-022-02416-2">augmentent l’attrait sexuel d’un homme</a></p> <p>En revanche, on sait moins de choses sur l’effet d’un <a href="https://theconversation.com/pourquoi-les-hommes-nont-ils-pas-dos-dans-le-penis-contrairement-aux-singes-247258">pénis</a> plus grand. Les humains ont marché debout bien avant l’invention des vêtements, ce qui rendait le pénis très visible aux yeux des partenaires et des rivaux pendant une grande partie de notre évolution.</p> <p>Cette proéminence aurait-elle favorisé la sélection d’une plus grande taille ?</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Un graphique montrant que les humains ont les plus gros pénis par rapport à leur taille corporelle, tandis que les autres singes ont des testicules plus gros ou que les deux sont petits" src="https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=348&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=348&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=348&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=437&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=437&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/713284/original/file-20260120-56-i70eud.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=437&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Organes sexuels masculins des grands singes, comparaison par taille.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://theconversation.com/why-did-humans-evolve-big-penises-but-small-testicles-71652">Mark Maslin, « The Cradle of Humanity »/The Conversation</a></span> </figcaption> </figure> <p>Il y a treize ans, dans une <a href="https://doi.org/10.1073/pnas.1219361110">étude qui a fait date</a>, nous avons présenté à des femmes des projections grandeur nature de 343 silhouettes masculines en 3D générées par ordinateur, anatomiquement réalistes, variant selon la taille, le rapport épaules-hanches (silhouette) et la taille du pénis.</p> <p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=Be6dTdx1qxs">Nous avons constaté</a> que les femmes préfèrent généralement les hommes plus grands, avec des épaules plus larges et un pénis plus grand.</p> <p>Cette étude a fait la une des médias du monde entier, mais elle ne racontait qu’une partie de l’histoire. Dans notre nouvelle étude, nous montrons que les hommes aussi prêtent attention à la taille du pénis.</p> <h2>Une double fonction ?</h2> <p>Chez de nombreuses espèces, les traits plus marqués chez les mâles, comme la <a href="https://doi.org/10.1126/science.1073257">crinière du lion</a> ou les <a href="https://doi.org/10.1163/156853982X00201">bois du cerf</a> remplissent deux fonctions : attirer les femelles et signaler la capacité de combat aux autres mâles. Jusqu’à présent, nous ne savions pas si la taille du pénis humain pouvait elle aussi remplir une telle double fonction.</p> <p>Dans cette nouvelle étude, nous avons confirmé notre conclusion précédente selon laquelle les femmes trouvent un pénis plus grand plus attirant. Nous avons ensuite cherché à déterminer si les hommes percevaient également un rival doté d’un pénis plus grand comme plus attirant pour les femmes et, pour la première fois, si les hommes considéraient un pénis plus grand comme le signe d’un adversaire plus dangereux en cas de confrontation physique.</p> <p>Pour répondre à ces questions, nous avons montré à plus de 800 participants les 343 silhouettes variant en taille, en morphologie et en taille de pénis. Les participants ont observé et évalué un sous-ensemble de ces silhouettes, soit en personne sous forme de projections grandeur nature, soit en ligne sur leur propre ordinateur, tablette ou téléphone.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=338&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=338&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=338&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=424&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=424&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/713288/original/file-20260120-56-87jqdt.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=424&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Exemple des silhouettes utilisées dans l’étude.</span> <span class="attribution"><span class="source">Aich U, et coll., 2025, PLOS Biology</span></span> </figcaption> </figure> <p>Nous avons demandé aux femmes d’évaluer l’attrait sexuel des personnages, et aux hommes de les évaluer en tant que rivaux potentiels, en indiquant dans quelle mesure chaque personnage leur semblait physiquement menaçant ou sexuellement compétitif.</p> <h2>Ce que nous avons découvert</h2> <p>Pour les femmes, un pénis plus grand, une stature plus élevée et un torse en forme de V augmentaient l’attrait d’un homme. Toutefois, cet effet présentait un rendement décroissant : au-delà d’un certain seuil, une augmentation supplémentaire de la taille du pénis ou de la taille corporelle n’apportait que des bénéfices marginaux.</p> <p>La véritable révélation est cependant venue des hommes. Ceux-ci percevaient un pénis plus grand comme le signe d’un rival à la fois plus combatif et plus compétitif sur le plan sexuel. Les silhouettes plus grandes et au torse plus en V étaient évaluées de manière similaire.</p> <p>Cependant, contrairement aux femmes, les hommes classaient systématiquement les individus présentant les traits les plus exagérés comme des concurrents sexuels plus redoutables, ce qui suggère qu’ils ont tendance à surestimer l’attrait de ces caractéristiques pour les femmes.</p> <p>Nous avons été frappés par la cohérence de nos résultats. Les évaluations des différentes silhouettes ont conduit à des conclusions très similaires, que les participants aient vu les projections grandeur nature en personne ou les aient observées sur un écran plus petit en ligne.</p> <h2>Jugement instantané – avec des limites</h2> <p>Il est important de rappeler que le <a href="https://doi.org/10.1016/S1090-5138(03)00016-3">pénis humain a avant tout évolué pour le transfert du sperme</a>. Néanmoins, nos résultats montrent qu’il fonctionne également comme un signal biologique.</p> <p>Nous disposons désormais de preuves indiquant que l’évolution de la taille du pénis pourrait avoir été en partie guidée par les préférences sexuelles des femmes et par son rôle de signal de capacité physique entre hommes.</p> <p>Il convient toutefois de noter que l’effet de la taille du pénis sur l’attractivité était quatre à sept fois plus important que son effet en tant que signal de capacité de combat. Cela suggère que l’augmentation de la taille du pénis chez l’homme a évolué davantage en réponse à son rôle d’ornement sexuel destiné à attirer les femmes qu’en tant que symbole de statut social pour les hommes, bien qu’il remplisse effectivement ces deux fonctions.</p> <p>Fait intéressant, notre étude a également mis en évidence une particularité psychologique. Nous avons mesuré la rapidité avec laquelle les participants évaluaient les silhouettes. Ceux-ci étaient nettement plus rapides pour juger les silhouettes présentant un pénis plus petit, une taille plus réduite et un haut du corps moins en forme de V. Cette rapidité suggère que ces traits sont évalués inconsciemment, presque instantanément, comme moins attirants sexuellement ou moins menaçants physiquement.</p> <p>Il existe bien sûr des limites à ce que révèle notre expérience. Nous avons fait varier la taille corporelle, la taille du pénis et la morphologie, mais dans la réalité, des caractéristiques telles que les <a href="https://doi.org/10.1038/srep39731">traits du visage</a> et la <a href="https://doi.org/10.1037/h0076286">personnalité</a> jouent également un rôle important dans la manière dont nous évaluons les autres. Il reste à déterminer comment ces facteurs interagissent entre eux.</p> <p>Enfin, bien que nos conclusions soient valables pour des hommes et des femmes issus de différentes origines ethniques, nous reconnaissons que les normes culturelles de la masculinité varient à travers le monde et évoluent au fil du temps.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274588/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Upama Aich a reçu des financements de la Forrest Research Foundation pour travailler à l&#39;Université d&#39;Australie occidentale et a reçu une bourse de recherche de la Monash University pour mener cette étude.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>MIchael Jennions ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Comparés à ceux des autres grands singes, les pénis humains sont mystérieusement grands, ce qui suggère qu’ils pourraient servir de signal aux partenaires. Upama Aich, Forrest Research Fellow, Centre for Evolutionary Biology, The University of Western Australia MIchael Jennions, Emeritus Professor, Evolutionary Biology, Australian National University Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272401 2026-02-04T10:26:44Z 2026-02-04T10:26:44Z Quand macaques et hippopotames se baignaient dans la Seine il y a 400 000 ans <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/713655/original/file-20260121-66-vl4qar.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=667%2C0%2C4468%2C2979&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Le paysage de la vallée de la Seine lors de l’optimum climatique interglaciaire il y a 400 000 ans</span> <span class="attribution"><span class="source">Illustration : Benoit Clarys</span>, <span class="license">Fourni par l&#39;auteur</span></span></figcaption></figure><p><strong>S’il est aujourd’hui à nouveau possible de se baigner dans la Seine, pouvez-vous imaginer devoir faire attention aux hippopotames avant de plonger ? C’était bien ce que devaient faire nos ancêtres, il y a 400 000 ans. Une étude récente décrit un paysage insoupçonné.</strong></p> <hr> <p>À 15 km de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le site de La Celle est connu depuis le XIXᵉ siècle. Il livre à cette époque quelques outils façonnés par des humains préhistoriques mais, surtout, une remarquable collection d’empreintes de végétaux et de coquilles de mollusques. Au cours de nouvelles études entamées en 2003, des restes d’hippopotame et de macaque y sont également découverts.</p> <p>Notre équipe de recherche constituée d’une quinzaine de spécialistes de disciplines très variées a pu exploiter tout le potentiel de ce site pour reconstituer des conditions climatiques et environnementales particulièrement douces dans la vallée de la Seine, il y a environ 400 000 ans. Retour sur plus de vingt années de recherche dont nous avons récemment publié une <a href="https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0277379125004871">synthèse</a>.</p> <p>Depuis 2,6 millions d’années, le climat de la Terre alterne entre <a href="https://www.youtube.com/watch?v=ysvCSsMAmUU">périodes glaciaires et interglaciaires</a>. Les périodes glaciaires sont des phases froides. Les glaciers y étaient bien plus étendus, aux pôles comme en montagne. Ces périodes durent en moyenne 80 000 ans. Les interglaciaires sont, au contraire, des phases chaudes. Elles ressemblent au climat actuel et sont plus courtes, environ 20 000 ans.</p> <p>Le site de La Celle est daté par des méthodes diverses d’une de ces périodes interglaciaires survenue il y a environ 400 000 ans. Cet interglaciaire en particulier peut être considérée comme une période « modèle » pour comprendre l’évolution récente du climat, depuis une dizaine de milliers d’années, en dehors des effets du dérèglement climatique lié aux activités humaines.</p> <p>La principale formation géologique observée à La Celle est ce que l’on appelle un tuf calcaire. C’est une roche sédimentaire qui se forme à l’émergence de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=eeFRJoxlQQo?si=P4IWdvECqa8A_NPe">certaines sources</a> ou dans des cours d’eau peu profonds. Sa formation est favorisée par un climat tempéré et humide, justement typique des périodes interglaciaires. Les tufs sont des <a href="https://www.youtube.com/watch?v=GNcqC-DhPqs">archives géologiques particulièrement intéressantes</a> car ils fossilisent des informations riches et diversifiées sur les environnements et climats passés.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/GNcqC-DhPqs?wmode=transparent&amp;start=170" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">Café GéodéO : Aux sources du passé : les tufs calcaires des super-enregistrements de l’environnement, du climat et des occupations humaines paléolithiques, par Julie Dabkowski.</span></figcaption> </figure> <p>À La Celle, plusieurs milliers d’années ont été nécessaires à la formation de près de 15 mètres d’épaisseur de tuf. Dans certains niveaux les empreintes de feuilles d’arbres et de fruits sont conservées et renvoient l’image d’une végétation riche qui se développe sous des conditions plutôt chaudes : chêne, peuplier, saule… mais surtout buis, figuier et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Micocoulier">micocoulier</a>. Au milieu du dépôt la présence d’ossements de macaque et d’hippopotame est aussi un indice de conditions climatiques clémentes.</p> <h2>Reconstruire les milieux du passé grâce aux escargots</h2> <p>Notre équipe a également étudié de petits fossiles particulièrement intéressants pour reconstituer en détail l’évolution de l’environnement : les coquilles de mollusques (escargots et limaces). Chaque escargot a des contraintes écologiques particulières et porte sur sa coquille des caractères distinctifs qui permettent même sur un petit morceau de reconnaître l’espèce à laquelle elle appartenait. Ainsi, la malacologie, discipline qui étudie ces fossiles de mollusques, permet de déduire à partir des assemblages d’escargots les milieux dans lesquels ils vivaient.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=411&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=411&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=411&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=516&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=516&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/715149/original/file-20260129-56-1aqmax.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=516&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Quelques espèces emblématiques de la « faune à <em>Lyrodiscus</em> ». Espèces éteintes : 1.- <em>Retinella</em> (<em>Lyrodiscus</em>) <em>elephantium</em>, 2.- <em>Aegopis acieformis</em>, 3.- <em>Aegopinella bourdieri</em>. Espèces centre-européennes : 4.- <em>Macrogastra ventricosa</em>, 5.- <em>Ruthenica filograna</em>, 6.- <em>Platyla polita</em>, 7.- <em>Ena montana</em>. Espèce atlantique : 8.- <em>Spermodea lamellata</em>. Aucun de ces escargots n’est plus présent dans la faune moderne de la région.</span> <span class="attribution"><span class="source">Photographie : Pierre Lozouet</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <p>Dans le tuf de La Celle, les coquilles sont particulièrement bien conservées : plus de 42 000 individus ont été collectés, représentant 94 espèces de mollusques ! Elles sont par ailleurs présentes sur toute l’épaisseur du tuf ce qui permet de reconstituer des changements environnementaux sur plusieurs milliers d’années. La succession des faunes d’escargots de La Celle révèle trois étapes environnementales. À la base, une prairie marécageuse évolue vers une forêt de plus en plus dense. Celle-ci est contemporaine des silex taillés par les préhistoriques et des ossements de macaque et d’hippopotame. Dans la partie supérieure du dépôt, la forêt laisse place à une zone humide.</p> <p>À La Celle les escargots de milieu forestier sont remarquables par leur diversité. Plusieurs espèces sont aujourd’hui éteintes où ne vivent plus <a href="https://doi-org.inee.bib.cnrs.fr/10.1016/j.palaeo.2020.110044">que dans des contrées éloignées d’Europe centrale ou de la côte Atlantique sud</a>. Elles constituent ce qui est nommée « la faune à <em>Lyrodiscus</em> » du nom d’un sous-genre d’escargot qui n’existe plus dans la faune moderne qu’aux îles Canaries. La faune à <em>Lyrodiscus</em> a été identifiée dans sept gisements de tuf répartis dans les vallées de la Seine, de la Somme et le sud de l’Angleterre, tous datés du même interglaciaire. Cependant, par son épaisseur exceptionnelle, le tuf de La Celle est le seul qui enregistre en détail l’émergence, le développement et la disparition de cette faune caractéristique d’une forêt tempérée et humide. La Celle sert de modèle pour <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/jqs.2798">positionner dans la succession forestière les séries plus courtes des autres gisements</a>.</p> <h2>Des macaques et des hippopotames dans le nord de la « France »</h2> <p>Certaines caractéristiques chimiques du tuf lui-même renseignent sur les conditions de température et d’humidité au moment de sa formation : c’est l’étude géochimique. Ces analyses menées en parallèle de l’étude des mollusques montrent que l’optimum climatique, qui correspond aux conditions les plus chaudes et les plus humides enregistrées au cours de toute la séquence, intervient au même moment que le développement maximal de la forêt. Ces données géochimiques ont été comparées avec celles obtenues sur d’autres tufs du nord de la France datés de périodes interglaciaires plus récentes : le dernier interglaciaire, il y a environ 125 000 ans (enregistré à <a href="https://theconversation.com/neandertal-reconstituer-son-environnement-dans-le-nord-de-la-france-il-y-a-123-000-ans-231219">Caours dans la Somme</a>) et l’interglaciaire actuel. Nous avons ainsi pu montrer que l’interglaciaire de La Celle, il y a 400 000 ans, avait été le <a href="https://www.cambridge.org/core/article/comparison-of-temperature-and-humidity-during-mis-11-and-mis-5e-interglacials-with-the-holocene-using-stable-isotopes-in-tufa-deposits-from-northern-france/E01F6E3BC83F9AB04917080CF6E93A86">plus chaud et le plus humide</a>, ce qui explique, au moins en partie, la très grande richesse des faunes d’escargots, mais également la présence du macaque, de l’hippopotame et de plantes méridionales.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=293&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=293&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=293&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=368&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=368&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/715150/original/file-20260129-66-7y2zbg.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=368&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">1. Prémolaire de macaque. 2. Métatarse d’hippopotame. Le macaque de La Celle appartient à la même espèce que les singes de Gibraltar. L’hippopotame est proche de son congénère actuel africain.</span> <span class="attribution"><span class="source">Photographie : Pierre Lozouet</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <p>Par son épaisseur importante, rarement observée pour un tuf de cet âge, la diversité et la complémentarité des informations conservées, le tuf de La Celle peut maintenant être considéré comme une référence européenne pour la connaissance des changements environnementaux et climatiques au cours de la période interglaciaire survenue il y a 400 000 ans. De tels sites sont importants, car si les sédiments marins ou les <a href="https://theconversation.com/la-premiere-bibliotheque-de-carottes-glaciaires-en-antarctique-pour-proteger-la-memoire-climatique-de-lhumanite-273377">couches de glace en Antarctique</a> nous renseignent de façon spectaculaire sur les variations climatiques globales des dernières centaines de milliers d’années, il est plus complexe d’obtenir des enregistrements longs sur les séries des continents beaucoup plus soumises à l’érosion. Or, les macaques, les hippopotames… et les humains préhistoriques ne vivaient ni au fond des océans, ni au Pôle sud !</p> <p>Si vous avez envie de voir à quoi ressemble ce tuf en vrai, bonne nouvelle : il est <a href="https://www.seine-et-marne.fr/fr/annuaire-lieu/ens-le-tuf-de-la-celle">aménagé et accessible librement</a>, alors <a href="https://www.lgp.cnrs.fr/le-tuf-pleiostocene-de-la-celle/">venez le visiter</a> !</p> <figure class="align-center "> <img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/715154/original/file-20260129-104-9nnu9h.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/715154/original/file-20260129-104-9nnu9h.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/715154/original/file-20260129-104-9nnu9h.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/715154/original/file-20260129-104-9nnu9h.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/715154/original/file-20260129-104-9nnu9h.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/715154/original/file-20260129-104-9nnu9h.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/715154/original/file-20260129-104-9nnu9h.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"> <figcaption> <span class="caption">Le tuf de La Celle, aujourd’hui.</span> <span class="attribution"><span class="source">Photographie : Julie Dabkowski</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure><img src="https://counter.theconversation.com/content/272401/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Julie Dabkowski a reçu des financements de CNRS. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Nicole Limondin-Lozouet a reçu des financements de CNRS. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Pierre Louis Antoine a reçu des financements de CNRS</span></em></p> S’il est aujourd’hui à nouveau possible de se baigner dans la Seine, pouvez-vous imaginer devoir faire attention aux hippopotames avant de plonger ? C’était bien ce que devaient faire nos ancêtres il y a 400 000 ans. Julie Dabkowski, Directrice de recherche CNRS en Géologie de la Préhistoire, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC) Nicole Limondin-Lozouet, Directrice de Recherche, Malacologue quaternariste, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Pierre Louis Antoine, Directeur de Recherche CNRS, géoloque et géomorphologue spécialiste des paléoenvironnements du Quaternaire, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/274557 2026-02-04T10:26:26Z 2026-02-04T10:26:26Z Comment Sophie Adenot va étudier les effets de la gravité dans l’ISS <p><strong>Pour comprendre l’effet de la gravité sur notre corps, il faut être capable de s’en soustraire, et la Station spatiale internationale est l’unique laboratoire où cela est possible sur des périodes prolongées. Sophie Adenot va pouvoir y mener différentes expériences pendant ses huit mois de mission.</strong></p> <hr> <p>Depuis plus de vingt ans, la Station spatiale internationale (ISS) est un laboratoire scientifique unique où l’absence de pesanteur met la physiologie humaine à l’épreuve. La station se déplace très vite autour de la Terre, elle est en chute libre permanente tout en restant en orbite terrestre, c’est cette configuration bien particulière qui fait que tout « flotte » à l’intérieur. </p> <p>Nous parlerons plutôt d’état de micropesanteur, car il reste tout de même des accélérations minimes. Si l’astronaute dans l’ISS reste bien dans le champ de gravité de la Terre, les effets physiologiques de la gravité sur son organisme sont en revanche totalement supprimés. En conduisant des études biomédicales dans l’ISS, il s’agit non seulement de permettre à l’humain de s’adapter à un environnement extrême caractérisé par cette micropesanteur, mais aussi d’étudier le rôle de la gravité sur les grandes fonctions de notre organisme. Et comment comprendre le rôle de cette force omniprésente sur le vivant si ce n’est en <a href="https://librairie.bod.fr/lhumain-et-lespace-marc-antoine-custaud-9782322270620">étudiant la suppression de ses effets</a> ?</p> <h2>Gravité et micropesanteur du niveau cellulaire jusqu’à l’organisme</h2> <p>Au niveau tissulaire, il existe des cellules spécialisées dont le rôle est de percevoir précisément la gravité. Ce sont par exemple les cellules ciliées du vestibule situé dans l’oreille interne chez l’humain. C’est l’organe dont la perturbation par l’absence de pesanteur contribue au mal de l’espace qui ressemble au mal de mer. La question de la faculté de graviception pour chacune de nos cellules se pose. Dans quelle mesure la force de gravité interagit-elle sur le cytosquelette, ce réseau de filaments protéiques à l’intérieur de la cellule qui lui donne sa forme et, plus généralement, sur les interactions moléculaires comme celle d’une enzyme avec son substrat ?</p> <p>Au niveau de l’organisme, si la gravité n’existait pas, nul besoin d’un système cardiovasculaire aussi complexe avec ses mécanismes de protection permettant de maintenir une circulation normale au niveau du cerveau en position debout, cet organe a en effet besoin d’avoir un flux sanguin permanent et suffisant pour pouvoir fonctionner. Le tissu osseux serait inutile, au même titre que le tissu musculaire, puisqu’une partie importante du rôle de ces systèmes est de lutter contre la gravité. L’absence de pesanteur dans une station spatiale induit donc chez nos astronautes une sédentarité poussée avec toutes les conséquences médicales sur leur santé.</p> <h2>Déconditionnement à la gravité</h2> <p>La gravité a façonné le vivant depuis des millions d’années, et, de façon très surprenante, soustraire notre organisme de l’influence de cette force, même partiellement et après quelques jours seulement, conduit à une désadaptation à la gravité. C’est ce que nous appelons le déconditionnement. Ce syndrome comporte principalement un risque de syncope, une diminution de la capacité à effectuer un exercice physique, une amyotrophie, une fragilisation osseuse et des troubles métaboliques. De très nombreuses expériences sont ainsi conduites par les équipages dans l’ISS afin de comprendre l’impact de l’absence de pesanteur sur l’ensemble de nos grandes fonctions. À côté des expériences conduites dans un environnement spatial vrai, nous mettons aussi en place des études sur des analogues au sol par alitement (le sujet est rendu inactif dans un lit) ou <a href="https://www.nature.com/articles/s41467-023-41990-4">par immersion sèche</a> (le sujet flotte dans une grande baignoire au sec isolé par un film élastique). Il est aussi possible d’induire de courtes durées de micropesanteur (de l’ordre de trente secondes) en avion lors de vols paraboliques. Ces études, permettent de conduire des travaux sur un nombre de sujets plus importants et de valider des méthodes prophylactiques (appelées contre-mesures) afin de lutter contre ce déconditionnement, avant de les prescrire aux astronautes.</p> <p>Le Centre national des études spatiales (CNES) est reconnu pour son soutien aux travaux de médecine et de physiologie spatiale ainsi que pour le développement d’outils spécifiques. Il s’appuie sur ses équipes d’ingénieurs qui ont une longue expérience dans le développement et la qualification de tels instruments biomédicaux. Il a lancé très tôt un programme dans le domaine cardiovasculaire. Citons le programme Physiolab, qui a été mis en œuvre lors de la <a href="https://videotheque.cnes.fr/index.php?urlaction=doc&amp;id_doc=14693">mission Cassiopée</a> (1996), à bord de la station Mir, par Claudie Haigneré, première astronaute française à être allée dans l’espace. Physiolab a permis une étude fine à l’échelle du battement cardiaque de la régulation cardiovasculaire. Suivre la fréquence cardiaque et la pression artérielle battement par battement permet de <a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11990736/">décrire et de comprendre la survenue des épisodes de syncope</a> au retour sur terre. Plusieurs évolutions de ce système ont été utilisées depuis Physiolab, aboutissant aujourd’hui au programme <a href="https://www.cite-espace.com/actualites-spatiales/experience-physiotool-pour-surveiller-le-corps-et-le-cerveau-de-sophie-adenot/">« Physiotool »</a>.</p> <h2>Le protocole Physiotool</h2> <p>Pour bien comprendre les effets d’un séjour dans l’espace sur le corps et surveiller de près le système cardiovasculaire des astronautes, il faut une approche intégrative qui permet de suivre non seulement les paramètres cardiovasculaires habituels, mais aussi des flux sanguins périphériques (cérébraux et musculaires), l’activation musculaire elle-même ainsi que les mouvements respiratoires. </p> <p>C’est ce que permet Physiotool, développé et intégré par le CNES en combinant différents appareils biomédicaux utilisables en ambulatoire. Nous pourrons ainsi réaliser un suivi physiologique de l’astronaute au repos, lors de sessions d’exercices physiques, de stimulations cognitives ou sur de plus longues durées. Après des tests au sol, Physiotool sera utilisé en vol pour la première fois lors de la mission Epsilon. </p> <p>Cet instrument développé par le CNES, en lien avec l’Agence spatiale européenne (ESA), permettra de réaliser un protocole scientifique porté conjointement par l’Université d’Angers et l’Université de Lorraine avec Benoît  Bolmont. Physiotool a pour vocation de devenir un moniteur ambulatoire de la santé cardiovasculaire de l’astronaute !</p> <h2>Le protocole Echo-bones</h2> <p>La physiologie spatiale est une discipline qui favorise les études inter-systèmes. Nous souhaitons connaître dans quelle mesure les vaisseaux sanguins sont impliqués dans la fragilisation osseuse induit par l’absence de pesanteur. Le projet Echo-bones permet d’étudier à la fois la structure de l’os, mais aussi les flux vasculaires intra-osseux avec un <a href="https://ieeexplore.ieee.org/document/11358758">échographe innovant</a>. </p> <p>Ce projet est particulièrement soutenu par le CNES et ouvre des perspectives en médecine pour mieux comprendre par exemple l’ostéoporose et l’arthrose. Ce protocole scientifique est porté en France par le CHU d’Angers, l’Université de Saint-Étienne (Laurence Vico) et aux Pays-Bas par l’Université de Delft (Guillaume Renaud qui est à l’origine du développement de cet échographe innovant). Dans le cadre de la <a href="https://cnes.fr/projets/mission-epsilon">mission Epsilon</a>, des mesures en pré et post vols seront réalisées afin de quantifier les modifications osseuses induites par cette mission de longue durée.</p> <p>Voici deux exemples d’études dont je suis l’investigateur principal et qui seront conduites à l’occasion de la mission Epsilon dont le décollage est prévu très prochainement. D’autres protocoles en médecine spatiale sont bien entendus mis en place avec le CNES dans le cadre de cette mission, comme Echo-Finder pour faciliter la réalisation, par un astronaute novice, en complète autonomie, d’une échographie afin d’étudier un ensemble d’organes (ce protocole est porté par l’Université de Caen). Ce système prépare les futures missions d’exploration lointaine (Lune, Mars). Et il y aura évidemment aussi tout le programme d’études scientifiques internationales réalisées régulièrement dans le domaine des sciences de la vie !</p> <h2>Et après ?</h2> <p>L’après-ISS se prépare activement (elle sera détruite en 2030), avec la programmation de futures stations spatiales, qu’elles soient privées ou issues de partenariats académiques, et qui ouvriront de nouveaux cadres pour la poursuite de nos études scientifiques et médicales. Parallèlement, des projets d’exploration spatiale se mettent en place, notamment avec les missions Artemis visant le retour très prochain sur la Lune. </p> <p>Le suivi médical et physiologique des astronautes sera un point critique pour le succès de ces missions. Cette surveillance devra d’autant plus évoluer que de nouvelles problématiques médicales devront être prises en compte, comme l’exposition au régolithe (la poussière lunaire), l’augmentation des risques liés aux radiations cosmiques et l’éloignement de l’équipage dont les conséquences psychologiques doivent être anticipées.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274557/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Marc-Antoine Custaud a reçu des financements du CNES, de la région des Pays de la Loire et du CNRS. Il est président de l&#39;ISGP, association scientifique à vocation académique (International Society for Gravitational Physiology)</span></em></p> Pour comprendre l’effet de la gravité sur notre corps, il faut être capable de s’en soustraire, et la Station spatiale internationale est l’unique laboratoire où cela est possible sur des périodes prolongées. Marc-Antoine Custaud, Professeur de Physiologie, Université d’Angers Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273912 2026-02-04T10:24:31Z 2026-02-04T10:24:31Z ISS : quelles expériences scientifiques va réaliser Sophie Adenot, la nouvelle astronaute française ? <p><strong>Dans la Station spatiale internationale, les astronautes réalisent de nombreuses expériences scientifiques – c’est même le cœur de leur activité. Aujourd’hui, Rémi Canton, responsable au Centre national d’études spatiales de la préparation des expériences françaises à bord de l’ISS, nous parle des recherches scientifiques à bord.</strong></p> <hr> <p><strong>The Conversation : Sophie Adenot, la nouvelle astronaute française, va partir un peu en avance par rapport à ce qui avait été prévu et devrait rester huit mois à bord d’ISS – ce qui est plus long que la plupart des missions ?</strong></p> <p><strong>Rémi Canton :</strong> Oui, le départ de Sophie va peut-être être légèrement avancé à cause du retour anticipé de la mission précédente, en raison d’un problème de santé d’un des membres de l’équipage. La durée de sa mission en revanche n’est pas liée à des raisons scientifiques ou de santé, mais a été fixée par la Nasa qui souhaite réduire le nombre de lancements de rotation d’équipage pour réduire les coûts et prévoit donc que les missions à bord de l’ISS seront dorénavant plus longues.</p> <p><strong>Outre les <a href="https://theconversation.com/suivre-la-sante-de-lastronaute-et-comprendre-le-role-de-la-gravite-exemple-de-2-protocoles-conduits-a-loccasion-de-la-mission-epsilon-274557">expériences de physiologie dont nous parle votre collègue Marc-Antoine Custaud dans un autre article</a>, Sophie Adenot va travailler sur les contaminations par des microorganismes : bactéries, champignons, virus… Mais honnêtement, on n’imagine pas au premier abord une station spatiale comme un nid à microbes ! D’où viennent ces contaminations ?</strong></p> <p><strong>R. C. :</strong> La biocontamination n’est évidemment pas une spécificité spatiale, et il n’y a pas de problème particulier identifié à bord, mais les enjeux dans un espace confiné sont importants. En premier lieu pour protéger la santé de l’équipage, mais aussi pour minimiser le temps d’entretien afin de maximiser le temps consacré aux expériences scientifiques.</p> <p>Le matériel que l’on monte est bien sûr désinfecté pour éviter d’amener toute sorte de contamination dans l’ISS. Mais il peut y avoir des résidus et, avec l’équipage à bord, il y a forcément du vivant. Le corps humain contient en grand nombre tout un ensemble de bactéries, de microchampignons et autres microorganismes, que l’on appelle le microbiote. Et qui peut se propager à cause de postillons, par exemple.</p> <p>Il faut donc en limiter la prolifération, dans cet environnement confiné et que l’on ne peut pas aérer !</p> <p><strong>Dans quel but étudier ces contaminations ?</strong></p> <p><strong>R. C. :</strong> Il s’agit d’abord de protéger la santé des astronautes, mais aussi la durée de vie du matériel, qui peut être endommagé par la corrosion bactérienne. Il y a des endroits difficiles d’accès et donc compliqués à nettoyer : connectique, derrière des câbles ou des baies informatiques, par exemple.</p> <p>La première étape est de caractériser les microorganismes présents dans l’ISS et qui sont responsables de la biocontamination. La deuxième étape est de trouver des matériaux et des traitements – physiques et non chimiques – de surface, c’est-à-dire des textures ou revêtements, qui ralentissent ou empêchent la prolifération des contaminants. Soit en les piégeant, soit en les repoussant pour les empêcher de s’accrocher et de proliférer derrière un biofilm protecteur. Cela se fait grâce à l’expérience Matiss-4, dernière itération d’une expérience commencée dès la mission Proxima de Thomas Pesquet en 2016. On étudie par exemple des surfaces hydrophiles et hydrophobes, des surfaces texturées avec des petits plots en silice qui font que c’est plus difficile de s’accrocher d’un point de vue microscopique.</p> <p>À terme, on espère identifier les meilleurs matériaux et revêtements qui pourraient être utilisés pour les futures stations spatiales et bases lunaires, et qui répondent parfaitement à cette problématique.</p> <p><strong>À bord, Sophie Adenot n’analysera pas ces surfaces ?</strong></p> <p><strong>R. C. :</strong> Non, Sophie accrochera ces porte-échantillons avec différents types de surfaces dans des endroits stratégiques de l’ISS, près des filtres et bouches d’aération par exemple. Ils seront exposés pendant plusieurs mois à l’environnement ISS avant d’être ramenés sur Terre bien après sa mission pour une analyse au sol par fluorescence X ou spectroscopie Raman, par les scientifiques.</p> <p>En parallèle, elle utilisera un deuxième instrument, appelé MultISS, caméra multimodale et multispectrale, qui permettra de prendre des photos des surfaces dans différentes longueurs d’onde (ultraviolets notamment) pour évaluer la contamination des surfaces invisible à l’œil nu. Cela permettra d’identifier les zones qui nécessitent le plus d’attention.</p> <p><strong>Existe-t-il pour ces expériences un objectif de développement d’applications qui soient utiles sur Terre ?</strong></p> <p><strong>R. C. :</strong> Le but du Cadmos, le service dont je m’occupe au CNES, est d’abord de répondre à des objectifs scientifiques pour améliorer la connaissance et la compréhension de phénomènes inobservables sur Terre : nous recevons des demandes de laboratoires de recherche qui veulent observer certains phénomènes physiques, biologiques ou physiologiques en impesanteur, car cela permet de s’affranchir des effets de la gravité, comme le poids, la convection thermique, la poussée d’Archimède, la sédimentation ou la pression hydrostatique. Ces chercheuses et chercheurs ne cherchent pas à aller dans l’espace ! Au contraire, pour eux c’est plus une contrainte qu’autre chose. Mais c’est le seul endroit où ils peuvent avoir accès à l’impesanteur sur de longues périodes, ce qui leur « ouvre les yeux » sur un univers invisible sur Terre.</p> <p>Donc, pour répondre à votre question : les applications terrestres ne sont pas dans le cahier des charges initial, c’est le principe même de la recherche fondamentale, mais le fait est que l’on découvre ensuite une multitude d’applications terrestres possibles.</p> <p>Par exemple, nous avons étudié les fluides supercritiques (des fluides sous très haute pression et très haute température) dans l’expérience DECLIC. Parmi les propriétés qui ont été découvertes : en présence d’un oxydant, l’eau supercritique dissout et oxyde les substances organiques sans dégager d’oxyde d’azote… En d’autres termes, il s’agit d’un procédé de combustion « propre », beaucoup moins polluante. Au niveau spatial, cela pourrait être très intéressant pour le traitement des déchets, par exemple, sur une base lunaire. C’est d’ailleurs ce procédé qu’utilise Matt Damon dans <em>Seul sur Mars</em>, avec notre expérience, pour traiter ses déchets organiques. Mais ce serait surtout une technologie très utile sur Terre, car bien moins polluante que les incinérateurs classiques. Peut-être avec un rendement moindre que dans l’ISS, car le fluide supercritique serait moins homogène qu’en impesanteur, mais ce serait une technologie issue de la recherche spatiale, et qui a d’ailleurs commencé à être déployée pour traiter les déchets de certaines usines pétrochimiques.</p> <p>Au-delà des expériences scientifiques qui nous sont demandées par les chercheurs, nous travaillons aussi à la préparation des technologies nécessaires pour l’exploration habitée plus lointaine. Et même si c’est moins intuitif et que cela peut paraître paradoxal, beaucoup d’applications terrestres découlent de cette branche. Car il s’agit de répondre à des problématiques de gestion et de recyclage de l’eau, le stockage de l’énergie, le traitement des déchets ou l’autonomie en santé. Et en effet, un équipage dans une station ou sur une base spatiale doit utiliser au mieux des ressources limitées, comme nous sur Terre, à une autre échelle. L’environnement exigeant et très contraint du spatial nous force ainsi à trouver des solutions innovantes, et sert ainsi d’accélérateur de technologie. Nous avons par exemple développé des techniques pour faire de l’échographie à distance avec des sondes motorisées et pilotables à distance, qui sont utilisées aujourd’hui en télémédecine dans des déserts médicaux.</p> <p>Nous parlions de prévention de biocontamination tout à l’heure : l’objectif initial était une application spatiale, mais au final l’application sera surtout terrestre, pour les milieux hospitaliers, les transports en commun (barres de métro…), les lieux publics (boutons d’ascenseur, poignées de porte…), afin d’éviter la propagation d’agents pathogènes.</p> <p><strong>En parlant de recherche fondamentale : en 2023, l’astronaute danois Andy Morgensen a fait une mousse au chocolat pour étudier la formation d’émulsions en micropesanteur. Est-ce que Sophie Adenot va tester une nouvelle recette ?</strong></p> <p><strong>R. C. :</strong> Oui, mais plus pour le plaisir que pour la science, cette fois-ci ! Nous avons juste décidé d’intégrer un objectif supplémentaire par rapport à la mousse au chocolat : dans un scénario réaliste, il n’y aura ni cacaotier ni d’œufs sur une base lunaire… Sophie va réaliser ce coup-ci une recette incorporant des ingrédients que des astronautes pourraient un jour faire pousser sur une base spatiale. Au menu : houmous et caviar d’aubergine !</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273912/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Rémi Canton ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Dans la Station spatiale internationale, les astronautes réalisent de nombreuses expériences scientifiques –&nbsp;c’est même le cœur de leur activité. Rémi Canton, Chef de Projet Vols Habités (CADMOS) , Centre national d’études spatiales (CNES) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/274650 2026-02-03T14:26:53Z 2026-02-03T14:26:53Z Une nouvelle carte de la matière noire <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/715241/original/file-20260129-56-y1p9v3.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=0%2C299%2C1999%2C1333&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Une nouvelle carte de la matière permet de faire le lien entre les galaxies (en couleur) et la matière noire (contours blancs).</span> <span class="attribution"><span class="source">Diana Scognamiglio et coll.</span>, <span class="license">Fourni par l&#39;auteur</span></span></figcaption></figure><p>Depuis plus d’un siècle, les astronomes n’ont cessé d’étudier les galaxies, découvrant peu à peu la diversité de leurs formes et de leurs propriétés. Grâce aux progrès de nos instruments d’observation, nous avons pu cartographier la position de millions de galaxies dans l’Univers proche. De vastes régions de l’Univers se révèlent très vides, traversées par d’immenses filaments qui relient des régions où les galaxies se regroupent. Sous l’effet de la gravité, les galaxies sont entraînées inexorablement les unes vers les autres pour façonner ces immenses structures, qui grandissent au fil des milliards d’années de temps cosmique qui s’écoule.</p> <p>L’étude d’une de ces structures, l’amas de Coma, par Fritz Zwicky en 1933 a mis au jour un des aspects les plus mystérieux de notre compréhension de l’Univers : la majeure partie de la masse de Coma ne peut pas être expliquée par la présence de matière ordinaire. </p> <p>Les études cosmologiques les plus modernes confirment que le gaz et les étoiles ne représentent qu’environ un sixième de la masse totale de l’Univers. Le reste ? Une matière invisible, baptisée <a href="https://theconversation.com/a-la-recherche-de-lingredient-mystere-de-lunivers-conversation-avec-francoise-combes-251859"><em>matière noire</em></a> par les physiciens. L’une des plus grandes énigmes de la physique moderne reste entière : de quoi cette matière noire est-elle faite ? Comme interagit-elle avec la matière ordinaire ? Comment sa présence impacte-t-elle la formation et l’évolution des galaxies ?</p> <p>Dans <a href="https://www.nature.com/articles/s41550-025-02763-9">notre étude publiée dans <em>Nature Astronomy</em></a>, et dirigée par Diana Scognamiglio du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa, nous présentons une carte détaillée de la distribution de la matière noire. Bien que notre étude ne puisse pas répondre directement à la question fondamentale sur la nature de la matière noire, elle apporte un outil puissant pour relier la matière ordinaire et la matière noire, sur un intervalle de temps cosmique couvrant les deux tiers de l’âge de l’Univers. </p> <p>Notre nouvelle carte montre en particulier que la matière noire et la matière visible évoluent conjointement.</p> <h2>Comment cette découverte a-t-elle pu être réalisée ?</h2> <p>Dans cette étude, nous avons employé l’une des méthodes les plus puissantes pour révéler la présence de matière noire : le <a href="https://theconversation.com/comment-la-mission-euclid-imagera-le-cote-obscur-de-lunivers-147791">lentillage gravitationnel faible</a>. La présence d’une grande structure de matière noire va entraîner une déformation de l’espace-temps. La lumière d’une galaxie qui se trouve en arrière-plan va être légèrement déviée en traversant la structure. La forme de cette galaxie d’arrière-plan va donc se trouver artificiellement étirée quand sa lumière atteindra nos télescopes.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="schéma de lentille gravitationnelle faible" src="https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=216&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=216&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=216&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=271&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=271&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/715667/original/file-20260202-56-pf7ate.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=271&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">En analysant de nombreuses images du télescope spatial James-Webb, on décèle l’effet de lentille gravitationnelle : l’image des galaxies en arrière-plan est déformée très faiblement par les objets massifs qui se trouvent entre nous et la galaxie.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2023/05/What_Euclid_will_measure_weak_lensing#msdynttrid=gSorJRQv4KxJ4q9N8FZGEcy2NLvAQwOKm2sR2dOdFNo">ESA (contribution d’ATG sous contrat avec l’ESA)</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/">CC BY-SA</a></span> </figcaption> </figure> <p>La clé de notre méthode réside dans l’accumulation de données : en observant un grand nombre de galaxies dans une petite région du ciel, nous pouvons détecter une distorsion cohérente de la forme des galaxies d’arrière-plan et en déduire la masse de la structure en avant-plan.</p> <p>Pour bâtir une carte de ces déformations de l’espace-temps, il est donc essentiel de mesurer la forme d’un grand nombre de galaxies.</p> <figure class="align-left zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=388&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=388&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=388&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=488&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=488&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/715245/original/file-20260129-76-sdy8qh.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=488&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Le miroir de 6,5 mètres du télescope spatiale James-Webb lors d’un test en 2020, avant son lancement. Il est tellement grand qu’il a dû être plié pour entrer dans la fusée, puis déployé dans l’espace.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.flickr.com/photos/nasawebbtelescope/49750061963/in/album-72157629134274763/">NASA/Chris Gunn</a></span> </figcaption> </figure> <p>Près de 255 heures d’observation sur le <a href="https://webbtelescope.org/home">télescope spatial James-Webb</a> ont permis de couvrir une zone beaucoup plus vaste que celles observées précédemment (environ la surface de trois pleines lunes), avec des <a href="https://theconversation.com/le-telescope-james-webb-explique-par-ceux-qui-lont-fait-171017">détails sans précédent</a> sur la forme des galaxies.</p> <p>En analysant en détail 250 000 galaxies lointaines (distance, morphologie, masse), nous avons mesuré la densité de matière noire d’avant-plan et créé ainsi une carte de la matière noire dans cette région du ciel.</p> <p>En effet, notre carte de lentille gravitationnelle faible retrace la distribution projetée de la matière totale, sombre et lumineuse, à travers les amas de galaxies, les filaments et les régions sous-denses. Les pics proéminents correspondent à des amas massifs.</p> <h2>En quoi cette recherche est-elle importante ?</h2> <p>Notre équipe étudie cette région du ciel, baptisée « COSMOS », <a href="https://cosmos.astro.caltech.edu/">depuis plus de vingt ans</a>. En comparant cette nouvelle carte de matière noire avec les données accumulées sur les galaxies et le gaz chaud, nous voyons que la matière noire, le gaz chaud et les galaxies retracent souvent les mêmes structures.</p> <p>En d’autres termes, cette carte nous montre que la matière noire et la matière visible évoluent conjointement.</p> <p>De plus, COSMOS est aujourd’hui le champ de référence pour les études sur l’évolution des galaxies. Il fournit désormais un repère haute résolution à partir duquel les futures cartes de l’univers sombre pourront être calibrées et comparées.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="carte des constellations" src="https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=563&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=563&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=563&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=708&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=708&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/715674/original/file-20260202-56-onpkiu.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=708&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Le champ de vue COSMOS dans la constellation du Sextant.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.eso.org/public/images/eso1124b/">ESO, IAU et Sky &amp; Telescope</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span> </figcaption> </figure> <h2>Quelles sont les suites de ces recherches ?</h2> <p>La prochaine étape consiste à étendre cette cartographie à des volumes beaucoup plus importants de l’Univers à l’aide de missions telles que <a href="https://theconversation.com/comment-la-mission-euclid-imagera-le-cote-obscur-de-lunivers-147791">Euclid de l’Agence spatiale européenne (ESA)</a> et le télescope spatial Nancy-Grace-Roman de la Nasa qui couvriront jusqu’à un tiers du ciel. Tous ces télescopes utilisent COSMOS comme point d’étalonnage.</p> <hr> <p><em>Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». <a href="https://theconversation.com/topics/research-brief-83231">Un format à retrouver ici</a></em>.</p> <hr> <p><em>Le projet <a href="https://anr.fr/Projet-ANR-22-CE31-0007">instruire l’émergence des galaxies massives et leur évolution — iMAGE</a> est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’<a href="https://anr.fr/">ANR</a>.</em></p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274650/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Olivier Ilbert a reçu des financements de l&#39;ANR et du CNES (projet HST-COSMOS). </span></em></p> Une étude très récente publiée dans «&nbsp;Nature Astronomy&nbsp;» dévoile une carte très précise de la matière noire dans une région du ciel de référence pour les astronomes. Olivier Ilbert, Astronome au Laboratoire d'Astrophysique de Marseille / Aix-Marseille Université, spécialiste de la formation et de l'évolution des galaxies, Aix-Marseille Université (AMU) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/274751 2026-02-02T13:41:50Z 2026-02-02T13:41:50Z Allumer la lumière pour éteindre la douleur chez les rongeurs <p>Allumer la lumière pour éteindre la douleur. Ce slogan résume bien notre découverte : une simple lumière dans l’UV-A supprime la douleur chez les rongeurs, sans aucun médicament et de manière plus efficace et durable que l’ibuprofène. Cette méthode, que nous avons appelée <a href="https://www.nature.com/articles/s41467-025-67819-w">Light-Induced Analgesia</a>, récemment publiée dans <em>Nature Communications</em>, le 26 janvier 2026, pourrait améliorer le bien-être animal et bouleverser les pratiques vétérinaires dans le cadre de l’expérimentation animale, mais aussi lors de la prise en charge des nouveaux animaux de compagnie, comme les hamsters, les chinchillas et même les tortues ou les boas.</p> <h2>Comment est née cette méthode antidouleur reposant sur la lumière ?</h2> <p>Comme Pasteur l’a dit, « le hasard ne favorise que les esprits préparés ». Effectivement, toute notre étude repose sur une observation inattendue que nous avons faite lors d’une expérience témoin : une protéine appelée TRAAK s’active (en d’autres mots, elle se met en marche), lorsqu’elle est éclairée avec de la lumière UV-A.</p> <p>Aussi fortuite qu’elle puisse paraître, cette observation nous a souri puisque l’activité principale de <a href="http://ibv.unice.fr/">notre laboratoire</a> porte sur TRAAK et les protéines qui lui sont proches.</p> <p>TRAAK est une protéine présente dans les récepteurs de la douleur et freine la transmission des messages douloureux vers le cerveau quand elle est dans son état actif. D’où notre idée : activer ces protéines des récepteurs de la douleur présents dans la peau avec de la lumière et ainsi inhiber les récepteurs de la douleur. Cela empêcherait alors les messages nerveux d’atteindre le cerveau, et induirait donc une analgésie.</p> <p>Pour vérifier cela, nous avons illuminé les pattes de souris et avons testé leur sensibilité mécanique en déterminant la pression à appliquer pour déclencher leur réflexe de retrait de la patte. Cette procédure, couramment utilisée en expérimentation animale et humaine n’induit aucune douleur chez la souris puisque le réflexe est déclenché physiologiquement avant que la souris ne ressente la douleur. Nous avons ainsi pu montrer que, après le traitement à la lumière, il faut trois fois plus de force pour induire le retrait, ce qui veut dire que les pattes des souris deviennent trois fois moins sensibles, que ce soit sur des souris saines ou soumises à une douleur chronique pour une durée allant jusqu’à six heures. Nous avons même démontré que cet effet est plus efficace et durable que les antidouleurs utilisés couramment, comme l’ibuprofène ou la crème anesthésiante Emla (souvent utilisée lors de la vaccination).</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=454&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=454&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=454&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=570&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=570&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/715428/original/file-20260130-56-g1pd6l.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=570&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Analgésie induite par la lumière (LIA) : l’illumination de la peau de rongeurs avec une simple lampe UV-A (appelée lumière noire) active les canaux TRAAK présents dans les terminaisons nerveuses des récepteurs de la douleur situés dans la zone exposée. Cette activation inhibe l’activité de ces récepteurs, qui cessent alors de transmettre des signaux douloureux vers le cerveau. Ce processus génère un effet analgésique net et prolongé, observé aussi bien chez le rat que chez la souris.</span> <span class="attribution"><span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <h2>Pourquoi cette découverte est-elle importante ?</h2> <p>Ce nouveau traitement est non invasif, peu coûteux et simple à mettre en place. De plus, l’analgésie induite par la lumière (LIA) ne requiert aucune injection ni traitement médicamenteux et permet de s’affranchir de tout effet secondaire ou d’interaction médicamenteuse. Ce dernier point en fait une véritable aubaine en expérimentation animale, en proposant une solution pour soulager la douleur sans avoir de répercussion sur les conclusions des expériences.</p> <p>En effet, dans le cadre des expériences précliniques sur rongeurs, bien contrôler la douleur est essentiel, à la fois pour le bien-être des animaux et pour la fiabilité des résultats scientifiques. Une douleur mal prise en charge peut en effet modifier le fonctionnement de l’organisme et fausser les observations et conclusions de l’étude. Les solutions actuelles pour soulager la douleur reposent essentiellement sur des médicaments qui sont efficaces mais susceptibles d’induire des effets secondaires pouvant modifier les paramètres biologiques étudiés et ainsi fausser les résultats et conclusions de l’étude.</p> <p>Au-delà du cadre de l’expérimentation animale, la LIA pourra être appliquée aux nouveaux animaux de compagnie pour une analgésie locale, rapide et robuste. Par exemple, un vétérinaire pourrait l’employer pour rendre plus supportable le nettoyage d’un abcès chez les hamsters.</p> <h2>Quelles sont les suites de cette étude ?</h2> <p>La LIA n’est pas applicable chez l’humain, une unique différence dans la séquence de TRAAK rend la lumière inefficace sur la version humaine de la protéine : la lumière n’aura donc aucun effet antidouleur.</p> <p>Nous sommes tout de même très excités, car notre étude identifie TRAAK comme une cible prometteuse pour le développement de nouveaux traitements antidouleur, y compris chez l’humain (en l’activant d’une manière différente). Nous allons donc poursuivre nos travaux pour développer des molécules activant TRAAK et proposer une stratégie potentiellement plus efficace et plus ciblée que les antidouleurs disponibles actuellement sur le marché.</p> <p>Enfin, même si nous avons déterminé le mécanisme moléculaire à l’origine de l’activation de TRAAK par la lumière, une question subsiste : pourquoi certaines espèces possèdent-elles une version activable à la lumière ? Cela joue-t-il un rôle physiologique, par exemple au niveau du rythme nocturne/diurne des espèces ou encore dans la vision ? Nous comptons bien trouver des explications en étudiant quelles espèces possèdent une protéine TRAAK sensible à la lumière et leurs caractéristiques écologiques.</p> <hr> <p><em>Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». <a href="https://theconversation.com/topics/research-brief-83231">Un format à retrouver ici</a></em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274751/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Marion Bied a reçu des financements de la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM). </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Guillaume Sandoz a reçu des financements de la Fondation pour la Recherche Médicale, l&#39;Agence Nationale de la Recherche</span></em></p> Une simple lumière UV supprime la douleur chez les rongeurs, sans aucun médicament et de manière plus efficace et durable que l’ibuprofène. Marion Bied, Docteure en biologie, Université Côte d’Azur Guillaume Sandoz, Directeur de Recherche, Université Côte d’Azur Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273287 2026-02-01T09:17:16Z 2026-02-01T09:17:16Z Une piste vers des stations de traitement d’eau plus sobres en énergie grâce aux bactéries… électriques <p><strong>Le traitement des eaux usées est essentiel pour éviter la pollution de l’environnement et ses impacts potentiels sur la santé humaine. Différentes pistes existent pour rendre les stations d’épuration plus efficientes, et donc réduire le prix de l’eau.</strong></p> <hr> <p>En France, le coût du traitement de l’eau (ou « assainissement collectif ») représente <a href="https://www.eaufrance.fr/le-prix-de-leau">40 % de son prix de vente</a>. Un ménage <a href="https://www.cieau.com/le-metier-de-leau/ressource-en-eau-eau-potable-eaux-usees/quels-sont-les-usages-domestiques-de-leau/">paie en moyenne 260 euros</a> par an juste pour l’assainissement… dont plus de 35 euros directement imputable à la consommation d’énergie des stations d’épuration.</p> <p>Au vu de la volatilité du prix de l’énergie, de nouvelles solutions émergent pour réduire drastiquement la consommation énergétique des stations de traitement. Des solutions qui utilisent des bactéries électriques !</p> <h2>Traitement de l’eau – comment ça marche ?</h2> <p>Les technologies d’épuration des eaux usées sont connues de longue date et très matures. Leur principe est relativement simple : il s’agit de soustraire (ou mieux, d’éliminer) les polluants de l’eau, du plus gros au plus petit. Dans ces étapes, celle dite d’aération est une étape clef… mais c’est également la principale consommatrice d’énergie !</p> <p>Le processus commence en général par des grilles et tamis permettant de retirer la fraction solide volumineuse (branches, détritus, cailloux…) présente les eaux usées à l’entrée de la station.</p> <p>Vient alors l’étape de séparation du sable (grosses particules) qui décante assez facilement au fond du bassin de traitement, et des huiles moins denses que l’eau, récupérées à la surface.</p> <p>Les particules plus légères sont encore trop nombreuses et trop lentes à décanter au fond du bassin – certaines peuvent mettre des mois à décanter ! Des lamelles insérées en biais permettent de les rapprocher du fond du bassin, et de diminuer ainsi leur temps de décantation. Des produits chimiques sont également ajoutés (floculants) pour agréger les particules entre elles et les rendre plus lourdes. On parle de traitement primaire.</p> <p>Ensuite, le bassin d’aération constitue le cœur de la station de traitement. Il s’agit tout simplement d’aérer l’eau en permanence pendant un certain temps grâce à des bulleurs au fond du bassin. Cette aération permet à des microorganismes de se développer et de décomposer toute la matière organique encore présente. Sans cette aération, les microorganismes efficaces ne se développent plus, l’eau croupit, et la matière organique se dégrade peu (pensez à l’eau des tourbières, ou simplement celle des flaques d’eau qui ne sont jamais remuées). L’aération est le principal poste de consommation de la station, responsable de <a href="https://eau.seine-et-marne.fr/sites/eau.seine-et-marne.fr/files/media/downloads/2016-enjeux-energetiques.pdf">40 à 80 % de l’énergie utilisée</a>. Cette énergie est nécessaire au fonctionnement des pompes et surpresseurs employés pour injecter de l’air en continu dans le bassin. On parle de traitement secondaire.</p> <p>Dans la plupart des stations d’épuration existantes, à la suite du traitement biologique par aération, l’eau passe de nouveau dans un bassin de décantation (décantation secondaire ou clarificateur) pour faire sédimenter les milliards de bactéries mortes.</p> <p>Enfin, l’eau est rejetée dans la nature.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/cJt-CUoNlkY?wmode=transparent&amp;start=0" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">Station d’épuration à Pierre-Bénite (Rhône) – Le cycle urbain de l’eau expliqué aux enfants. Source : Grand Lyon TV.</span></figcaption> </figure> <h2>Repenser le système grâce à d’autres microorganismes</h2> <p>Il existe donc un enjeu important dans le monde de l’assainissement : comment limiter la consommation d’énergie liée à l’aération, tout en traitant aussi bien les eaux usées et sans faire exploser les coûts ?</p> <p>Car si l’aération fonctionne aussi bien, c’est parce qu’elle permet une oxygénation de l’eau, et que les microorganismes qui se développent dans les milieux oxygénés sont très efficaces pour dégrader la matière organique.</p> <p>En effet, l’oxygène est un élément naturellement oxydant, c’est-à-dire qu’il est avide d’électrons. À l’inverse, la matière organique est riche en électrons du fait de son important nombre de liaisons Carbone. La présence d’oxygène facilite la rupture des liaisons Carbone, les électrons libérés étant transférés vers l’oxygène. Ce transfert est naturellement lent (heureusement, sinon, nous brûlerions instantanément), mais il est <a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK7919/">accéléré par la présence des bactéries, véritables usines de décomposition</a>). C’est bien ce qui est souhaité dans cette étape : casser les chaînes de carbone jusqu’à obtenir des éléments simples, non assimilables par des bactéries pathogènes en aval dans les cours d’eau.</p> <p>Si l’on décide de se passer d’aération, l’oxygène devient difficilement accessible, et la dégradation peu efficace. Sauf si on utilise des microorganismes un peu spéciaux.</p> <p>Par exemple, à Villeurbanne (Rhône), une station d’épuration utilise des microorganismes capables de digérer les boues des stations d’épuration et de fabriquer <a href="https://www.actu-environnement.com/ae/news/Biomethane-station-epuration-Feyssine-injecte-premier-m3-32932.php4">du méthane, qui est injecté dans le réseau de gaz de ville</a>.</p> <p>Dans notre groupe de recherche, nous explorons une autre piste : celle des bactéries électriques !</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="images de microscopie" src="https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=249&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=249&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=249&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=313&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=313&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/713604/original/file-20260121-66-m7tang.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=313&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Bactéries « électriques » ayant colonisé un matériau carboné conducteur (image obtenue par microscope électronique à balayage).</span> <span class="attribution"><span class="source">Grégory Bataillou</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <h2>Éviter l’aération grâce aux bactéries « électriques »</h2> <p>Dès le début des années 2000, les chercheurs ont redécouvert des <a href="https://www.nature.com/articles/nrmicro1442">bactéries « électriques »</a>. Ces bactéries, telles des araignées dans le monde microscopique, ont la capacité de fabriquer des fils de taille nanométrique, qui ont la curieuse propriété d’être conducteurs électriques. Nul besoin d’oxygène en leur sein : il suffit de se connecter à un oxydant externe, qui peut être plus loin. Imaginez-vous être capable de respirer grâce à un fil dont un bout reste exposé à l’air libre, peu importe l’endroit dans lequel vous vous trouvez.</p> <p>Pour en revenir au traitement de l’eau, voici l’idée : plutôt que d’amener l’oxygène aux bactéries par l’aération, les bactéries électriques présentes dans tout le bassin se connectent à un matériau conducteur présent sur toute la colonne d’eau et s’y développent. Ainsi, les bactéries sont connectées à l’oxygène de la surface. Pour cela, l’eau transite dans des structures en <a href="https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2024.135415">carbone conducteur appelées « biofiltres électro-actifs »</a>, sur lesquelles se développent les bactéries électriques. Plus besoin d’aérer : si un chemin électrique existe entre la bactérie et l’air ambiant, elle dégradera presque aussi bien la matière organique l’environnant.</p> <p>L’avantage est considérable : une fois installé, le système est passif, nécessite un faible entretien, et régénérable à l’infini. Ces systèmes sont déjà proposés à la vente pour les petites stations de traitement, notamment par la start-up espagnole <a href="https://metfilter.com/">METfilter</a>.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="schémas pour comparer les deux modes de fonctionnement" src="https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=295&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=295&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=295&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=371&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=371&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/713603/original/file-20260121-56-faxwr0.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=371&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Différence entre traitement standard énergivore (aération, à gauche), et traitement par décomposition passive grâce à des bactéries électriques (à droite). Bien entendu, les bactéries n’ont pas d’yeux en réalité.</span> <span class="attribution"><span class="source">Grégory Bataillou</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <p>Cerise sur le gâteau : ces bactéries « électriques » existent spontanément dans l’environnement, elles n’ont pas à être artificiellement ajoutées au système et sont sélectionnées naturellement par la présence du matériau carboné.</p> <p>Si cette piste nous semble prometteuse pour diminuer la facture d’électricité des stations d’épuration, ces bactéries ne dégradent pas tout : résidus de médicaments, PFAS, et autres substances résiduelles dans notre eau traversent encore les stations de traitement, et se retrouvent disséminées dans l’environnement. Les solutions techniques étant encore très énergivores, chaque économie d’énergie sur l’ensemble de la chaîne est un pas vers un traitement plus vertueux de nos eaux usées.</p> <hr> <p><em>Le projet <a href="https://anr.fr/Projet-ANR-22-CE04-0014">IRONTECH</a> est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR) qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’<a href="https://anr.fr/">ANR</a></em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273287/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Grégory Bataillou a travaillé comme Post-Doctorant sur le financement ANR appelé IRONTECH qui vise à utiliser du Fer et des bactéries actives pour dénitrifier les effluents agro-industriels.</span></em></p> Le traitement des eaux usées est essentiel pour éviter la pollution de l’environnement et ses impacts potentiels sur la santé humaine. Des pistes existent pour rendre les stations d’épuration plus efficientes, et donc réduire le prix de l’eau. Grégory Bataillou, Ingénieur Recherche en bio-électrochimie, Centrale Lyon Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273399 2026-01-29T15:03:36Z 2026-01-29T15:03:36Z Quel type de télétravailleur êtes-vous ? Quand les maths éclairent votre profil <p><strong>Chaque jour, sans même y penser, nous classons les choses : ranger les livres de la bibliothèque selon le genre, classer les e-mails… Mais comment classer des éléments quand on ne dispose pas d’une classification existante ? Les mathématiques peuvent répondre à ce type de questions. Ici, une illustration sur le télétravail.</strong></p> <hr> <p>Dans le cadre du télétravail, <a href="https://doi.org/10.3917/grh.055.0013">nous nous sommes posé</a> la question de savoir si les télétravailleurs peuvent être regroupés en fonction de leur perception de l’autonomie et du contrôle organisationnel.</p> <p>Ceci nous a permis de justifier mathématiquement que deux grandes classes de télétravailleurs existent, et que leur vision du télétravail diffère. Ceci peut permettre aux managers et aux services de ressources humaines d’adapter le management de chacun en fonction de son profil.</p> <h2>Classer, c’est mesurer la similarité</h2> <p>Nous avons considéré 159 télétravailleurs. Pour classer les individus, il faut d’abord mesurer à quel point ils se ressemblent. Pour cela on identifie des « profils type » à partir de l’évaluation de « construits », qui sont des ensembles de critères qui traitent le même sujet.</p> <p>Dans notre étude, les construits principaux sont le contrôle et l’autonomie. On évalue ces deux construits grâce à plusieurs questions posées aux télétravailleurs, par exemple « J’ai l’impression d’être constamment surveillé·e par l’utilisation de la technologie à la maison ». Ceux-ci donnent leur réponse sur une échelle en 5 points (de 1-pas du tout d’accord à 5-tout à fait d’accord).</p> <p>Ensuite, chaque télétravailleur est représenté par une ligne de données : ce sont les réponses du télétravailleur dans l’ordre des critères. Par exemple pour le collaborateur 1, on peut voir les réponses (3, 1, 3, 2…), voir figure.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="tableau" src="https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=150&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=150&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=150&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=188&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=188&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/713354/original/file-20260120-56-u9e36d.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=188&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Extrait des réponses des différents collaborateurs en fonction des critères choisis.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://doi.org/10.3917/grh.055.0013">Données de Diard et al. (2025)</a>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <p>Pour regrouper les télétravailleurs, il faut d’abord mesurer à quel point ils se ressemblent. Pour cela, on mesure la distance entre les profils (en utilisant des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Distance_euclidienne">distances euclidiennes</a>). Cette notion de distance est très importante, car c’est elle qui quantifie la similitude entre deux télétravailleurs. Plus deux profils sont proches, plus ils auront vocation à être dans la même classe.</p> <p>Si on considère autant de classes que de personnes, la séparation est parfaite mais le résultat est sans intérêt. L’enjeu est donc double : avoir un nombre raisonnable de classes distinctes tel que, dans chaque classe, les individus soient suffisamment semblables.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/maths-au-quotidien-pourquoi-votre-assurance-vous-propose-un-contrat-avec-franchise-259187">Maths au quotidien : pourquoi votre assurance vous propose un contrat avec franchise</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Combien de classes choisir ?</h2> <p>Nous avons utilisé la méthode de <a href="https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-030-74552-3">classification ascendante hiérarchique</a>, qui consiste à regrouper les individus les plus semblables possibles dans une même classe tandis que les classes restent dissemblables.</p> <p>Plus précisément, au début, chaque télétravailleur est traité comme une classe et on essaie de regrouper deux ou plusieurs classes de manière appropriée pour former une nouvelle classe. On continue ainsi <a href="https://shs.cairn.info/revue-rimhe-2014-1-page-105">« jusqu’à obtenir la classe tout entière, c’est-à-dire l’échantillon total »</a>. L’arbre aussi obtenu (<a href="https://datascientest.com/dendrogramme">dendrogramme</a>) peut être coupé à différents niveaux.</p> <p>Une question importante se pose alors : comment choisir le nombre de classes ? Il existe <a href="https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-030-74552-3">plusieurs méthodes</a>. Par exemple, la méthode du coude : le point où la courbe (variance intra-classe en fonction du nombre de classes) « fait un coude » correspond au nombre de classes à retenir. Cela signifie que si « on ajoute une classe de plus, on gagne peu en précision ». Dans notre étude, le nombre de classes retenu est deux.</p> <p>Afin d’améliorer notre classification, nous poursuivons avec une méthode de classification non hiérarchique (<a href="https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-030-74552-3">k-means</a>) qui répartit à nouveau les télétravailleurs dans deux classes (mais ceux-ci sont légèrement différents) tout en minimisant la distance aux « centres » de classes (scores moyens des critères de chaque classe trouvés précédemment).</p> <p><a href="https://doi.org/10.3917/grh.055.0013">Nous découvrons</a> alors deux classes de télétravailleurs mieux répartis : les « satellites-autonomes » et les « dépendants-contrôlés ».</p> <h2>La classification au service du manager</h2> <p>Une fois la classification trouvée, on s’intéresse alors à analyser les scores moyens par rapport aux autres construits du modèle, en l’occurrence l’expérience du télétravailleur. Les « satellites autonomes » ont une vision globalement plus positive de leur travail que les « dépendants contrôlés » et estiment que leurs conditions de travail se sont améliorées depuis la mise en place du télétravail.</p> <p>Il existe bien sûr des limites à notre étude : il faudra en tester la robustesse, répéter l’analyse avec des sous-échantillons ou d’autres échantillons de télétravailleurs et encore tester plusieurs méthodes de classification. Une nouvelle enquête pourra montrer si le nombre ou la nature des classes que nous avons trouvées évolue. Mais il est important de noter que ce résultat (deux profils de télétravailleurs) est le fruit d’une démarche mathématique et statistique rigoureuse, qui complète les <a href="https://doi.org/10.3917/rsg.265.0031">études antérieures qualitatives</a>.</p> <p>La classification est un outil bien connu en matière de gestion des ressources humaines. Par exemple, elle consiste à « peser » le poste et le positionner dans une grille prédéfinie en comparant son profil aux caractéristiques de quelques postes repères. Chaque convention collective dispose d’une grille de classification. C’est la <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000508766">loi du 23 décembre 1946</a> et les <a href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/sites/default/files/pdf/Saglio.pdf">arrêtés Parodi-Croizat du 11 avril 1946</a> qui avaient ouvert la voie de la classification des ouvriers en sept échelons.</p> <p>À l’aide des mathématiques, notre classification montre que le télétravail ne peut pas être géré comme un dispositif unique. Chaque profil correspond à des besoins et à des dynamiques organisationnelles spécifiques. Savoir qu’il existe deux profils majoritaires permet de proposer des actions différenciantes dans l’accompagnement des télétravailleurs.</p> <p>Les mathématiques sont ici un outil au service du manager et aident à voir des structures invisibles dans un ensemble complexe de données. Il s’agit d’un outil d’aide à la décision.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273399/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Rien à déclarer </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Caroline Diard et Niousha Shahidi ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.</span></em></p> Nous classons les choses sans même y penser&nbsp;: ranger les livres de la bibliothèque selon le genre, classer les e-mails… pour certains classements plus compliqués, les maths peuvent nous aider. Niousha Shahidi, Full professor, data analysis, EDC Paris Business School Caroline Diard, Professeur associé - Département Droit des Affaires et Ressources Humaines, TBS Education Sana Henda, Professeur en Gestion des Ressources Humaines, ESC Amiens Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272405 2026-01-29T15:03:16Z 2026-01-29T15:03:16Z L’IA arrive dans le jugement olympique. Qu’est-ce qui pourrait (bien) se passer ? <p><strong>Alors que le Comité international olympique (CIO) adopte le jugement assisté par l’intelligence artificielle, cette technologie promet une plus grande cohérence et une meilleure transparence. Pourtant, les résultats de la recherche suggèrent que la confiance, la légitimité et les valeurs culturelles comptent autant que la précision technique.</strong></p> <hr> <p>En 2024, le CIO a dévoilé son <a href="https://www.olympics.com/ioc/olympic-ai-agenda">agenda olympique de l’intelligence artificielle (IA)</a>, positionnant celle-ci comme un pilier central des futurs Jeux olympiques. Cette vision a été renforcée lors du tout premier <a href="https://www.olympics.com/ioc/news/olympic-movement-focuses-on-supporting-athletes-in-first-ai-engagement-forum">Forum olympique sur l’IA</a>, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=54CadlLt1jI">organisé en novembre 2025</a>, où athlètes, fédérations, partenaires technologiques et décideurs politiques ont discuté de la manière dont l’IA pourrait soutenir le jugement, la préparation des athlètes et l’expérience des fans.</p> <p>Aux Jeux olympiques d’hiver de 2026 de Milan-Cortina qui démarrent vendredi 6 février, le <a href="https://www.forbes.com/sites/carolineprice/2025/11/11/beyond-the-naked-eye-experts-discuss-the-future-of-ai-gymnastics-judging/">CIO envisage d’utiliser l’IA</a> pour soutenir le jugement en patinage artistique (épreuves individuelles et en couple, hommes et femmes), en aidant les juges à identifier précisément le nombre de rotations effectuées lors d’un saut.</p> <p>Son utilisation s’étendra également à des disciplines, telles que le big air, le halfpipe et le saut à ski (des épreuves de ski et de snowboard où les athlètes enchaînent des sauts et figures aériennes), où des systèmes automatisés pourront mesurer la hauteur des sauts et les angles de décollage. À mesure que ces systèmes passent de l’expérimentation à un usage opérationnel, il devient essentiel d’examiner ce qui pourrait bien se passer… ou mal se passer.</p> <h2>Sports jugés et erreurs humaines</h2> <p>Dans les sports olympiques tels que la gymnastique et le patinage artistique, qui reposent sur des panels de juges humains, l’IA est de plus en plus présentée par les fédérations internationales et les instances sportives <a href="https://www.forbes.com/sites/carolineprice/2025/11/11/beyond-the-naked-eye-experts-discuss-the-future-of-ai-gymnastics-judging/">comme une solution</a> aux problèmes de biais, d’incohérence et de manque de transparence. En effet, les juges doivent évaluer des mouvements complexes réalisés en une fraction de seconde, souvent depuis des angles de vue limités, et ce pendant plusieurs heures consécutives.</p> <p>Les <a href="https://www.degruyterbrill.com/document/doi/10.1515/jqas-2019-0113/html">analyses post-compétition</a> montrent que les erreurs involontaires et les divergences entre juges ne sont pas des exceptions. Cela s’est à nouveau matérialisé en 2024, lorsqu’une <a href="https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2024-08-17/jordan-chiles-and-olympic-gymnastics-fans-deserve-better-judges">erreur de jugement impliquant la gymnaste américaine Jordan Chiles</a> lors des Jeux olympiques de Paris a déclenché une vive polémique. En finale du sol, Chiles avait initialement reçu une note qui la plaçait à la quatrième place. Son entraîneur a alors introduit une réclamation, estimant qu’un élément technique n’avait pas été correctement pris en compte dans la note de difficulté. Après réexamen, la note a été augmentée de 0,1 point, permettant à Chiles d’accéder provisoirement à la médaille de bronze. Cette décision a toutefois été contestée par la délégation roumaine, qui a fait valoir que la réclamation américaine avait été déposée hors délai, dépassant de quatre secondes la fenêtre réglementaire d’une minute. L’épisode a mis en lumière la complexité des règles, la difficulté pour le public de suivre la logique des décisions, et la fragilité de la confiance accordée aux panels de juges humains. </p> <p>Par ailleurs, des cas de fraude ont également été observés : on se souvient notamment du <a href="https://www.bbc.com/audio/play/w3csvrkh">scandale</a> de jugement en patinage artistique lors des Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City en 2002. À l’issue de l’épreuve en couple, des accusations ont révélé qu’une juge aurait favorisé un duo en échange d’un soutien promis dans une autre compétition, mettant au jour des pratiques d’échanges de votes au sein du panel de juges. C’est précisément en réponse à ce type d’incidents que des systèmes d’IA ont été développés, notamment par <a href="https://www.fujitsu.com/global/themes/data-driven/judging-support-system/">Fujitsu</a> en collaboration avec la Fédération internationale de gymnastique.</p> <h2>Ce que l’IA peut (et ne peut pas) corriger dans le jugement</h2> <p><a href="https://link.springer.com/article/10.1007/s10796-021-10215-8">Nos recherches</a> sur le jugement assisté par l’IA en gymnastique artistique montrent que la question ne se résume pas à savoir si les algorithmes sont plus précis que les humains. Les erreurs de jugement proviennent souvent des limites de la perception humaine, ainsi que de la vitesse et de la complexité des performances de haut niveau, ce qui rend l’IA attrayante. Cependant, notre étude impliquant juges, gymnastes, entraîneurs, fédérations, fournisseurs de technologies et fans met en lumière une série de tensions.</p> <p>L’IA peut être <em>trop</em> exacte, évaluant les routines avec un niveau de précision qui dépasse ce que les corps humains peuvent réalistement exécuter. Par exemple, là où un juge humain apprécie visuellement si une position est correctement tenue, un système d’IA peut détecter qu’un angle de jambe ou de bras s’écarte de quelques degrés seulement de la position idéale, pénalisant une athlète pour une imperfection imperceptible à l’œil nu. Si l’IA est souvent présentée comme objective, de nouveaux biais peuvent émerger à travers la conception et la mise en œuvre des systèmes. Par exemple, un algorithme entraîné principalement sur des performances masculines ou sur des styles dominants peut pénaliser involontairement certaines morphologies. En outre, l’IA peine à prendre en compte l’expression artistique et les émotions, des éléments considérés comme centraux dans des sports tels que la gymnastique et le <a href="https://georgetownvoice.com/2022/03/05/artistry-still-matters-in-figure-skating/">patinage artistique</a>. Enfin, si l’IA promet une plus grande cohérence, son maintien exige une supervision humaine continue afin d’adapter les règles et les systèmes à l’évolution des disciplines.</p> <h2>Les sports d’action ont une autre logique</h2> <p><a href="https://www.emerald.com/ijsms/article-abstract/26/1/22/1243760/Digitalization-in-action-sports-blessing-or-curse?">Nos recherches</a> montrent que ces préoccupations sont encore plus marquées dans les sports d’action comme le snowboard et le ski freestyle. Beaucoup de ces disciplines ont été ajoutées au programme olympique afin de moderniser les Jeux et d’attirer un public plus jeune. Pourtant, des <a href="https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0038038511413427">chercheurs avertissent</a> que l’inclusion olympique peut accélérer la commercialisation et la standardisation, au détriment de la créativité et de l’identité de ces sports.</p> <p>Un moment emblématique remonte à 2006, lorsque la <a href="https://www.bbc.com/sport/winter-olympics/60316302">snowboardeuse américaine Lindsey Jacobellis</a> a perdu la médaille d’or olympique après avoir effectué un geste acrobatique consistant à saisir sa planche en plein saut en plein saut alors qu’elle menait la finale de snowboard cross. Ce geste, <a href="https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/1612197X.2009.9671915">célébré</a> dans la culture de son sport, a entraîné une chute qui lui a coûté la médaille d’or.</p> <h2>Les essais de jugement par IA aux X Games</h2> <p>Le jugement assisté par l’IA ajoute de nouvelles couches à cette tension. Des <a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/16184742.2016.1140796">travaux antérieurs</a> sur le halfpipe en snowboard avaient déjà montré comment les critères de jugement peuvent, avec le temps, remodeler subtilement les styles de performance. Contrairement à d’autres sports jugés, les sports d’action accordent une importance particulière au style et à la prise de risque, des éléments particulièrement difficiles à formaliser algorithmiquement.</p> <p>Pourtant, l’IA a déjà été testée lors des <a href="https://www.nytimes.com/2025/01/21/sports/skiing/x-games-ai-judging.html">X Games 2025</a>, notamment pendant les compétitions de snowboard SuperPipe, une version de grande taille du halfpipe, avec des parois plus hautes permettant des sauts plus amples et plus techniques. Des caméras vidéo ont suivi les mouvements de chaque athlète, tandis que l’IA analysait les images afin de produire une note de performance indépendante. Ce système était testé en parallèle du jugement humain, les juges continuant à attribuer les résultats officiels et les médailles. </p> <p>Cet essai n’a toutefois pas modifié les résultats officiels, et aucune comparaison publique n’a été communiquée quant à l’alignement entre les notes produites par l’IA et celles des juges humains. Néanmoins, les <a href="https://www.cbc.ca/news/world/ai-sports-judges-1.7439706">réactions</a> ont été très contrastées : certains acteurs saluent une plus grande cohérence et transparence, tandis que d’autres ont averti que les systèmes d’IA ne sauraient pas quoi faire lorsqu’un athlète introduit une nouvelle figure – souvent très appréciée des juges humains et du public.</p> <h2>Au-delà du jugement : entraînement, performance et expérience des fans</h2> <p>L’influence de l’IA dépasse largement le seul cadre du jugement. À <a href="https://abcnews.go.com/Sports/wireStory/harnessing-power-ai-revolutionize-olympic-level-figure-skating-128006541">l’entraînement</a>, le suivi des mouvements et l’analyse de la performance orientent de plus en plus le développement technique et la prévention des blessures, façonnant la manière dont les athlètes se préparent à la compétition. Parallèlement, l’IA transforme <a href="https://cxm.world/customer-experience/how-the-winter-olympics-is-bringing-ai-powered-customer-experiences-to-a-new-audience/">l’expérience des fans</a> grâce à des ralentis enrichis, des visualisations biomécaniques et des explications en temps réel des performances. </p> <p>Ces outils promettent davantage de transparence, mais ils cadrent aussi la manière dont les performances sont interprétées, avec davantage de <a href="https://www.sportsbusinessjournal.com/Articles/2025/10/08/when-sponsorship-meets-storytelling-how-sports-data-is-driving-lasting-value-for-brands-and-pro-teams/">« storytelling »</a> autour de ce qui peut être mesuré, visualisé et comparé.</p> <h2>À quel prix ?</h2> <p>L’Agenda olympique de l’IA <a href="https://www.theguardian.com/sport/2024/apr/19/revolution-for-sport-ioc-sets-out-vision-for-ai-innovations-at-olympics">reflète</a> l’ambition de rendre le sport plus juste, plus transparent et plus engageant. Toutefois, à mesure que l’IA s’intègre au jugement, à l’entraînement et à l’expérience des fans, elle joue aussi un rôle discret mais puissant dans la définition de ce qui constitue l’excellence. Si les juges d’élite sont progressivement remplacés ou marginalisés, les effets pourraient se répercuter à tous les niveaux : formation des juges, développement des athlètes et évolutions des sports eux-mêmes. </p> <p>Le défi auquel sont confrontés les sports du programme olympique n’est donc pas seulement technologique ; il est institutionnel et culturel. Comment éviter que l’IA ne vide de leur substance les valeurs qui donnent à chaque sport son sens ?</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272405/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Willem Standaert ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Alors que le Comité international olympique (CIO) adopte le jugement assisté par l’IA, en quoi cette nouvelle technologie peut-elle bouleverser le sport&nbsp;? Willem Standaert, Associate Professor, Université de Liège Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273872 2026-01-28T13:43:39Z 2026-01-28T13:43:39Z Des fossiles datés de 773 000 ans éclairent l’histoire de nos origines <p>Le site de la <a href="https://archeologie.culture.gouv.fr/fr/prehistoire-casablanca">grotte aux Hominidés à Casablanca</a>, sur la côte atlantique du Maroc, offre l’un des registres de restes humains les plus importants d’Afrique du Nord. Il est connu depuis 1969 et étudié par des missions scientifiques impliquant le Maroc et la France. Ce site éclaire une période cruciale de l’évolution humaine : celle de la divergence entre les lignées africaines qui donneront nos ancêtres directs, les Néandertaliens en Europe et les Dénisoviens en Asie.</p> <p><a href="https://www.nature.com/articles/s41586-025-09914-y">Une étude très récente publiée dans <em>Nature</em></a> décrit des fossiles d’hominines datés de 773 000 ans. Le groupe des hominines rassemble à toutes les espèces qui ont précédé la nôtre depuis la divergence de la lignée des chimpanzés. Ces fossiles (des vertèbres, des dents et des fragments de mâchoires) ont été découverts dans une carrière qui a fait l’objet de fouilles pendant de nombreuses années. Les découvertes les plus importantes et les plus spectaculaires ont eu lieu en 2008-2009. La raison pour laquelle ce matériel n’avait pas été révélé plus tôt à la communauté scientifique et au public est que nous n’avions pas de datation précise.</p> <h2>Comment cette découverte a-t-elle pu être réalisée ?</h2> <p>Grâce à l’étude du paléomagnétisme, nous avons finalement pu établir une datation très précise. Cette technique a été mise en œuvre par Serena Perini et Giovanni Muttoni de l’Université de Milan (Italie). Ces chercheurs s’intéressent à l’évolution du champ magnétique terrestre. Le pôle Nord magnétique se déplace au cours du temps, mais il y a aussi de très grandes variations : des inversions. À certaines époques, le champ devient instable et finit par se fixer dans une position inverse de la précédente. Ce phénomène laisse des traces dans les dépôts géologiques sur toute la planète.</p> <p>Certaines roches contiennent des particules sensibles au champ magnétique, comme des oxydes de fer, qui se comportent comme les aiguilles d’une boussole. Au moment où ces particules se déposent ou se fixent (dans des laves ou des sédiments), elles « fossilisent » l’orientation du champ magnétique de l’époque. Nous connaissons précisément la chronologie de ces inversions passées du champ magnétique terrestre et, dans cette carrière marocaine, nous avons identifié une grande inversion datée de 773 000 ans (l’inversion Brunhes-Matuyama). Les fossiles se trouvent précisément (et par chance) dans cette couche.</p> <h2>En quoi cette recherche est-elle importante ?</h2> <p>En Afrique, nous avons pas mal de fossiles humains, mais il y avait une sorte de trou dans la documentation entre un million d’années et 600 000 ans avant le présent. C’était d’autant plus embêtant que c’est la période pendant laquelle les chercheurs en paléogénétique placent la divergence entre les lignées africaines (qui vont donner nos ancêtres directs), les ancêtres des Néandertaliens en Europe et les formes asiatiques apparentées (les Dénisoviens).</p> <p>Ce nouveau matériel remplit donc un vide et documente une période de l’évolution humaine assez mal connue. Ils nous permettent d’enraciner très loin dans le temps les ancêtres de notre espèce – les prédécesseurs d’<em>Homo sapiens</em> – qui ont vécu dans la région de Casablanca.</p> <p>Le manque d’informations pour la période précédant <em>Homo sapiens</em> (entre 300 000 ans et un million d’années) a poussé quelques chercheurs à spéculer sur une origine eurasienne de notre espèce, avant un retour en Afrique. Je pense qu’il n’y a pas vraiment d’argument scientifique pour cela. Dans les débuts de la paléoanthropologie, les Européens avaient du mal à imaginer que l’origine de l’humanité actuelle ne se place pas en Europe. </p> <p>Plus tard, au cours du XXᵉ siècle, le modèle prépondérant a été celui d’une origine locale des différentes populations actuelles (les Asiatiques en Chine, les Aborigènes australiens en Indonésie et les Européens avec Néandertal). Ce modèle a été depuis largement abandonné face notamment aux preuves génétiques pointant vers une origine africaine de tous les hommes actuels.</p> <h2>Quelles sont les suites de ces recherches ?</h2> <p>Notre découverte ne clôt peut-être pas définitivement le débat, mais elle montre que, dans ce qui était un vide documentaire, nous avons des fossiles en Afrique qui représentent un ancêtre très plausible pour les <em>Sapiens</em>. On n’a donc pas besoin de les faire venir d’ailleurs.</p> <p>Nous avons en projet de réaliser le séquençage des protéines fossiles peut-être préservées dans ces ossements. Si ces analyses sont couronnées de succès, elles apporteront des éléments supplémentaires à la compréhension de leur position dans l’arbre des origines humaines.</p> <hr> <p><em>Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». <a href="https://theconversation.com/topics/research-brief-83231">Un format à retrouver ici</a></em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273872/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Jean-Jacques Hublin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Une étude très récente publiée dans «&nbsp;Nature&nbsp;» décrit des fossiles d’hominines datés de 773&nbsp;000&nbsp;ans. Ils nous permettent d’enraciner très loin dans le temps les ancêtres de notre espèce en Afrique. Jean-Jacques Hublin, Paléoanthropologue, Collège de France; Académie des sciences Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272357 2026-01-28T10:56:17Z 2026-01-28T10:56:17Z Du chatbot du pape au canard de Vaucanson, les croyances derrière l’intelligence artificielle ne datent pas d’hier <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/709643/original/file-20251126-56-vqq3nc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=74%2C0%2C1485%2C990&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Le feu de Prométhée, un mythe qui explique en partie le succès du narratif entourant l’IA.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Heinrich_fueger_1817_prometheus_brings_fire_to_mankind.jpg">Public domain, via Wikimedia Commons</a></span></figcaption></figure><p><strong>Des mythes antiques à la tête parlante du pape, de Prométhée aux algorithmes modernes, l’intelligence artificielle (IA) puise dans notre fascination intemporelle pour la création et le pouvoir de la connaissance.</strong></p> <hr> <p>Il semble que l’engouement pour l’intelligence artificielle (IA) ait donné naissance à une véritable <a href="https://theconversation.com/une-bulle-speculative-autour-de-lia-est-elle-en-train-de-se-former-110466">bulle spéculative</a>. Des bulles, il y en a déjà eu beaucoup, de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tulipomanie">tulipomanie</a> du XVII<sup>e</sup> siècle à celle des <a href="https://theconversation.com/le-systeme-financier-est-il-plus-securise-quen-2008-97119">subprimes</a> du XXI<sup>e</sup> siècle. Pour de nombreux commentateurs, le précédent le plus pertinent aujourd’hui reste la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=ZIbEn5oH4jA?si=nAdwGeAtaPaAkvyu">bulle Internet</a> des années 1990. À l’époque, une nouvelle technologie – le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/World_Wide_Web">World Wide Web</a> – avait déclenché une vague d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Exub%C3%A9rance_irrationnelle">« exubérance irrationnelle »</a>. Les investisseurs déversaient des milliards dans n’importe quelle entreprise dont le nom contenait « .com ».</p> <p>Trois décennies plus tard, une autre technologie émergente déclenche une nouvelle vague d’enthousiasme. Les investisseurs injectent à présent des milliards dans toute entreprise affichant « IA » dans son nom. Mais il existe une différence cruciale entre ces deux bulles, qui n’est pas toujours reconnue. Le Web existait. Il était bien réel. L’intelligence artificielle générale, elle, n’existe pas, et personne ne sait si elle existera un jour.</p> <p>En février, le PDG d’OpenAI, Sam Altman, écrivait sur son blog que les systèmes les plus récents commencent tout juste à <a href="https://blog.samaltman.com/three-observations">« pointer vers »</a> l’IA dans son acception <a href="https://theconversation.com/not-everything-we-call-ai-is-actually-artificial-intelligence-heres-what-you-need-to-know-196732">« générale »</a>. OpenAI peut commercialiser ses produits comme des « IA », mais ils se réduisent <a href="https://theconversation.com/nvidia-ceo-jensen-huang-has-been-called-the-ai-oppenheimer-but-he-dismisses-concerns-ai-is-just-processing-data-256583">à des machines statistiques qui brassent des données</a>, et non des « intelligences » au sens où on l’entend pour un être humain.</p> <p>Pourquoi, dès lors, les investisseurs sont-ils si prompts à financer ceux qui vendent des modèles d’IA ? L’une des raisons tient peut-être au fait que l’IA est un mythe technologique. Je ne veux pas dire par là qu’il s’agit d’un mensonge, mais que l’IA convoque un récit puissant et fondateur de la culture occidentale, celui des capacités humaines de création. Peut-être les investisseurs sont-ils prêts à croire que l’IA est pour demain, parce qu’elle puise dans des mythes profondément ancrés dans leur imaginaire ?</p> <h2>Le mythe de Prométhée</h2> <p>Le mythe le plus pertinent pour penser l’IA est celui de Prométhée, issu de la Grèce antique. Il en existe de nombreuses versions, mais les plus célèbres se trouvent dans les poèmes d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9siode">Hésiode</a>, la <a href="https://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/hesiode/theogonie.htm"><em>Théogonie</em></a> et les <a href="https://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/hesiode/travaux.htm"><em>Travaux et les Jours</em></a>, ainsi que dans la pièce <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Prom%C3%A9th%C3%A9e_encha%C3%AEn%C3%A9"><em>Prométhée enchaîné</em></a>, traditionnellement attribuée à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Eschyle">Eschyle</a>.</p> <p>Prométhée était un Titan, un dieu du panthéon grec antique. C’était aussi un criminel, coupable d’avoir dérobé le feu à Héphaïstos, le dieu forgeron. Dissimulé dans une tige de fenouil, le feu fut apporté sur Terre par Prométhée, qui l’offrit aux humains. Pour le punir, il fut enchaîné à une montagne, où un aigle venait chaque jour lui dévorer le foie.</p> <p>Le don de Prométhée n’était pas seulement celui du feu ; c’était celui de l’intelligence. Dans <em>Prométhée enchaîné</em>, il affirme qu’avant son don, les humains voyaient sans voir et entendaient sans entendre. Après celui-ci, ils purent écrire, bâtir des maisons, lire les étoiles, pratiquer les mathématiques, domestiquer les animaux, construire des navires, inventer des remèdes, interpréter les rêves et offrir aux dieux des sacrifices appropriés.</p> <p>Le mythe de Prométhée est un récit de création d’un genre particulier. Dans la Bible hébraïque, Dieu ne confère pas à Adam le pouvoir de créer la vie. Prométhée, en revanche, transmet aux humains une part du pouvoir créateur des dieux.</p> <p>Hésiode souligne cet aspect du mythe dans la <em>Théogonie</em>. Dans ce poème, Zeus ne punit pas seulement Prométhée pour le vol du feu ; il châtie aussi l’humanité. Il ordonne à Héphaïstos d’allumer sa forge et de façonner la première femme, Pandore, qui déchaîne le mal sur le monde. Or le feu qu’Héphaïstos utilise pour créer Pandore est le même que celui que Prométhée a offert aux humains.</p> <figure class="align-center "> <img alt="Prométhée façonnant le premier homme, dans une gravure du XVIIIᵉ siècle" src="https://images.theconversation.com/files/703539/original/file-20251119-56-bo2o9v.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/703539/original/file-20251119-56-bo2o9v.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=422&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/703539/original/file-20251119-56-bo2o9v.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=422&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/703539/original/file-20251119-56-bo2o9v.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=422&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/703539/original/file-20251119-56-bo2o9v.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=531&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/703539/original/file-20251119-56-bo2o9v.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=531&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/703539/original/file-20251119-56-bo2o9v.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=531&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"> <figcaption> <span class="caption">Prométhée façonnant le premier homme, dans une gravure du XVIIIᵉ siècle.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:PrometheusCarrafa25.jpg">Wikimedia</a></span> </figcaption> </figure> <p>Les Grecs ont avancé l’idée que les humains sont eux-mêmes une forme d’intelligence artificielle. Prométhée et Héphaïstos recourent à la technique pour fabriquer les hommes et les femmes. Comme le montre l’historienne Adrienne Mayor dans son ouvrage <a href="https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691183510/gods-and-robots">Gods and Robots</a>, les Anciens représentaient souvent Prométhée comme un artisan, utilisant des outils ordinaires pour créer des êtres humains dans un atelier tout aussi banal.</p> <p>Si Prométhée nous a donné le feu des dieux, il semble logique que nous puissions utiliser ce feu pour fabriquer nos propres êtres intelligents. De tels récits abondent dans la littérature grecque antique, de l’inventeur Dédale, qui créa des statues capables de prendre vie, à la magicienne Médée, qui savait rendre la jeunesse et la vigueur grâce à ses drogues ingénieuses. Les inventeurs grecs ont également conçu des <a href="https://www.nature.com/articles/s41598-021-84310-w">calculateurs mécaniques pour l’astronomie</a> ainsi que des automates remarquables, <a href="https://www.jstor.org/stable/j.ctv18msqmt.10?seq=4">mues par la gravité, l’eau et l’air</a>.</p> <h2>Le pape et le chatbot</h2> <p>Deux mille sept cents ans se sont écoulés depuis qu’Hésiode a consigné pour la première fois le mythe de Prométhée. Au fil des siècles, ce récit a été repris sans relâche, en particulier depuis la publication, en 1818, de <a href="https://theconversation.com/frankenstein-et-le-transhumanisme-71200"><em>Frankenstein ; ou le Prométhée moderne</em></a> de Mary Shelley.</p> <p>Mais le mythe n’est pas toujours raconté comme une fiction. Voici deux exemples historiques où le mythe de Prométhée semble s’être incarné dans la réalité.</p> <p><a href="https://www.herodote.net/2_avril_999-evenement-9990402.php">Gerbert d’Aurillac</a> fut le Prométhée du X<sup>e</sup> siècle. Né au début des années 940 de notre ère, il étudia à l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-G%C3%A9raud_d%27Aurillac">abbaye d’Aurillac</a> avant de devenir moine à son tour. Il entreprit alors de maîtriser toutes les branches du savoir connues de son temps. En 999, il fut élu pape. Il mourut en 1003 sous son nom pontifical de Sylvestre II.</p> <p>Des rumeurs sur Gerbert se répandirent rapidement à travers l’Europe. Moins d’un siècle après sa mort, sa vie était déjà devenue légendaire. L’une des légendes les plus célèbres, et la plus pertinente à l’ère actuelle de l’engouement pour l’IA, est celle de la « tête parlante » de Gerbert. Cette légende fut racontée dans les années 1120 par l’historien anglais <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_de_Malmesbury">Guillaume de Malmesbury</a> dans son ouvrage reconnu et soigneusement documenté, la <em>Gesta Regum Anglorum</em> (<em>Les actions des rois d’Angleterre</em>).</p> <p>Gerbert possédait des connaissances approfondies en astronomie, une science de la prévision. Les astronomes pouvaient utiliser l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Astrolabe">astrolabe</a> pour déterminer la position des étoiles et prévoir des événements cosmiques, comme les éclipses. Selon Guillaume, Gerbert aurait mis son savoir en astronomie au service de la création d’une tête parlante. Après avoir observé les mouvements des étoiles et des planètes, il aurait façonné une tête en bronze capable de répondre à des questions par « oui » ou par « non ».</p> <p>Gerbert posa d’abord la question : « Deviendrai-je pape ? »</p> <p>« Oui », répondit la tête.</p> <p>Puis il demanda : « Mourrai-je avant d’avoir célébré la messe à Jérusalem ? »</p> <p>« Non », répondit la tête.</p> <p>Dans les deux cas, la tête avait raison, mais pas comme Gerbert l’avait prévu. Il devint bien pape et évita judicieusement de partir en pèlerinage à Jérusalem. Un jour cependant, il célébra la messe à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Sainte-Croix-de-J%C3%A9rusalem">basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem</a> à Rome. Malheureusement pour lui, la basilique était alors simplement appelée « Jérusalem ».</p> <p>Gerbert tomba malade et mourut. Sur son lit de mort, il demanda à ses serviteurs de découper son corps et de disperser les morceaux, afin de rejoindre son véritable maître, Satan. De cette manière, il fut, à l’instar de Prométhée, puni pour avoir volé le feu.</p> <figure class="align-left zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=588&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=588&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=588&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=739&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=739&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/704713/original/file-20251126-56-teuxhj.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=739&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Le pape Sylvestre II et le Diable.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Silvester_II._and_the_Devil_Cod._Pal._germ._137_f216v_(cropped).jpg">Wikimedia</a></span> </figcaption> </figure> <p>C’est une histoire fascinante. On ne sait pas si Guillaume de Malmesbury y croyait vraiment. Mais il s’est bel et bien efforcé de persuader ses lecteurs que cela était plausible. Pourquoi ce grand historien, attaché à la vérité, aurait-il inséré une légende fantaisiste sur un pape français dans son histoire de l’Angleterre ? Bonne question !</p> <p>Est-ce si extravagant de croire qu’un astronome accompli puisse construire une machine de prédiction à usage général ? À l’époque, l’astronomie était la science de la prédiction la plus puissante. Guillaume, sobre et érudit, était au moins disposé à envisager que des avancées brillantes en astronomie pourraient permettre à un pape de créer un chatbot intelligent.</p> <p>Aujourd’hui, cette même possibilité est attribuée aux algorithmes d’apprentissage automatique, capables de prédire sur quelle publicité vous cliquerez, quel film vous regarderez ou quel mot vous taperez ensuite. Il est compréhensible que nous tombions sous le même sortilège.</p> <h2>L’anatomiste et l’automate</h2> <p>Le Prométhée du XVIII<sup>e</sup> siècle fut Jacques de Vaucanson, du moins <a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1064220h/f61.image.r=promethee">si l’on en croit Voltaire</a> :</p> <blockquote> <p>Le hardi Vaucanson, rival de Prométhée,<br> Semblait, de la nature imitant les ressorts <br> Prendre le feu des cieux pour animer les corps.</p> </blockquote> <figure class="align-right zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=763&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=763&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=763&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=959&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=959&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/704706/original/file-20251126-64-epado4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=959&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption"><em>Jacques de Vaucanson</em>, par Joseph Boze (1784).</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jacques_de_Vaucanson_rectangular.jpg">Wikimedia</a></span> </figcaption> </figure> <p>Vaucanson était un grand mécanicien, célèbre pour ses <a href="https://theconversation.com/les-premiers-robots-sont-nes-au-si%C3%A8cle-des-lumieres-67117">automates</a>, des dispositifs à horlogerie reproduisant de manière réaliste l’anatomie humaine ou animale. Les philosophes de l’époque considéraient le corps comme une machine – alors pourquoi un mécanicien n’aurait-il pu en construire une ?</p> <p>Parfois, les automates de Vaucanson avaient aussi une valeur scientifique. Il construisit par exemple un « Flûteur automate » doté de lèvres, de poumons et de doigts, capable de jouer de la flûte traversière de façon très proche de celle d’un humain. L’historienne Jessica Riskin explique dans son ouvrage <a href="https://press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/R/bo21519800.html"><em>The Restless Clock</em></a> que Vaucanson dut faire d’importantes découvertes en acoustique pour que son flûtiste joue juste.</p> <p>Parfois, ses automates étaient moins scientifiques. Son <a href="https://historyofinformation.com/detail.php?id=412">« Canard digérateur »</a> connut un immense succès, mais se révéla frauduleux. Il semblait manger et digérer de la nourriture, mais ses excréments étaient en réalité des granulés préfabriqués dissimulés dans le mécanisme.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/OP6IttkwD0g?wmode=transparent&amp;start=0" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> </figure> <p>Vaucanson consacra des décennies à ce qu’il appelait une « anatomie en mouvement ». En 1741, il présenta à l’Académie de Lyon un projet visant à construire une « imitation de toutes les opérations animales ». Vingt ans plus tard, il s’y remit. Il obtint le soutien du roi Louis XV pour réaliser une simulation du système circulatoire et affirma pouvoir construire un corps artificiel complet et vivant.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=320&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=320&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=320&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=402&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=402&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/704711/original/file-20251126-74-gx4f2x.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=402&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Trois automates de Vaucanson, le Flûteur automate, le Canard digérateur et le Berger provençal.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jouets_M%C3%A9caniques_de_Vaucanson_;_Un_Sauvage,_un_berger_provencal_et_un_canard_cropped.jpg">Wikimedia</a></span> </figcaption> </figure> <p>Il n’existe aucune preuve que Vaucanson ait jamais achevé un corps entier. Finalement, il ne put tenir la promesse que soulevait sa réputation. Mais beaucoup de ses contemporains croyaient qu’il en était capable. Ils <em>voulaient</em> croire en ses mécanismes magiques. Ils <em>souhaitaient</em> qu’il s’empare du feu de la vie.</p> <p>Si Vaucanson pouvait fabriquer un nouveau corps humain, ne pourrait-il pas aussi en réparer un existant ? C’est la promesse de certaines entreprises d’IA aujourd’hui. Selon Dario Amodei, PDG d’Anthropic, l’IA permettra <a href="https://www.darioamodei.com/essay/machines-of-loving-grace#1-biology-and-health">bientôt aux gens</a> « de vivre aussi longtemps qu’ils le souhaitent ». L’immortalité semble un investissement séduisant.</p> <p>Sylvestre II et Vaucanson furent de grands maîtres de la technologie, mais aucun des deux ne fut un Prométhée. Ils ne volèrent nul feu aux dieux. Les aspirants Prométhée de la Silicon Valley réussiront-ils là où leurs prédécesseurs ont échoué ? Si seulement nous avions la tête parlante de Sylvestre II, nous pourrions le lui demander.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272357/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Michael Falk a reçu des financements de l&#39;Australian Research Council.</span></em></p> Et si nos contemporains étaient prêts à croire en l’IA parce qu’elle fait écho à des mythes profondément ancrés dans leur imaginaire&nbsp;? Passage en revue de précédents historiques… Michael Falk, Senior Lecturer in Digital Studies, The University of Melbourne Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273594 2026-01-27T15:26:32Z 2026-01-27T15:26:32Z Qu’est-ce que l’intégrité scientifique aujourd’hui ? <p><strong>Dans un contexte où la production scientifique est soumise à des pressions multiples, où les théories pseudoscientifiques circulent sur les réseaux sociaux, l’intégrité scientifique apparaît plus que jamais comme l’un des piliers de la confiance dans la science. Nous vous proposons de découvrir les conclusions de l’ouvrage <em>L’intégrité scientifique. Sociologie des bonnes pratiques</em>, de Catherine Guaspare et Michel Dubois aux éditions PUF, en 2025.</strong></p> <hr> <p>L’intégrité scientifique est une priorité institutionnelle qui fait consensus. Par-delà la détection et le traitement des méconduites scientifiques, la plupart des organismes d’enseignement supérieur et de recherche partagent aujourd’hui un même objectif de promouvoir une culture des bonnes pratiques de recherche.</p> <p>Il est tentant d’inscrire cette culture dans une perspective historique : la priorité accordée aujourd’hui à l’intégrité n’étant qu’un moment dans une histoire plus longue, celle des régulations qui s’exercent sur les conduites scientifiques. Montgomery et Oliver ont par exemple proposé de distinguer <a href="https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0306312708097659">trois grandes périodes dans l’histoire de ces régulations</a> : la période antérieure aux années 1970 caractérisée par l’autorégulation de la communauté scientifique, la période des années 1970-1990 caractérisée par l’importance accordée à la détection et la prévention des fraudes scientifiques et, depuis les années 1990 et la création de l’<a href="https://ori.hhs.gov/about-ori">Office of Research Integrity</a>, première agence fédérale américaine chargée de l’enquête et de la prévention des manquements à l’intégrité dans la recherche biomédicale financée sur fonds publics, la période de l’intégrité scientifique et de la promotion des bonnes pratiques.</p> <p>Cette mise en récit historique de l’intégrité peut sans doute avoir une valeur heuristique, mais comme tous les grands récits, celui-ci se heurte aux faits. Elle laisse croire que la communauté scientifique, jusque dans les années 1970, aurait été capable de définir et de faire appliquer par elle-même les normes et les valeurs de la recherche. Pourtant, la régulation qui s’exerce par exemple sur la recherche biomédicale est très largement antérieure aux années 1970, puisqu’elle prend forme dès l’après-Seconde Guerre mondiale avec <a href="https://frq.gouv.qc.ca/app/uploads/2021/03/code_nuremberg_1947.pdf">le Code de Nuremberg</a> (1947), se renforce avec la <a href="https://www.wma.net/fr/policies-post/declaration-dhelsinki-de-lamm-principes-ethiques-applicables-a-la-recherche-medicale-impliquant-des-etres-humains/">Déclaration d’Helsinki</a> (1964) et s’institutionnalise progressivement à travers les comités d’éthique et les dispositifs juridiques de protection des personnes.</p> <p>Elle laisse ensuite penser que la détection des fraudes scientifiques comme la promotion des bonnes pratiques seraient autant de reculs pour l’autonomie de la communauté scientifique. Mais, à y regarder de plus près, les transformations institutionnelles – l’adoption de la <a href="https://www.ofis-france.fr/la-charte-francaise-de-deontologie-des-metiers-de-la-recherche/">charte nationale de déontologie des métiers de la recherche en 2015</a>, la création de <a href="https://www.ofis-france.fr/">l’Office français de l’intégrité scientifique</a> en 2017, l’entrée de l’intégrité dans la loi en 2020 –, sont le plus souvent portées par des représentants de la communauté scientifique. Et ce qui peut paraître, de loin, une injonction du politique faite au scientifique relève fréquemment de l’auto-saisine, directe ou indirecte, de la communauté scientifique. L’entrée en politique de l’intégrité scientifique démontre la capacité d’une partie limitée de la communauté scientifique à saisir des fenêtres d’opportunité politique. À l’évidence, pour la France, la période 2015-2017 a été l’une de ces fenêtres, où, à la faveur <a href="https://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/07/10/olivier-voinnet-star-de-la-biologie-vegetale-sanctionne-par-le-cnrs_4678980_1650684.html">d’une affaire retentissante de méconduite scientifique</a> au CNRS en 2015, du <a href="https://www.academie-sciences.fr/pdf/communique/rapport_corvol_290616.pdf">rapport porté par Pierre Corvol</a> en 2016, de la <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/41955">lettre circulaire de Thierry Mandon</a> en 2017, ces questions passent d’un débat professionnel à un objet de politique publique structuré.</p> <p>Enfin, ce récit historique de l’intégrité semble suggérer qu’à la culture institutionnelle de détection des fraudes scientifiques, caractéristique des années 1970-1990, viendrait désormais se substituer une culture, plus positive, des bonnes pratiques et de la recherche responsable. Certes, l’innovation et la recherche responsables sont autant de mots-clés désormais incontournables pour les grandes institutions scientifiques, mais la question de la détection des méconduites demeure plus que jamais d’actualité, et ce d’autant qu’il s’est opéré ces dernières années un déplacement de la détection des fraudes scientifiques vers celle des pratiques discutables. La question de la qualification des méconduites scientifiques comme celle de leur mesure n’ont jamais été autant d’actualité.</p> <p>Si le sociologue ne peut que gagner à ne pas s’improviser historien des sciences, il ne peut toutefois rester aveugle face aux grandes transformations des sciences et des techniques. En particulier, la communauté scientifique du XXIᵉ siècle est clairement différente de celle du siècle dernier. Dans son rapport 2021, l’Unesco rappelait qu’entre 2014 et 2018 le <a href="https://www.unesco.org/reports/science/2021/fr/statistics">nombre de chercheurs a augmenté trois fois plus vite que la population mondiale</a>, avec un total de plus de huit millions de chercheurs en équivalent temps plein à travers le monde.</p> <p>Cette densification de la communauté scientifique n’est pas sans enjeu pour l’intégrité scientifique. Avec une communauté de plus en plus vaste, il faut non seulement être en mesure de parler d’une même voix, normaliser les guides et les chartes, mais s’assurer que cette voix soit entendue par tous. Même si l’institutionnalisation de l’intégrité est allée de pair avec une forme d’internationalisation, tous les pays ne sont pas en mesure de créer les structures et les rôles que nous avons eu l’occasion de décrire.</p> <p>Par ailleurs, la croissance de la communauté scientifique s’accompagne mécaniquement d’une augmentation du volume des publications scientifiques qui met à mal les mécanismes traditionnels de contrôle. D’où d’ailleurs le développement d’alternatives au mécanisme de contrôle par les pairs. On a beaucoup parlé de la vague de publications liées à la crise de la Covid-19, mais la vague souterraine, peut-être moins perceptible pour le grand public, est plus structurelle : toujours selon les données de l’Unesco, entre 2015 et 2019, la production mondiale de publications scientifiques a augmenté de 21 %. Qui aujourd’hui est capable de garantir la fiabilité d’un tel volume de publications ?</p> <p>Qui dit enfin accroissement du volume de la communauté scientifique, dit potentiellement densification des réseaux de collaborations internationales, à l’intérieur desquels les chercheurs comme les équipes de recherche sont autant d’associés rivaux. La multiplication des collaborations internationales suppose de pouvoir mutualiser les efforts et de s’assurer de la qualité de la contribution de chacun comme de sa reconnaissance. Nous avons eu l’occasion de souligner l’importance de considérer les sentiments de justice et d’injustice éprouvés par les scientifiques dans la survenue des méconduites scientifiques : une contribution ignorée, un compétiteur qui se voit récompensé tout en s’écartant des bonnes pratiques, des institutions scientifiques qui interdisent d’un côté ce qu’elles récompensent de l’autre, etc., autant de situations qui nourrissent ces sentiments.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/xz0hAUOulnk?wmode=transparent&amp;start=0" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">« La recherche en danger », une discussion avec Stéphanie Balme/<em>The Conversation France</em> et Canalchat Grandialogue.</span></figcaption> </figure> <p>Par ailleurs, la multiplication des collaborations, dans un contexte où les ressources (financements, postes, distinctions, etc.) sont par principe contraintes, implique également des logiques de mise en concurrence qui peuvent être vécues comme autant d’incitations à prendre des raccourcis.</p> <p>Outre la transformation démographique de la communauté scientifique, le sociologue des sciences ne peut ignorer l’évolution des modalités d’exercice du travail scientifique à l’ère numérique. La « datafication » de la science, à l’œuvre depuis la fin du XXᵉ siècle, correspond tout autant à l’augmentation du volume des données numériques de la recherche qu’à l’importance prise par les infrastructures technologiques indispensables pour leur traitement, leur stockage et leur diffusion. L’accessibilité et la diffusion rapide des données de la recherche, au nom de la science ouverte, ouvrent des perspectives inédites pour les collaborations scientifiques. Elles créent une redistribution des rôles et des expertises dans ces collaborations, avec un poids croissant accordé à l’ingénierie des données.</p> <p>Mais, là encore, cette évolution technologique engendre des défis majeurs en termes d’intégrité scientifique. L’édition scientifique en ligne a vu naître un marché en ligne des revues prédatrices qui acceptent, moyennant paiement, des articles sans les évaluer réellement. Si les outils de l’intelligence artificielle s’ajoutent aux instruments traditionnels des équipes de recherche, des structures commerciales clandestines, les « paper mill » ou usines à papier, détournent ces outils numériques pour fabriquer et vendre des articles scientifiques frauduleux à des auteurs en quête de publications. Si l’immatérialité des données numériques permet une circulation accélérée des résultats de recherche, comme on a pu le voir durant la crise de la Covid-19, elle rend également possibles des manipulations de plus en plus sophistiquées. Ces transformations structurelles créent une demande inédite de vigilance à laquelle viennent répondre, chacun à leur manière, l’évaluation postpublication comme ceux que l’on appelle parfois les nouveaux détectives de la science et qui traquent en ligne les anomalies dans les articles publiés (images dupliquées, données incohérentes, plagiat) et ce faisant contribuent à la mise en lumière de fraudes ou de pratiques douteuses.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/ces-detectives-qui-traquent-les-fraudes-scientifiques-conversation-avec-guillaume-cabanac-258829">Ces détectives qui traquent les fraudes scientifiques : conversation avec Guillaume Cabanac</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Plus fondamentalement, cette montée en puissance des données numériques de la recherche engendre des tensions inédites entre l’intégrité scientifique et l’éthique de la recherche. À l’occasion d’un entretien, un physicien, travaillant quotidiennement à partir des téraoctets de données générés par un accélérateur de particules, nous faisait remarquer, avec une pointe d’ironie, qu’il comprenait sans difficulté l’impératif institutionnel d’archiver, au nom de l’intégrité scientifique, l’intégralité de ses données sur des serveurs, mais que ce stockage systématique d’un volume toujours croissant de données entrait directement en contradiction avec l’éthique environnementale de la recherche prônée par ailleurs par son établissement. Intégrité scientifique ou éthique de la recherche ? Faut-il choisir ?</p> <figure class="align-right zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=911&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=911&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=911&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1145&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1145&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/714584/original/file-20260127-56-9o1alm.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1145&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Éditions PUF, 2025.</span> </figcaption> </figure> <p>On touche du doigt ici la diversité des dilemmes auxquels sont quotidiennement confrontés les scientifiques dans l’exercice de leurs activités. La science à l’ère numérique évolue dans un équilibre délicat entre l’intégrité scientifique et l’éthique de la recherche. Et l’un des enjeux actuels est sans doute de parvenir à maximiser les bénéfices des technologies numériques tout en minimisant leurs impacts négatifs. D’où la nécessité pour les institutions de recherche de promouvoir une culture de l’intégrité qui puisse dépasser la simple exigence de conformité aux bonnes pratiques, en intégrant les valeurs de responsabilité sociale auxquelles aspire, comme le montrent nos enquêtes, une part croissante de la communauté scientifique.</p> <hr> <p><em>Le texte a été très légèrement remanié pour pouvoir être lu indépendamment du reste de l’ouvrage en accord avec les auteurs</em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273594/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Catherine Guaspare et Michel Dubois sont les auteurs du livre L&#39;intégrité scientifique dont cet article est tiré.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Michel Dubois a reçu des financements de l&#39;Agence nationale de la recherche (ANR). Il est directeur de l&#39;Office français de l&#39;intégrité scientifique depuis septembre 2025.</span></em></p> Dans un contexte où la production scientifique est soumise à des pressions multiples, où les théories pseudoscientifiques circulent sur les réseaux sociaux, l’intégrité scientifique apparaît plus que jamais comme l’un des piliers de la confiance dans la science. Catherine Guaspare, Sociologue, Ingénieure d'études, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Michel Dubois, Sociologue, Directeur de recherche CNRS, Sorbonne Université Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/274144 2026-01-26T14:01:16Z 2026-01-26T14:01:16Z Dans le cerveau des chevaux : comment le lien maternel affecte le cerveau et le comportement des poulains <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/713935/original/file-20260122-56-y5hef7.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=17%2C0%2C1061%2C707&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Les interactions entre les poulains et leurs mères ont des implications sur leur comportement, sur leur physiologie et sur leur développement cérébral.</span> <span class="attribution"><span class="source">© UMR PRC INRAE-CNRS-Université de Tours, M. E. Le Bachelier de la Rivière.</span>, <span class="license">Fourni par l&#39;auteur</span></span></figcaption></figure><p><strong>Une nouvelle étude montre comment la présence prolongée de la mère façonne le développement comportemental, physiologique et cérébral des poulains.</strong></p> <hr> <p>Chez les mammifères sociaux, les relations sociales jouent un rôle déterminant dans le développement. On sait depuis longtemps que la période autour de la naissance est cruciale, lorsque le nouveau-né dépend entièrement de son ou de ses parent(s) pour se nourrir et se protéger. En revanche, ce qui se joue après, lorsque le jeune n’est plus physiquement dépendant de sa mère mais continue de vivre à ses côtés, reste encore mal compris.</p> <p>Dans une <a href="https://www.nature.com/articles/s41467-025-66729-1">étude récente publiée dans <em>Nature Communications</em></a>, nous avons exploré chez le cheval cette période souvent négligée du développement. Nos résultats montrent que la présence prolongée de la mère façonne à la fois le cerveau, le comportement <br>– social en particulier – et la physiologie des poulains.</p> <h2>Pourquoi s’intéresser à l’« enfance » chez le cheval ?</h2> <p>Le cheval est un modèle particulièrement pertinent pour étudier le rôle du lien parental sur le développement des jeunes. Comme chez l’humain, les mères donnent généralement naissance à un seul petit à la fois, procurent des soins parentaux prolongés et établissent un lien mère-jeune fort sur le plan affectif, individualisé et durable.</p> <p>Dans des conditions naturelles, les poulains restent avec leur groupe familial, et donc avec leur mère, jusqu’à l’âge de 2 ou 3 ans. En revanche, en élevage ou chez les particuliers, la séparation est le plus souvent décidée par l’humain et intervient bien plus tôt, autour de 6 mois. Ce contraste offre une occasion unique d’étudier l’impact de la présence maternelle sur le développement au-delà de la période néonatale.</p> <h2>Comment étudier de rôle d’une présence maternelle prolongée chez le cheval ?</h2> <p>Pour isoler l’effet de la présence maternelle, nous avons suivi 24 poulains de l’âge de 6 à 13 mois. Cette période peut être assimilée à celle de l’enfance chez l’être humain. En effet, durant cette période, les poulains ressemblent déjà physiquement à de petits adultes, apparaissent autonomes dans leurs déplacements et consomment très majoritairement des aliments solides, tout en étant encore sexuellement immatures. En d’autres termes, leur survie immédiate ne dépend plus directement de la mère.</p> <p>Dans notre étude, tous les poulains vivaient ensemble dans un contexte social riche, avec d’autres jeunes et des adultes. La seule différence concernait la présence ou non de leurs mères respectives à partir de l’âge de 6 mois : ainsi, 12 poulains sont restés avec leur mère tandis que 12 autres en ont été séparés, comme c’est fréquemment le cas en élevage.</p> <p>Durant les sept mois qui ont suivi, nous avons étudié le développement de ces poulains. En éthologie, les comportements sont étudiés de façon quantitative. Nous avons suivi le développement comportemental des poulains à l’aide d’observations et de tests comportementaux standardisés, puis analysé statistiquement ces données pour comparer leurs trajectoires développementales. Ces données ont été complétées par des mesures physiologiques régulières (par exemple, la prise de poids, les concentrations hormonales) et par une approche d’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour visualiser les différences fonctionnelles et morphologiques entre nos deux groupes de poulains de manière non invasive.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-chevaux-nous-reconnaissent-ils-214497">Les chevaux nous reconnaissent-ils ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>La présence de la mère favorise l’émergence des compétences sociales</h2> <p>Les résultats issus de nos observations répétées dans le temps montrent que les poulains bénéficiant de la présence de leur mère interagissaient davantage avec leurs congénères, notamment à travers des comportements positifs, comme le jeu ou le toilettage mutuel, que les poulains séparés de leurs mères. Ils se montraient aussi plus explorateurs et plus à l’aise face à des situations sociales nouvelles, suggérant une plus grande sociabilité.</p> <p>Autre résultat intéressant, les poulains bénéficiant de la présence de leur mère passaient moins de temps à manger mais prenaient plus de poids, suggérant une croissance plus efficace.</p> <h2>Le lien maternel, moteur du développement du cerveau</h2> <p>Pour aller plus loin, nous avons combiné ces observations comportementales avec une approche encore rare chez les animaux d’élevage : l’imagerie médicale. Ici nous avons utilisé des techniques d’<a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32002261/">IRM, permettant d’observer le fonctionnement et l’organisation du cerveau vivant</a>, sans douleur. Ainsi, nous avons pu caractériser le développement cérébral de nos poulains.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/Lf2OxtRd-tk?wmode=transparent&amp;start=1" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">« Comprendre l’IRM en deux minutes ». Source : Institut du cerveau — Paris Brain Institute.</span></figcaption> </figure> <p>Cette approche nous a permis d’identifier, pour la première fois chez le cheval, un réseau cérébral appelé le réseau du mode par défaut. Bien connu <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0896627323003082">chez l’humain</a> et identifié chez une <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2211124722004211">poignée</a> d’<a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3309754/">autres</a> <a href="https://www.nature.com/articles/s41467-019-09813-7">espèces animales</a>, ce réseau serait impliqué dans l’intégration des pensées introspectives, la perception de soi et des autres. Chez les poulains ayant bénéficié d’une présence maternelle prolongée, ce réseau était plus développé, faisant écho aux meilleures compétences sociales que nous avons observées.</p> <p>En outre, nous avons observé des différences morphologiques dans une <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0003426617308521">région fortement impliquée dans la régulation physiologique, l’hypothalamus</a>, en lien avec les différences physiologiques et de comportement alimentaire mises en évidence.</p> <h2>Une phase clé du développement aux effets multidimensionnels</h2> <p>Pris dans leur ensemble, nos résultats soulignent l’importance de cette phase du développement, encore peu étudiée chez l’animal, située entre la petite enfance et l’adolescence. </p> <p>Ils suggèrent que la présence maternelle prolongée induit un développement comportemental, cérébral et physiologique plus harmonieux, qui pourrait contribuer à équiper les jeunes pour leur vie adulte future, notamment dans le domaine de compétences sociales.</p> <h2>Quelles implications pour l’élevage… et au-delà ?</h2> <p>Notre travail ne permet pas de définir une règle universelle sur l’âge idéal de séparation chez le cheval. Il montre en revanche que la séparation précoce a des conséquences mesurables, bien au-delà de la seule question alimentaire. </p> <p>Lorsque les conditions le permettent, garder plus longtemps le poulain avec sa mère pourrait donc constituer un levier simple et favorable au développement du jeune. Cependant, d’autres études sont nécessaires pour évaluer l’impact de ces pratiques sur les mères et les capacités de récupération des poulains après la séparation, par exemple.</p> <p>Avec grande prudence, ces résultats font aussi écho à <a href="https://www.nature.com/articles/s41562-018-0384-6">ce que l’on observe chez d’autres mammifères sociaux, y compris l’humain</a> : le rôle du parent ou de la/du soignant·e (« <em>caregiver</em> ») comme médiateur entre le jeune et son environnement social et physique pourrait être un mécanisme largement partagé. Le cheval offre ainsi un modèle précieux pour mieux comprendre comment les premières relations sociales façonnent durablement le cerveau et le comportement.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274144/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Cette étude a été financée grâce à une bourse européenne HORIZON 2020 Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) (ref: 101033271, MSCA European Individual Fellowship, <a href="https://doi.org/10.3030/101033271">https://doi.org/10.3030/101033271</a>) et au Conseil Scientifique de l&#39;Institut Français du Cheval et de l’Equitation (IFCE) (ref: DEVELOPPEMENTPOULAIN).</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>David Barrière ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Une nouvelle étude montre comment la présence prolongée de la mère façonne le développement comportemental, physiologique et cérébral des poulains. Mathilde Valenchon, Chercheuse en Ethologie, Inrae David Barrière, Chargé de recherche, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273053 2026-01-24T17:12:58Z 2026-01-24T17:12:58Z Pourquoi mon filtre antispam fonctionne-t-il si mal ? <p><strong>Comment les spams passent-ils au travers des multiples couches de protection annoncées comme presque infranchissables par les entreprises et par les chercheurs en cybersécurité ?</strong></p> <hr> <p>Les escroqueries existent depuis fort longtemps, du remède miracle vendu par un charlatan aux courriers dans la boîte aux lettres nous promettant monts et merveilles plus ou moins fantasques. Mais le Web a rendu ces canaux moins intéressants pour les arnaqueurs.</p> <p>Les e-mails de spam et le « phishing » (hameçonnage) <a href="https://www.kaspersky.fr/about/press-releases/kaspersky-rapporte-pres-de-900-millions-de-tentatives-de-phishing-en-2024-dans-un-contexte-de-multiplication-des-cybermenaces">se comptent aujourd’hui en millions d’e-mails par an</a> et ont été la porte d’entrée pour des incidents majeurs, comme les <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/que-contiennent-les-macron-leaks-6503861">fuites d’e-mails internes d’Emmanuel Macron</a> lors de sa campagne présidentielle en 2017, mais aussi le <a href="https://www.bbc.com/news/stories-57520169">vol de 81 millions de dollars (plus de 69 millions d’euros) à la banque du Bangladesh</a> en 2016.</p> <p>Il est difficile de quantifier les effets de ces arnaques à l’échelle globale, mais le <a href="https://www.ic3.gov/AnnualReport/Reports/2023_IC3Report.pdf">FBI a recensé des plaintes s’élevant à 2,9 milliards de dollars (soit 2,47 milliards d’euros) en 2023</a> pour une seule catégorie de ce type d’attaques – les pertes dues aux attaques par e-mail en général sont sûrement beaucoup plus élevées.</p> <p>Bien sûr, la situation n’est pas récente, et les entreprises proposant des boîtes de messagerie investissent depuis longtemps dans des <a href="https://www.cognitivemarketresearch.com/press-release-detail/anti-spam-software-market-to-reach-usd-22.03-billion-by-2030">filtres antispam à la pointe de la technologie et parfois très coûteux</a>. De même pour la recherche académique, dont les <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1877050921013016">détecteurs</a> atteignent des précisions supérieures à 99 % depuis plusieurs années ! Dans les faits pourtant, les <a href="https://www.cybermalveillance.gouv.fr/medias/2025/03/250403_RA_2024_SCREEN.pdf">signalements de phishing ont bondi de 23 % en 2024</a>.</p> <p>Pourquoi, malgré ces filtres, recevons-nous chaque jour des e-mails nous demandant si notre compte CPF contient 200 euros, ou bien nous informant que nous aurions gagné 100 000 euros ?</p> <h2>Plusieurs techniques superposables</h2> <p>Il faut d’abord comprendre que les e-mails ne sont pas si différents des courriers classiques dans leur fonctionnement. Quand vous envoyez un e-mail, il arrive à un premier serveur, puis il est relayé de serveur en serveur jusqu’à arriver au destinataire. À chaque étape, le message est susceptible d’être bloqué, car, dans cette chaîne de transmission, la plupart des serveurs sont équipés de bloqueurs.</p> <p>Dans le cadre de ma thèse, j’ai réalisé une <a href="https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-032-06155-3_11">étude empirique</a> qui nous a permis d’analyser plus de 380 e-mails de spams et de phishing ayant franchi les filtres mis en place. Nous avons ainsi analysé une dizaine de techniques exploitées dans des proportions très différentes.</p> <p>La plus répandue de ces techniques est incroyablement ingénieuse et consiste à dessiner le texte sur une image incluse dans l’e-mail plutôt que de l’écrire directement dans le corps du message. L’intérêt est de créer une différence de contenu entre ce que voit l’utilisateur et ce que voient les bloqueurs de spams et de phishing. En effet, l’utilisateur ne fait pas la différence entre « cliquez ici » écrit dans l’e-mail ou « cliquez ici » dessiné avec la même police d’écriture que l’ordinateur. Pourtant, du point de vue des bloqueurs automatisés, cela fait une grosse différence, car, quand le message est dessiné, identifier le texte présent dans l’image demande une analyse très coûteuse… que les bloqueurs ne peuvent souvent pas se permettre de réaliser.</p> <p>Une autre technique, plus ancienne, observée dans d’autres contextes et recyclée pour franchir les bloqueurs, est l’utilisation de lettres qui sont jumelles dans leur apparence pour l’œil humain mais radicalement différentes. Prenons par exemple un mail essayant de vous faire cliquer sur un lien téléchargeant un virus sur votre téléphone. Un hackeur débutant pourrait envoyer un mail malicieux demandant de <em>cliquer ici</em>. Ce qui serait vu du point de vue de votre ordinateur par <em>99 108 105 113 117 101 114</em>. Cette suite de nombres est bien évidemment surveillée de près et suspectée par tous les bloqueurs de la chaîne de transmission. Maintenant, un hackeur chevronné, pour contourner le problème, remplacera le <em>l</em> minuscule par un <em>i</em> majuscule (<strong>I</strong>). De votre point de vue, cela ressemblera à <em>cIiquer ici</em> – avec plus ou moins de réussite en fonction de la police d’écriture. Mais du point de vue de l’ordinateur, cela change tout, car ça devient : <em>99</em> <strong>76</strong> <em>105 113 117 101 114</em>. Les bloqueurs n’ont jamais vu cette version-là et donc laissent passer le message.</p> <h2>Tromper les filtres à spams basés sur l’IA</h2> <p>Parmi toutes les techniques que nous avons observées, certaines sont plus avancées que d’autres. Contre les bloqueurs de nouvelle génération, les hackers ont mis au point des techniques spécialisées dans la neutralisation des intelligences artificielles (IA) défensives.</p> <p>Un exemple observé dans notre étude est l’ajout dans l’e-mail de pages Wikipédia écrites en blanc sur blanc. Ces pages sont complètement hors contexte et portent sur des sujets, tels que l’hémoglobine ou les agrumes, alors que l’e-mail demande d’envoyer des bitcoins. Ce texte, invisible pour l’utilisateur, sert à perturber les détecteurs basés sur des <a href="https://doi.org/10.3390/electronics14183744">systèmes d’intelligence artificielle</a> en faisant une « <a href="https://theconversation.com/quest-ce-que-lapprentissage-antagoniste-246906">attaque adversariale</a> » (montrer une grande quantité de texte anodin, en plus du message frauduleux, de telle sorte que le modèle de détection n’est plus capable de déterminer s’il s’agit d’un e-mail dangereux ou pas).</p> <p>Et le pire est que la plupart des e-mails contiennent plusieurs de ces techniques pour augmenter leurs chances d’être acceptés par les bloqueurs ! Nous avons dénombré en moyenne 1,7 technique d’obfuscation par e-mails, avec la plupart des e-mails comportant au moins une technique d’obfuscation.</p> <hr> <p><em>Cet article est le fruit d’un travail collectif entre le <a href="https://www.laas.fr/fr/">Laboratoire de recherche spécialisé dans l’analyse et l’architecture des systèmes (LAAS-CNRS)</a> et le <a href="https://www.lerass.com/">Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales (LERASS)</a>. Je tiens à remercier Guillaume Auriol, Pascal Marchand et Vincent Nicomette pour leur soutien et leurs corrections</em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273053/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Antony Dalmiere a reçu des financements de l&#39;Université de Toulouse et de l&#39;Institut en Cybersécurité d&#39;Occitanie. </span></em></p> Les hackeurs développent toujours de nouvelles astuces pour noyer le poisson et franchir les filtres antispam. Antony Dalmiere, Ph.D Student - Processus cognitifs dans les attaques d'ingénieries sociales, INSA Toulouse; Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272864 2026-01-21T10:36:36Z 2026-01-21T10:36:36Z Des éclairs détectés sur Mars pour la toute première fois <p><strong>Pour la première fois, un microphone placé sur le rover Perseverance de la Nasa a permis de découvrir l’existence de petites décharges électriques dans les tourbillons et les tempêtes martiennes de poussière. Longtemps théorisés, ces petits éclairs sur Mars deviennent une réalité grâce à des enregistrements acoustiques et électromagnétiques inédits que nous venons de publier <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-025-09736-y">dans la revue <em>Nature</em></a>. Cette découverte, aux conséquences multiples sur nos connaissances de la chimie et de la physique ainsi que sur le climat de la planète rouge, révèle de nouveaux défis pour les futures missions robotiques et habitées.</strong></p> <hr> <p>Un souffle de vent martien, et soudain, un claquement sec : les <em>dust devils</em>, ces tourbillons de poussière qui parcourent la planète rouge, viennent de nous livrer un secret bien gardé : ils sont traversés de petits arcs électriques ! Ils ont été vus, ou plutôt entendus, de manière totalement fortuite, grâce au microphone de l’instrument SuperCam sur le rover Perseverance qui sillonne Mars depuis 2020.</p> <p>Ce microphone est notre oreille à la surface de Mars. Il alimente depuis 2021 une <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-022-04679-0">« playlist »</a> de plus de trente heures composée de brefs extraits quotidiens du paysage sonore martien : le microphone est allumé environ trois minutes tous les deux jours, pour des raisons de partage du temps du rover avec les autres instruments.</p> <h2>Un jackpot scientifique</h2> <p>Parmi ses morceaux les plus écoutés ? Le ronflement basse fréquence du souffle du vent, le crépitement aigu des grains de sable et les grincements mécaniques des articulations du robot. Mais le dernier titre de cette compilation d’un autre monde est une pépite : un <em>dust devil</em> capté en direct alors qu’il passait au-dessus de notre microphone. Qu’un <em>dust devil</em> passe au-dessus de Perseverance, ce n’est pas forcément exceptionnel – ils sont très actifs dans le cratère de Jezero où est posé Perseverance. Mais, qu’il survole le rover à l’instant même où le microphone est allumé, cela relève du jackpot scientifique.</p> <p><audio preload="metadata" controls="controls" data-duration="26" data-image="" data-title="Le son du tout premier éclair enregistré sur Mars" data-size="218916" data-source="NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP" data-source-url="" data-license="Fourni par l'auteur" data-license-url=""> <source src="https://cdn.theconversation.com/audio/3248/discharges-dust-devils-1.mp3" type="audio/mpeg"> </audio> <div class="audio-player-caption"> Le son du tout premier éclair enregistré sur Mars. <span class="attribution"><span class="source">NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span><span class="download"><span>214 ko</span> <a target="_blank" rel="noopener" href="https://cdn.theconversation.com/audio/3248/discharges-dust-devils-1.mp3">(download)</a></span></span> </div></p> <p>Au cœur de cet enregistrement se cachait un signal fort que nous avons peiné à interpréter. Notre première hypothèse fut celle d’un gros grain de sable ayant impacté la zone proche de la membrane du microphone. Quelques années plus tard, alors que nous assistions à une conférence sur l’électricité atmosphérique, nous avons eu une illumination : s’il y avait des décharges sur Mars, la façon la plus directe de les détecter serait de les écouter parce qu’aucun autre instrument à bord de Perseverance ne permet d’étudier les champs électriques.</p> <p>Évidemment, l’enregistrement le plus favorable pour vérifier cette hypothèse était précisément celui-ci. Réexaminé à la lumière de cette interprétation, il correspondait bien au signal acoustique d’une décharge électrique. Ce n’était pas tout !</p> <p>Cette onde de choc était précédée d’un signal étrange qui ne ressemblait pas à quelque chose de naturel mais qui provenait en réalité de l’interférence électromagnétique de la décharge avec l’électronique du microphone. Nous savions que celle-ci était sensible aux ondes parasites, mais nous avons tourné ce petit défaut à notre avantage. Grâce à la combinaison de ces deux signaux, tout était devenu clair : nous avions détecté pour la première fois des arcs électriques sur Mars. Pour en être absolument convaincus, nous avons reproduit ce phénomène en laboratoire à l’aide de la réplique de l’instrument SuperCam et d’une <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_de_Wimshurst">machine de Wimshurst</a>, une expérience historiquement utilisée pour générer des arcs électriques. Les deux signaux – acoustique et électromagnétique – obtenus étaient rigoureusement identiques à ceux enregistrés sur Mars.</p> <p>En soi, l’existence de ces décharges martiennes n’est pas si surprenante que cela : sur Terre, l’électrification des particules de poussière est bien connue, notamment dans les régions désertiques, mais elle aboutit rarement à des décharges électriques. Sur Mars, en revanche, l’atmosphère ténue de CO₂ rend ce phénomène beaucoup plus probable, la quantité de charges nécessaire à la formation d’étincelles étant beaucoup plus faible que sur Terre. Cela s’explique par le frottement de minuscules grains de poussière entre eux, qui se chargent en électrons puis libèrent leurs charges sous forme d’arcs électriques longs de quelques centimètres, accompagnés d’ondes de choc audibles. Le vrai changement de paradigme de cette découverte, c’est la fréquence et l’énergie de ces décharges : à peine perceptibles, comparables à une décharge d’électricité lorsqu’on touche une raquette à moustiques, ces étincelles martiennes sont fréquentes, en raison de l’omniprésence de la poussière sur Mars.</p> <h2>Des implications au niveau du climat martien</h2> <p>Ce qui est fascinant, c’est que cette découverte intervient après des décennies de spéculations sur l’activité électrique martienne, touchant une arborescence de phénomènes encore peu ou mal expliqués. Par exemple, <a href="https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/2016GL068463">l’activité électrique de la poussière</a> a longtemps été suspectée de fournir un moyen très efficace pour soulever la poussière du sol martien. Les champs électriques derrière les arcs électriques entendus sur Mars sont a priori suffisamment forts pour faire léviter la poussière.</p> <p>En absorbant et en réfléchissant la lumière solaire, la poussière martienne contrôle la température de l’air et intensifie la circulation atmosphérique (les vents). Et parce que les vents contrôlent en retour le soulèvement de la poussière, la boucle de rétroactions poussière-vent-poussière est à l’origine des tempêtes globales qui recouvrent intégralement la planète de poussière tous les 5 ou 6 ans. Vu l’importance de la poussière dans le climat martien, et alors que les meilleurs modèles ne savent pas encore prédire correctement son soulèvement, les forces électrostatiques ne pourront plus être ignorées dans le cycle global de la poussière sur Mars.</p> <h2>Expliquer la disparition du méthane</h2> <p>L’autre sujet qui attire les regards des scientifiques concerne le très controversé méthane martien. La communauté débat depuis plus de vingt ans à son sujet en raison de ses implications potentielles, à savoir une activité géophysique ou biologique éventuelle sur Mars, <a href="https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2021/06/aa40389-21/aa40389-21.html">deux hypothèses fascinantes</a>.</p> <p>Au-delà du caractère énigmatique de ses détections sporadiques, sa disparition – des centaines de fois plus rapide que ce que prédisent les modèles de chimie atmosphérique les plus sophistiqués – a longtemps laissé les experts circonspects. <a href="https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2006GL027210">L’un des mécanismes de destruction du méthane les plus prometteurs</a>, proposé il y a une vingtaine d’années, fait précisément intervenir l’action de champs électriques intenses sur la chimie atmosphérique. En accélérant ions et électrons, ces champs permettent de casser les molécules de méthane, mais surtout celles de la vapeur d’eau, produisant ainsi de puissantes espèces réactives capables de détruire le méthane bien plus efficacement encore.</p> <p>Qui plus est, la présence d’arcs électriques à l’échelle planétaire pourrait s’avérer déterminante dans la préservation de la matière organique. Des expériences de laboratoire ont montré la destruction brutale de biomarqueurs causée par le recyclage d’espèces chlorées induite par l’activité électrostatique de la poussière.</p> <p>On le voit, la portée de ces nouveaux sons martiens dépasse largement le seul cadre de la communication grand public. Ils redessinent plusieurs pans de notre compréhension de Mars et ouvrent un nouveau champ d’investigations, qui nécessitera un nombre accru d’observations.</p> <p>Peut-être lors de futures missions ? L’Agence spatiale européenne (ESA) avait déjà tenté l’expérience – sans succès – avec l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Schiaparelli_(engin_spatial)">atterrisseur Schiaparelli</a>, qui devait réaliser les premières mesures des champs électriques martiens avant de s’écraser à la surface de la planète. L’exploration future, humaine ou non, se devra de mieux caractériser ces champs pour mieux cerner leurs implications. D’ici là, Perseverance restera l’unique témoin <em>in situ</em> de ce phénomène qui est sans doute loin de nous avoir tout révélé.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272864/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Franck Montmessin a reçu des financements de l&#39;ANR et du CNES. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Baptiste Chide ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Pour la première fois, un microphone placé sur le rover Perseverance a permis de découvrir l’existence de petites décharges électriques dans les tourbillons et les tempêtes martiennes de poussière. Baptiste Chide, Chargé de Recherche CNRS à l'IRAP (Université de Toulouse, CNES), Observatoire Midi-Pyrénées Franck Montmessin, Directeur de recherche CNRS au Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales (LATMOS), Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/271640 2026-01-21T10:36:23Z 2026-01-21T10:36:23Z Les crocodiles, des reptiles loquaces et à l’écoute du monde <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/709387/original/file-20251217-56-osfsf0.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=0%2C126%2C5184%2C3456&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">S’ils sont discrets, les crocodiles sont aussi bavards entre eux, et ce, avant même l’éclosion de l’œuf.</span> <span class="attribution"><span class="source">Nicolas Mathevon/Université Jean-Monnet</span>, <span class="license">Fourni par l&#39;auteur</span></span></figcaption></figure><p><strong>On l’imagine chasseur solitaire et discret, constamment à l’affût d’une proie. Pourtant, l’armure d’écailles du crocodile dissimule une vie sociale complexe. Tendez l’oreille : le seigneur des fleuves a beaucoup à dire.</strong></p> <hr> <p>Lorsque l’on se représente un crocodile, on pense à un prédateur silencieux, un tronc d’arbre flottant au milieu du fleuve, attendant patiemment qu’une proie s’approche pour faire brusquement claquer ses mâchoires. Cette image, bien que partiellement vraie – il est sagement déconseillé de nager au milieu de crocodiles –, occulte une réalité biologique fascinante : les crocodiliens (crocodiles, alligators, caïmans et gavials) sont les reptiles les plus vocaux et les plus sociaux de la planète.</p> <p>Ces animaux possèdent un système de communication acoustique sophistiqué et une ouïe d’une finesse redoutable, peut-être hérités de leurs ancêtres communs avec les oiseaux et les dinosaures. Depuis près de trois décennies, notre équipe de recherche en bioacoustique s’attelle à décoder ce qu’ils disent et à comprendre comment ils perçoivent leur environnement sonore. Voici ce que nos études révèlent du monde sonore des crocodiliens.</p> <h2>La première conversation : parler depuis l’œuf</h2> <p>L’histoire acoustique d’un crocodile commence avant sa naissance. Contrairement à la majorité des reptiles qui pondent leurs œufs et les abandonnent, les mères ou les pères crocodiliens montent la garde près du nid. Mais comment savoir quand les petits sont prêts à sortir, enfouis sous des dizaines de centimètres de sable ou de végétation ? <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0960982208004508">Nos recherches</a> ont démontré que les embryons de crocodiles ne sont pas passifs. Lorsqu’ils sont prêts à sortir de l’œuf, après trois mois d’incubation, ils commencent à émettre des vocalisations particulières, appelées cris d’éclosion.</p> <p><audio preload="metadata" controls="controls" data-duration="5" data-image="" data-title="Les cris d’éclosion des petits crocodiles encore dans l’œuf" data-size="93666" data-source="Nicolas Mathevon/Université Jean-Monnet" data-source-url="" data-license="Fourni par l'auteur" data-license-url=""> <source src="https://cdn.theconversation.com/audio/3238/crisde-uclosion.mp3" type="audio/mpeg"> </audio> <div class="audio-player-caption"> Les cris d’éclosion des petits crocodiles encore dans l’œuf. <span class="attribution"><span class="source">Nicolas Mathevon/Université Jean-Monnet</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span><span class="download"><span>91,5 ko</span> <a target="_blank" rel="noopener" href="https://cdn.theconversation.com/audio/3238/crisde-uclosion.mp3">(download)</a></span></span> </div></p> <p>Ces sons, audibles à travers la coquille et à l’extérieur du nid, remplissent une double fonction. D’une part, ils s’adressent à la fratrie. Lors <a href="https://brill.com/view/journals/beh/161/10/article-p769_3.xml">d’expériences</a> consistant à émettre des sons depuis un haut-parleur près d’œufs de crocodiles du Nil prêts à éclore, nous avons observé que l’audition de ces cris incite les autres embryons à vocaliser à leur tour et à briser leur coquille. Ce mécanisme permet de synchroniser l’éclosion : toute la nichée va sortir ensemble. Pour des proies aussi vulnérables que des nouveau-nés de quelques dizaines de grammes, c’est une belle stratégie de survie face aux prédateurs.</p> <p>D’autre part, ces cris sont un signal impérieux pour la mère ou le père. Une femelle crocodile qui monte la garde depuis trois mois réagit immédiatement à l’audition de ces cris d’éclosion : elle se met à creuser le nid avec ses pattes. Sans ce comportement parental en réponse à leur signal sonore, les petits resteraient prisonniers sous terre.</p> <p>Cependant, la mère ne réagit pas au premier petit bruit venu. <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0003347224003506">Nos expériences sur le crocodile du Nil</a> ont montré que la femelle réagit à des cris isolés par des mouvements de tête, enfouissant son museau dans le sol comme pour en sentir les vibrations, mais elle ne commence à creuser activement que si les cris forment une séquence continue et rythmée. Ceci évite à la femelle d’ouvrir le nid trop tôt pour un seul petit précocement bavard, ce qui mettrait en danger le reste de la couvée.</p> <h2>Le langage des jeunes crocos</h2> <p>Une fois sortis de l’œuf et délicatement transportés à l’eau dans la gueule de leurs parents, les jeunes crocodiliens restent groupés en crèches sous la protection de l’adulte pendant des semaines, voire des mois. Durant cette période, la communication acoustique entre parent et jeunes est vitale.</p> <p>Le répertoire vocal des juvéniles est structuré autour de deux types de signaux principaux : les cris de contact et les cris de détresse. Le cri de contact est utilisé pour maintenir la cohésion du groupe de jeunes. C’est un son d’intensité assez faible et dont la fréquence varie peu. Le cri de détresse, lui, est émis lorsqu’un jeune est saisi par un prédateur. Il est plus fort et sa fréquence est plus modulée. Il présente souvent une structure acoustique plus chaotique, ce qui le rend un peu rugueux à l’oreille.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="La tête d’un jeune crocodile qui dépasse de l’eau" src="https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/709380/original/file-20251217-56-l9nm8.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Les jeunes crocodiles s’expriment, soit pour signaler un danger, soit pour maintenir la cohésion du groupe.</span> <span class="attribution"><span class="source">Nicolas Mathevon/Université Jean-Monnet</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <p>La mère sait faire la différence : un cri de contact suscite une simple attention, tandis qu’un cri de détresse déclenche une réaction agressive de défense immédiate. Mais un parent reconnaît-il la voix de ses petits ? Visiblement pas : nos <a href="https://link.springer.com/article/10.1007/s00114-006-0156-4">analyses acoustiques des crocodiles du Nil</a> indiquent qu’il n’y a pas de signature vocale chez les nouveau-nés qui permettrait aux parents de les identifier individuellement. En revanche, nous avons découvert que plus le crocodile est petit, plus le cri est aigu. Lors d’expériences réalisées dans la nature, les mères crocodiles du Nil <a href="https://www.nature.com/articles/srep15547">ont réagi plus intensément aux cris les plus aigus</a>. C’est logique : les plus petits sont les plus vulnérables aux prédateurs et nécessitent une protection accrue.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="La tête d’un crocodile adulte dépasse de l’eau. Autour d’elle, de très jeunes crocodiles se confondent avec des plantes aquatiques" src="https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/709379/original/file-20251217-56-tsd9u2.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Les parents, ici une femelle, surveillent leurs jeunes au sein de crèches et restent attentifs à leurs vocalisations.</span> <span class="attribution"><span class="source">Nicolas Mathevon/Université Jean-Monnet</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <h2>Une ouïe entre l’eau et l’air</h2> <p>Le crocodile est un animal amphibie, vivant à l’interface entre l’air et l’eau, mondes aux propriétés acoustiques radicalement différentes. Mais son audition est d’abord aérienne. Lorsque le crocodile flotte, immobile, ce qui est sa position favorite pour attendre une proie, ses oreilles se trouvent juste au-dessus de la ligne de flottaison. Si l’animal plonge, une paupière vient protéger l’oreille, et l’on ne sait pas encore si les crocodiles entendent bien sous l’eau.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="La tête d’un caïman yacare qui sort de l’eau" src="https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/709375/original/file-20251217-56-mma3py.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Un yacare à l’affut. Ce caïman, comme les autres crocodiliens, garde ses oreilles juste au-dessus de l’eau lorsqu’il s’immerge.</span> <span class="attribution"><span class="source">Nicolas Mathevon/Université Jean-Monnet</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <p>Comment un animal dont la tête est à moitié immergée fait-il pour localiser une proie, un petit ou un rival ? Chez l’humain ou d’autres mammifères et oiseaux, la localisation repose sur deux indices principaux : le son arrive plus vite à l’oreille tournée vers la source et est également plus fort, puisque la tête fait écran. Dans des expériences, nous avons entraîné des crocodiles à se diriger vers des haut-parleurs pour obtenir une récompense, et les résultats montrent qu’<a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33138473/">ils utilisent également ces deux sources d’information</a>. Pour les sons graves, ils se fient surtout au temps ; pour les aigus, ils utilisent plutôt la différence d’intensité.</p> <h2>Distinguer dans le bruit</h2> <p>Les crocodiliens vivent souvent dans des environnements bruyants. Pour survivre, ils doivent être capables <a href="https://www.nature.com/articles/s42003-022-03799-7">d’isoler un signal pertinent du bruit de fond</a>, mais aussi d’identifier ce qu’ils entendent. Un bruit dans les roseaux est-il une proie ou un congénère ? Au laboratoire, nous avons découvert quel paramètre acoustique ils utilisent pour faire cette distinction. Ce n’est pas la hauteur du son ni son rythme mais l’enveloppe spectrale, c’est-à-dire le timbre du son. C’est exactement le même paramètre que nous, humains, utilisons pour distinguer les voyelles (« a » ou « o ») ou pour reconnaître la voix de quelqu’un au téléphone. Et la catégorisation des sons opérée par les crocodiles n’est pas totalement figée, elle peut être affinée par l’apprentissage, preuve d’une vraie plasticité cognitive.</p> <p>En particulier, les crocodiles savent reconnaître et sont particulièrement appâtés par les signaux de détresse d’autres animaux. Quand <a href="https://cnrs.hal.science/hal-04272232v1/file/Thevenetetal_proceedingB_2023%20Hal%20version.pdf">on diffuse des enregistrements de pleurs</a> de bébés humains, bonobos ou chimpanzés à des crocodiles du Nil, les résultats sont frappants : les crocodiles sont très fortement attirés par ces pleurs. Mais pas n’importe comment.</p> <p>Les humains jugent la détresse d’un bébé <a href="https://theconversation.com/ce-que-les-pleurs-de-bebe-nous-disent-vraiment-et-pourquoi-linstinct-maternel-est-un-mythe-263586">principalement à la hauteur de son cri</a> (plus c’est aigu, plus on pense que le bébé exprime de la douleur). Les crocodiles, eux, se basent sur un critère acoustique plus fiable : le chaos, qui se traduit par la rugosité de la voix qui survient lorsque les cordes vocales sont poussées à leurs limites physiques sous l’effet du stress ou de la douleur. </p> <p>Les crocodiles se sont donc révélés meilleurs que les humains pour évaluer le niveau de détresse des bébés, en particulier des bonobos. Là où nous surestimons la détresse des bonobos à cause de leurs cris suraigus, les crocodiles ne réagissent intensément qu’aux pleurs contenant beaucoup de chaos acoustique, signe d’une véritable urgence, et donc d’une proie vulnérable.</p> <h2>Entre congénère et proie, que privilégier ?</h2> <p>Si les jeunes crocodiliens sont particulièrement bavards, les <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1469-185X.2009.00079.x">adultes ne sont pas en reste</a>. Les mères, et les pères pour les espèces où ils s’occupent de leur progéniture, émettent des grognements qui attirent les jeunes. Femelles et mâles adultes rugissent lors des parades nuptiales et pour défendre leur territoire. Lorsqu’ils se sentent menacés, les adultes peuvent souffler de manière bruyante, ce qui passe l’envie de les approcher. On observe cependant de grandes différences dans l’usage des signaux sonores entre les groupes de crocodiliens : si les alligators et les caïmans sont particulièrement vocaux, les autres crocodiles deviennent plus silencieux à l’âge adulte.</p> <p><audio preload="metadata" controls="controls" data-duration="1" data-image="" data-title="Le rugissement d’un caïman noir adulte" data-size="30973" data-source="Nicolas Mathevon/Université Jean Monnet" data-source-url="" data-license="Fourni par l'auteur" data-license-url=""> <source src="https://cdn.theconversation.com/audio/3240/rugissement-adulte-caiman-noir.mp3" type="audio/mpeg"> </audio> <div class="audio-player-caption"> Le rugissement d’un caïman noir adulte. <span class="attribution"><span class="source">Nicolas Mathevon/Université Jean Monnet</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span><span class="download"><span>30,2 ko</span> <a target="_blank" rel="noopener" href="https://cdn.theconversation.com/audio/3240/rugissement-adulte-caiman-noir.mp3">(download)</a></span></span> </div></p> <p>Imaginez un jeune crocodile affamé qui entend un congénère l’appeler, mais qui sent en même temps une odeur de viande. Que fait-il ? <a href="https://royalsocietypublishing.org/rsos/article/4/6/170386/93550/Cross-sensory-modulation-in-a-future-top-predator">Nous avons testé ce conflit sensoriel</a>. Les résultats montrent que l’état de satiété modifie la réponse comportementale. Un crocodile rassasié est très attentif aux sons sociaux : il se dirige vers les cris de contact de ses congénères. Un crocodile affamé privilégie la recherche d’une source de nourriture. Cela suggère une modulation de l’attention : la priorité de l’animal peut basculer selon les besoins physiologiques.</p> <p>Loin de l’image du monstre primitif, le crocodile est un animal doté d’une vie sensorielle et cognitive riche. Il naît dans un monde sonore, synchronisant son éclosion avec ses frères et sœurs. Il communique avec l’adulte qui s’occupe de lui pour obtenir protection. Il analyse son environnement sonore avec des outils sophistiqués (localisation binaurale, démasquage spatial) dignes des oiseaux ou des mammifères. Il catégorise les sons sur la base de leur timbre pour distinguer les congénères des en-cas. Et il est même capable d’évaluer le niveau de détresse dans la voix d’autres espèces.</p> <hr> <p><em>Ces études sur les crocodiles ont impliqué de nombreux collaborateurs et collaboratrices, dont Thierry Aubin (CNRS), Nicolas Grimault (CNRS), Nicolas Boyer (Université de Saint-Étienne), Amélie Vergne, Léo Papet, Julie Thévenet et Naïs Caron-Delsbosc. Je remercie les parcs zoologiques La Ferme aux crocodiles (Pierrelatte, France) et Crocoparc (Agadir, Maroc) pour leur soutien</em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/271640/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Nicolas Mathevon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> On l’imagine chasseur solitaire et discret, constamment à l’affût d’une proie. Pourtant, l’armure d’écailles du crocodile dissimule une vie sociale complexe. Nicolas Mathevon, Professeur (Neurosciences & bioacoustique - Université de Saint-Etienne, Ecole Pratique des Hautes Etudes - PSL & Institut universitaire de France), Université Jean Monnet, Saint-Étienne Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272385 2026-01-21T10:36:10Z 2026-01-21T10:36:10Z Géo-ingénierie marine : qui développe ces grands projets, et qu’y a-t-il à y gagner ? <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/710767/original/file-20260105-62-ic04ev.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=0%2C508%2C2201%2C1467&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">L’océan joue un rôle important pour absorber le carbone présent dans l’atmosphère terrestre et le stocker. Des start-ups cherchent à favoriser ce stockage dans le but de limiter les impacts du changement climatique, mais l’efficacité et les risques de ces techniques sont mal connus.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.esa.int/Applications/Observing_the_Earth/Space_for_our_climate/Earth_from_Space_A_southern_summer_bloom">ESA</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/">CC BY-SA</a></span></figcaption></figure><p><strong>Le mot « géo-ingénierie » recouvre un grand nombre de techniques, du « parasol spatial », qui limite l’arrivée de lumière du soleil dans l’atmosphère, à l’ensemencement de l’océan pour lui faire absorber encore plus de carbone qu’il ne le fait naturellement.</strong></p> <p><strong>Manuel Bellanger étudie à l’Ifremer le développement des techniques de géo-ingénierie marine avec son regard d’économiste. Cet interview, réalisée par Elsa Couderc, cheffe de rubrique Sciences et Technologies, constitue le second volet de « regards croisés » sur la géo-ingénierie climatique. Dans le premier, nous explorons avec Laurent Bopp, climatologue et académicien, les <a href="https://theconversation.com/geo-ingenierie-climatique-de-quoi-parle-t-on-pour-quelles-efficacites-et-quels-nouveaux-risques-272387">nouveaux risques climatiques que ces techniques pourraient faire émerger</a>.</strong></p> <hr> <p><strong>The Conversation : La géo-ingénierie marine est mal connue en France, pourtant elle se développe à l’étranger. Qui développe ces projets ?</strong></p> <p><strong>Manuel Bellanger :</strong> En ce qui concerne l’océan, le spectre des acteurs et des techniques de géo-ingénierie est très varié.</p> <p>Les initiatives les plus prudentes sont en général pilotées par des instituts de recherche, par exemple aux États-Unis ou en Allemagne. Leur finalité est plutôt de comprendre si ces interventions sont techniquement possibles : peut-on développer des méthodes pour capturer du CO₂ atmosphérique par l’océan, mesurer la quantité de carbone stockée durablement, vérifier les affirmations des différents acteurs, étudier les impacts écologiques, tenter de définir des bonnes pratiques et des protocoles ? Ces projets de recherche sont typiquement financés par des fonds publics, souvent sans objectif de rentabilité immédiate.</p> <p>Il existe aussi des collaborations entre institutions académiques et partenaires privés et, enfin, à l’autre bout du spectre, un certain nombre de start-up qui font la promotion du déploiement rapide et massif de ces techniques.</p> <p><strong>Peut-on espérer gagner de l’argent grâce à la géo-ingénierie marine ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Le modèle économique de ces start-up repose sur la vente de crédits carbone qu’elles espèrent pouvoir mettre sur les marchés volontaires du carbone – c’est-à-dire qu’elles cherchent à vendre des certificats à des acteurs privés qui veulent compenser leurs émissions.</p> <p>Pour cela, la séquestration doit être certifiée par des standards ou des autorités. Sachant qu’il y a aussi des initiatives privées qui développent des certifications… aujourd’hui, c’est un peu la jungle, les marchés volontaires du carbone. Et l’achat de ces crédits certifiés reste sur la base du volontariat, puisqu’il n’y a généralement pas d’obligation réglementaire pour les entreprises de compenser leurs émissions.</p> <p><strong>Pouvez-vous nous donner des exemples de telles start-up et l’état de leurs travaux ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Running Tide, aux États-Unis, a tenté de développer des crédits carbone issus de la culture d’algues sur des bouées biodégradables qui devaient couler sous leur propre poids dans les profondeurs abyssales. Mais ils ne sont pas parvenus à produire des quantités significatives d’algues. L’entreprise a finalement eu recours au déversement de milliers de tonnes de copeaux de bois dans les eaux islandaises pour essayer d’honorer les crédits carbone qu’ils avaient vendus. Mais les experts et observateurs ont critiqué le manque de preuves scientifiques montrant que cette approche permettait réellement de séquestrer du CO₂ et l’absence d’évaluation des impacts sur les écosystèmes marins. L’entreprise finalement a cessé ses activités en 2024 pour des raisons économiques.</p> <p>Une start-up canadienne, Planetary Technology, développe une approche d’augmentation de l’alcalinité océanique visant à accroître l’absorption du CO₂ atmosphérique et son stockage à long terme sous forme dissoute dans l’océan. Pour cela, ils ajoutent à l’eau de mer du minerai alcalin, de l’hydroxyde de magnésium. Ils ont annoncé avoir vendu des crédits carbone, notamment à Shopify et British Airways.</p> <p>Une autre société, californienne cette fois, Ebb Carbon, cherche également à augmenter l’alcalinité océanique, mais par électrochimie : ils traitent de l’eau de mer pour la séparer en flux alcalins et acides, puis renvoient la solution alcaline dans l’océan. Cette société a annoncé avoir signé un contrat avec Microsoft pour retirer des centaines de milliers de tonnes de CO₂ sur plusieurs années.</p> <p>L’écosystème commercial fleurit déjà en Amérique du Nord, même si on n’en entend pas forcément parler ici.</p> <p>Il y a aussi une sorte de fonds, appelé Frontier Climate, qui engage des contrats anticipés pour des tonnes de CO₂ qui seront retirées de l’atmosphère dans le futur : ils achètent par avance des crédits carbone à des sociétés qui sont en phase de développement et qui ne sont pas encore réellement en train de capturer et de séquestrer du carbone. Derrière ce fonds-là, il y a des géants de la tech, comme Google ou Facebook, parmi les membres fondateurs. On peut supposer que c’est une manière pour ces entreprises, qui ont une consommation énergétique assez importante, de s’acheter une vertu climatique. Donc, eux, ils ont déjà annoncé avoir acheté pour 1,75 million de dollars (plus de 1,5 million d’euros) de crédits carbone à des entreprises d’alcalinisation de l’océan.</p> <p><strong>Et pourtant, vous disiez tout à l’heure qu’on n’est pas encore sûrs de savoir mesurer scientifiquement si l’océan a bien absorbé ces tonnes de carbone.</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Effectivement, les bases scientifiques de ces techniques-là ne sont vraiment pas solides aujourd’hui. On ne sait pas encore quelles quantités de CO₂ elles vont permettre de capturer et de séquestrer et on ne sait pas non plus quels vont être les impacts sur l’environnement.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/geo-ingenierie-climatique-de-quoi-parle-t-on-pour-quelle-efficacite-et-quels-nouveaux-risques-272387">Géo-ingénierie climatique : de quoi parle-t-on ? Pour quelle efficacité et quels nouveaux risques ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <p><strong>Et côté scientifique, il n’y a donc pour l’instant pas de consensus sur la capacité des techniques de géo-ingénierie marine à retirer suffisamment de carbone de l’atmosphère pour réellement freiner le changement climatique ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Il y a même pratiquement un consensus scientifique pour dire que, aujourd’hui, on ne peut pas présenter les techniques de géo-ingénierie marine comme des solutions. En fait, tant qu’on n’a pas drastiquement réduit les émissions de gaz à effet de serre, beaucoup considèrent qu’il est complètement futile de vouloir commencer à déployer ces techniques-là.</p> <p>En effet, aujourd’hui, les ordres de grandeur évoqués (le nombre de tonnes que les entreprises annoncent séquestrer) n’ont rien à voir avec les ordres de grandeur qui permettraient de changer quoi que ce soit au climat. Par exemple, pour la culture de macroalgues, certaines modélisations estiment qu’il faudrait recouvrir 20 % de la surface totale des océans avec des fermes de macroalgues – ce qui est déjà presque absurde en soi – pour capturer (si ça marche) 0,6 gigatonne de CO₂ par an… à comparer aux 40 gigatonnes que l’humanité émet aujourd’hui chaque année. Si ces techniques pouvaient jouer un rôle dans le futur pour compenser les émissions que le Giec désigne comme « résiduelles » et « difficiles à éviter » (de l’ordre de 7 à 9 gigatonnes de CO₂ par an à l’horizon 2050) et atteindre des objectifs de neutralité carbone, les déployer aujourd’hui ne pourrait en aucun cas remplacer des réductions d’émissions rapides et massives.</p> <p><strong>Alors, qui pousse ces développements technologiques ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Un certain nombre d’initiatives semblent être poussées par ceux qui ont un intérêt au statu quo, peut-être même par certains qui n’auraient pas de réelle volonté de déployer la géo-ingénierie, mais qui ont un intérêt à faire diversion pour retarder l’action qui viserait à diminuer les émissions aujourd’hui.</p> <p><strong>On pense plutôt aux acteurs des énergies fossiles qu’aux géants de la tech, dans ce cas ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Les acteurs des énergies fossiles ont effectivement cet intérêt à retarder l’action climatique, mais ils sont de fait moins visibles aujourd’hui dans le financement direct des techniques de géo-ingénierie – il semble qu’ils soient plus dans le lobbying et dans les discours qui vont légitimer ce genre de techniques.</p> <p><strong>De fait, investir dans la géo-ingénierie ne fait-il pas courir le risque de détourner l’attention des citoyens et des gouvernements de l’urgence de réduire nos émissions de gaz à effet de serre ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> C’est un risque clairement identifié dans la littérature scientifique, parfois sous le nom d’« aléa moral climatique », parfois d’« effet de dissuasion ». Derrière, il y a l’idée que la promesse de solutions technologiques futures, comme la géo-ingénierie marine, pourrait affaiblir la volonté politique ou sociétale de réduire les émissions dès maintenant. Donc le risque d’être moins exigeants envers nos décideurs politiques pour qu’ils tiennent les engagements climatiques et, <em>in fine</em>, que le décalage entre les objectifs et l’action climatique réelle soit toujours plus grand.</p> <p>Par ailleurs, on a des ressources financières, ressources en main-d’œuvre, en expertise, qui sont somme toute limitées. Tout ce qui est investi dans la recherche et le développement ou pour l’expérimentation de ces technologies de géo-ingénierie peut se faire au détriment des ressources allouées pour les mesures d’atténuation connues et démontrées : l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la sobriété. On sait que ces solutions fonctionnent : ce sont elles qu’il faudrait mettre en œuvre le plus rapidement.</p> <p>La priorité absolue – on n’arrête pas de le répéter –, c’est la diminution rapide des émissions de gaz à effet de serre. Donc la position de la plupart des scientifiques, c’est que ces techniques de géo-ingénierie marine devraient être explorées d’un point de vue de la recherche, par exemple pour évaluer leur efficacité et leurs effets environnementaux, économiques et sociaux, de manière à éclairer les choix politiques et sociétaux à venir. Mais, encore une fois, aujourd’hui la géo-ingénierie marine ne peut pas être présentée comme une solution à court terme.</p> <p><strong>C’est pour cela que la communauté scientifique appelle à une gouvernance internationale de la géo-ingénierie, avant un déploiement massif de ces techniques. Quelles instances internationales seraient à même de mener une gouvernance sur le sujet ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Il faut en effet que les États s’impliquent fortement dans la gouvernance de la géo-ingénierie, et il faut des traités internationaux. Pour l’instant, c’est assez fragmenté entre différents instruments juridiques, mais il y a ce qu’on appelle le protocole de Londres, adopté en 1996, pour éviter la pollution en mer par <em>dumping</em> (le fait de pouvoir décharger des choses en mer). Ce protocole permet déjà en partie de réguler les usages de géo-ingénierie marine.</p> <p>Par exemple, la fertilisation des océans par ajout de fer visant à stimuler le phytoplancton qui capture le CO₂ par photosynthèse. Cette technique rentre dans le cadre existant du protocole de Londres, qui interdit la fertilisation de l’océan à des fins commerciales et impose un cadre strict pour la recherche scientifique depuis plus d’une quinzaine d’années. Le protocole pourrait être adapté ou amendé pour réguler d’autres techniques de géo-ingénierie marine, ce qui est plus facile que de créer un nouveau traité international.</p> <p>Les COP sur le climat sont aussi importantes pour deux raisons : elles rassemblent plus de nations que le protocole de Londres, et elles sont le cadre privilégié pour discuter des marchés carbone et donc pour éviter la prolifération d’initiatives commerciales non contrôlées, pour limiter les risques environnementaux et les dérives du type crédits carbone douteux.</p> <p>Il y a des précédents avec ce qu’il s’est passé sur les crédits carbone forestiers : une enquête publiée par le <em>Guardian</em> en 2022 a montré que plus de 90 % des projets certifiés par Verra – le principal standard mondial – n’ont pas empêché la déforestation ou ont largement surévalué leurs bénéfices climatiques. Sans encadrement, la géo-ingénierie marine pourrait tout à fait suivre le même chemin.</p> <p>Enfin, il y a bien sûr des enjeux d’équité, si ceux qui mettent en œuvre une action ne sont pas ceux qui risquent de subir les impacts ! Là aussi, il y a des précédents observés sur des projets forestiers certifiés pour générer des crédits carbone, où les bénéfices économiques sont captés par les investisseurs tandis que les communautés locales subissent des restrictions d’accès aux ressources forestières ou sont exposées à des changements dans leur mode de vie.</p> <p><strong>Concrètement, quels sont les risques pour les populations qui vivent à proximité de l’océan ou s’en servent de ressource nourricière, par exemple ?</strong></p> <p><strong>M. B. :</strong> Ça dépend vraiment de la technique de géo-ingénierie utilisée et de l’endroit où ça va être déployé. Par exemple, si on imagine un déploiement massif de cultures d’algues, ça pourrait modifier les écosystèmes côtiers, et par ailleurs générer une concurrence pour l’espace avec la pêche ou l’aquaculture traditionnelle.</p> <p>Sur les littoraux, où les activités maritimes sont souvent très denses, il y a déjà des conflits d’usage, que l’on observe par exemple dans les tensions autour des installations de parcs éoliens en mer.</p> <hr> <p><em>Propos recueillis par Elsa Couderc</em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272385/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Manuel Bellanger a reçu des financements dans le cadre du programme ANR n° 21-POCE-0001 PPR Océan &amp; Climat. </span></em></p> La géo-ingénierie vise (sans preuve d’efficacité) à éviter les risques climatiques, mais c’est aussi un moyen de gagner de l’argent. Manuel Bellanger, Chercheur en économie, Ifremer Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272387 2026-01-21T10:36:05Z 2026-01-21T10:36:05Z Géo-ingénierie climatique : de quoi parle-t-on ? Pour quelle efficacité et quels nouveaux risques ? <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/712599/original/file-20260115-56-vu8wow.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=5%2C0%2C1205%2C803&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">L’idée d’injecter des aérosols dans l’atmosphère pour imiter l’effet des éruptions volcaniques et masquer les rayons du Soleil n’est pas nouvelle, mais elle nous expose au risque de «&amp;nbsp;choc terminal&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: un réchauffement brutal si l’injection venait à s’arrêter. Ici, une éruption du volcan Tonga, dans le Pacifique.</span> <span class="attribution"><span class="source">Goes-West Satellite/NOAA/RAMMB/CIRA</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p><strong>La « géo-ingénierie climatique » recouvre un ensemble de techniques qui visent à manipuler le climat à grande échelle afin d’éviter les risques du changement climatique. Ces techniques sont très variées, depuis les parasols spatiaux pour limiter l’arrivée des rayons du soleil dans l’atmosphère jusqu’à la fertilisation des océans pour que le phytoplancton consomme davantage de CO₂, en passant par la restauration et la conservation de zones humides où le carbone est stocké de façon préférentielle.</strong></p> <p><strong>En octobre 2025, l’Académie des sciences a publié un rapport qui détaille ce que l’on sait et ce que l’on ignore encore sur les éventuels bénéfices de ces techniques et sur les nouveaux risques qu’elles font surgir.</strong></p> <p><strong>Elsa Couderc, cheffe de rubrique Sciences et Technologies, explore ici avec Laurent Bopp, climatologue et académicien, les nouveaux risques climatiques que ces techniques pourraient faire émerger. Le second volet de ces « regards croisés » est un entretien avec Manuel Bellanger, qui étudie à l’Ifremer <a href="https://theconversation.com/geo-ingenierie-marine-qui-developpe-ces-grands-projets-et-quy-a-t-il-a-y-gagner-272385">le développement des techniques de géo-ingénierie marine avec un regard d’économiste</a>.</strong></p> <hr> <p><strong>The Conversation : Pourquoi l’Académie des sciences s’empare-t-elle aujourd’hui du sujet de la géo-ingénierie climatique, alors qu’on en parle relativement peu en France ?</strong></p> <p><strong>Laurent Bopp :</strong> Le sujet est de plus en plus présent dans la littérature scientifique, dans le débat scientifique et dans le débat politique qui entoure les discussions sur le changement climatique. On ne s’en rend pas bien compte en France, mais aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, au Canada, le débat est beaucoup plus présent.</p> <p>Certains climatologues, y compris de renom, se prononcent pour faire beaucoup plus de recherches sur ces technologies, mais aussi parfois pour envisager leur déploiement à grande échelle afin d’éviter un réchauffement trop important. L’argument est simple : un niveau de réchauffement trop élevé génère des risques importants et pourrait conduire au dépassement de certains points de bascule potentiels dans le système climatique, par exemple une fonte irréversible des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, ce qui pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres additionnels.</p> <p>En France, nous avons besoin collectivement de plus d’informations et de plus de débats autour de ces techniques. Nous avons eu le sentiment que certains de nos représentants se sont retrouvés en partie dépourvus dans des arènes de négociations internationales, face à des représentants d’autres gouvernements qui ont un agenda très agressif sur ces technologies. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles l’Académie des sciences s’est emparée du sujet.</p> <p><strong>L’idée des interventions de géo-ingénierie climatique, c’est de réduire les risques liés au changement climatique. Mais ces interventions pourraient-elles induire de nouveaux risques et lesquels ?</strong></p> <p><strong>L. B. :</strong> Un des intérêts de ce rapport, c’est de mettre la lumière sur ces nouveaux risques.</p> <p>Mais, avant de rentrer dans le détail, il faut, quand nous parlons de géo-ingénierie climatique, distinguer deux grandes catégories de techniques – ces deux catégories sont fondées sur des approches très différentes et présentent des risques, là aussi, très différents.</p> <p>Pour la première de ces catégories, il s’agit de modifier de façon assez directe le rayonnement solaire. On parle en anglais de <em>Solar Radiation Management</em> ou SRM. Dans ce cas-là, l’action s’apparente plutôt à une sorte de pansement sur la plaie d’une blessure, sans s’attaquer du tout à la cause du changement climatique : l’idée est de refroidir la Terre de façon artificielle, en utilisant par exemple des particules atmosphériques ou des miroirs spatiaux qui limiteraient la pénétration du rayonnement solaire jusqu’à la surface de la Terre. Ce refroidissement pourrait compenser, en partie au moins, le réchauffement lié aux gaz à effet de serre qui continueraient à augmenter dans l’atmosphère.</p> <p>L’injection d’aérosols dans la haute atmosphère vise à imiter des éruptions volcaniques de très grande taille qui, par le passé, ont pu refroidir la Terre. Une des limites premières de cette approche, c’est que cette façon de refroidir la Terre est très différente de la façon dont elle se réchauffe aujourd’hui à cause des gaz à effet de serre : les échelles de temps et les échelles spatiales associées sont très différentes, et cela engendre un certain nombre de conséquences. Les risques sont à lire en fonction de ces deux échelles.</p> <p>Les aérosols que l’on pourrait injecter dans la haute atmosphère ont une durée de vie courte. Ils vont disparaître de l’atmosphère assez rapidement, tandis que les gaz à effet de serre qui réchauffent le système Terre, le CO₂ en particulier, sont dans l’atmosphère pour très longtemps.</p> <p>Cette différence majeure entraîne l’un des risques les plus préoccupants : le risque de « choc terminal ». Concrètement, si l’on décidait d’arrêter brutalement l’injection d’aérosols après s’être engagé dans ce type de stratégie <br>– et les raisons pourraient être multiples, qu’il s’agisse de problèmes de gouvernance, de financement ou de conflits internationaux – le réchauffement climatique jusque-là partiellement masqué réapparaîtrait d’un seul coup. On subirait alors, en très peu de temps, plusieurs années de réchauffement accumulé. On aurait des taux de réchauffement temporels très très rapides, et donc des conséquences sur la biodiversité ou sur les sociétés humaines difficiles à anticiper.</p> <p>En d’autres termes, si le réchauffement arrive relativement lentement, la mise en place de mesures d’adaptation est possible ; s’il est très rapide, les conséquences sont potentiellement bien plus dévastatrices.</p> <p>L’autre risque majeur est lié aux échelles spatiales : refroidir avec des aérosols par exemple, ce n’est pas du tout la même chose que ne pas refroidir en émettant moins de CO₂. Les effets régionaux du refroidissement vont être très différents de ce qu’ils auraient été si on avait réchauffé un peu moins. La localisation des précipitations, l’intensité de la mousson notamment ont des conséquences sur l’agriculture, sur la santé. Sur ces effets régionaux, il y a encore beaucoup d’incertitudes aujourd’hui, c’est quelque chose que les modèles décrivent moins bien que les effets temporels dont je parlais tout à l’heure.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/parasols-geants-et-blanchiment-du-ciel-de-fausses-bonnes-idees-pour-le-climat-228454">Parasols géants et blanchiment du ciel : de fausses bonnes idées pour le climat</a> </strong> </em> </p> <hr> <p><strong>Face à ce risque majeur, l’Académie recommande d’arrêter le déploiement des techniques de modification du rayonnement solaire, et même les recherches sur cette technique de géo-ingénierie…</strong></p> <p><strong>L. B. :</strong> Effectivement, notre rapport recommande de ne pas utiliser ces techniques, et nous allons même jusqu’à suggérer un traité international qui interdirait leur déploiement.</p> <p>Nous pensons aussi qu’il ne faut pas financer, de façon importante, de la recherche qui soit spécifiquement fléchée sur ces techniques de modification du rayonnement solaire, pour éviter de légitimer ces approches trop dangereuses.</p> <p>Bien sûr, nous avons besoin de bien plus de recherche sur le climat et sur les processus climatiques importants, donc sur les processus qui lient, par exemple, les aérosols dans la haute atmosphère avec la modification du rayonnement, mais nous pensons vraiment qu’il faut éviter les projets fondamentalement pensés pour pousser l’avènement de ces technologies. Les risques associés sont trop importants.</p> <p><strong>La géo-ingénierie climatique inclut une deuxième approche, celle qui consiste à augmenter l’efficacité des puits de carbone naturels, par exemple les forêts, les tourbières ou les océans qui absorbent naturellement du carbone. En quoi est-ce fondamentalement différent de la modification du rayonnement solaire ?</strong></p> <p><strong>L. B. :</strong> Il ne s’agit plus de refroidir la Terre pour compenser un réchauffement qui serait lié à l’augmentation des gaz à effet de serre, mais d’éliminer du CO₂ qui est déjà présent dans l’atmosphère. Le terme consacré est celui d’« élimination du dioxyde de carbone », ou <em>Carbon Dioxide Removal</em> (CDR) en anglais.</p> <p>D’abord, soyons clairs : la priorité des priorités reste de réduire les émissions actuelles de façon drastique. Ces « puits de carbone » additionnels ne doivent intervenir que comme un complément, après la réduction des émissions de façon massive et immédiate.</p> <p>Pour stabiliser le climat et répondre aux objectifs de l’accord de Paris à 1,5 ou 2 °C de réchauffement par rapport à l’époque préindustrielle, nous avons besoin d’aller collectivement vers des émissions nettes nulles !</p> <p>Comme il y aura sans doute des secteurs difficiles à décarboner, comme la sidérurgie ou le transport aérien, nous savons qu’il y aura sans doute besoin d’un peu de ces puits de carbone pour compenser ces émissions résiduelles.</p> <p>On est donc sur une ligne de crête compliquée à tenir : ne pas mettre ces techniques d’élimination du CO₂ en avant, pour ne pas décourager la réduction des émissions – en raison du potentiel de décarbonation limité de ces techniques, nous allons y revenir – et en même temps continuer à soutenir la recherche sur ces technologies parce qu’elles pourraient se révéler utiles, au moins dans une certaine mesure.</p> <p>En augmentant l’efficacité des puits de carbone naturels, si on reprend l’analogie avec le pansement et la blessure, on ne s’attaque toujours pas à la cause (l’émission de gaz à effet de serre), mais on remonte dans la chaîne de causalité en s’attaquant à quelque chose de plus amont que dans le cas de la modification du rayonnement solaire.</p> <p><strong>Il existe de nombreux types de méthodes d’élimination du CO₂, à la fois naturelles et technologiques. Présentent-elles toutes le même potentiel et les mêmes risques ?</strong></p> <p><strong>L. B. :</strong> Pour éliminer du CO₂ déjà dans l’atmosphère, il y a une très grande diversité de techniques, en partie parce qu’il existe plusieurs « réservoirs » dans lesquels il serait possible de stocker le CO₂ retiré de l’atmosphère : dans le sous-sol, dans l’océan, dans la biomasse continentale.</p> <p>Pour simplifier, je dirais qu’il y a une série de techniques qui sont aujourd’hui considérées comme « gagnant-gagnant » : elles permettent de retirer du CO₂ de l’atmosphère et elles ont d’autres bénéfices.</p> <p>Prenons par exemple la restauration et la conservation des écosystèmes côtiers, comme les mangroves ou les herbiers marins : ces actions permettent un stockage de carbone et, par exemple, de mieux protéger les côtes contre la montée du niveau marin et les épisodes de submersion côtière. D’autres techniques, en foresterie, en agroforesterie ou en stockant le carbone dans les sols, permettent aussi de développer des pratiques agricoles qui sont plus vertueuses.</p> <p>Malheureusement, comme évoqué dans le rapport, ces approches sont difficiles à mettre à l’échelle, en raison des surfaces souvent limitées et des quantités phénoménales de carbone qu’il faudrait pouvoir stocker dans ces réservoirs naturels pour avoir un effet significatif.</p> <p>Et puis il y a, à l’autre bout du spectre, des techniques qui sont jugées peu efficaces et dont on sait qu’elles ont sans doute des effets dommageables sur les écosystèmes. Compte tenu des connaissances actuelles, l’Académie des sciences recommande de ne pas poursuivre dans ces directions-là.</p> <p>L’exemple le mieux documenté est celui de la fertilisation par le fer du plancton marin, car elle a été envisagée il y a déjà longtemps, à la fin des années 1980. L’idée est d’aller en pleine mer, dans des régions où le développement du phytoplancton est limité par la faible abondance d’un nutriment bien particulier : le fer. Dans ces régions, il n’y a pas besoin d’ajouter beaucoup de fer pour fertiliser le plancton, qui va se développer davantage, et pour cela absorber plus de CO₂. Une partie de la matière organique produite coule ensuite vers les profondeurs de l’océan, emportant avec elle le carbone qu’elle contient. Ce carbone est ainsi isolé de l’atmosphère dans l’océan profond, potentiellement pour des centaines d’années.</p> <p>Plusieurs expériences scientifiques ont été menées en pleine mer dans les années 1990 et 2000. À court terme, elles ont effectivement mis en évidence une augmentation du flux de carbone de l’atmosphère vers l’océan.</p> <p>Toutefois, des travaux plus récents, notamment fondés sur la modélisation, montrent que cette technique est probablement beaucoup moins efficace qu’on ne l’imaginait initialement. Surtout, en modifiant fortement les écosystèmes marins pour capter du carbone, elle entraîne toute une série d’effets indésirables : l’émission d’autres gaz à effet de serre, une diminution de l’oxygène dans les eaux profondes, ou encore l’épuisement de certains nutriments essentiels, qui ne sont alors plus disponibles pour d’autres écosystèmes.</p> <p>Ces constats ont conduit la communauté internationale à réagir. En 2008, les États ont amendé le protocole de Londres afin d’y introduire une interdiction de ce type de pratiques en haute mer.</p> <p><strong>Dans le cas de la fertilisation des océans, les risques sont donc bien documentés – ils ne concernent pas directement le climat mais des dommages collatéraux ?</strong></p> <p><strong>L. B. :</strong> Oui. Malheureusement, on voit en ce moment une résurgence de certains projets poussés par certains chercheurs qui continuent à défendre ce type de techniques, par exemple aux États-Unis. Mais pour nous, il semble clair qu’il ne faut pas recommander ces techniques aux effets collatéraux bien documentés.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/geo-ingenierie-marine-qui-developpe-ces-grands-projets-et-quy-a-t-il-a-y-gagner-272385">Géo-ingénierie marine : qui développe ces grands projets, et qu’y a-t-il à y gagner ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Entre les techniques trop risquées, comme la fertilisation des océans, et les techniques de conservation et de restauration, que j’appelais « gagnant-gagnant » tout à l’heure, il y a d’autres techniques, pour lesquelles on a besoin de davantage de recherche – c’est le cas, par exemple, des techniques d’alcalinisation de l’océan.</p> <p>Il s’agit d’une technique chimique cette fois : on augmente le pouvoir tampon de l’océan en ajoutant du matériel alcalin. Un des points positifs, c’est que cette technique consiste en l’accélération d’un phénomène naturel qui est l’altération des roches sur les continents. Quand les roches s’altèrent, elles apportent de l’alcalinité à l’océan, donc elles augmentent le pouvoir tampon de l’océan qui absorbe plus de CO₂ – c’est un processus très lent, qui a un rôle très important sur les échelles de temps très, très longues et qui régule en partie le cycle du carbone sur les échelles de temps géologiques.</p> <p>Deuxième avantage : le CO<sub>2</sub> ainsi stocké dans l’océan l’est de manière très durable, bien plus que dans des approches reposant sur du carbone organique (comme la fertilisation des océans) où le stockage est beaucoup plus incertain. Troisième point positif, cette augmentation de l’alcalinité permet aussi de réduire partiellement l’acidification des océans.</p> <p>Mais ces bénéfices s’accompagnent de nombreuses incertitudes et de risques. Ajouter des matériaux alcalins modifie parfois fortement la chimie de l’eau de mer. Quels effets cela pourrait-il avoir sur les écosystèmes marins, le plancton ou les espèces côtières dont dépendent de nombreuses populations humaines ? À ce stade, nous manquons encore de données pour répondre clairement à ces questions.</p> <p>L’efficacité même de la technique reste également incertaine. Pour qu’elle fonctionne, l’alcalinité ajoutée doit rester dans les couches de surface de l’océan, là où les échanges avec l’atmosphère ont lieu. Si elle est rapidement entraînée vers les profondeurs, son impact sur l’absorption du CO₂ devient très limité.</p> <p>Enfin, il y a beaucoup de questions sur le coût de ces techniques. En particulier, un certain nombre de start-up et d’entreprises s’orientent vers des méthodes électrochimiques, mais c’est très coûteux d’un point de vue énergétique. Il faut faire le bilan sur l’ensemble du cycle de vie de ces techniques.</p> <p>En somme, on a une gamme de techniques, parfois appelées abusivement « solutions » : certaines que l’on ne recommande pas aujourd’hui parce que les risques sont énormes ; d’autres qu’il faut prioriser et recommander, mais qui ont une efficacité somme toute limitée. Et puis entre les deux, des méthodes sur lesquelles il faut continuer à travailler.</p> <p><strong>À l’échelle internationale, où et quand se discutent les nouveaux risques des techniques de géo-ingénierie climatique ?</strong></p> <p><strong>L. B. :</strong> La question des puits de carbone est déjà largement débattue dans le cadre des COP Climat, notamment parce que les gouvernements peuvent les intégrer dans leurs objectifs de réduction des émissions. C’est le cas, par exemple, des stratégies d’afforestation (boisement) et de reforestation. En revanche, il reste encore beaucoup de travail à faire sur les modalités concrètes de mise en œuvre de certaines techniques d’élimination du CO₂ que nous avons évoquées. En particulier, les questions de mesure et de vérification du CO₂ réellement retiré de l’atmosphère sont complexes et loin d’être résolues. Le Giec a d’ailleurs été mandaté par les gouvernements pour produire un rapport méthodologique spécifiquement consacré à ces enjeux.</p> <p>En ce qui concerne la modification du rayonnement solaire, mon inquiétude est nettement plus forte. Certains pays affichent désormais ouvertement leur intérêt pour un déploiement potentiel de ces techniques. </p> <p>Dans le prochain rapport du Giec, la géo-ingénierie occupera une place plus importante que dans les précédents. J’espère que cela permettra de documenter de façon précise et convaincante les risques potentiels associés à ces approches.</p> <hr> <p><em>Propos recueillis par Elsa Couderc</em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272387/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Bopp Laurent a reçu des financements du CNRS, de l&#39;Agence Nationale de la Recherche, de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, du Programme Horizon Europe de la Commission Européenne, et de la Fondation Schmidt Sciences.</span></em></p> Loin d’être la solution magique, manipuler artificiellement le climat pourrait générer de nouveaux risques –&nbsp;certains sont déjà bien documentés, d’autres plus incertains à ce stade. Laurent Bopp, Directeur de recherche, Centre national de la recherche scientifique (CNRS); École normale supérieure (ENS) – PSL; Académie des sciences Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/261687 2026-01-20T15:58:51Z 2026-01-20T15:58:51Z Des planètes errantes, sans étoile, découvertes par le satellite Euclid <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/711239/original/file-20260107-64-w4rtpy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=150%2C0%2C1620%2C1080&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Difficiles à observer, les planètes errantes commencent à se dévoiler notamment grâce au télescope Euclid. De futures missions devraient nous en apprendre beaucoup sur ces astres.</span> <span class="attribution"><span class="source">Hervé Bouy/Cosmic-Dance Team</span>, <span class="license">Fourni par l&#39;auteur</span></span></figcaption></figure><p><strong>Sa mission est de cartographier le cosmos pour en dévoiler les mystères. Mais au passage, le satellite Euclid a découvert une quinzaine d’exoplanètes sans étoiles : des planètes errantes. On en connaît peu, mais Euclid et de futurs satellites devraient nous aider à comprendre leur formation.</strong></p> <hr> <p>Lorsque le <a href="https://theconversation.com/les-premiers-cliches-de-la-mission-euclid-partie-a-la-decouverte-de-lunivers-sombre-207331">télescope spatial Euclid</a> de l’Agence spatiale européenne (ESA) a été lancé en 2023, son objectif était d’explorer l’un des plus grands mystères de l’Univers : le côté obscur du cosmos. En cartographiant des milliards de galaxies, Euclid doit aider à révéler la nature de la mystérieuse énergie noire qui serait le moteur de l’évolution du cosmos. Il n’avait pas été conçu pour étudier les régions de formation d’étoiles ni pour traquer des planètes.</p> <p>Mais quelques mois après son lancement, l’ESA a mis en place le programme d’observations préliminaires d’Euclid <a href="https://www.cosmos.esa.int/web/euclid/ero-public-release">(<em>Euclid early release observations</em>, ou ERO)</a>. Ce programme vise à démontrer les performances exceptionnelles du télescope à travers une large gamme d’objets astrophysiques, qu’il s’agisse de galaxies et d’amas lointains ou de régions de formation d’étoiles beaucoup plus proches. Cela permet de mettre en lumière la polyvalence et la précision des instruments d’Euclid, et prouver leur valeur bien au-delà de sa mission principale de cosmologie.</p> <h2>Des planètes sans soleil</h2> <p>Par définition, les planètes sont censées orbiter autour d’étoiles. Mais certaines sont <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan%C3%A8te_errante">solitaires</a>, errant dans l’espace interstellaire sans étoile pour les réchauffer. Ces planètes errantes, comme on les surnomme, sont de véritables orphelines du cosmos. On pense qu’elles peuvent s’être formées comme des <a href="https://planetplanet.net/2022/06/24/the-suns-birth-cluster-and-planet-forming-disk/">mini-étoiles</a>, à partir de l’effondrement de petits nuages de gaz et de poussières.</p> <p>Une autre hypothèse y voit de vraies planètes, nées autour d’une étoile et ayant été <a href="https://planetplanet.net/2022/06/30/the-giant-planet-instability-the-nice-model/">violemment éjectées de leur système d’origine</a>. Les détecter et les étudier permet ainsi aux astronomes de mieux comprendre à la fois la formation des étoiles et la formation et l’évolution précoce (et parfois chaotique) des systèmes planétaires.</p> <p>Jusqu’à présent, repérer ces corps discrets relevait presque de l’impossible tant la lumière qu’ils émettent est faible. Ils sont aussi très difficiles à distinguer d’autres objets astrophysiques, en particulier de galaxies lointaines. Mais Euclid, grâce à la combinaison unique d’un grand champ de vision, d’une résolution fine et d’une sensibilité allant de la lumière visible à l’infrarouge, a changé la donne.</p> <h2>Euclid prend le Taureau par les cornes</h2> <p>Lorsque l’ESA a proposé à la communauté scientifique de participer au programme ERO, notre équipe a suggéré de pointer Euclid vers une région de formation d’étoiles bien connue : le nuage LDN 1495, au sein de la constellation du Taureau, situé à environ 450 années-lumière. Cette région sombre, où le gaz et la poussière se condensent pour former de jeunes étoiles, est étudiée depuis des décennies, mais ne l’avait jamais été avec la précision et la sensibilité fournie par Euclid.</p> <p>Les observations d’Euclid ont été combinées à plus de vingt ans d’imagerie au sol accumulée par <a href="https://doi.org/10.1051/0004-6361/202553979">notre équipe</a> et obtenue avec des télescopes, comme le Canada-France-Hawaii Telescope (<a href="https://www.cfht.hawaii.edu/">CFHT</a>), <a href="https://subarutelescope.org/en/">Subaru</a> ou <a href="https://about.ifa.hawaii.edu/ukirt/">UKIRT</a>, tous les trois situés sur le sommet du volcan Mauna Kea dans l’archipel hawaiien (États-Unis). Cette longue période d’observation nous a permis de mesurer les mouvements, les luminosités et les couleurs de centaines de milliers de sources faibles dans ces images.</p> <p>Parmi elles, 15 objets se distinguent. Leur luminosité, leur couleur et leur mouvement correspondent à ceux attendus pour des objets qui se sont formés dans les nuages moléculaires du Taureau. Ces objets partagent certaines propriétés : étant nés à peu près ensemble, ils sont tous jeunes (quelques millions d’années), situés à une distance similaire (celle des nuages, d’environ 425 à 490 années-lumière) et se déplacent ensemble à la même vitesse et dans la même direction dans le ciel, ayant hérité du mouvement du nuage moléculaire où ils sont nés. Neuf de ces quinze objets sont totalement nouveaux, et parmi les plus faibles et les moins massifs jamais détectés dans cette région.</p> <p>Certains de ces candidats sont incroyablement petits : d’après leur luminosité extrêmement faible, ils pourraient avoir des masses proches ou légèrement supérieures à celle de Jupiter. C’est bien en dessous du seuil de masse d’une étoile ou même d’une naine brune, un astre plus gros qu’une planète, mais trop petit pour être une étoile. Cela les place donc clairement dans la catégorie des objets de masse planétaire. S’ils sont confirmés, ils compteraient parmi les objets les plus légers jamais détectés de manière directe en dehors d’un système solaire.</p> <h2>Une fenêtre sur les origines cosmiques</h2> <p>Cette découverte est bien plus qu’une curiosité : elle ouvre une fenêtre directe sur la façon dont l’Univers fabrique ses étoiles et ses planètes. Ces mondes solitaires se forment-ils de la même manière que les étoiles, à partir de petits fragments de nuages qui s’effondrent sous l’effet de la gravité ? Ou bien sont-ils les orphelins de systèmes planétaires, expulsés par le chaos gravitationnel de leur famille ?</p> <p>Chacun de ces deux scénarios a des implications différentes pour notre compréhension des premiers stades de la formation stellaire, mais aussi de la formation des planètes. Dans des régions comme la constellation du Taureau, où la densité d’étoiles est faible et les étoiles massives sont rares, ces objets de masse planétaire pourraient se former directement par effondrement gravitationnel, brouillant encore davantage la frontière entre planète et étoile.</p> <p>Les résultats de notre équipe suggèrent également que ces planètes errantes pourraient ne pas être si rares. En extrapolant nos résultats à l’ensemble du complexe du Taureau, on peut estimer que des dizaines d’entre elles, encore à découvrir, pourraient exister dans cette région.</p> <h2>Un Univers plein de surprises</h2> <p>Ce travail ne constitue qu’une première étape. Euclid a déjà observé <a href="https://doi.org/10.1051/0004-6361/202450793">d’autres régions</a> de formation d’étoiles dans le cadre du programme ERO, actuellement en cours d’analyse, et pourrait en observer à nouveau à l’avenir, offrant ainsi des mesures de mouvements encore plus précises et des recensements plus complets. </p> <p>À moyen terme, le futur télescope spatial <a href="https://roman.gsfc.nasa.gov/">Nancy-Grace-Roman</a>, dont le lancement est prévu à l’automne 2026, disposera de capacités similaires et complémentaires en grand champ et en infrarouge. Ensemble, ces télescopes ouvriront une ère nouvelle pour l’étude systématique des objets de très faible masse dans les jeunes régions du cosmos.</p> <p>Enfin, le <a href="https://www.stsci.edu/jwst">James-Webb Space Telescope</a> jouera un rôle clé dans le suivi de ces découvertes, en fournissant les observations spectroscopiques indispensables pour confirmer la nature, la masse et la composition des atmosphères de ces mondes errants. Ces missions dessinent un avenir particulièrement prometteur pour l’exploration des origines des étoiles et des planètes errantes.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/euclid-vs-james-webb-le-match-des-telescopes-spatiaux-230240">Euclid vs James-Webb : le match des télescopes spatiaux ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Chaque nouveau grand télescope finit par accomplir des découvertes qu’il n’était pas censé faire. Le télescope spatial Hubble a révolutionné la cosmologie, mais il nous a aussi offert des vues spectaculaires des pouponnières d’étoiles. Aujourd’hui, Euclid, construit pour cartographier le squelette invisible du cosmos, révèle de nouveaux mondes en formation flottant dans l’Univers sans attache et sans étoile. Petits, froids et solitaires, ces mondes vagabonds nous rappellent que la frontière entre planète et étoile est mince et que, même dans l’obscurité entre les étoiles, il reste des histoires à découvrir.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/261687/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Hervé Bouy est membre senior de l&#39;Institut Universitaire de France. Il a reçu des financements du Conseil européen pour la recherche (ERC) et a été employé à l&#39;Agence spatiale européenne (ESA).</span></em></p> Le satellite Euclid a découvert une quinzaine de planètes errantes, sans étoile. Peu visibles, ces astres recèlent encore bien des mystères. Hervé Bouy, Professeur, Astrophysique, Université de Bordeaux Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272216 2026-01-19T15:25:10Z 2026-01-19T15:25:10Z La microscopie de fluorescence à super-résolution : véritable tournant technologique dans l’analyse de la dynamique des mitochondries <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/711438/original/file-20260108-56-stvcg4.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=206%2C0%2C787%2C525&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Jusqu’à présent, il était difficile de distinguer des mitochondries individuelles, et encore plus délicat de voir à l’intérieur&amp;nbsp;: ici, ce sont des agrégats de mitochondries que l’on distingue en doré.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://nigms.nih.gov/image-gallery/5762">Torsten Wittmann, University of California, San Francisco</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p><strong>Explorer l’intérieur de nos cellules et leurs compartiments, tout en identifiant chaque protéine pour les cartographier, préciser leurs interactions et déchiffrer de nouveaux mécanismes biologiques… c’est désormais à notre portée grâce au développement de microscopes de super-résolution. Grâce à ces nouvelles techniques, les mitochondries, composants clés des cellules impliqués dans de nombreuses pathologies, révèlent une partie de leurs mystères.</strong></p> <hr> <p>Les <a href="https://theconversation.com/corps-humain-lhypothese-dun-budget-energetique-limite-pour-gerer-notre-sante-262154">mitochondries</a> sont principalement connues pour être les centrales énergétiques de nos cellules, car elles y sont responsables de la production d’énergie et de chaleur. Elles participent également à la synthèse de nombreuses molécules et assurent un contrôle crucial sur la vie et la mort des cellules. Récemment, des microscopes ultrasophistiqués ont permis de mettre à jour l’incroyable vie active des mitochondries, qui se déplacent, fusionnent entre elles et se séparent.</p> <p>Ces progrès sont cruciaux car les mitochondries sont impliquées dans de nombreuses atteintes neurodégénératives, maladies cardio-vasculaires et cancers. Comprendre comment les mitochondries endommagées contribuent au processus d’une maladie est essentiel pour le développement de traitements.</p> <h2>Les mitochondries, un réseau en reconfiguration perpétuelle</h2> <p>Dans la plupart des cellules et des tissus, les mitochondries ont la forme de tubes, plus ou moins longs. Les mitochondries s’adaptent à la taille et aux besoins énergétiques des cellules, ainsi dans les larges cellules énergivores, il peut y avoir plus de 200 000 mitochondries par cellules tandis que dans d’autres cellules, il y aurait moins de 100 mitochondries. En fonction de l’organe d’origine de la cellule, les mitochondries se répartissent dans la cellule et forment de grands réseaux. Elles changent également sans cesse de formes et leurs attachements avec les autres structures de la cellule.</p> <p>Dès les années 1950, les données de microscopies électroniques <a href="https://doi.org/10.1002/ar.1091140304">ont révélé</a> la structure de ces petits tubes et précisé leur organisation membranaire. Leur membrane externe est doublée d’une membrane interne, qui s’invagine et forme des poches à l’intérieur des mitochondries. Ces poches sont appelées crêtes et sont le <a href="https://doi.org/10.64628/AAK.yqfdy33mc">lieu de la synthèse d’énergie</a>.</p> <p>Pour bien comprendre la fonction des mitochondries, il faut donc s’intéresser à leur structure, leur dynamique et leur distribution. Un axe important de travaux scientifiques porte sur cette relation structure-fonction afin de découvrir de nouveaux moyens de protéger la morphologie mitochondriale et de développer des stratégies thérapeutiques pour lutter contre les maladies mitochondriales ou les atteintes neurodégénératives.</p> <h2>La microscopie de fluorescence, la clé pour le suivi des mitochondries en temps réel</h2> <p>Si la microscopie électronique permet d’obtenir des vues extrêmement détaillées des mitochondries, son utilisation ne permet pas de rendre compte de la complexité de leur organisation au sein des cellules, ni de leur nature dynamique. En effet, ce type de microscopie se limite à des images cellulaires figées dans le temps. C’est ici qu’intervient la <a href="https://theconversation.com/images-de-science-la-dynamique-des-mitochondries-eclairee-par-la-microscopie-a-fluorescence-166361">microscopie de fluorescence</a>, un domaine en pleine effervescence qui permet de capturer des images ou des vidéos.</p> <p>La microscopie de fluorescence repose sur le principe d’excitation et d’émission contrôlées de photons, particules composant la lumière, par des molécules présentes dans les cellules. Contrairement aux microscopes à fond clair, qui sont les microscopes les plus simples, comme ceux utilisés en cours de sciences, et où l’image est générée à partir des signaux collectés après le passage de la lumière à travers l’échantillon, les microscopes à fluorescence collectent les signaux lumineux qui proviennent de l’objet biologique lui-même, comme des petites ampoules que l’on allumerait au cœur de la cellule.</p> <p>Le développement de l’informatique et des capteurs de caméra sensibles et rapides ont également rendu possible le suivi des signaux dans le temps, et la quantification des mouvements de chaque compartiment des mitochondries.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=498&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=498&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=498&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=626&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=626&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/709157/original/file-20251216-62-obyg0q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=626&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Visualisation des membranes internes des mitochondries de cellules fibroblastiques en culture par super-résolution STED. La barre d’échelle représente 500 nanomètres.</span> <span class="attribution"><span class="source">CECAD imaging facility, Université de Cologne, Allemagne ; et S. Plouzennec, Mitolab, Université Angers</span>, <span class="license">Fourni par l'auteur</span></span> </figcaption> </figure> <h2>La super-résolution, quand la science éclaire l’invisible</h2> <p>Pour aller plus loin que ces observations déjà fascinantes de réseaux de mitochondries, la microscopie de fluorescence ne suffit pas. En effet, en microscopie optique, les objets plus petits qu’une certaine taille, environ 200-300 nanomètres radialement et 500-700 nanomètres axialement, ne peuvent pas être distingués. En effet, selon un principe physique, la diffraction de la lumière, soit la déviation des rayons lumineux, fait qu’un émetteur unique apparaît comme une tache sur la caméra – on parle de figure de diffraction, et plus précisément ici de « fonction d’étalement du point ».</p> <p>Cette limitation entrave l’observation précise de structures complexes telles que les mitochondries du fait de leur taille qui est similaire à la limite de diffraction.</p> <p>La microscopie de fluorescence à super-résolution (microSR) a changé la donne dans le domaine de la recherche biologique depuis les années 2000. Grâce à cette technologie, les scientifiques peuvent pénétrer dans le monde nanoscopique et observer en temps réel les structures complexes et les interactions des composants cellulaires. La microscopie de fluorescence à super-résolution englobe quatre techniques principales, dont l’une a été récompensée par le prix Nobel de chimie en 2014.</p> <p>Chacune de ces techniques s’attaque à la limite de diffraction d’une manière unique, <a href="https://doi.org/10.1016/j.semcdb.2024.01.006">permettant de séparer des points situés à moins de 200 nanomètres</a>. Cette avancée permet aux chercheurs d’atteindre des résolutions spatiales de quelques nanomètres, dévoilant ainsi les détails les plus fins des structures cellulaires comme jamais auparavant. Restreints il y a encore peu de temps à quelques laboratoires prestigieux dans le monde, ces équipements se démocratisent et se déploient dans les plates-formes de microscopie.</p> <h2>La mitochondrie sous un nouveau jour, dévoilée à l’échelle nanométrique</h2> <p>Nous avons utilisé un type de microscopie de fluorescence à super-résolution, la microscopie de localisation de molécules uniques, qui nous a permis d’<a href="https://doi.org/10.1073/pnas.2009364117">identifier les protéines sur les membranes des mitochondries et de les cartographier</a>.</p> <p>Avec un autre type de microscopie de fluorescence à super-résolution, nous avons visualisé le contour des crêtes, retrouvant ainsi le visuel connu d’une image de microscopie électronique… à ceci près qu’aucun traitement chimique liée à la fixation de l’échantillon n’est venu perturber l’organisation de ces fines membranes et fragiles petites poches. Ceci permet de découvrir la complexité interne des mitochondries et l’hétérogénéité de ses structures, afin de corréler la morphologie des mitochondries à leur activité ou à la présence de défaut génétique.</p> <p>Ces images donnent accès à deux échelles de temps, c’est-à-dire deux niveaux de cinétique. D’une part, sur quelques minutes durant lesquelles nous pouvons observer, nous voyons que les mitochondries se déplacent, changent de forme, fusionnent entre elles ou se séparent.</p> <p>D’autre part, toujours avec la microscopie de super résolution, nous pouvons observer sur quelques secondes, toute l’ondulation et le remodelage des structures internes des mitochondries nécessaires à la production d’énergie.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/4fn8WFBwi60?wmode=transparent&amp;start=0" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">Visualisation de la dynamique des membranes internes des mitochondries de cellules en culture par super-résolution STED sur quelques minutes (Leica Microsystems, Wetzlar, Germany) en collaboration avec PRIMACEN ; MONT-SAINT-AIGNAN ; C. Laigle (A. Chevrollier Mitolab, Université Angers). Source : Université Angers.</span></figcaption> </figure> <p>Ainsi, on découvre que les mitochondries ne sont pas de simples centrales énergétiques cellulaires mais des organites dynamiques possédant de nombreuses particularités nanoscopiques. La microscopie de super résolution permet d’envisager une meilleure compréhension de comment les mitochondries endommagées contribuent au processus de nombreuses maladies, ce qui est essentiel pour le développement de traitements.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272216/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Arnaud Chevrollier a reçu des financements de l&#39;Université d&#39;Angers, AFM-téléthon </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Pauline Teixeira et Solenn Plouzennec ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.</span></em></p> Grâce à de nouvelles techniques, les mitochondries, composants clés des cellules impliqués dans de nombreuses pathologies, révèlent une partie de leurs mystères. Pauline Teixeira, Docteur en biologie cellulaire, Université d’Angers Arnaud Chevrollier, Professeur des Universités Biologie Médicale, Biotechnologie, Université d’Angers Solenn Plouzennec, Doctorante, Université d’Angers Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273253 2026-01-19T15:06:22Z 2026-01-19T15:06:22Z L’origine du « moustique du métro de Londres » enfin résolue <p><strong>Longtemps présenté comme un exemple spectaculaire d’adaptation rapide à l’urbanisation, le « moustique du métro de Londres » n’est en réalité pas né dans les tunnels londoniens, comme on le pensait jusqu’ici. Une nouvelle étude retrace ses origines et montre qu’elles sont bien plus anciennes que ce que l’on imaginait. Elles remonteraient à plus de mille ans, en lien avec le développement des sociétés agricoles.</strong></p> <hr> <p>Et si le « moustique du métro de Londres », surtout connu pour ses <a href="https://theconversation.com/comment-les-moustiques-nous-piquent-et-les-consequences-186325">piqûres</a> sur les populations réfugiées à Londres dans les sous-sols de la ville pendant la Seconde Guerre mondiale, n’était en réalité pas né dans les tunnels londoniens ? C’est ce que révèle une <a href="https://www.science.org/doi/10.1126/science.ady4515">étude que nous avons récemment publiée</a> avec des collègues.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=631&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=631&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=631&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=793&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=793&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/712847/original/file-20260116-56-9e2302.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=793&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Des réfugiés s’abritant dans le métro de Londres pendant le Blitz de Londres, en novembre 1940.</span> </figcaption> </figure> <p>Nos résultats montrent que les caractéristiques « urbaines » de ce moustique, que l’on pensait s’être adapté à la vie souterraine il y a un peu plus d’un siècle, remontent en fait à plus de mille ans. </p> <p>Le <a href="https://theconversation.com/comment-ont-fait-les-moustiques-pour-envahir-toute-la-planete-228230">moustique</a> <em>Culex pipiens molestus</em>, qui diffère de son cousin <em>Culex pipiens pipiens</em> dans la mesure où le premier pique surtout des humains, et le second surtout des oiseaux, est probablement né dans la vallée du Nil ou au Moyen-Orient, en lien avec le développement des premières sociétés agricoles humaines.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/combien-de-temps-un-moustique-peut-il-survivre-sans-piquer-un-humain-267882">Combien de temps un moustique peut-il survivre sans piquer un humain ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Le « moustique du métro de Londres » n’est pas né dans le métro</h2> <p>Cette découverte jette une lumière nouvelle sur l’évolution des moustiques. Depuis plusieurs décennies, une hypothèse présentait en effet le moustique commun (<a href="http://dx.doi.org/10.1016/j.pt.2025.01.011"><em>Culex pipiens</em></a>) comme un exemple spectaculaire d’adaptation rapide à l’urbanisation.</p> <p>Selon cette théorie, une forme particulière de ce moustique, appelée <em>Culex pipiens molestus</em>, se serait adaptée à la vie urbaine en un peu plus de cent ans seulement, à partir de sa forme jumelle <em>Culex pipiens pipiens</em>. Là où celle-ci préfère piquer les oiseaux, s’accoupler dans des espaces ouverts et « hiberner » pendant l’hiver, la forme <em>molestus</em> aurait évolué en une forme quasi distincte, capable de vivre dans les souterrains et de piquer l’humain et d’autres mammifères, de s’accoupler dans des souterrains et de rester actif toute l’année.</p> <p>Cette adaptation spectaculaire du « moustique du métro de Londres » était devenue un cas d’école, figurant dans de nombreux manuels d’écologie et d’évolution. L’idée sous-jacente était que l’urbanisation des villes pouvait sélectionner à grande vitesse de nouvelles espèces et en quelque sorte « accélérer » l’évolution.</p> <p>Mais notre étude vient montrer que cette belle histoire, aussi séduisante soit-elle, est fausse.</p> <p></p> <h2>Un moustique urbain… né bien avant les villes modernes</h2> <p>Notre <a href="https://mcbridelab.princeton.edu/pippop/">consortium international de chercheurs PipPop</a> a ainsi publié <a href="https://www.science.org/doi/10.1126/science.ady4515">dans la revue <em>Science</em> une étude</a> qui démystifie cette hypothèse. En séquençant le génome de plus de 350 moustiques, contemporains et historiques, issus de 77 populations d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Asie occidentale, nous avons reconstitué leur histoire évolutive.</p> <p>En définitive, les caractéristiques qui font de <em>Culex pipiens molestus</em> un moustique si adapté à la vie urbaine ne sont pas apparues dans le métro londonien, mais bien plus tôt, il y a plus de mille ans, vraisemblablement dans la vallée du Nil ou au Moyen-Orient. Ce résultat remet en question ce qui était considéré comme un exemple clé de l’évolution urbaine rapide. Au final, il s’agirait d’une adaptation plus lente, associée au développement de sociétés humaines anciennes.</p> <p>Autrement dit, ce moustique était déjà « urbain » (au sens : étroitement associé aux humains) bien avant l’ère industrielle. Les premières sociétés agricoles, avec leurs villages denses, leurs systèmes d’irrigation et leurs réserves d’eau, lui ont offert un terrain de jeu idéal pour son adaptation.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/comment-les-moustiques-nous-piquent-et-les-consequences-186325">Comment les moustiques nous piquent (et les conséquences)</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Un acteur clé des épidémies modernes</h2> <p>Le moustique <em>Culex pipiens</em> n’est pas juste une curiosité scientifique : il joue un rôle majeur dans la transmission de virus comme ceux du <a href="https://theconversation.com/chikungunya-dengue-nil-occidental-en-2025-la-france-confrontee-a-une-circulation-virale-sans-precedent-265901">Nil occidental</a> ou d’<a href="https://theconversation.com/virus-exotiques-en-france-un-sujet-plus-que-jamais-dactualite-186324">Usutu</a>. Ces derniers circulent surtout chez les oiseaux mais peuvent aussi être transmis aux humains et aux mammifères.</p> <p>La forme <em>Culex pipiens pipiens</em>, qui pique les oiseaux, est principalement responsable de la transmission du virus dans l’avifaune, tandis que <em>Culex pipiens molestus</em> est vu comme responsable de la transmission aux humains et aux mammifères.</p> <p>Lorsque les deux se croisent et s’hybrident, ils pourraient donner naissance à des moustiques au régime mixte, capables de « faire le pont » entre oiseaux et humains et de nous transmettre des virus dits <a href="https://www.anses.fr/fr/content/les-zoonoses-quand-les-animaux-contaminent-les-humains">zoonotiques</a>.</p> <p>De fait, nos analyses confirment que les deux formes s’hybrident davantage dans les villes densément peuplées, augmentant le risque de transmission de ces virus. Autrement dit la densité humaine augmente les occasions de rencontre entre les deux formes de moustiques – et potentiellement la probabilité de produire des moustiques capables de piquer à la fois les oiseaux et les humains.</p> <p>Comprendre quand et où ces deux formes se croisent et comment leurs gènes se mélangent est donc crucial pour anticiper les risques d’épidémie.</p> <h2>Repenser l’adaptation urbaine</h2> <p>L’histoire du « moustique du métro de Londres » a eu un immense succès parce qu’elle incarne en une image frappante tout ce que l’on redoute et admire dans l’adaptation rapide des espèces à nos environnements. Par exemple, une adaptation très rapide face à l’augmentation de la pollution et de l’artificialisation des habitats, souvent mobilisée dans les imaginaires, de science-fiction en particulier.</p> <p>Mais la réalité est tout autre : les moustiques de nos villes modernes ne sont pas une nouveauté née dans le métro londonien. En revanche, le développement urbain a offert une nouvelle scène à un acteur déjà préparé par des millénaires de cohabitation avec les humains dans les premières sociétés agricoles du Moyen-Orient et de la Méditerranée. Le fruit de cette évolution a ensuite pu être « recyclé » dans les villes contemporaines.</p> <p>On parle alors d’ <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Exaptation">« exaptation »</a>, c’est-à-dire qu’un trait préexistant dans un contexte donné (ici les premières villes du Moyen-Orient) devient avantageux dans un autre contexte (les villes du nord de l’Europe). Les circuits sensoriels et métaboliques qui pilotent la recherche d’hôtes à piquer, la prise de repas sanguin et la reproduction avaient déjà été remodelés par l’histoire ancienne des sociétés agricoles de la Méditerranée et du Moyen-Orient, avant d’être « réutilisés » dans le contexte urbain moderne au nord de l’Europe.</p> <p>Nos systèmes d’irrigation antiques, nos premières villes et nos habitudes de stockage de l’eau ont donc posé les bases génétiques qui permettent aujourd’hui à certains moustiques de prospérer dans les galeries de métro ou les sous-sols d’immeubles de nos grandes villes.</p> <p>Cette découverte change la donne. En retraçant l’histoire de la forme urbaine du moustique commun <em>Culex pipiens</em>, l’étude invite à changer de regard sur l’évolution urbaine : ce n’est pas seulement une adaptation rapide déclenchée par l’urbanisation intensive des villes, mais un long processus qui relie notre développement technique et social et celle des autres espèces.</p> <p>Comprendre ces dynamiques est crucial : non seulement pour la science, mais aussi pour anticiper les risques sanitaires et mieux cohabiter avec les autres espèces. Et vous, saviez-vous que le moustique qui vous pique la nuit avait une histoire évolutive aussi ancienne ?</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273253/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Haoues Alout a reçu des financements de l&#39;ANR et de l&#39;ANSES ainsi que de l&#39;Union Européenne. </span></em></p> Le «&nbsp;moustique du métro de Londres&nbsp;» n’est en fait pas né dans le métro. Une étude révèle que les gènes permettant son adaptation remontent à plus de mille&nbsp;ans. Haoues Alout, chargé de recherche, Inrae Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/266429 2026-01-18T19:51:36Z 2026-01-18T19:51:36Z Les plantes aussi ont un microbiote – pourrait-on s’en servir pour se passer de phytosanitaires ? <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/712637/original/file-20260115-56-fqohau.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=0%2C617%2C2292%2C1528&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Les plantes sont en contact tellement étroit avec des microorganismes que l’on parle de symbiose, et qu’on ne peut envisager l’évolution des unes sans les autres.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://unsplash.com/fr/photos/plante-verte-sur-sol-noir-ZgY-zd7rH9g">Gaudenis/Unsplash</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p><strong>Les plantes et leur microbiote – tout comme les humains et leur microbiote –échangent du matériel génétique. En étudiant cette forme de communication entre les partenaires d’une symbiose, des scientifiques montrent comment les racines peuvent favoriser l’accès aux nitrates présents dans le sol – une ressource indispensable à la croissance des plantes. Ils et elles explorent aussi l’hypothèse que ce langage permette de lutter contre les pathogènes.</strong></p> <hr> <p>Depuis une dizaine d’années, une nouvelle vision des organismes s’impose. Les êtres humains, les animaux et les plantes ne peuvent exister sans leur association avec une myriade d’espèces de microorganismes qui constituent leur <a href="https://theconversation.com/topics/microbiote-30806">microbiote</a> et qui leur apportent des fonctions biologiques complémentaires à leur hôte.</p> <p>Par exemple, les <a href="https://theconversation.com/arbres-et-champignons-une-alliance-sous-nos-pieds-196399">champignons « mycorhiziens »</a> prolongent les fonctions racinaires des plantes. Ils leur permettent notamment d’explorer le sol et ses ressources ; et apportent une fonction protectrice contre les pathogènes grâce à leur capacité à synthétiser des <a href="https://www.science.org/doi/10.1126/science.aaw9285">fongicides</a> et des <a href="https://journals.asm.org/doi/10.1128/aem.00512-19">antibiotiques</a>.</p> <p>Cet ensemble « hôte et microbiote » forme ce que l’on appelle l’« holobionte », et il est maintenant admis qu’il s’agit d’une <a href="https://journals.asm.org/doi/10.1128/msystems.00028-16">unité évolutive et fonctionnelle à prendre en compte dans son ensemble</a>.</p> <p>Cette nouvelle vision des organismes, non plus comme des individus uniques mais comme des métaorganismes, implique l’existence d’un dialogue entre les différents partenaires de cet ensemble complexe – que nous nous efforçons aujourd’hui de décoder.</p> <h2>Un nouveau langage, fondé sur le transfert de « code génétique » au sein des êtres vivants</h2> <p>Au sein des êtres vivants, différents mécanismes de communication sont connus, permettant le transfert d’informations à différentes échelles de l’organisme. Il peut s’agir d’échanges d’ions, comme le calcium ou le potassium entre les cellules, de signaux électriques à travers nos neurones ou encore le transport d’hormones dans le sang, comme l’insuline qui régule la glycémie en fonction de notre régime alimentaire.</p> <p>Il existe même des petites protéines ou des peptides capables de voyager entre les organes, qui peuvent par exemple être impliqués dans l’immunité. Un cas très étudié est celui de la <a href="https://nph.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/nph.16495">systémine, produite par les feuilles de plantes blessées</a>. Ce peptide est transféré à d’autres organes pour induire des mécanismes de défense dans la plante entière.</p> <p>En plus de cet arsenal de dialogues moléculaires, une autre voie de communication a été découverte en 1993 et a révolutionné le domaine de la communication chez les organismes vivants. Elle est basée sur l’échange de matériel génétique, composé de mini-séquences appelées « microARN », entre différentes cellules et/ou organes d’un même individu.</p> <p>Initialement <a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8252621/">observée chez un nématode</a> (un ver microscopique), cette découverte a ensuite été généralisée à d’autres <a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26820151/">animaux</a>, aux <a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16271387/">êtres humains</a> et aux <a href="https://www.nature.com/articles/nrm4085">plantes</a>. Elle a donné lieu à l’attribution du prix Nobel de médecine 2024 à Victor Ambros et Gary Ruvkun.</p> <p>Les premières recherches ont montré que ces microARN sont des intermédiaires de communication impliqués dans la majorité des processus biologiques, depuis l’embryogenèse jusqu’au vieillissement, et affecte notamment l’<a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26327579/">immunité</a> et la résistance des organismes aux contraintes environnementales.</p> <h2>Un langage aussi utilisé entre différents êtres vivants</h2> <p>Depuis une dizaine d’années, nous savons également que ces microARN sont impliqués dans le transfert d’information entre différents individus – ce que l’on peut qualifier de communication.</p> <p>En particulier, les microorganismes du microbiote et leur hôte échangent du matériel génétique. Ceci est particulièrement surprenant car, en général, le matériel génétique (ADN) ou l’intermédiaire de ce matériel (ARN) ne sont pas très mobiles entre cellules et <em>a fortiori</em> entre cellules d’individus et d’espèces différents !</p> <p>Néanmoins, l’étude du microbiote intestinal des mammifères a bien mis en évidence en 2016 l’implication de microARN produits par les cellules épithéliales du tube digestif de l’hôte, dont le but est d’exercer une pression de sélection du microbiote intestinal bénéfique et de reprogrammer le fonctionnement de ce dernier.</p> <p>De la même façon, nous avons montré que les <a href="https://doi.org/10.1093/ismeco/ycae120">racines des plantes influencent le fonctionnement de leur microbiote</a>. Celui-ci, par son rôle dans l’assimilation des nutriments, présente des similitudes avec le système digestif des animaux.</p> <h2>Pourquoi ce « langage » est important pour une agriculture en transition</h2> <p>En 2024, nous avons également montré (Brevet FR3147485 du 11/10/2024) que des microARN de plantes pouvaient réduire la compétition de ses dernières avec certains microorganismes présents dans le sol à proximité de leurs racines pour l’accès aux nitrates, une ressource vitale pour les végétaux souvent apportée par les engrais minéraux ou les épandages de lisier et fumier.</p> <p>De plus, dans le cas de certains stress environnementaux ou bien d’infections par les pathogènes, l’expression des microARN est perturbée et on assiste à un développement anarchique, ou déséquilibre, du microbiote – on parle de « dysbiose ».</p> <p>Il est concevable d’agir sur le « langage » entre microbiote et racines pour moduler la réponse des plantes aux changements environnementaux, notamment en contexte agricole. Par exemple, l’utilisation de microARN naturellement produits par les plantes pourrait aider ces dernières à recruter un microbiote bénéfique, et leur permettre de se défendre des pathogènes, de résister aux stress environnementaux liés au changement climatique ou encore de faciliter leur nutrition ; ce qui pourrait permettre de limiter notre dépendance aux engrais minéraux et aux produits phytosanitaires délétères pour l’environnement.</p> <p>Nous espérons que ces pratiques fondées sur l’application de microARN mimant ceux naturellement produits par les plantes puissent constituer une nouvelle porte d’entrée vers une agriculture durable et respectueuse de l’environnement sans avoir recours à l’introduction de gènes exogènes dans le génome des plantes, ce qui crée des organismes génétiquement modifiés, qui sont l’objet de controverses dans notre société.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/266429/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Cécile Monard a reçu des financements de CNRS, CMI Roullier, OSERen</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Abdelhak El amrani a reçu des financements de la région de bretagne, CNRS, Europe, ANR. </span></em></p> Grâce aux récentes avancées en séquençage du génome, nous décodons le langage entre les plantes et leurs microbiotes. Cécile Monard, Chargée de recherche, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Abdelhak El Amrani, MCF-Génomique Fonctionnelle Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/273595 2026-01-15T15:01:42Z 2026-01-15T15:01:42Z En 2026, à quoi vont ressembler les nouveaux deepfakes qui vont déferler sur nos écrans <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/712583/original/file-20251212-56-28fpmw.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=255%2C0%2C2305%2C1536&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">La barrière technologique à l’entrée a sauté&amp;nbsp;: générer des deepfakes est désormais plus accessible _via_ les outils IA grand public.</span> <span class="attribution"><span class="source">Image générée par Siwei Lyu/IA Google Gemini 3</span></span></figcaption></figure><p><strong>En 2025, la génération de deepfakes a explosé : visages, voix et mouvements du corps créés par des systèmes d’intelligence artificielle deviennent presque indiscernables des humains, bouleversant la perception et la sécurité des contenus en ligne.</strong></p> <hr> <p>Au cours de l’année 2025, les techniques de génération de deepfakes ont connu une évolution spectaculaire. Les visuels de visages, de voix et de corps entiers générés des systèmes d’IA ont gagné en qualité – bien au-delà de ce que beaucoup d’experts imaginaient encore il y a quelques années. Ces vidéos sont aussi davantage utilisées pour tromper ceux qui les regardent.</p> <p>Dans de nombreuses situations du quotidien – en particulier les appels vidéo de faible résolution et les contenus diffusés sur les réseaux sociaux –, leur réalisme est désormais suffisant pour berner à coup sûr des publics non spécialistes. Concrètement, les médias synthétiques sont devenus indiscernables d’enregistrements authentiques pour le grand public et, dans certains cas, même pour des institutions.</p> <p>Et cette flambée ne se limite pas à la qualité. Le volume de deepfakes générés a lui aussi explosé : l’entreprise de cybersécurité <a href="https://deepstrike.io/blog/deepfake-statistics-2025">DeepStrike</a> estime qu’on est passé d’environ 500 000 vidéos de ce type présentes en ligne en 2023 à près de 8 millions en 2025, avec une croissance annuelle proche de 900 %.</p> <p>Je suis informaticien et je <a href="https://scholar.google.com/citations?hl=en&amp;user=wefAEM4AAAAJ&amp;view_op=list_works&amp;sortby=pubdate">mène des recherches sur les deepfakes</a> et d’autres médias synthétiques. De mon point de vue, la situation <a href="https://doi.org/10.14445/22312803/IJCTT-V73I6P112">risque encore de s’aggraver</a> en 2026, à mesure que les deepfakes évolueront vers des entités synthétiques capables d’interagir en temps réel avec des humains.</p> <h2>Des améliorations spectaculaires</h2> <p>Plusieurs évolutions techniques expliquent cette escalade. Tout d’abord, le réalisme a franchi un cap grâce à des modèles de génération de vidéos conçus spécifiquement pour <a href="https://doi.org//10.1109/TPAMI.2025.3569700">maintenir la cohérence temporelle</a>. Ces modèles produisent des vidéos aux mouvements cohérents, avec des identités stables pour les personnes représentées et un contenu logique d’une image à l’autre. Ils dissocient les informations liées à la représentation de l’identité d’une personne de celles relatives au mouvement, ce qui permet d’<a href="https://doi.org/10.48550/arXiv.2501.08553">appliquer un même mouvement à différentes identités</a> ou, inversement, d’associer une même identité à plusieurs types de mouvements.</p> <p>Ces modèles génèrent des visages stables et cohérents, sans les scintillements, déformations ou anomalies structurelles autour des yeux et de la mâchoire qui constituaient des signes techniques fiables de deepfakes auparavant.</p> <p>Deuxièmement, le <a href="https://theconversation.com/clonage-de-voix-et-synthese-vocale-des-ia-qui-parlent-presque-comme-des-humains-205668">clonage vocal</a> a franchi ce que j’appellerais le « seuil d’indiscernabilité ». Quelques secondes d’audio suffisent désormais pour générer un <a href="https://theconversation.com/deepfakes-vocaux-comment-fabriquer-des-voix-artificielles-en-quelques-secondes-238259">clone convaincant</a> – avec une intonation, un rythme, des accents, des émotions, des pauses et même des bruits de respiration naturels. Cette capacité alimente déjà des fraudes à grande échelle. De grands distributeurs indiquent recevoir <a href="https://www.axios.com/2025/11/25/retail-bots-deepfakes-holiday-shopping">plus de 1 000 appels frauduleux générés par l’IA</a> chaque jour. Les indices perceptifs qui permettaient autrefois d’identifier des voix synthétiques ont en grande partie disparu.</p> <p>Troisièmement, les outils grand public ont fait chuter la barrière technique à un niveau proche de zéro. Les évolutions d’OpenAI avec <a href="https://openai.com/index/sora-2/">Sora 2</a>, de Google avec <a href="https://aistudio.google.com/models/veo-3">Veo 3</a> et l’émergence d’une vague de start-up font qu’il suffit aujourd’hui de décrire une idée et de laisser un grand modèle de langage comme ChatGPT d’OpenAI ou Gemini de Google rédiger un script, pour <a href="https://www.businessinsider.com/generative-ai-video-creator-start-up-hypernatural-raised-seed-pitch-deck-2025-7">générer en quelques minutes des contenus audiovisuels aboutis</a>. Des agents d’IA peuvent automatiser l’ensemble du processus. La capacité à produire à grande échelle des deepfakes cohérents et construits autour d’un récit s’est ainsi largement démocratisée.</p> <p>Cette combinaison d’une explosion des volumes et de figures synthétiques devenues presque indiscernables d’êtres humains réels pose de sérieux <a href="https://www.unesco.org/en/articles/deepfakes-and-crisis-knowing">défis</a> pour la <a href="https://theconversation.com/peut-on-detecter-automatiquement-les-deepfakes-212573">détection des deepfakes</a>, en particulier dans un environnement médiatique où l’attention est fragmentée et où les contenus circulent plus vite qu’ils ne peuvent être vérifiés. Des dommages bien réels ont déjà été constatés – de la <a href="https://www.theguardian.com/society/2025/dec/05/ai-deepfakes-of-real-doctors-spreading-health-misinformation-on-social-media">désinformation</a> au <a href="https://www.congress.gov/118/meeting/house/116953/witnesses/HHRG-118-GO12-Wstate-WaldmanA-20240312.pdf">harcèlement ciblé</a> et aux <a href="https://www.wired.com/story/youre-not-ready-for-ai-powered-scams/">arnaques financières</a> – facilités par des deepfakes qui se propagent avant que le public n’ait le temps de comprendre ce qui se passe.</p> <h2>Le temps réel, nouvelle frontière</h2> <p>Pour l’année à venir, la trajectoire est claire : les deepfakes se dirigent vers une synthèse en temps réel capable de produire des vidéos reproduisant fidèlement les subtilités de l’apparence humaine, ce qui facilitera le contournement des systèmes de détection. La frontière évolue du réalisme visuel statique vers la cohérence temporelle et comportementale : des modèles qui <a href="https://doi.org/10.1007/978-3-031-89327-8_11">génèrent du contenu en direct ou quasi direct</a> plutôt que des séquences préenregistrées.</p> <p>La modélisation de l’identité converge vers des systèmes unifiés qui capturent non seulement l’apparence d’une personne, mais aussi <a href="https://doi.org/10.48550/arXiv.2510.10069">sa façon de bouger et de parler selon les contextes</a>. Le résultat dépasse le simple « cela ressemble à la personne X » pour devenir « cela se comporte comme la personne X sur la durée ». Je m'attends à ce que des participants à des appels vidéo soient synthétisés en temps réel ; à voir des acteurs de synthèse pilotés par l’IA dont le visage, la voix et les gestes s’adaptent instantanément à une consigne ; et à ce que des arnaqueurs déploient des avatars réactifs plutôt que des vidéos fixes.</p> <p>À mesure que ces capacités se développent, l’écart perceptuel entre humains authentiques et synthétiques continuera de se réduire. La véritable ligne de défense ne reposera plus sur le jugement humain, mais sur des protections au niveau des infrastructures. Cela inclut des mécanismes de traçabilité sécurisée, comme la signature cryptographique des médias et l’adoption par les outils de génération IA des spécifications de la <a href="https://c2pa.org/">Coalition for Content Provenance and Authenticity</a>. Cela dépendra également d’outils d’analyse multimodaux, comme le <a href="https://deepfake-o-meter.org">Deepfake-o-Meter</a> que je développe avec mes équipes dans mon laboratoire.</p> <p>Se contenter d’examiner les pixels attentivement ne suffira plus.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273595/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Siwei Lyu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Après une explosion des deepfakes en 2025, l’année 2026 s’annonce encore plus critique avec l’émergence de contenus synthétiques interactifs en temps réel. Siwei Lyu, Professor of Computer Science and Engineering; Director, UB Media Forensic Lab, University at Buffalo Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/272305 2026-01-14T15:23:33Z 2026-01-14T15:23:33Z Comment fonctionne l’hérédité ? Une nouvelle étude explore le rôle de l’épigénétique <p><strong>On transmet à sa descendance ses gènes, son ADN. Mais certaines espèces peuvent également transmettre un autre type d’information, dite épigénétique, qui indique quels gènes peuvent ou non s’exprimer. Une nouvelle étude parue dans <em>Science</em> explore les mécanismes qui permettent cette transmission chez les plantes.</strong></p> <hr> <p>Comment fonctionne l’hérédité ? Ou, en d’autres termes, par quels mécanismes moléculaires un organisme peut-il transmettre certaines caractéristiques à sa descendance <em>via</em> la reproduction sexuée ?</p> <p>Depuis les années 1940, on sait que l’ADN porte l’information génétique transmise de génération en génération. Mais différentes observations chez les plantes indiquent que toutes les différences héritables observées entre individus, comme un <a href="https://doi.org/10.1016/S1097-2765(05)00090-0">retard de floraison</a> ou un <a href="https://doi.org/10.1101/SQB.1958.023.01.036">changement de la pigmentation du maïs</a>, ne sont pas dues à des mutations de la séquence de l’ADN.</p> <p>Dans <a href="https://www.science.org/doi/full/10.1126/science.ady3475">notre étude publiée en novembre 2025 dans <em>Science</em></a>, nous montrons que l’épigénétique contribue, chez les plantes, aux différences héritables entre individus, notamment en réponse à des stress environnementaux comme la sécheresse.</p> <p>Les modifications dites « épigénétiques » n’affectent pas la séquence de l’ADN proprement dite, mais plutôt sa capacité à favoriser ou non l’expression des gènes. Dans notre étude, nous élucidons certains des mécanismes par lesquels des modifications épigénétiques, en l’occurrence la méthylation de l’ADN (voir encadré), peuvent être transmises, chez les plantes, sur des dizaines de générations… ou au contraire être rapidement rétablies dans leur état initial.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/epigenetique-inactivation-du-chromosome-x-et-sante-des-femmes-conversation-avec-edith-heard-250833">Épigénétique, inactivation du chromosome X et santé des femmes : conversation avec Edith Heard</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Le mystère de la plante qui fleurissait tard</h2> <p><em>Arabidopsis thaliana</em> est une plante que les scientifiques utilisent beaucoup, à tel point que l’on parle de « plante modèle ». Lorsqu’en 2000 un important <a href="https://doi.org/10.1016/S1097-2765(05)00090-0">retard de floraison</a> a été observé dans une souche de laboratoire d’<em>A. thaliana</em> les recherches se sont naturellement d’abord concentrées sur l’identification de la mutation de la séquence d’ADN potentiellement responsable de ce retard. Or, aucune mutation n’a été identifiée en lien avec ce retard de floraison !… En cause : une perte de méthylation de l’ADN au niveau d’un gène, désigné <em>FWA</em>.</p> <div style="font-family: 'Arial', serif; color: #333; padding: 50px 0;"> <div style="max-width: 1200px; margin: 0 auto; padding: 20px; border-left: 3px solid #1A1A1A; border-radius: 20px; background-color: #F7F7F7;"> <h3> Qu’est-ce que la méthylation de l’ADN ? </h3> <ul> <li>On dit que l’ADN est méthylé lorsqu’il porte une modification chimique particulière : il s’agit d’un groupement chimique « méthyl- » ajouté dans le cycle de certaines bases (la cytosine, abbréviée C) de l’ADN. </li> <li>Chez les plantes, la méthylation de l’ADN est le plus généralement inhibitrice, c’est-à-dire qu’elle limite l’expression des gènes avoisinants, lorsqu’elle est densément présente sur toutes les cytosines d’une région donnée. </li> <li>Chez les mammifères, on ne trouve la méthylation de l’ADN que dans le contexte CG (une cytosine suivie d’une guanine) et elle est inhibitrice lorsqu’elle est présente sur des régions denses en CG, appelées îlots de CG. </li> </ul> </div> <p></p></div><p></p> <p>Normalement, le gène <em>FWA</em> d’<em>A. thaliana</em> qui code un répresseur de la floraison est méthylé, ce qui le rend « silencieux », c’est-à-dire qu’il ne s’exprime pas. Dans la souche de laboratoire présentant un retard de floraison, la méthylation de ce gène a disparu – par accident ; le gène <em>FWA</em> est alors réactivé, ce qui conduit à retarder la floraison.</p> <p>Or, cette perte de la méthylation de <em>FWA</em> est transmise de façon fidèle à la descendance sur au moins plusieurs dizaines de générations. Ceci explique l’hérédité du retard à la floraison… alors même que la séquence du gène <em>FWA</em> (et du reste du génome !) reste inchangée.</p> <h2>Pourquoi de telles observations chez les plantes et non chez les mammifères ?</h2> <p>Les mammifères, comme les plantes, utilisent la méthylation de l’ADN pour réguler l’expression des gènes (voir encadré plus haut). En revanche, il n’existe pas de caractères épigénétiques héritables chez les animaux dans la nature (bien qu’il y ait des <a href="https://doi.org/10.1016/j.cell.2022.12.047">exemples au laboratoire sur des séquences transgéniques de mammifères</a>).</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/nous-heritons-de-la-genetique-de-nos-parents-mais-quid-de-lepigenetique-247948">Nous héritons de la génétique de nos parents, mais quid de l’épigénétique ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>La raison n’est pas encore clairement établie, mais la communauté scientifique soupçonne qu’il existe des différences dans la manière dont ces deux groupes d’organismes reprogramment la méthylation de l’ADN à chaque génération.</p> <p>En effet, nous savons aujourd’hui que les <a href="https://doi.org/10.1016/j.cell.2014.02.045">mammifères, mais non les plantes, effacent et rétablissent de manière quasi totale la méthylation de l’ADN le long de leur génome à chaque génération</a>. Ainsi donc, des altérations accidentelles de l’état de méthylation des séquences du génome seraient plus facilement héritables chez les plantes.</p> <p>Bien que frappants, les exemples décrits jusqu’à présent d’une telle hérédité « épigénétique » (comme dans le cas de <em>FWA</em>) n’avaient pas permis d’établir les mécanismes régissant ce mode additionnel de transmission des caractères.</p> <p>C’est à cette question que nous nous sommes attelés : en comparant systématiquement des lignées expérimentales et naturelles d’<em>A. thaliana</em>, nous avons obtenu une première démonstration formelle de l’ampleur de l’héritabilité épigénétique dans la nature (chez les plantes) et des mécanismes qui la régissent.</p> <h2>L’hérédité épigénétique dans nos lignées de laboratoire</h2> <p>Pour cela, nous avons d’abord exploité des lignées expérimentales d’<em>A. thaliana</em> générées et caractérisées depuis vingt ans par notre équipe et qui ne diffèrent que dans leurs états de méthylation de l’ADN le long du génome.</p> <p>Plus précisément, nous avons intentionnellement localisé les différences de méthylation d’ADN au niveau d’« éléments transposables » ou « transposons » (voir encadré ci-dessous). En effet, les éléments transposables sont chez les plantes les cibles principales de la méthylation de l’ADN, qui limite ainsi leur activité mais peut également affecter l’activité des gènes avoisinants.</p> <div style="font-family: 'Arial', serif; color: #333; padding: 50px 0;"> <div style="max-width: 1200px; margin: 0 auto; padding: 20px; border-left: 3px solid #1A1A1A; border-radius: 20px; background-color: #F7F7F7;"> <h3> Qu’est-ce qu’un élément transposable ? </h3> <ul> <li>Les éléments transposables ou transposons sont des éléments génétiques qui ont la capacité de se déplacer le long du génome, soit _via_ un intermédiaire ARN (on parle dans ce cas de rétrotransposons), soit directement par excision et réinsertion (transposons à ADN). </li> <li>De par leur capacité à se propager dans le génome, les éléments transposables représentent des fractions significatives de l’ADN des génomes eucaryotes (45 % chez l’humain, 85 % chez le maïs !). Cependant, la grande majorité des éléments transposables du génome sont des copies dérivées d’événements de transposition anciens et ont perdu toute capacité de mobilisation depuis, ce sont donc essentiellement des fossiles. </li> <li>Lorsque les éléments transposables sont mobiles, les mutations qu’ils génèrent en s’insérant au sein ou à proximité des gènes ont souvent des effets majeurs. Par exemple, la mobilisation d’un transposon a été impliquée dans l’apparition spontanée de l’hémophilie de type A chez l’humain. Chez les plantes, les mutations causées par des éléments transposables ont été notamment exploitées en agriculture.</li> <li>Les éléments transposables, mobiles ou non, sont le plus souvent maintenus dans un état épigénétique dit « répressif », notamment par la méthylation de l’ADN chez les plantes et les mammifères.</li> </ul> </div> <p></p></div><p></p> <p>Nous avons ainsi montré pour 7 000 éléments transposables présents le long du génome d’<em>A. thaliana</em> qu’une perte de méthylation de l’ADN peut être héritée sur au moins une dizaine de générations, parfois jusqu’à 20… et sans doute beaucoup plus, mais pas infiniment néanmoins.</p> <p>En étudiant en détail cette transmission épigénétique dans plus d’une centaine de lignées expérimentales, nous avons établi que plus un élément transposable est présent en grand nombre de copies dans le génome, plus il est la cible d’un contrôle épigénétique intense et, dès lors, plus rapidement la <a href="https://doi.org/10.1038/hdy.2010.52">méthylation de l’ADN est restaurée sur cet élément lors de la reproduction sexuée</a>.</p> <h2>Dans la nature</h2> <p>Fort de ces résultats, nous avons entrepris ensuite de chercher dans <a href="http://1001genomes.org/">700 lignées d’<em>A. thaliana</em> isolées dans la nature</a> des pertes héritables de la méthylation de l’ADN de la même amplitude et sur les mêmes 7 000 éléments transposables.</p> <p>Résultat : environ un millier d’éléments transposables (soit plus de 15 % des 7 000 étudiés) présentent, dans au moins une lignée naturelle, une perte héritable de méthylation de l’ADN très similaire à celle induite expérimentalement dans les lignées de laboratoire.</p> <p>Qui plus est, nous avons montré que cette perte de méthylation de l’ADN est le plus souvent héritée indépendamment des variations de la séquence d’ADN entre lignées naturelles, et qu’elle est donc bien d’ordre épigénétique.</p> <p>Ainsi donc, le potentiel de transmission épigénétique révélé expérimentalement au laboratoire est bel et bien le reflet, au moins en partie, de ce qui se passe dans la nature.</p> <h2>Le lien avec les stress environnementaux</h2> <p>Une différence majeure distingue néanmoins les variations épigénétiques expérimentales de celles retrouvées dans la nature : si les premières affectent sans discrimination tout type d’éléments transposables, les secondes sont préférentiellement restreintes à ceux d’entre eux situés à proximité de gènes, notamment des gènes impliqués dans la réponse aux stress biotiques (réponse aux pathogènes) ou abiotiques (variation de température ou d’humidité par exemple).</p> <p>Cet enrichissement est d’autant plus lourd d’implications, que nous avons pu clairement établir que, comme leur contrepartie expérimentale, les variations épigénétiques naturelles modulent l’expression des gènes voisins.</p> <p>Par exemple, la perte de méthylation de l’ADN d’un élément transposable situé à proximité d’un gène de réponse au froid et à la sécheresse magnifie l’induction de ce dernier d’un facteur 5 ! De plus, les lignées expérimentales présentant cet élément transposable sous sa forme déméthylée répondent plus vite à la sécheresse que celles portant la version méthylée. Or, les lignées naturelles porteuses de la version déméthylée proviennent de régions du globe où les événements de gel et de sécheresse sont plus fréquents en été, ce qui suggère que la perte de méthylation de l’ADN donne prise à la sélection naturelle.</p> <p>L’origine de ces pertes de méthylation de l’ADN dans la nature reste néanmoins à établir. Une hypothèse est que l’environnement joue un rôle d’inducteur, mais nos observations et un bilan complet de la littérature apportent peu de soutien à cette théorie. Nous pensons plutôt que ces variants héritables de méthylation de l’ADN apparaissent de manière aléatoire et récurrente, et sont ensuite sélectionnés par l’environnement en fonction de leurs impacts sur l’expression des gènes.</p> <p>Ces travaux, s’ils ne remettent certainement pas en cause l’importance prépondérante des variations de séquence de l’ADN dans l’origine des différences héritables entre individus, démontrent néanmoins que les variations épigénétiques peuvent elles aussi y contribuer significativement, du moins chez les plantes.</p> <hr> <p><em>Le projet <a href="https://anr.fr/Projet-ANR-19-CE32-0006">Prise en compte des éléments transposables et de leur variation épigénétique dans les études de la relation génotype-phénotype — STEVE</a> est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR) qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’<a href="https://anr.fr/Projet-ANR-21-CE45-0018">ANR</a></em>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272305/count.gif" alt="The Conversation" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Vincent Colot a reçu des financements de l&#39;ANR et de l&#39;Union européenne</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Pierre Baduel a reçu des financements de l&#39;ANR et de la FRM. </span></em></p> On transmet à sa descendance ses gènes, son ADN. Mais certaines espèces peuvent également transmettre un autre type d’information, dite épigénétique, qui indique quels gènes peuvent ou non s’exprimer. Vincent Colot, Directeur de recherche, École normale supérieure (ENS) – PSL Pierre Baduel, Chargé de recherche en génétique, École normale supérieure (ENS) – PSL Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.