tag:theconversation.com,2011:/ca-fr/politique/articlesPolitique – La Conversation Canada2026-01-29T16:52:52Ztag:theconversation.com,2011:article/2745202026-01-29T16:52:52Z2026-01-29T16:52:52ZLes inégalités économiques croissantes pavent la voie à la montée des autoritarismes<p><strong>En concentrant la richesse et le pouvoir entre les mains d’une minorité, le système économique dominant fragilise les démocraties et ouvre la voie aux autoritarismes, révèle le <a href="https://www.oxfam.org/en/resisting-rule-rich">dernier rapport d’Oxfam</a>, publié la semaine dernière en marge de l’ouverture du Forum économique mondial de Davos, un choix de calendrier loin d’être anodin.</strong></p>
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<p>Alors que les élites économiques et politiques mondiales s’y réunissaient pour débattre du <a href="https://theconversation.com/voir-le-monde-tel-quil-est-le-message-realiste-de-carney-a-davos-274189">« nouvel ordre mondial »</a> et de stratégies pour diversifier les marchés et maintenir la croissance économique mondiale à flots, le rapport d’Oxfam dresse quant à lui un constat accablant : le système économique dominant produit des niveaux d’inégalités sans précédent historique.</p>
<p>Loin d’être des anomalies conjoncturelles, ces inégalités apparaissent comme le symptôme structurel d’un modèle économique fondé sur l’exploitation, dont les effets menacent de plus en plus la stabilité démocratique à l’échelle mondiale.</p>
<p>Professeur de philosophie au Liberal Arts College de l’Université Concordia, <a href="https://www.leslibraires.ca/livres/time-capitalism-and-alienation-a-socio-historical-inquiry-into-the-making-of-modern-time-9789004249738;https://ecosociete.org/livres/le-capital-algorithmique">mes recherches</a> portent sur le temps, la technologie et l’économie politique du capitalisme contemporain.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/voir-le-monde-tel-quil-est-le-message-realiste-de-carney-a-davos-274189">Voir le monde tel qu’il est : le message (réaliste) de Carney à Davos</a>
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<h2>Un système inégalitaire</h2>
<p>Le rapport souligne d’abord l’extrême concentration de la richesse. Les 12 milliardaires les plus riches de la planète possèdent aujourd’hui une richesse équivalente à celle détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit environ 4 milliards de personnes. Ce chiffre, déjà frappant en soi, illustre une dynamique propre au capitalisme contemporain. Les inégalités ne sont pas qu’un résultat indésirable du système, mais une structure fondamentale de son fonctionnement.</p>
<p>Les marchés mondiaux reposent sur une série de relations sociales structurées par des rapports de propriété et de pouvoir asymétriques entre les personnes et les pays. Le système ne fait pas que concentrer la richesse une fois qu’elle est produite, il « crée » de la richesse sur la base de rapports sociaux inégaux. La richesse des uns dépend de la pauvreté des autres.</p>
<p>L’un des constats les plus préoccupants du rapport réside justement dans cette mise en parallèle de l’augmentation de la richesse des milliardaires et de la progression de l’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale. Les données présentées indiquent que ces deux phénomènes suivent des trajectoires similaires. Alors qu’une fraction infinitésimale de la population mondiale voit sa richesse croître de manière exponentielle, des centaines de millions de personnes basculent ou demeurent dans des situations de précarité alimentaire.</p>
<p>Cette relation n’est pas fortuite : le système privilégie la maximisation du profit plutôt que la satisfaction des besoins fondamentaux, et l’accès aux nécessités dépend de la capacité de payer, et non d’un droit humain.</p>
<h2>De l’économique au politique</h2>
<p>L’<a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/04/chez-les-milliardaires-la-grande-transmission-a-deja-commence_6656018_3234.html">évolution récente de la fortune des milliardaires</a> renforce ce diagnostic, et ouvre également sur les dimensions politiques du problème des inégalités.</p>
<p>Depuis la <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2118013/trump-elections-presidentielles-americaines">seconde élection de Donald Trump</a> en novembre 2024, la richesse des milliardaires a augmenté à un rythme trois fois supérieur à la moyenne observée au cours des cinq années précédentes. Cette accélération ne peut être comprise indépendamment des choix politiques favorables au capital : déréglementation, baisses d’impôts sur les hauts revenus et le capital, affaiblissement des mécanismes de redistribution et du pouvoir de négociation du travail.</p>
<p>Aux États-Unis, la convergence entre les <a href="https://theconversation.com/les-etats-unis-seront-ils-controles-par-une-clique-de-milliardaires-le-risque-de-glissement-vers-une-oligarchie-est-reel-244973">intérêts des milliardaires de la tech</a> et les politiques économiques de l’administration Trump illustre également cette dynamique. Le rapport met ainsi en lumière l’imbrication étroite entre la sphère politique et les inégalités économiques.</p>
<p>Ces inégalités économiques ont également des conséquences majeures sur les processus démocratiques. Le rapport d’Oxfam montre que les milliardaires ont environ 4000 fois plus de chances d’occuper un poste politique que les citoyennes et citoyens ordinaires. Cette surreprésentation des élites économiques dans les sphères du pouvoir contribue à orienter les politiques publiques en fonction de leurs intérêts propres.</p>
<p>Dans un tel contexte, les institutions démocratiques tendent à fonctionner de manière formelle, tandis que leur substance – l’égalité politique et la souveraineté populaire – s’érode progressivement.</p>
<p>Les données comparatives présentées dans le rapport renforcent ce constat : les pays caractérisés par les niveaux d’inégalités économiques les plus élevés présentent un risque sept fois plus important de voir leur démocratie s’affaiblir que ceux où les inégalités sont les moins prononcées. Loin d’être un simple enjeu de justice distributive, l’inégalité apparaît ainsi comme un facteur structurel de déstabilisation démocratique.</p>
<p>Lorsque de larges segments de la population sont exclus des bénéfices économiques et privés de toute influence politique réelle, la confiance envers les institutions décline, ouvrant la voie à des formes politiques autoritaires.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/les-etats-unis-seront-ils-controles-par-une-clique-de-milliardaires-le-risque-de-glissement-vers-une-oligarchie-est-reel-244973">Les États-Unis seront-ils contrôlés par une clique de milliardaires ? Le risque de glissement vers une oligarchie est réel</a>
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<h2>Contrôle, répression et délégitimation</h2>
<p>Dans ce contexte, l’argument selon lequel le capitalisme contemporain engendre des formes politiques autoritaires mérite une attention particulière. Plus les inégalités se creusent, plus le maintien de l’ordre social existant requiert des dispositifs de contrôle, de répression et de délégitimation des revendications populaires.</p>
<p>Par exemple, les discours anti-immigration de ce point de vue peuvent servir de diversion afin de canaliser la grogne populaire non pas envers les classes dominantes, mais envers des boucs-émissaires vulnérables. La montée des droites autoritaires dans de nombreux contextes nationaux peut ainsi être interprétée non pas comme une rupture avec le système économique dominant, mais comme l’une de ses modalités de stabilisation politique face à des contradictions internes croissantes.</p>
<p>En dernière analyse, le récent rapport d’Oxfam met en évidence un enchaînement préoccupant : concentration extrême de la richesse, aggravation de la précarité matérielle, captation du pouvoir politique et érosion démocratique. Le rapport invite donc à dépasser une lecture strictement morale ou technocratique des inégalités.</p>
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<p>Celles-ci ne sont pas de simples « excès » qu’il suffirait de corriger à la marge par des ajustements fiscaux. Elles constituent le produit normal d’un système économique fondé sur l’exploitation et la précarité du plus grand nombre, et la subordination de la démocratie aux intérêts économiques.</p>
<p>Dans ce cadre, la défense de la démocratie ne peut se limiter à la protection des procédures électorales ; elle suppose également une transformation plus profonde des structures économiques qui conditionnent l’exercice effectif de la citoyenneté.</p>
<p>Résister à la montée des autoritarismes implique dès lors de s’attaquer aux causes structurelles de ces dynamiques. Cela passe non seulement par des politiques de redistribution ambitieuses, mais aussi par le développement de formes d’organisation économique et sociale alternatives au capitalisme, plus à même de mettre l’économie et le travail au service des besoins de tous et toutes, plutôt qu’à l’accumulation privée des richesses par une poignée de milliardaires.</p>
<p><strong>La parade des PDG à Davos</strong></p>
<img src="https://counter.theconversation.com/content/274520/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Jonathan Martineau a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), du Fonds de recherche du Québec, Société et Culture (FRQ-SC), et de l'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'intelligence artificielle (Obvia). </span></em></p>Inégalités extrêmes, captation du pouvoir et recul démocratique : le dernier rapport d’Oxfam dresse un constat alarmant sur le système économique mondial.Jonathan Martineau, Professeur de philosophie, Liberal Arts College, Université Concordia, Concordia UniversityLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2741892026-01-27T14:46:37Z2026-01-27T14:46:37ZVoir le monde tel qu’il est : le message (réaliste) de Carney à Davos<p><strong>À Davos la semaine dernière, Mark Carney a marqué les esprits en livrant un diagnostic lucide sur l’état du système international. Le premier ministre canadien invite à repenser un ordre mondial qu’il juge dépassé, offrant ainsi une lecture réaliste des relations internationales contemporaines.</strong></p>
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<p>Salué pour son constat décomplexé sur la nouvelle donne internationale, le premier ministre appelle notamment à « cesser d’invoquer un ordre libéral fondé sur des règles » et à s’affranchir durablement de la « fiction » d’une hégémonie américaine bienveillante.</p>
<p>Ce manifeste de politique étrangère invite également au ralliement des « puissances moyennes », positionnant le Canada comme <a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/21/le-discours-integral-de-mark-carney-a-davos/">l’avant-poste d’un « arc de résistance » au trumpisme géopolitique</a>. Le discours de Mark Carney a également résonné dans la sphère académique, en raison d’une articulation habile de plusieurs théories majeures de la discipline des Relations internationales.</p>
<h2>Les approches libérales : une « fiction » géopolitique ?</h2>
<p>En considérant qu’il fallait désormais « cesser d’invoquer l’ordre international fondé sur des règles », Carney remet en question une tradition clé du libéralisme en Relations internationales. Depuis le début du XX<sup>e</sup> siècle, les <a href="https://shs.cairn.info/theories-des-relations-internationales--9782724624656-page-169">approches libérales</a> ont cherché à créer un ordre pacifié et prévisible, du libéralisme wilsonien à l’après-Guerre froide avec l’« ordre libéral international » (<em>Liberal International Order, LIO</em>) <a href="https://academic.oup.com/ia/article/94/1/7/4762691">théorisé par politologue américain John Ikenberry</a>.</p>
<p>Ce concept désigne l’ensemble des structures idéologiques, normatives et institutionnelles mises en place par les États-Unis après 1945 : promotion de la démocratie, règles commerciales, alliances militaires comme l’OTAN, et gouvernance multilatérale via les organisations internationales.</p>
<p>Sans nier qu’il s’agissait d’un artefact destiné à pérenniser l’hégémonie américaine, Ikenberry note néanmoins que cet ordre international libéral a également bénéficié aux autres puissances du camp occidental, en garantissant les conditions sécuritaires et économiques de leur prospérité.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/mark-carney-a-davos-virage-a-180-degres-dans-les-relations-avec-les-etats-unis-274155">Mark Carney à Davos : virage à 180 degrés dans les relations avec les États-Unis</a>
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<p>C’est le sens des propos de Mark Carney lorsqu’il affirme que « des pays comme le Canada ont prospéré grâce à l’ordre international libéral. Nous avons adhéré à ses institutions, vanté ses principes et profité de sa prévisibilité ».</p>
<p>Pour Carney cependant, « cette fiction était utile, mais partiellement fausse », car « les plus puissants y dérogeaient quand cela les arrangeait ». Les <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/international-organization/article/hierarchies-in-world-politics/D1AD62448A511832A052093BA6F92A3A">approches constructivistes</a> l’avaient déjà souligné : derrière les bénéfices supposés mutuels se cachait souvent une relation de subordination à l’hégémon américain.</p>
<p>« Si les puissances hégémoniques renoncent même à faire semblant de respecter les règles pour défendre sans entrave leurs intérêts, les avantages du transactionnalisme deviennent difficiles à reproduire. Elles ne peuvent pas monnayer indéfiniment leurs relations », soulignait Carney.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/carney-a-prononce-un-discours-courageux-parce-que-risque-selon-une-specialiste-274171">« Carney a prononcé un discours courageux – parce que risqué », selon une spécialiste</a>
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<h2>Des effets supposément pacifiques à l’utilisation coercitive</h2>
<p>Outre l’ordre international libéral, c’est également au regard de l’interdépendance économique que Mark Carney offre une lecture désenchantée. Ce dernier dénonce ainsi un système dans lequel « les grandes puissances agissent selon leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme une arme de coercition ».</p>
<p>Les débats sur les effets de l’interdépendance économique sont aussi vieux que la discipline des Relations internationales telle qu’elle émerge au début du XX<sup>e</sup> siècle. Dès 1910 en effet, l’écrivain et homme politique britannique <a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2020/06/GARRIGOU/61902">Norman Angell</a> soutient que cette l’interdépendance, en tant que vulnérabilité réciproque, rendrait la guerre irrationnelle.</p>
<p>Figure de proue du libéralisme de l’entre-deux-guerre, sa thèse sera sévèrement contestée à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Dans un <a href="https://link.springer.com/book/10.1057/978-1-349-95076-8">ouvrage</a> publié en 1939, l’éminent historien britannique Edward Hallett Carr théorise cette critique, qualifiant le libéralisme d’utopisme. De cette confrontation intellectuelle naîtra le premier grand débat des Relations internationales.</p>
<p>Ces débats ont été relancés à l’époque contemporaine avec l’apparition d’une <a href="https://direct.mit.edu/isec/article/44/1/42/12237/Weaponized-Interdependence-How-Global-Economic">littérature</a> qui met en lumière les effets asymétriques de l’interdépendance économique — certains acteurs étant plus vulnérables que d’autres — et son potentiel coercitif, notamment sous l’influence de pressions domestiques.</p>
<h2>Le discours de Mark Carney : une leçon de réalisme ?</h2>
<p>En invitant à voir le monde « tel qu’il est, sans attendre qu’il devienne celui que nous aimerions voir », Carney illustre la fracture fondamentale entre libéralisme et réalisme en Relations internationales. Le libéralisme conçoit le système global tel qu’il devrait être : pacifié, encadré par des normes contraignantes et porteur de valeurs libérales. Le réalisme, lui, adopte une approche plus pragmatique, agnostique, et se concentre sur les rapports de force et les enjeux immédiats.</p>
<p>Les <a href="https://shs.cairn.info/theories-des-relations-internationales--9782724624656-page-121">approches réalistes</a> reposent sur quelques principes fondamentaux : le système international est anarchique ; les États en constituent les unités de base ; et leur objectif principal est de maximiser leur intérêt, défini en termes de capacités matérielles. Partant du postulat que l’intérêt égoïste des États guide entièrement le système, le réalisme reste sceptique face à tout cadre normatif censé réguler les relations internationales.</p>
<p>Pour les réalistes, une configuration hégémonique appelle <a href="https://x.com/Olivier1Schmitt/status/2012556127028777249">trois stratégies possibles</a> pour les États « de second rang » tels que le Canada :</p>
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<li><p>L’équilibrage (<em>balancing</em>) : s’associer avec d’autres États pour contrebalancer l’hégémon</p></li>
<li><p>Le <em>bandwagoning</em> : s’associer à l’hégémon pour bénéficier de sa protection</p></li>
<li><p>Le <em>hedging</em> : « se couvrir » en multipliant les partenariats avec d’autres puissances pour distribuer les risques.</p></li>
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<p>Alors que la politique étrangère canadienne s’inscrivait jusqu’alors dans une logique de <em>bandwagoning</em> à l’égard de la puissance américaine, le discours de Mark Carney suggère une inflexion stratégique majeure, en faveur d’une stratégie de <em>hedging</em>.</p>
<p>« Les grandes puissances peuvent se permettre d’agir seules. La taille de leur marché, leur capacité militaire et leur pouvoir leur permettent d’imposer leurs conditions. Ce n’est pas le cas des puissances moyennes. Les alliés chercheront à se diversifier pour parer à l’incertitude. Ils auront recours à des mécanismes de protection. Ils multiplieront leurs options », clamait-il.</p>
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<h2>Réalisme et valeurs : antinomiques ?</h2>
<p>Dans son discours, Mark Carney propose un « réalisme fondé sur des valeurs », une combinaison pouvant apparaître contradictoire en raison du matérialisme agnostique du réalisme.</p>
<p>Mais l’histoire de la discipline des Relations internationales montre que les considérations idéologiques et matérielles peuvent coexister. Le sociologue français <a href="https://www.erudit.org/fr/revues/ei/2012-v43-n3-ei0321/1012811ar/">Raymond Aron</a> soulignait en effet que la politique étrangère intégrait, au-delà des déterminations matérielles, des considérations de valeurs, notamment idéologiques. Dans cette veine, le chercheur et diplomate français Jean-Baptiste Jangène Vilmer faisait le plaidoyer en 2023, pour un <a href="https://www.jbjv.com/IMG/pdf/JB_Jeangene_Vilmer_2013_-_Pour_un_realisme_liberal_en_relations_internationales.pdf">« réalisme libéral »</a>.</p>
<p>Carney résume cette approche ainsi : « Nous ne comptons plus uniquement sur la force de nos valeurs, mais également sur la valeur de notre force ».</p>
<p>Reste désormais à voir si ce discours stratégique sera accompagné d’effets concrets dans la conduite de la politique étrangère canadienne.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274189/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Wassim Tayssir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>À Davos, Mark Carney a appelé à repenser les alliances et à remettre en question l’ordre libéral mondial, offrant un regard réaliste sur les RI.Wassim Tayssir, Doctorant en science politique, Université de MontréalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2741712026-01-22T19:52:50Z2026-01-22T19:52:50Z« Carney a prononcé un discours courageux – parce que risqué », selon une spécialiste<p>Le discours prononcé mardi par le premier ministre Mark Carney au Forum économique mondial, à Davos en Suisse, dicté par le pragmatisme dont l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre se revendique depuis son arrivée dans la vie politique, marque un tournant majeur pour les relations internationales du Canada.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/mark-carney-a-davos-virage-a-180-degres-dans-les-relations-avec-les-etats-unis-274155">Mark Carney à Davos : virage à 180 degrés dans les relations avec les États-Unis</a>
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<p>Le sénateur et ancien diplomate canadien Peter Boehm a parlé du discours de Carney comme du « <a href="https://canadacaribbeaninstitute.org/2026/01/21/did-carney-just-signal-a-massive-shift-in-canadas-foreign-policy-direction/">plus important prononcé par un premier ministre canadien</a> depuis Louis St.Laurent en 1947 », tandis que certains analystes l’on comparé au discours du premier ministre britannique <a href="https://www.newslaundry.com/2026/01/21/mark-carney-calls-out-the-rules-based-global-order-lie-but-only-after-it-hurts-middle-powers">Winston Churchill sur le rideau de fer</a>.</p>
<p>Était-ce la bonne décision compte tenu des retombées et des représailles potentielles ? S’il est difficile de prédire la portée qu’aura véritablement un discours politique, la professeure en communication politique à l’UQTR, Mireille Lalancette, note que Carney a très bien manié les codes du discours et les procédés rhétoriques afin de porter son message. Elle repère à cet égard une proximité entre Carney et le président américain John F. Kennedy, qui avait proclamé de manière célèbre : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »</p>
<p>L’habileté de Carney n’est pas moindre, lorsqu’il dit : « Nous ne comptons plus seulement sur la force de nos valeurs, mais la valeur de notre force. » Lalancette, autrice de l’ouvrage <a href="https://www.puq.ca/catalogue/livres/prendre-parole-argumenter-3949.html"><em>Prendre la parole et argumenter</em></a>, rappelle que Carney a écrit lui-même son discours, et note que l’on repère à ces formules solennelles la conscience qu’avait Carney de marquer un potentiel moment de bascule.</p>
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<p><strong>La Conversation Canada : Mark Carney s’est construit une image d’homme pragmatique et compétent. Réussit-il à tenir cette posture maintenant qu’il est confronté à Donald Trump et aux grandes puissances économiques ?</strong></p>
<p><strong>Mireille Lalancette</strong> : Pour l’instant, Mark Carney parvient à tirer son épingle du jeu. Si on se reporte au triangle du leadership, théorie avec laquelle je travaille avec mes collègues italiens <a href="https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/15377857.2022.2060644">Diego Cieccobelli et Luigi Di Gregorio</a>, et qui comprend trois grands traits, soit la compétence, l’authenticité et la proximité, on voit qu’il réussit à les mettre de l’avant tant par ses paroles que ses gestes. L’authenticité, par exemple, ressort de ses propos et prises de décision, lorsqu’il parle d’honnêteté et de mettre fin aux mensonges. Le discours de Carney à Davos assumait un propos authentique malgré les risques importants qui y étaient associés.</p>
<p>Il y a un parallèle à faire ici avec Jean Chrétien, qui avait refusé en 2003 de participer à l’invasion de l’Irak avec George W. Bush. Il y avait une rupture ferme : on ne suivait plus aveuglément les Américains. Il ne voulait pas aller là, ne jugeait pas cette guerre nécessaire.</p>
<p><strong>LCC : Carney s’est efforcé de se construire une image de politicien accessible et près des enjeux des gens. Est-ce que cette posture est encore importante dans le contexte actuel, ou peut-il jouer plus frontalement sur son image d’élite politique et économique ?</strong></p>
<p><strong>M.L.</strong> : Construire une posture politique, c’est un peu comme manipuler un système de son : On intensifie certaines variables, on en atténue d’autres en fonction du contexte et du moment. En ce moment, c’est gagnant pour Carney – et en fait il n’a pas vraiment le choix de mettre de l’avant cette posture. Ce qui est intéressant également avec cette posture d’élite économique qu’il possède, c’est que Carney connait les codes de ces milieux, il parle le même langage qu’eux. Quand on analyse le discours de Davos, et à plus forte raison sa réception, force est reconnaitre que Carney a su évaluer aussi bien le moment que le ton à adopter.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/in-carney-le-changement-et-un-leadership-gagnant-en-contexte-de-crise-comment-le-nouveau-chef-liberal-a-construit-son-image-politique-en-ligne-252227">In-Carney le changement et un leadership gagnant en contexte de crise : comment le nouveau chef libéral a construit son image politique en ligne</a>
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<p><strong>LCC : Carney a prononcé son discours à un moment stratégique, alors que l’Europe fait front contre Trump et son désir de prendre contrôle du Groenland. Est-ce qu’il n’y a pas un risque pour le Canada, qui évolue dans un contexte plus précaire ?</strong></p>
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<a href="https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=1000&fit=clip"><img alt="Donald Trump montre une carte aux dirigeants occidentaux" src="https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=600&h=405&fit=crop&dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=600&h=405&fit=crop&dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=600&h=405&fit=crop&dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&h=510&fit=crop&dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=754&h=510&fit=crop&dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/713982/original/file-20260122-64-4pochq.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=754&h=510&fit=crop&dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a>
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<span class="caption">Vraisemblablement créée à l’aide de l’intelligence artificielle, cette image publiée par Trump sur son compte Truth Social montre différents dirigeants du monde écoutant le prédisent américain discourir sur ce qui semble être l’élargissement du territoire américain au Canada et au Groenland.</span>
<span class="attribution"><span class="source">(Capture d’écran | X)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span>
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<p><strong>M.L.</strong> : Mark Carney a prononcé un discours courageux – parce que risqué. Le problème, cependant, c’est que ne pas prendre ce risque constitue également un risque. Aussi récemment que lundi dernier, Trump publiait sur son compte Truth Social une carte où on pouvait voir le drapeau américain s’étendre au Canada et au Groenland. C’est du symbole, mais qui travaille concrètement un certain imaginaire politique de sa base. C’est une manière également de nous dire que notre présence est dérangeante. On a pu voir cette dernière année que marcher sur la pointe des pieds, signer des accords, bref que s’adapter aux humeurs de Trump de manière réactive, n’est pas une stratégie viable.</p>
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<p>On doit également rappeler que le discours de Carney ne visait pas uniquement les États-Unis, mais aussi d’autres superpuissances, comme la Russie et la Chine. Les pays d’Asie, de l’Europe et de l’Amérique vont avoir avantage à collaborer tant que les superpuissances vont adopter des attitudes belligérantes. Le message de Carney, à cet égard, était un appel au courage et à l’union.</p>
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<p>Nous ne sommes pas naïfs, car nous reconnaissons que les progrès sont souvent graduels, que les intérêts sont divergents, que tous nos partenaires ne partagent pas nécessairement nos valeurs. Nous allons collaborer de manière ouverte, stratégique et lucide. Nous acceptons pleinement le monde tel qu’il est sans attendre qu’il devienne ce que nous aimerions voir. (Mark Carney)</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/les-etats-unis-en-repli-la-chine-en-retrait-le-monde-dans-un-vide-dangereux-247854">Les États-Unis en repli, la Chine en retrait, le monde dans un vide dangereux</a>
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<p><strong>LCC : Ce nouveau leadership de Carney pourrait-il redonner au pays une place plus importante sur la scène internationale, quelque chose d’analogue à ce qu’on voyait sous Brian Mulroney ?</strong></p>
<p><strong>M.L.</strong> : Mulroney avait joué un rôle clé de négociateur, c’était un fin négociateur depuis longtemps. À l’échelle de son parti, c’est d’ailleurs quelque chose que des gens lui ont reproché, puisque confronté à des candidats qui voulaient par exemple quitter le parti, il avait tendance à négocier jusqu’à la fin. La place du Canada sur la scène internationale s’est détériorée notamment avec Harper, parce que ce n’était pas une priorité à l’époque. Trudeau a essayé de redorer le blason du pays, mais ça reste toujours un défi dans un contexte où les puissances mondiales ne jouent pas nécessairement selon les règles du jeu établies notamment par les traités internationaux.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/partir-ou-bien-rester-quand-la-loyaute-politique-est-mise-en-peril-269030">Partir ou bien rester ? Quand la loyauté politique est mise en péril</a>
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<p>Le leadership, c’est surtout quelque chose qui s’exerce, et tout spécialement en fonction d’un contexte donné, en mettant certaines qualités de l’avant. Il est encore tôt pour se prononcer, mais on peut dire que jusqu’à maintenant, Carney joue les bonnes cartes en fonction du contexte, qui est d’ailleurs particulièrement délicat à négocier.</p>
<p><strong>LCC : Pierre Poilievre a été pris de court par la posture technocrate adoptée par Carney. Est-ce que son discours politique s’y adapte ?</strong></p>
<p><strong>M.L.</strong> : Pierre Poilievre rêvait d’une campagne avec Trudeau, qui n’a pas eu lieu parce qu’il a tellement bien mené ses attaques en amont, que son adversaire est parti. Toute sa stratégie de campagne était liée à Trudeau, ce qui a fait que pendant les deux premières semaines de la campagne, il s’affairait encore à attaquer Trudeau alors que son adversaire était Carney. Mais dans le contexte actuel, ce n’est pas crédible, il répète systématiquement les mêmes arguments, les mêmes slogans. On le voit difficilement prononcer un discours comme celui que Mark Carney à offert à Davos cette semaine.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274171/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Mireille Lalancette ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Mark Carney a pris un risque calculé à Davos. Voici comment sa rhétorique pragmatique constitue le fer de lance de sa posture politique.Mireille Lalancette, Professor, Département de lettres et communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2741552026-01-22T18:01:53Z2026-01-22T18:01:53ZMark Carney à Davos : virage à 180 degrés dans les relations avec les États-Unis<p>Ce fut un moment de clarté totale. Le <a href="https://theconversation.com/one-venue-two-speeches-how-mark-carney-left-donald-trump-in-the-dust-in-davos-274062">discours du premier ministre Mark Carney devant l’élite politique et économique mondiale réunie à Davos cette semaine</a> décrit les réalités du monde présent et passé avec une franchise et une nuance rarement entendues de la part d’un chef d’État en exercice.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/carney-a-prononce-un-discours-courageux-parce-que-risque-selon-une-specialiste-274171">« Carney a prononcé un discours courageux – parce que risqué », selon une spécialiste</a>
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<p><a href="https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier">Son message</a> était double.</p>
<p>Tout d’abord, tous les états doivent accepter une nouvelle réalité, à savoir que le monde a changé. Les anciennes façons de faire en politique internationale ne reviendront plus. Il serait vain d’espérer le retour de la raison. Le monde où nous vivons est régi par la menace et l’usage de la force brute.</p>
<p>Le second message vient toutefois tempérer le premier. Même si les grandes puissances mondiales peuvent agir de manière unilatérale, les autres — notamment les « puissances moyennes » comme le Canada — ne sont pas sans moyens.</p>
<p>Ces États, en coopérant dans des domaines d’intérêt commun, peuvent mutualiser leurs ressources limitées pour construire ce qui équivaut à un réseau flexible de liens coopératifs. Ensemble, ils pourraient représenter une alternative aux puissances qui, comme les États-Unis, leur offrent seulement des miettes en échange de leur capitulation.</p>
<p>S’ils veulent préserver leur indépendance, ces pays n’ont guère le choix. Comme l’a si bien dit Mark Carney : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. »</p>
<h2>Entre fermeté et à-plat-ventrisme</h2>
<p>Ce discours marque un changement d’approche radical du Canada dans ses relations avec son voisin.</p>
<p>Malgré sa fermeté affichée durant la <a href="https://theconversation.com/why-gordie-howes-elbows-are-canadas-answer-to-donald-trump-252167">campagne électorale</a> de 2025, Mark Carney a d’abord gouverné en ménageant la chèvre et le chou. Dans l’espoir de renouveler des relations commerciales et normaliser la relation avec les États-Unis, il a tenté de négocier de bonne foi, en multipliant les gestes conciliants sur des questions qui semblaient compter pour le président américain Donald Trump.</p>
<p>Ainsi, le Canada a engagé des ressources importantes pour <a href="https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/communiques/2025/06/25/canada-se-joint-au-nouvel-engagement-matiere-dinvestissements">augmenter les budgets militaires</a> et également pour lutter contre un <a href="https://www.canada.ca/fr/services/defense/securiserfrontiere/renforcer-securite-frontaliere/comprendre-loi-visant-renforcer-systeme-immigration-frontiere-canada.html">problème de trafic de fentanyl</a> largement inexistant. Cette conciliation a même frôlé l’à-plat-ventrisme, avec le <a href="https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2025-08-22/guerre-commerciale/carney-annonce-l-abolition-de-droits-de-douane-sur-certains-produits-americains.php">retrait unilatéral des contre-tarifs douaniers</a> sur les produits américains, qui n’a produit aucun effet perceptible.</p>
<p>Avec franchise, le premier ministre a admis que cette stratégie n’a pas fonctionné.</p>
<p>Même s’il n’a jamais nommé les États-Unis ni Trump, aucun doute ne subsiste sur la source des changements mondiaux spectaculaires que décrit Mark Carney. Le vernis s’est même légèrement écaillé lorsqu’il a réitéré le soutien canadien à la souveraineté du Groenland en tant que territoire du Danemark.</p>
<p>En fait, le discours était remarquablement direct dans sa critique de la politique étrangère américaine du second mandat de Donald Trump — laquelle aggrave la situation de presque tout le monde, y compris des Américains eux-mêmes, ce que d’autres avant lui ont déjà affirmé.</p>
<h2>La réponse de Trump</h2>
<p>Cette pique peu subtile n’a pas échappé à l’auditoire à Davos ni à ceux qui écoutaient de l’autre côté de l’Atlantique.</p>
<p>Donald Trump n’a pas tardé à riposter dans son style habituel — décousu et parfois confus, comme son discours prononcé le lendemain sur la même tribune.</p>
<p>Il a réitéré son intention d’annexer le Groenland, tout en confondant à plusieurs reprises l’île avec l’Islande voisine, également souveraine.</p>
<p>Il a également pris soin <a href="https://ici.radio-canada.ca/info/videos/1-10573328/donald-trump-s-en-prend-au-discours-mark-carney?liste=28-23005">d’interpeler le premier ministre canadien</a> : « Le Canada existe grâce aux États-Unis. Ne l’oublie pas, Mark, dans tes prochaines déclarations. »</p>
<p>Cette menace flagrante envers un voisin et allié n’a fait qu’ajouter une preuve additionnelle à l’argumentaire de Mark Carney. Ses commentaires révèlent l’espèce de « gangstérisme » souvent observé de la part de Trump, dans le ton d’une autre remarque passée : « Beau pays, Mark. Ce serait dommage qu’il lui arrive quelque chose. »</p>
<h2>Critique du passé</h2>
<p>Si le premier ministre canadien a été incisif quant à l’effritement d’un ordre international libéral fondé sur des règles, sa critique du passé a été, à certains égards, encore plus remarquable. Sur ce point, il s’est exprimé avec une franchise rarement entendue à Davos.</p>
<p>Il y décrivait, en termes clairs, un ordre régi tout autant par son hypocrisie que par ses règles. Le Canada, a-t-il reconnu, se range parmi les pays qui ont profité d’un système aux règles inégalement appliquées et fortement sous influence des superpuissances.</p>
<p>C’est précisément cette notion, ainsi que l’idée que les États doivent se projeter vers l’avenir pour survivre, qui sous-tendait son exhortation à ne pas pleurer la disparition de l’ancien ordre.</p>
<p>Le premier ministre canadien, face aux menaces diverses et imprévisibles, aspire à voir émerger un nouveau système plus résilient, plus honnête et plus juste.</p>
<p>Les puissances moyennes, en élaborant un terrain d’entente sur des questions communes, pourront ainsi agir conformément à leurs valeurs et intérêts, au lieu de toujours plier devant des superpuissances qui, de toute façon, bafouent trop souvent leurs propres valeurs sans vergogne. La puissance comptera toujours, mais elle ne doit pas être la seule chose qui compte.</p>
<h2>Une nouvelle page d’histoire ?</h2>
<p>À tous égards, les propos du premier ministre canadien à Davos étaient éblouissants. Mais saura-t-il joindre le geste à la parole ?</p>
<p>Une ovation enthousiaste a accueilli ce discours. À juste titre, il a également reçu les éloges du monde entier pour sa description lucide d’un ordre mondial plus dur et sa vision de la manière dont des États comme le Canada pourront continuer à prospérer dans ce contexte.</p>
<p>Mais quant à savoir si ce discours passera réellement dans les annales, tout dépendra de la suite. Si le Canada souhaite sérieusement tracer une nouvelle voie distincte de celle des grandes puissances, il faudra autre chose que de beaux discours.</p>
<p>Il devra démontrer le sérieux de ses intentions par divers gestes, tels que le déploiement éventuel d’une force symbolique au Groenland. Le Canada n’obtiendra pas le soutien des autres s’il ne les soutient pas lui-même.</p>
<p>De même, le Canada doit rejeter les projets tels que le <a href="https://www.france24.com/fr/vid%C3%A9o/20260122-quels-pays-participeront-ou-non-au-conseil-de-paix-de-donald-trump-onu">« Conseil de la paix »</a> de Trump — une tentative à peine voilée de remplacer les institutions de gouvernance mondiale par un organisme composé de membres choisis par lui et fait pour répondre à ses caprices.</p>
<p>Mais maintenant que Mark Carney a capté l’attention du monde entier, la suite dépendra de ce qu’il en fera.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/274155/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Stewart Prest ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Mark Carney espère voir émerger un nouvel ordre mondial qui soit non seulement plus résistant aux menaces diverses et imprévisibles, mais aussi plus honnête et plus juste.Stewart Prest, Lecturer, Political Science, University of British ColumbiaLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2705052026-01-19T21:08:32Z2026-01-19T21:08:32ZAu Kazakhstan, le débat brûlant sur le mariage polygame<p>Au Kazakhstan, les propositions de légaliser la polygynie font régulièrement surface, y compris en novembre dernier, portées par des élus qui souhaitent donner un statut civil aux familles déjà engagées dans ces unions. Mais, chaque fois, elles rallument la controverse : pour leurs opposants, ce serait un glissement dangereux pour la laïcité de l’État et un net recul pour les droits des femmes.</p>
<p>On utilise souvent le mot polygamie pour parler de la polygynie, c’est-à-dire le mariage d’un homme avec plusieurs femmes. En réalité, polygamie est un terme général qui signifie simplement « mariage entre plusieurs personnes », sans préciser le sexe.</p>
<p>La polygynie (un homme avec plusieurs femmes) est de loin la forme la plus répandue, au point où elle a fini par devenir l’usage courant du mot « polygamie ». L’inverse – une femme mariée à plusieurs hommes, la polyandrie – est extrêmement rare. C’est pourquoi, dans la langue commune, les termes « polygamie » et « polygynie » sont souvent utilisés comme synonymes.</p>
<p>En tant que <a href="https://www.drhelenethibault.com/">spécialiste de l’Asie centrale</a>, professeure de science politique à <a href="https://nu.edu.kz/en">l’Université Nazarbayev</a> au Kazakhstan et <a href="https://cerium.umontreal.ca/communaute/chercheurs/chercheurs-en-residence/chercheur-en-residence/udemportraits/f/helene-thibault/">chercheure en résidence au CÉRIUM</a> de l’Université de Montréal (UdeM), je m’intéresse depuis longtemps aux <a href="https://doi.org/10.1080/1060586X.2025.2536442">questions de genre et de religion en Asie centrale</a>. Ayant grandi en milieu rural au Québec, j’ai développé une passion pour cette région lors de mes études de baccalauréat à l’UdeM. Mes recherches doctorales à l’Université d’Ottawa sur le renouveau religieux au Tadjikistan m’ont emmenée à être confrontée à des <a href="https://doi.org/10.1177/0891241620986852">situations cocasses liées à mon genre et à mon statut marital</a>. À la suite de cette expérience de terrain et à mon déménagement au Kazakhstan en 2016, je me suis davantage intéressée aux dynamiques de genre.</p>
<h2>Autrefois pratiquée par les nomades</h2>
<p>Au Kazakhstan, la polygynie, qui était pratiquée traditionnellement parmi les populations nomades, est devenue un crime à l’époque soviétique, mais a été décriminalisée en 1998. Cependant, elle n’a pas été légalisée. Dans l’état actuel des choses, un homme ne peut pas être légalement marié à plus d’une femme, mais rien dans la loi n’interdit la « bigamie » et « polygamie » comme c’est le cas dans de nombreux pays, dont le Canada.</p>
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<img alt="Le tokalisme à nouveau à la mode" src="https://images.theconversation.com/files/704743/original/file-20251126-56-ibw5nf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/704743/original/file-20251126-56-ibw5nf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=600&h=358&fit=crop&dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/704743/original/file-20251126-56-ibw5nf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=600&h=358&fit=crop&dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/704743/original/file-20251126-56-ibw5nf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=600&h=358&fit=crop&dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/704743/original/file-20251126-56-ibw5nf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&h=449&fit=crop&dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/704743/original/file-20251126-56-ibw5nf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=754&h=449&fit=crop&dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/704743/original/file-20251126-56-ibw5nf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=754&h=449&fit=crop&dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px">
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<span class="caption">Le tokalisme à nouveau à la mode ? Qui sont ceux qui prennent des secondes femmes, et comment procèdent-ils ? Photo tirée de la chaîne YouTube du Parti populaire du Kazakhstan ayant organisé une discussion entre experts sur le thème de la légalisation.</span>
<span class="attribution"><a class="source" href="https://www.youtube.com/watch?v=ODcmYUSgnCI">YouTube</a></span>
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<p>Ceci fait en sorte que la polygynie tend à florir dans cet état laïc, mais majoritairement de culture musulmane : environ <a href="https://nv.kz/2023/11/24/294746/">6 % des hommes kazakhs seraient aujourd’hui engagés dans une relation polygyne</a>, soit trois fois plus qu’il <a href="https://www.zakon.kz/4656289-demograf-makash-tatimov-mnogozhenstvo.html">y a 10 ans</a>. En l’absence de loi régulant ces mariages, les époux souhaitant se marier (incluant ceux qui sont peu pratiquants), se tournent vers la mosquée pour obtenir la bénédiction d’un imam. Leur union est alors reconnue devant Dieu, mais n’a aucune valeur aux yeux de la loi.</p>
<p>Cette situation, passée presque inaperçue au moment où les autorités entamaient de grandes réformes législatives visant à désoviétiser le système judiciaire, est loin de faire consensus. Pour les uns, elle signe une islamisation rampante de la société et pour d’autres, elle illustre la superficialité des liens matrimoniaux.</p>
<p>Je présente ici les grandes lignes de ce débat qui mêle religion, égalité des hommes et des femmes et dynamiques familiales.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-regime-de-vladimir-poutine-est-autoritaire-et-detestable-mais-on-ne-peut-le-qualifier-de-fasciste-214771">Le régime de Vladimir Poutine est autoritaire et détestable, mais on ne peut le qualifier de fasciste</a>
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<h2>Tentatives ratées de légalisation</h2>
<p>À trois reprises, des politiciens kazakhs ont proposé, sans succès, de légaliser la polygynie en modifiant la loi sur la famille et le mariage ; en 2001, en 2008 et plus récemment en novembre au moment où Abzal Kuspan, un député de la chambre basse du Parlement, le Majilis, est revenu avec une <a href="https://orda.kz/uzakonit-mnogozhenstvo-hotjat-v-kazahstane-408737/">proposition de légaliser « l’institution de la tokal » au pays</a>, un terme utilisé au Kazakhstan pour désigner la deuxième femme.</p>
<p>L’un des arguments avancés pour justifier ce changement est, qu’on le veuille ou non, ce type d’union est très répandu et que les femmes au sein de ces unions ne bénéficient d’aucune protection légale en cas de divorce.</p>
<h2>Signe de l’islamisation de la société ?</h2>
<p>Comme elle est permise en Islam, l’idée que la polygynie est une manifestation de la croissance de la religiosité au pays est très répandue. Cependant, le phénomène est loin d’être limité aux communautés pratiquantes.</p>
<p>Dans le cadre de mes recherches, parmi les 16 individus en situation polygyne interrogés dans différentes régions du Kazakhstan, un seul se disait pratiquant alors que les autres s’identifiaient comme musulmans, mais ne respectaient pas plusieurs règles comme la prière quotidienne et l’abstinence d’alcool.</p>
<p><a href="https://centralasiaprogram.org/publications-all/the-many-faces-of-polygyny-in-kazakhstan-2/">Les résultats d’un sondage que j’ai commandé en 2019</a> montrent aussi que le soutien à la polygynie reste très faible parmi les Kazakhs musulmans. Pour ses opposants, cette pratique constitue surtout une violation du caractère séculier de l’État.</p>
<p>Le Kazakhstan a hérité de l’Union soviétique un état séculier où la séparation de la religion et de l’État est très prononcée et la majorité de la population est de confession musulmane, mais où la pratique rigoureuse de l’Islam est marginale.</p>
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<p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p>
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<h2>Une menace aux droits de femmes ?</h2>
<p>D’autres s’opposent à la légalisation pour des raisons d’égalité des sexes. De façon générale, les <a href="https://www.justice.gc.ca/eng/rp-pr/other-autre/poly/chap2.html">études montrent</a> que là où la polygynie est permise, les femmes se retrouvent dans des positions d’infériorité structurelle.</p>
<p>Au Kazakhstan, ce discours est aussi très présent. Chaque initiative de légalisation a provoqué de vives discussions au sein de la société. Des femmes d’influence, dont des parlementaires, se sont prononcées et ont proposé que ces mesures <a href="https://tengrinews.kz/curious/jstkiy-otvet-deputatu-bayan-alaguzova-predlojila-vvesti-585005/?fbclid=IwY2xjawN5oGtleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeuAcqa1fzf1j9XFsffeKCWhxjGzTwzyoM5mam-A74SFx0X1f352wGpT_JxSM_aem_KJ-S6baD-J0mgu-CkmvuQQ">s’accompagnent également d’une légalisation de la polyandrie</a>, invoquant le principe d’égalité entre les sexes. Au sein d’une société encore largement patriarcale, cette idée a cependant peu de chances de se concrétiser. Symptôme de ces inégalités, les « tokals » sont souvent perçues comme des femmes opportunistes cherchant un mariage fortuné pour échapper au travail. Cependant, <a href="https://doi.org/10.1080/01419870.2017.1400086">mes recherches</a> révèlent une réalité plus nuancée : il s’agit souvent de femmes divorcées cherchant une relation amoureuse qui leur procure une certaine autonomie, notamment en leur permettant de s’affranchir de l’influence, souvent très exigeante, de la belle-famille.</p>
<p>Bien que l’idée de légaliser la polygynie soit présentée comme une mesure visant à « protéger » les femmes, elle s’apparente plutôt à une pente glissante : une telle réforme s’inscrirait dans un contexte marqué par des inégalités économiques et sociales structurelles, et ne ferait que renforcer la dépendance des femmes envers les hommes. D’ailleurs, le <a href="https://forbes.kz/articles/kazahstan_-_na_vtorom_meste_v_mire_po_razvodam">taux de divorce est très élevé au Kazakhstan</a> et les femmes divorcées peinent déjà à faire respecter le paiement des pensions alimentaires par leur ancien conjoint. Rien ne permet d’espérer qu’il en serait autrement pour les « tokals » et leurs enfants.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/270505/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Hélène Thibault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Au Kazakhstan, la légalisation de la polygynie refait surface, ravivant un débat mêlant laïcité, droits des femmes et dynamiques familiales.Hélène Thibault, Professeure agrégée de science politique, Nazarbayev UniversityLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2733462026-01-17T17:55:21Z2026-01-17T17:55:21ZRépression meurtrière en Iran : le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu, mais on cherche à l’effacer<p>Depuis plus de deux semaines, l’Iran est de nouveau traversé par une révolte populaire. Violemment réprimée, elle semble s’atténuer.</p>
<p>Ce qui a commencé le 28 décembre comme une protestation contre l’effondrement économique s’est rapidement transformé en soulèvement politique ouvert. Les rues se sont remplies, les slogans se sont durcis, et le régime a répondu comme toujours lorsque sa survie est menacée : par les tirs, les arrestations massives et, depuis le 8 janvier, la coupure numérique et des communications téléphoniques. Le régime reconnaît plus de 2000 morts, <a href="https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2026/01/iran-massacre-of-protesters-demands-global-diplomatic-action-to-signal-an-end-to-impunity/">mais le bilan pourrait être beaucoup plus élevé</a>.</p>
<p>Le blackout numérique n’est pas seulement de la censure. Il crée un espace où l’on peut tuer sans témoins ni mémoire et dominer le seul narratif qui sort du pays.</p>
<p>Pourtant, ce qui se joue n’est pas un simple retour à une séquence cyclique de contestation. Il s’agit de la poursuite de la rupture féministe amorcée en 2022 avec <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Femme,_Vie,_Libert%C3%A9">« Femme, Vie, Liberté »</a>, aujourd’hui confrontée à deux forces décidées à la neutraliser : la République islamique et ses alternatives patriarcales et militaristes.</p>
<p>Doctorante en études féministes, d’origine iranienne, et engagée depuis de nombreuses années dans les luttes féministes et les mobilisations transnationales liées à l’Iran, je suis sans nouvelles, depuis la coupure d’Internet, de plusieurs membres de ma famille et de nombreux amis là-bas. Seuls quelques appels très brefs ont parfois pu passer, uniquement pour nous dire qu’ils étaient en vie. Cette position structure mon regard sur ce qui se joue aujourd’hui.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/manifestations-en-iran-quoi-quil-arrive-la-situation-sannonce-explosive-273312">Manifestations en Iran : « Quoi qu’il arrive, la situation s’annonce explosive »</a>
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<h2>Les femmes, des objets politiques à discipliner</h2>
<p>Des décennies de répression ont appris aux femmes que <a href="https://theconversation.com/le-corps-des-femmes-iraniennes-devient-un-champ-de-bataille-243305">leurs corps constituent le premier terrain du pouvoir d’État</a> : voile obligatoire, surveillance publique, patrouilles de la moralité, aveux forcés, violences sexuelles en détention, menaces d’exécution contre de jeunes femmes.</p>
<p>Les femmes sont au cœur de cette machine répressive. Sous la République islamique, leurs corps sont gouvernés <a href="https://doi.org/10.3366/soma.2024.0431">comme des objets politiques à discipliner</a>. Les mobilisations précédentes l’ont montré clairement : en attaquant les symboles mêmes de la domination, les <a href="https://doi.org/10.24135/ppi.v20i4.06">Iraniennes ont affirmé leur agentivité politique</a>. Elles ont arraché des victoires sur la visibilité, mais le régime juridique fondé sur la charia est resté intact. C’est cette tension qui structure la révolte actuelle.</p>
<p>Figure centrale de l’opposition monarchiste en exil aux États-Unis, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Reza_Pahlavi_(1960)">Reza Pahlavi</a>, fils du dernier chah d’Iran, multiplie les interventions publiques, parlant <a href="https://actu.orange.fr/videos/france/c-est-un-crime-contre-l-humanite-reza-pahlavi-fils-du-dernier-chah-d-iran-repond-a-bfmtv-concernant-les-revoltes-dans-le-pays-CNT000002mHS38.html">« de crimes contre l’humanité »</a> et <a href="https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20260109-fils-shah-reza-pahlavi-tente-imposer-comme-alternative-r%C3%A9gime-iranien-republique-islamique-chute-khamenei-manifestations">se positionnant comme un futur dirigeant</a>.</p>
<p>Qu’annonce ce possible retour ? Rien pour rassurer les Iraniennes, selon moi. En effet, sur ses plates-formes tout récemment, Reza Pahlavi a supprimé toute allusion au mouvement « Femme, Vie, Liberté ».</p>
<p>Je crois qu’il envoie un message clair : une nouvelle révolution peut exister, mais sans les femmes. Comme en 1979, le pouvoir est prêt à les utiliser pour gagner, puis à les écarter.</p>
<h2>Ni République islamique ni bombes étrangères</h2>
<p>Ce mouvement des femmes est aussi pluriel. Il ne porte pas une seule voix iranienne, mais une constellation de groupes opprimés qui se reconnaissent mutuellement. Femmes kurdes, baloutches, arabes, azéries et persanes ont toutes façonné cette révolte.</p>
<p>Plusieurs de ses voix les plus radicales sont aujourd’hui en prison. Parmi elles, la militante kurde Verisheh Moradi, qui a récemment fait sortir <a href="https://www.instagram.com/p/DTOJaiiCAik/?igsh=dHczNnZrbnB3ZXhh">deux lettres</a> depuis sa cellule. Elle y refuse le faux choix imposé aux Iraniens. Nous ne voulons pas de la République islamique, écrit-elle, mais nous ne voulons pas non plus de bombes étrangères.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-corps-des-femmes-iraniennes-devient-un-champ-de-bataille-243305">Le corps des femmes iraniennes devient un champ de bataille</a>
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<p>Ce n’est pas de la neutralité. C’est une position féministe et anticoloniale, ancrée dans la conscience que dictature et intervention militaire détruisent d’abord les femmes.</p>
<p>Ce refus est essentiel. Lorsque des soldats israéliens ont inscrit « Femme, Vie, Liberté » sur des missiles pendant la guerre de juin 2025, une insurrection féministe a été vidée de son sens pour devenir un slogan colonial de domination. « Jin, Jiyan, Azadi » est né de l’assassinat de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mort_de_Mahsa_Amini">Jina Mahsa Amini</a>, une jeune kurde tuée par la police des mœurs. Il est né des corps des femmes en révolte, pas des armées.</p>
<h2>Une machine de domination fondée sur l’humiliation des femmes</h2>
<p>Les publics occidentaux interprètent souvent ce combat comme un conflit culturel contre la religion. Mais la République islamique est une théocratie militarisée qui utilise le droit islamique comme arme institutionnelle.</p>
<p>La charia y cautionne la surveillance, la punition et la violence sexualisée. Lorsque les Iraniennes s’attaquent au voile obligatoire, elles ne le font pas contre une croyance. Elles démantèlent une machine de domination fondée sur leur humiliation et leur mort.</p>
<p>La révolte actuelle s’appuie sur cette expérience accumulée. En persistant à s’organiser, à témoigner et à tenir malgré les exécutions, la torture et le blackout, les femmes ne formulent pas de simples revendications. Elles affirment un nouvel ordre politique où la vie, et non l’obéissance, devient la valeur centrale.</p>
<p>« Jin, Jiyan, Azadi » ne s’est pas contenté de s’opposer au régime. Il a déplacé en profondeur le récit de l’autorité qui structure la politique iranienne depuis un siècle.</p>
<p>C’est précisément ce que la République islamique et ses prétendus successeurs tentent aujourd’hui d’annuler.</p>
<h2>Un blackout numérique qui appauvrit les femmes</h2>
<p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-mercredi-14-janvier-2026-2516120">Le régime considère sa propre population comme un ennemi</a>. Les manifestants sont qualifiés de terroristes, d’agents du Mossad ou d’éléments de type Daech.</p>
<p>Dans un système juridique où la moharebeh محاربه, « la guerre contre Dieu », est passible de la peine de mort, ce langage autorise les exécutions avant même les procès. Le blackout numérique total vient ensuite verrouiller cette violence. Sans Internet indépendant, sans images ni témoignages, la réalité elle-même est effacée.</p>
<p>Cette guerre numérique a des effets profondément genrés. Des milliers de femmes iraniennes survivent grâce à des microentreprises en ligne, du tutorat, des services de beauté, de l’artisanat, du commerce informel. Quand Internet disparaît, leurs revenus disparaissent aussi. Lorsque l’inflation et les sanctions frappent, elles n’ont aucun filet de sécurité. L’effondrement économique devient une autre forme de punition contre l’autonomie des femmes.</p>
<h2>Le militarisme n’est jamais neutre</h2>
<p>À cela s’ajoute la répression sexualisée. Le viol et la torture sexuelle ne servent pas seulement à extorquer des aveux, ils détruisent les liens sociaux, les mariages, les projets d’avenir. Les femmes qui sortent des prisons portent des traumatismes médicaux, psychiques et sociaux durables. Leurs corps continuent de porter la guerre bien après que les tirs cessent.</p>
<p>C’est pourquoi les théories féministes de la guerre insistent sur le fait que le militarisme n’est jamais neutre. <a href="https://www.ucpress.edu/books/bananas-beaches-and-bases/paper">Cynthia Enloe politologue féministe américaine et figure majeure des études sur le militarisme, a montré</a> comment les conflits reposent sur le travail invisible des femmes, qui prennent en charge les blessés, les familles, les communautés quand les hommes sont tués ou emprisonnés.</p>
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<p><a href="https://escholarship.org/uc/item/83k4763m">Carol Cohn, chercheure féministe et spécialiste des discours de sécurité et des études stratégiques, a analysé</a> comment le langage de la sécurité efface la souffrance des femmes en transformant les corps en cibles abstraites. La guerre exige que certaines vies soient traitées comme jetables, et les femmes figurent presque toujours parmi les premières sacrifiées.</p>
<p>Les Iraniennes le savent. Leur refus à la fois de la dictature et des sauveurs étrangers n’est pas de la naïveté. C’est de l’intelligence politique.</p>
<h2>Qui écrira l’après-révolution ?</h2>
<p>Les Iraniennes ont déjà accompli quelque chose d’extraordinaire. Elles ont fissuré les fondements d’un ordre politique bâti sur leur subordination.</p>
<p>La République islamique craint « Femme, Vie, Liberté » parce qu’elle ne peut l’absorber. Les monarchistes le craignent parce qu’il ne peut être plié à un pouvoir dynastique. Les militaristes le craignent parce qu’il rejette la logique du sacrifice.</p>
<p>Ce qui se joue aujourd’hui en Iran n’est pas seulement la question du pouvoir. C’est la définition même de la révolution. Sera-t-elle encore une fois l’histoire d’hommes s’emparant de l’avenir sur le dos des femmes, ou bien, cette fois, les femmes qui ont organisé, résisté et verser leur sang pourront enfin façonner l’après ?</p>
<p>La question n’est pas de savoir si la révolte est terminée. Elle est de savoir qui pourra écrire l’après. Si l’histoire se répète, les femmes risquent d’être une fois de plus reléguées après avoir porté le combat. Or l’avenir de l’Iran ne peut se construire sans celles qui ont fait de leur vie même un acte de résistance. Le lendemain de la chute de ce régime leur appartient aussi. Et tant que cette évidence sera contestée, « Femme, Vie, Liberté » restera une ligne de fracture, et non un slogan du passé.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273346/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Mina Fakhravar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Ce qui se joue en Iran va au-delà du régime en place. C’est la question du pouvoir. Sera-t-il encore une fois l’histoire usurpé par des hommes, au détriment des femmes ?Mina Fakhravar, PhD Candidate, Feminist and Gender Studies, L’Université d’Ottawa/University of OttawaLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2733122026-01-13T15:25:13Z2026-01-13T15:25:13ZManifestations en Iran : « Quoi qu’il arrive, la situation s’annonce explosive »<p>Depuis fin décembre, l’Iran est frappé par un soulèvement inédit. Des manifestants de toutes les régions et de toutes les classes sociales descendent dans les rues pour dénoncer la crise économique et la répression politique, défiant le blocus d’Internet et de télécommunications imposé par le régime.</p>
<p>Le pays traverse une crise économique profonde : <a href="https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20251229-iran-les-commer%C3%A7ants-de-t%C3%A9h%C3%A9ran-ferment-leurs-boutiques-pour-d%C3%A9noncer-la-d%C3%A9gradation-%C3%A9conomique">dévaluation de la monnaie</a>, inflation galopante et inégalités croissantes alimentent la colère. Les Iraniens dénoncent un régime qui exige des sacrifices constants tout en étant incapable de répondre à leurs besoins.</p>
<p>Face à cette mobilisation massive, le gouvernement répond par une répression violente. Selon les plus récentes estimations d’ONG de défense des droits humains, le bilan de la répression s’élèverait à plus de 2000 morts depuis le début du soulèvement fin décembre, dont une large majorité de manifestants, et plus de 10 000 arrestations ont été signalées dans tout le pays. L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, <a href="https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/en-direct-manifestations-en-iran-donald-trump-affirme-que-teheran-veut-negocier-20260112_SVSP3AN5TFBW3GX6UNBUS2UJ3I/">estime néanmoins que le nombre réel de victimes</a> pourrait être beaucoup plus élevé.</p>
<p>Dans ce contexte, le président Donald Trump <a href="https://www.franceinfo.fr/monde/iran/manifestations/manifestations-en-iran-les-etats-unis-se-tiennent-prets-a-aider-a-declare-donald-trump_7734529.html">a menacé de « frapper fort »</a> si la situation devait dégénérer, relançant les inquiétudes sur une possible intervention américaine dans la région.</p>
<p>Pour analyser ces événements, nous avons interrogé le professeur à l’Université Laval Francesco Cavatorta, spécialiste du Moyen‑Orient. Il revient sur les causes du mouvement, les stratégies du régime et les enjeux géopolitiques.</p>
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<p><strong>La Conversation Canada : Quelle est l’origine profonde du mouvement de protestation en cours en Iran et en quoi diffère-t-il des précédents soulèvements (2019, 2022) ?</strong></p>
<p><strong>Francesco Cavatorta</strong> : Le mouvement actuel est le dernier épisode d’une longue série de mobilisations en Iran, qui date au moins de 2009. Depuis deux décennies, il y a des protestations périodiques. Cette fois-ci, ce qui explique l’intensité de la révolte, c’est la situation socioéconomique, et surtout économique, qui touche même des couches qui étaient auparavant favorisées : la bourgeoisie marchande, les professionnels.</p>
<p>Ces frustrations ont été exacerbées par les <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2174501/etats-unis-frappe-sites-nucleaires-iran-bombe">récents bombardements israéliens et américains dans la région</a>. On a demandé à la population des sacrifices importants, mais on voit que les puissances étrangères font ce qu’elles veulent. La dévaluation de la monnaie a également contribué au ras-le-bol de personnes qui n’auraient normalement pas manifesté.</p>
<p>Sur les réseaux sociaux, on entend beaucoup de commentaires comme : « Normalement je ne manifeste pas » ou « J’ai convaincu mon père ». Les inégalités croissantes pèsent partout, et même si la dévaluation a été l’étincelle, les conditions de fond étaient déjà en place depuis longtemps.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/comment-teheran-a-transforme-une-defaite-militaire-en-victoire-symbolique-269994">Comment Téhéran a transformé une défaite militaire en victoire symbolique</a>
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<p><strong>LCC : Comment expliquer l’ampleur et la rapidité des manifestations malgré le <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2219173/internet-coupure-iran-manifestations">blocus d’Internet</a> par le régime pour contenir les protestations et limiter la diffusion des images et des informations ?</strong></p>
<p><strong>F.C.</strong> : Il y a deux ou trois explications. Premièrement, ceux qui sont actifs dans l’opposition ont de l’expérience en communication ; ça fait deux décennies qu’ils protestent. Ensuite, même si l’Internet est limité, les téléphones mobiles restent fonctionnels. On peut filmer, échanger des vidéos, parler avec des proches.</p>
<p>Et pour une fois, la télévision <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2219726/iran-manifestation-blocage-internet?partageApp=rcca_appmobile_appinfo_android">d’État a même diffusé</a> des images de manifestations, [celles pro‑gouvernementales mais aussi de bâtiment en feu]. Enfin, la crise économique touche maintenant tous les quartiers et régions, même ceux qui se croyaient à l’abri. Cela crée un sentiment partagé, ce qui explique la propagation rapide.</p>
<p><strong>LCC : Quelles options réelles les États-Unis ont-ils à leur disposition et quelles seraient les conséquences ?</strong></p>
<p><strong>F.C.</strong> Si on savait ce que ferait l’administration Trump, on serait millionnaires. Les options sont difficiles à évaluer : plus de sanctions ? L’Iran est déjà marginalisé, notamment sur le système bancaire international. Bombarder qui et quoi ? Le ministère de l’Intérieur ? Les quartiers généraux de la Garde révolutionnaire ? Mais une attaque pourrait tuer des manifestants et les intimider, sans résoudre le problème de fond.</p>
<p>Pour l’administration Trump, l’idée de tuer le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ne résoudrait rien. Le régime a plus de force qu’on le pense, et une intervention directe avec des soldats ne serait pas souhaitable. L’histoire de l’Irak montre les risques. Même si une intervention avait lieu, son impact serait limité : le régime n’est pas une seule personne, mais un appareil étatique structuré.</p>
<p><strong>LCC : Quelles stratégies les forces de sécurité iraniennes utilisent-elles et quelles sont leurs implications ?</strong></p>
<p><strong>F.C.</strong> Avant, la répression était déjà dure, avec des morts dans la rue, mais pas à cette échelle. On arrêtait des personnalités locales, on organisait des procès spectaculaires et on exécutait parfois. Aujourd’hui, les forces de sécurité tirent à bout portant sur les manifestants, ce qui montre que le régime perçoit réellement un danger.</p>
<p>Deux scénarios sont envisageables : soit, à l’image de la Syrie en 2011, la répression dégénère et entraîne une guerre civile prolongée. L’autre scénario est de faire comme en <a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1999/03/ELLYAS/2817">Algérie en 1989</a> : l’armée tire, mais le régime tente ensuite de se réformer pour préserver sa légitimité [avec l’adoption d’une nouvelle constitution après les émeutes d’octobre 1988]. (Certes, il y a eu une guerre civile qui a débuté quelques années plus tard, en 1992, mais pendant trois ans l’Algérie a vécu un véritable changement.)</p>
<p><strong>LCC : Quel rôle joue la diaspora et les acteurs externes dans le mouvement ?</strong></p>
<p><strong>F.C.</strong> La diaspora iranienne est très importante et suit le mouvement depuis longtemps. <a href="https://fr.euronews.com/2026/01/11/qui-est-reza-pahlavi-fils-de-lancien-chah-et-figure-en-exil-de-lopposition-iranienne">Reza Pahlavi, le fils exilé</a> du chah d’Iran depuis la <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2045612/revolution-islamique-iran-archives">révolution khomeyniste de 1979</a>, tente de s’imposer une figure de l’opposition. Son nom est souvent scandé lors des manifestations en Iran.</p>
<p>Mais le régime est en place depuis près de 50 ans. Ceux qui sont à l’extérieur ont moins de poids qu’avant. Il n’y a pas de leaders nationaux clairement identifiés : les manifestants veulent surtout la chute du régime, mais personne ne peut dire ce qui viendra ensuite.</p>
<p>L’histoire montre que se fier uniquement aux exilés peut être trompeur, comme en Irak. Pour le moment, la mobilisation intérieure reste le facteur principal.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-regime-iranien-est-un-apartheid-des-genres-il-faut-le-denoncer-comme-tel-191465">Le régime iranien est un apartheid des genres. Il faut le dénoncer comme tel</a>
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<p><strong>LCC : Quelles perspectives politiques pour le régime iranien ?</strong></p>
<p><strong>F.C.</strong> À court terme, c’est très difficile pour les manifestants. L’appareil répressif agit pour sa survie. Mais plus il tire, plus il perd de légitimité. À long terme, tout est possible. Une transition, si elle survient, pourrait être longue et complexe.</p>
<p><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2045612/revolution-islamique-iran-archives">La révolution iranienne de 1979</a> et la chute du Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, n’ont pas suffi : il a fallu une année ou plus de manifestations et de compromis pour que le pays trouve une nouvelle direction. La consolidation de la République islamique a été lente, car de nombreux acteurs aux idéologies différentes avaient participé à la chute du Shah. Après son départ, il <a href="https://www.britannica.com/biography/Ruhollah-Khomeini">a fallu du temps</a> avant que Khomeini ne devienne le leader unique de la révolution et n’impose son modèle de régime théocratique.</p>
<p>Quoi qu’il arrive, la situation s’annonce explosive. C’est un pays de 80 millions d’habitants, divisé sur les plans ethnique et religieux, et doté de réserves pétrolières colossales. Je ne me risquerai à aucune prévision.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/273312/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Francesco Cavatorta ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Depuis fin décembre, l’Iran est secoué par un soulèvement inédit, nourri par la crise économique et aggravée par une répression violente du régime.Francesco Cavatorta, Professor of Political Science, Université LavalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2706082026-01-07T16:36:25Z2026-01-07T16:36:25ZUne « hypermédiatisation » de Trump au Canada ?<p>On s’interroge de plus en plus sur l’espace accordé au président des États-Unis Donald Trump dans les médias au Québec et au Canada. <a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/tout-un-matin/segments/rattrapage/2185589/chronique-veronique-hivon-couverture-mediatique-politique-americaine">Dans une chronique à l’émission radiophonique <em>Tout un matin</em> le 26 septembre dernier</a>, l’ancienne ministre Véronique Hivon exprimait d’ailleurs ses inquiétudes concernant le temps et les ressources accordés à la couverture de la politique américaine. Ses propos ont ensuite suscité le débat sur plusieurs tribunes médiatiques.</p>
<p>Dans la foulée, il est apparu que l’intérêt porté par la presse à la politique américaine excède possiblement la demande du public québécois et canadien, comme le suggèrent des données récemment publiées par les politologues Karine Prémont et Jean-François Daoust dans <a href="https://policyoptions.irpp.org/fr/2025/11/trump-medias-canada/"><em>Options politiques</em></a>.</p>
<p>Certains participants à ce débat ont dévoilé quelques données comparatives sur « le poids » de Donald Trump et de Mark Carney dans les médias canadiens. Toutefois, il nous paraît important de situer la couverture actuelle de la presse dans une perspective plus longue, par exemple en la comparant avec la première présidence de Donald Trump, ou avec celle plus récente de Joe Biden. Nous avons donc procédé à une brève analyse pour répondre à la question suivante : dans quelle mesure Trump est-il présent dans les médias canadiens ? Elle apporte des éléments de preuve à la thèse selon laquelle Trump est « hypermédiatisé » au Canada.</p>
<h2>Coup d’œil méthodologique</h2>
<p>Nous avons mobilisé une méthodologie quantitative en réalisant une recension de mots-clés à travers la banque de données « Eureka », à partir de l’abonnement de l’Université de Sherbrooke. Celui-ci donne accès aux contenus de la presse écrite et d’autres médias canadiens qui publient sur le Web, en français et en anglais.</p>
<p>Dans un premier temps, nous avons considéré la période de six mois suivant immédiatement l’élection de Mark Carney à titre de premier ministre du Canada, soit du 28 avril au 28 octobre 2025. Puis, à rebours, nous avons pris en compte la même période de six mois pour les années où ni le président américain ni le premier ministre canadien ne se trouvaient formellement en campagne électorale.</p>
<p>Chaque fois, nous avons relevé le nombre d’articles répertoriés par Eureka contenant les mots-clés « Joe Biden », « Mark Carney », « Justin Trudeau » ou « Donald Trump », selon les dirigeants en place.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/cest-un-malade-voici-ce-que-lon-perd-a-pathologiser-la-politique-247043">« C’est un malade ! » Voici ce que l'on perd à pathologiser la politique</a>
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<h2>Des résultats (presque) sans ambiguïté</h2>
<p>Les résultats obtenus sur Eureka démontrent de façon claire et sans équivoque une véritable domination de Donald Trump sur le plan de la présence médiatique au Canada, particulièrement lorsque l’on combine les sources francophones et anglophones.</p>
<p>Comme on le constate au tableau 1 (section A), on relève dans les médias en anglais et en français d’avril à octobre 2025 un peu plus de 155 000 textes pour « Mark Carney » alors que la référence à « Donald Trump » revient dans plus de 548 000 articles. C’est 3,5 fois plus de textes que ceux contenant le nom du premier ministre canadien.</p>
<p>Cette forte médiatisation n’est pas une première : on observait plus de quatre fois plus de textes contenant « Donald Trump » que « Justin Trudeau » durant la même période en 2017 et 2018. En revanche, en 2022 et 2023, la référence au président américain alors en poste « Joe Biden » apparaissait dans plus de textes que « Justin Trudeau », mais dans de moins grandes proportions (près de 1,9 fois en 2022 et 1,5 fois en 2023).</p>
<p>Du côté des sources exclusivement francophones (voir section B dans le tableau 1), Donald Trump demeure visiblement plus médiatisé que les premiers ministres Trudeau et Carney, mais dans des proportions plus faibles (1,4 fois plus en 2017, 1,5 fois plus en 2018 et 1,8 fois plus en 2025).</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/raz-de-maree-democrate-dans-les-villes-americaines-un-avertissement-pour-trump-271471">Raz-de-marée démocrate dans les villes américaines : un avertissement pour Trump ?</a>
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<p>Si les références à Donald Trump sont moins importantes, elles restent considérables lorsqu’on les compare à celles de Joe Biden. De fait, pour les années 2022 et 2023, c’est Justin Trudeau qui obtient le plus grand nombre d’occurrences (1,5 fois plus en 2022 et 2,1 fois plus en 2023). Un constat qui remet en perspective la présence de la présidence américaine, celle de Joe Biden en particulier, dans les médias francophones canadiens.</p>
<p>De toute évidence, un facteur « Donald Trump » joue un rôle dans le fait que, dans l’espace médiatique francophone au Canada, on traite davantage du président des États-Unis. Ainsi, contrairement à ce que l’on observe pour Joe Biden, les références à Trump dépassent celles accordées au premier ministre alors en fonction, Justin Trudeau.</p>
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<h2>Comment interpréter ces résultats ?</h2>
<p>Mais alors, comment interpréter cette domination en termes de références à Donald Trump dans l’espace médiatique canadien ? Pourquoi, tant pour les médias francophones qu’anglophones au pays, les mentions au 47<sup>e</sup> président des États-Unis sont-elles plus nombreuses que celles des premiers ministres Trudeau et Carney ?</p>
<p>Nous proposons deux explications à cette situation.</p>
<p>La première est d’origine politique : on peut penser que les médias estiment qu’il importe d’accorder une plus grande attention à la présidence actuelle parce qu’elle pose des défis exceptionnels, par exemple les politiques sur les tarifs douaniers, les menaces d’annexion du Canada et, plus largement, les efforts qui tendent vers le déploiement d’un régime politique plus autoritaire.</p>
<p>La seconde est d’origine médiatique : par sa forte personnalisation du pouvoir et son recours fréquent à des procédés de dramatisation ou de spectacularisation, la présidence de Donald Trump répond très bien à certains critères de sélection de la nouvelle qui ont moins à voir avec la logique politique elle-même.</p>
<p>Dans un cas comme dans l’autre, il y a lieu de s’interroger sur les mérites et les inconvénients de cette « hypermédiatisation » de Donald Trump qui a bel et bien lieu dans notre espace public.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/270608/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Frédérick Bastien a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) du Canada et du Fonds de recherche du Québec - Société et culture (FRQ-SC).</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Emmanuel Choquette a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec - Société et culture (FRQ-SC) et de la Défense nationale canadienne (Programme de subventions de coopération ciblées)</span></em></p>Dans quelle mesure Trump est-il présent dans les médias canadiens ? Pistes de réponses dans un contexte de relations canado-américaines particulièrement tendues.Frédérick Bastien, Professeur titulaire, Université de MontréalEmmanuel Choquette, Professeur de communication politique à l'Université de Sherbrooke, Université de Sherbrooke Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2728622026-01-07T14:01:32Z2026-01-07T14:01:32ZChute de Maduro : « Trump a pris un pari sans précédent et très risqué », dit un historien<p><audio preload="metadata" controls="controls" data-duration="342" data-image="" data-title="Écoutez cet article en version audio générée par l'IA" data-size="5516730" data-source="" data-source-url="" data-license="All rights reserved" data-license-url="">
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<p>Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les forces armées américaines <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2217671/maduro-capture-operation-preparation-deroulement">ont mené une opération militaire afin de capturer puis exfiltrer le président vénézuélien Nicolás Maduro</a> et sa femme, transportés de Caracas à New York. Ils sont accusés de narcoterrorisme, de complot, de trafic de drogue et de blanchiment d’argent.</p>
<p>Donald Trump a annoncé que les États-Unis <a href="https://www.nbcnews.com/politics/white-house/trump-venezuela-nicolas-maduro-strikes-run-country-transition-military-rcna252044">« dirigeraient » temporairement le Venezuela, jusqu’à une « transition sûre, appropriée et judicieuse »</a>.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/a-predawn-op-in-latin-america-the-us-has-been-here-before-but-the-seizure-of-venezuelas-maduro-is-still-unprecedented-272664">A predawn op in Latin America? The US has been here before, but the seizure of Venezuela's Maduro is still unprecedented</a>
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<p>Ce n’est pas d’hier que les États-Unis souhaitent la fin du régime Maduro. Dès le premier mandat de Trump, en mars 2020, Nicolas Maduro est inculpé par la justice américaine pour narcoterrorisme et trafic de cocaïne. Une prime de 15 millions de dollars américains est promise pour son arrestation. La pression <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2218252/venezuela-mire-trump-tensions-temps">s’est cependant accentuée depuis plusieurs mois</a> par des manœuvres tant militaires que diplomatiques.</p>
<p>Ce n’est pas d’hier non plus que les États-Unis interviennent militairement en Amérique latine, comme on l’a vu à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_de_la_Grenade">Grenade</a> et au <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Noriega">Panama</a>, en 1983, ou au <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Golden_Pheasant">Honduras</a>, en 1988. Mais une intervention de cette ampleur dans un grand pays d’Amérique du Sud est sans précédent, comme l’explique Jacob Blanc, spécialiste de l’Amérique latine, professeur au département d’histoire de l’Université McGill.</p>
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<p><strong>La Conversation Canada : Est-ce que l’intervention américaine à Caracas vous a surpris ?</strong></p>
<p><strong>Jacob Blanc :</strong> Oui, quand même, surtout en raison de son caractère audacieux. Il y a une longue histoire d’interventions américaines en Amérique latine, mais dans les pays plus importants, ça s’est généralement passé de manière plus subtile. Les États-Unis appuyaient les changements de régime perçus comme pro-communistes ou anti-américains. Mais là, une intervention militaire en pleine nuit, au palais présidentiel, et l’enlèvement du dirigeant d’un pays moderne, c’est inusité. En plus, Trump ne touche pas au système politique, il laisse le régime en place, la <a href="https://www.lapresse.ca/international/2026-01-06/venezuela/delcy-rodriguez-entame-son-mandat.php">vice-présidente Delcy Rodriguez étant devenue présidente par intérim</a>. C’est sans précédent.</p>
<p><strong>LCC : Quel genre de relations les États-Unis entretenaient-ils avec le Venezuela ?</strong></p>
<p><strong>J.B. :</strong> Le Venezuela a une importance particulière pour les Américains, car c’est le pays où s’est déroulé un des premiers mouvements d’indépendance contre les Espagnols. C’est là que les guerres coloniales ont pris racine, avec les idées du chef militaire et polique Simón Bolívar, soit celle d’un hémisphère sud-américain unifié, solidaire, avec la création d’une confédération. Ça n’a pas eu de succès, mais le Venezuela a été à l’avant-scène de ce mouvement. Puis, il y a eu la découverte du pétrole au XX<sup>e</sup> siècle dans plusieurs pays au nord de l’Amérique du Sud, dont le Venezuela (avec les plus importantes réserves au monde) mais aussi la Colombie. L’économie en a profité, mais ça a aussi créé des problèmes régionaux.</p>
<p>La région a pris de l’importance pour les Américains, particulièrement dans les années 1990, avec l’instabilité au Moyen-Orient. Avec l’arrivée au pouvoir de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo_Ch%C3%A1vez">Hugo Chávez</a>, président de 1999 jusqu’à sa mort, et de ses idées de gauche, les relations se sont refroidies. Chavez est devenu la bête noire des Américains, qui l’accusaient notamment de corruption. Il y a eu l’instauration d’un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sanctions_contre_le_Venezuela">embargo pétrolier dès 2019</a>. Le secteur pétrolier s’est beaucoup affaibli par la suite. Sous Hugo Chavez, il était déjà au ralenti, en raison notamment de la corruption. Et ça prendra des années et énormément d’argent avant que le secteur pétrolier soit remis sur les rails par les Américains… qui ont eux-mêmes créé en partie le problème avec l’embargo.</p>
<p><strong>LCC : Comment les autres pays sud-américains interprètent-ils cette intervention ?</strong></p>
<p><strong>J.B. :</strong> Ça dépend de leur idéologie. Le Brésil, le Mexique et la Colombie, plus à gauche, ont dénoncé cette intervention, mais l’Argentine et le Chili l’ont soutenue. À mon avis, cela va accentuer l’éloignement des deux idéologies en présence en Amérique du Sud, mais cette situation n’est pas tant nouvelle. Pour Cuba, la menace est réelle. Mais une intervention américaine sur l’île serait purement idéologique, le pays n’a presque rien à offrir. Ça serait pour Trump un trophée à exhiber.</p>
<p><strong>LCC : La rhétorique guerrière de Trump contre la Colombie est quand même surprenante, le pays étant une démocratie. Comment l’interpréter ?</strong></p>
<p><strong>J.B. :</strong> Oui, ça m’étonne un peu. Mais en même temps, c’est logique : la justification officielle pour l’intervention contre le Venezuela, c’est la drogue qui entre illégalement aux États-Unis. Mais le Venezuela est un petit joueur. Au contraire de la Colombie, qui est un très gros exportateur. Alors si la justification est vraie, ça sera encore plus facile de faire la même chose en Colombie…</p>
<p><strong>LCC : Quel message envoie Trump au reste du monde ?</strong></p>
<p><strong>J.B. :</strong> Les actions de Trump rappellent ce que fait Poutine en Ukraine, et à ce que pourrait faire Xi Jinping à Taïwan ou dans d’autres pays voisins. Cela met en péril les règles internationales que les nations se sont données après la Seconde Guerre mondiale. Elles ont mis en place un système, faible, certes, mais un système quand même pour éviter les guerres.</p>
<p><strong>LCC : Quelle est la suite pour le Venezuela ?</strong></p>
<p><strong>J.B. :</strong> Tout va dépendre du type d’administration que Trump va soutenir. Pour l’instant, il ne change pas le régime ni le système, et dit vouloir gérer à distance, avec différents incitatifs. Je crois que l’administration Trump se croise les doigts en espérant que la nouvelle présidence n’implose pas, en raison des factions internes. On peut s’attendre à des luttes intestines au sein du pouvoir actuel, ainsi qu’avec l’armée.</p>
<p>Plusieurs veulent le pouvoir. Donald Trump, lui, veut le beurre et l’argent du beurre : faire passer l’opération pour une victoire sans risque ni coût, c’est-à-dire sans l’envoi de soldats susceptibles d’y perdre la vie. Mais rien n’est moins certain. Et si le chaos s’étend dans la région, en Colombie notamment, ça sera la faute de Trump. Il a pris un pari très, très risqué.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272862/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Jacob Blanc ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>De par son modus operandi, l’opération américaine au Venezuela est totalement inusitée. Et la suite s’annonce périlleuse pour Donald Trump.Jacob Blanc, Professeur agrégé d'histoire et des études du développement international, McGill UniversityLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2714712025-12-19T14:46:46Z2025-12-19T14:46:46ZRaz-de-marée démocrate dans les villes américaines : un avertissement pour Trump ?<p>La ronde des diverses courses électorales du mois de novembre, close en décembre, constituait un test depuis l’arrivée au pouvoir du président américain Donald Trump. Les démocrates ont marqué des avancées notables, sans contre-tendance favorable aux républicains à l’échelle nationale, régionale ou locale.</p>
<p>Les sondages de sorties des urnes permettent d’éclairer certains enjeux auxquels les électrices et les électeurs ont été particulièrement sensibles en fonction de leurs inclinaisons politiques et profils socioculturels. Ces sondages ont été menés par le <a href="https://ssrs.com/wp-content/uploads/The-Voter-Poll-by-SSRS-Methodology-Statement_FINAL_11112025.pdf">SSRS</a> pour le compte du consortium des grands réseaux médiatiques dont <a href="https://www.cnn.com/election/2025/exit-polls/virginia/general/governor/0">CNN</a> et <a href="https://www.foxnews.com/elections/2025/election-results/voter-poll">Fox News</a>.</p>
<p>J’ai une formation de géographe, d’historien et de religiologue. Depuis 25 ans j’étudie l’évolution de la diversité ethnoreligieuse au Québec. Depuis 2016, je m’intéresse aux élections à diverses échelles (Montréal, Québec, Canada, États-Unis) afin de tracer les mouvements sociopolitiques à travers le temps et l’espace à l’aide de la cartographie des résultats électoraux.</p>
<h2>Une « Gringa » démocrate à Miami</h2>
<p>Il a fallu attendre le 2 décembre pour qu’un second tour établisse un gagnant à <a href="https://jacobin.com/2025/12/jersey-city-dsa-ephros-brooks">Jersey City</a>, puis le 9 à <a href="https://www.kob.com/new-mexico/keller-wins-albuquerque-mayoral-election/?cb=1765901895078">Albuquerque</a> et à Miami.</p>
<p>En Floride, l’État de résidence du président, l’<a href="https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2025-12-09/miami/les-democrates-remportent-la-mairie-une-premiere-en-pres-de-30-ans.php">élection de la démocrate Eileen Higgins à la mairie de Miami</a>, première femme à obtenir ce poste, est particulière. La victoire de celle-ci (59,5 %) contre le républicain Emilio Gonzalez (40,5 %) met fin à 28 ans de règne républicain. La <em>Magic City</em> devient ainsi la seule des vingt grandes villes en élection cet automne à changer de couleur.</p>
<p>Parlant espagnol, <em>La Gringa</em>, comme elle s’amuse à se faire appeler, a mis l’accent sur le logement abordable tout en exprimant ses préoccupations concernant les opérations de contrôle de l’immigration par l’ICE, thèmes qui résonnent dans une ville à majorité latino-américaine.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/les-politiques-de-donald-trump-sont-plus-quidiotes-elles-sont-stupides-selon-des-chercheurs-en-stupidite-254260">Les politiques de Donald Trump sont plus qu’idiotes – elles sont stupides, selon des chercheurs… en stupidité</a>
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<h2>Un ilot rouge au milieu de beaucoup de maires bleus</h2>
<p>Parmi les villes de plus de 220 000 habitants (au recensement de 2020), <a href="https://ballotpedia.org/Largest_cities_in_the_United_States_by_population">20 élections pour la mairie</a> ont été disputées en novembre.</p>
<p>À New York, Charlotte, Pittsburgh, Buffalo et La Nouvelle-Orléans, les élections se faisaient sur une base partisane, c’est-à-dire que les candidats se présentaient sous la bannière d’un parti, démocrate, républicain ou autre.</p>
<p>En 2024, alors que l’État pivot de la Pennsylvanie basculait en faveur de Donald Trump, Pittsburgh demeurait démocrate en préférant Harris (59,7 %). Cette année, le <a href="https://www.pbs.org/newshour/politics/democrat-corey-oconnor-wins-race-for-pittsburgh-mayor">démocrate Corey O’Connor (85,6 %) rafle la mairie devant le républicain Tony Moreno</a>.</p>
<p>Dans l’État de New York, le <a href="https://www.wxxinews.org/2025-11-04/sean-ryan-wins-buffalo-mayoral-election">démocrate Sean Ryan (71,8 %) a remporté la mairie de Buffalo</a> devant le républicain James Gardner. C’est toute une différence à comparer au scrutin présidentiel où la ville avait accordé 54,8 % de ses voix à Kamala Harris.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/aux-elections-presidentielles-americaines-les-groupes-religieux-sont-plus-divises-quon-ne-le-croit-238292">Aux élections présidentielles américaines, les groupes religieux sont plus divisés qu’on ne le croit</a>
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<p>Les 15 autres élections suivaient un mode non partisan. Bien que les candidates et les candidats se présentent sans étiquette politique, les affiliations politiques ne faisaient généralement pas de <a href="https://ballotpedia.org/Party_affiliation_of_the_mayors_of_the_100_largest_cities">mystère</a>.</p>
<p>À Minneapolis (Minnesota), malgré la kyrielle de candidats à la mairie, les quatre meneurs étaient tous démocrates. C’est au second tour d’un suffrage préférentiel que <a href="https://sahanjournal.com/democracy-politics/jacob-frey-wins-reelection-minneapolis-mayor-omar-fateh/">Jacob Frey obtient 50 % des voix pour son troisième mandat</a> devant le démocrate socialiste Omar Fateh. Au Michigan, la <a href="https://www.clickondetroit.com/news/local/2025/11/05/mary-sheffield-wins-detroit-mayoral-race-ap-projects/">démocrate Mary Sheffield (77 %) devient la première mairesse afro-américaine de Détroit</a> en battant Solomon Kinloch jr, lui aussi démocrate.</p>
<p>En augmentant leurs marges de victoire, les démocrates <a href="https://www.pbs.org/newshour/politics/andre-dickens-wins-reelection-in-atlantas-mayoral-race">Andre Dickens</a> (85,8 %) et <a href="https://www.pbs.org/newshour/politics/aftab-pureval-wins-reelection-as-cincinnati-mayor-defeating-jd-vances-relative">Aftab Pureval</a> (78,3 %) ont été reconduits aux mairies d’Atlanta (Géorgie) et de Cincinnati (Ohio). Dans cette dernière lutte, le candidat défait était Cory Bowman, le demi-frère de J.D. Vance, vice-président et sénateur de l’État.</p>
<p>Des maires de filiation démocrate ont aussi été élus à Charlotte, Seattle, Boston, La Nouvelle-Orléans, Cleveland et Saint Paul.</p>
<p>La ville d’Hialeah, voisine de Miami, est la seule dont la mairie a été remportée par un républicain, <a href="https://www.cbsnews.com/miami/news/bryan-calvo-wins-hialeah-mayoral-race-defeating-interim-mayor-jackie-garcia-roves/">Bryan Calvo devant deux adversaires du même parti</a>.</p>
<p>C’est dire qu’au total, les 19 autres maires sont désormais associés plus ou moins directement au parti démocrate.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-canada-comme-51-etat-americain-les-republicains-ne-seraient-pas-au-pouvoir-de-sitot-246740">Le Canada comme 51ᵉ État américain ? Les républicains ne seraient pas au pouvoir de sitôt !</a>
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<h2>Au-delà d’un pépin socialiste dans la grosse pomme</h2>
<p>À New York, Zohran Mamdani marque l’histoire en devenant le <a href="https://www.bbc.com/news/articles/ceq01l8reqlo">premier maire musulman de la ville</a>. Celui-ci a gagné l’appui de la moitié de la population (50,8 %) devant l’indépendant Andrew Cuomo (41,3 %) et le républicain Curtis Sliwa (7 %).</p>
<p>À l’échelle des <a href="https://www.vote.nyc/sites/default/files/pdf/election_results/2025/20251104General%20Election/00000100000Citywide%20Mayor%20Citywide%20Recap.pdf">arrondissements</a>, Mamdani a obtenu la majorité des suffrages de Brooklyn (57,1 %), de Manhattan (52,7 %), du Bronx (51,8 %) et du Queens (47,9 %). Les soutiens à Cuomo sont majoritaires à Staten Island (55,2 %) tout en prédominant au sud de Brooklyn et à l’est du Queens.</p>
<p>Le <a href="https://www.electionatlas.nyc/maps.html"><em>NYC Election Atlas</em></a> aide à trouver du sens à cette configuration. En recoupant le vote partisan et le profil des quartiers, on remarque que la moitié (50,8 %) des secteurs où les propriétaires sont majoritaires ont choisi Cuomo, alors que les secteurs où les ménages modestes prédominent ont penché du côté de Mamdani (52,4 %). Avec des nuances selon les quartiers et la proportion de propriétaires, les secteurs où les diplômés universitaires sont majoritaires ont préféré Mamdani (54,2 %).</p>
<p>La géographie des résultats confirme que le vote pro-Trump de 2024 s’est majoritairement acheminé vers Cuomo moyennant des pertes en faveur de Mamdani.</p>
<p>Selon les sondages, bien que dans des proportions moindres qu’en Virginie et au New Jersey, la majorité des électorats afro-américain (57 %) et hispanique (52 %) ont préféré Mamdani. L’électorat eurodescendant s’est divisé presque moitié-moitié entre Cuomo et Mamdani.</p>
<p>Alors que 67 % des partisans de Cuomo avaient le crime comme premier sujet de préoccupation, 66 % des partisans de Mamdani se souciaient d’abord du coût de la vie. Ce dernier enjeu prédominait (55 %) pour l’ensemble des New-Yorkais.</p>
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<h2>La Virginie « mère des présidents » donne naissance à sa première gouverneure</h2>
<p>La <a href="https://www.bbc.com/news/articles/cj41l1qpv7ko">démocrate Abigail D. Spanberger</a> s’est gagné l’appui de 57,6 % des électeurs contre sa rivale républicaine Winsome Earle-Sears (42,2 %), l’ancienne lieutenante-gouverneure élue en 2021. C’est un gain démocrate.</p>
<p>Quoique la cartographie réalisée par l’<a href="https://apnews.com/projects/election-results-2025/virginia/?r=47225">Associated Press</a> soit similaire à celle du scrutin présidentiel de <a href="https://apnews.com/projects/election-results-2024/virginia/?r=0">2024</a>, la marque démocrate a progressé partout dans l’État, y compris dans l’espace rural. Dans les villes et les banlieues de Charlottesville, Richmond, Norfolk et Fairfax le vote démocrate a franchi le cap des 70 % voire des 80 %.</p>
<p>L’économie était la préoccupation principale de 48 % des Virginiens.</p>
<h2>Floraison démocrate au New Jersey</h2>
<p>Pour le poste de gouverneur de l’État jardin, la <a href="https://www.bbc.com/news/articles/c24lglz90y1o">démocrate Mikie Sherrill a gagné 56,9 % des suffrages</a> devant son adversaire républicain Jack Ciattarelli (42,5 %). En 2021, son prédécesseur démocrate n’avait obtenu que trois points d’avance. Sherill est la première femme démocrate à remporter ce poste après la victoire de la républicaine Christine Todd Whitman en 1994.</p>
<p>En comparant la cartographie de l’<a href="https://apnews.com/projects/election-results-2025/new-jersey/?r=31033">Associated Press</a> des résultats cette élection avec celle du scrutin <a href="https://apnews.com/projects/election-results-2024/new-jersey/?r=0">présidentiel</a>, on constate que les appuis démocrates ont connu des hausses allant de 5 à 16 points dans presque tous les comtés. À comparer au scrutin présidentiel, quelques majorités républicaines locales ont basculé en faveur du parti démocrate au nord et au sud de l’État. Sept personnes sur dix ont voté démocrate à Trenton et à Newark collé sur New York. Les taxes (35 %) et l’économie (32 %) constituaient les enjeux prédominants.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/la-diplomatie-donnant-donnant-de-donald-trump-en-ukraine-un-echec-pour-arreter-lagression-russe-262375">La diplomatie donnant-donnant de Donald Trump en Ukraine, un échec pour arrêter l’agression russe</a>
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<h2>Quand l’anxiété économique surfe sur une marée électorale</h2>
<p>Au New Jersey et en Virginie, à comparer aux élections locales antérieures, les appuis au parti démocrate ont connu un bond important avec l’élection des deux nouvelles gouverneures.</p>
<p>Selon les sondages publiés par <a href="https://www.cnn.com/election/2025/exit-polls/virginia/general/governor/0">CNN</a> et <a href="https://www.foxnews.com/elections/2025/election-results/voter-poll">Fox News</a> les taux d’approbation et de désapprobation du travail du président étaient de 42 % contre 56 % au New Jersey et de 39 % contre 59 % en Virginie.</p>
<p>La majorité des électeurs indépendants et des gens qui n’avaient pas voté au scrutin présidentiel ont voté démocrate. Les deux tiers des Hispaniques et neuf Afro-Américains sur dix ont suivi, ce qui indique un retour aux tendances prévalant avant 2024.</p>
<p>À l’échelle des mairies, le camp démocrate était souvent en terrain favorable. Au printemps 2026, on disposera d’un portrait plus complet des tendances alors que quelques courses auront lieu dans le <em>Sun Belt</em>. Le passage de la mairie de Miami des mains d’un républicain à celles d’une démocrate n’est toutefois pas pour rassurer le camp républicain.</p>
<p>Les revirements politiques repérables géographiquement et les <a href="https://www.cnn.com/election/2025/exit-polls/virginia/general/governor/0">sondages de sortie</a> des urnes montrent que <a href="https://www.foxnews.com/elections/2025/election-results/voter-poll">l’anxiété économique a surfé à travers le pays</a>. Bien que l’immigration reste un enjeu majeur pour les électeurs républicains, l’économie s’est érigée en tête de liste des préoccupations populaires à New York, en Virginie et au New Jersey.</p>
<p>Au sortir des élections, la marque républicaine a perdu des plumes. Si la promesse de Donald Trump de maîtriser l’inflation a favorisé son élection à la présidence, l’actuelle montée de l’anxiété économique a alimenté le mouvent inverse.</p>
<p>En même temps que les sondages des dernières semaines rappellent que la crise de l’« abordabilité » se ressent de plus en plus sur le plan des dépenses quotidiennes, l’agrégateur de sondages <a href="https://www.realclearpolling.com/">RealClear Polling</a> indique que le taux d’approbation de la gouvernance du président continue de diminuer.</p>
<p>Selon le sondage publié par <a href="https://www.politico.com/news/2025/12/04/poll-americans-trump-voters-affordability-crisis-00674747">Politico</a>, une partie des électeurs de Trump commencent à le tenir responsable de la crise. Le dernier sondage de <a href="https://www.nbcnews.com/politics/politics-news/poll-trumps-maga-base-still-cracks-are-showing-ahead-2026-rcna248722">NBC</a> fait voir que si la base MAGA approuve fortement la gestion du président, c’est au prix de la réduction de son poids numérique derrière la montée de ceux qui se disent « républicains traditionnels ».</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/271471/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Frédéric Castel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Les victoires démocrates de novembre, sur fond d’anxiété économique croissante, signalent un recul net des républicains malgré la présidence Trump.Frédéric Castel, Chargé de cours aux départements de Sciences des religions et d'Études urbaines et touristiques, Université du Québec à Montréal (UQAM)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2713652025-12-05T15:08:26Z2025-12-05T15:08:26Z6 décembre : voici pourquoi le Canada doit reconnaître le crime de féminicide<p>Cela fait 36 ans que le <a href="https://femicideincanada.ca/what-is-femicide/femicide-in-the-canadian-context/">massacre de 14 jeunes femmes a eu lieu à l’École Polytechnique de Montréal</a>. Un homme les a abattues parce qu’elles étaient des femmes.</p>
<p>Qualifié <a href="https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/commemorations-celebrations/16-jours/journee-nationale-commemoration.html">d’acte « violent de misogynie »</a> par le gouvernement fédéral, ce massacre n’a pourtant jamais été officiellement qualifié de féminicide au Canada, <a href="https://doi.org/10.3138/cjwl.03.x">malgré sa reconnaissance mondiale</a>.</p>
<p>Des femmes et des filles continuent d’être <a href="https://femicideincanada.ca/callitfemicide2018-2022.pdf">tuées tous les deux jours</a> au pays, très majoritairement par des hommes. <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/251202/dq251202a-eng.htm">Et les chiffres continuent d’augmenter</a>.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/polytechnique-30-ans-plus-tard-un-premier-attentat-antifeministe-enfin-nomme-comme-tel-107584">Polytechnique, 30 ans plus tard : un premier attentat antiféministe, enfin nommé comme tel</a>
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<p>La <a href="https://doi.org/10.1177/02685809241237440">majorité de ces meurtres sont des féminicides</a>, selon le <a href="https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/statistics/Statistical_framework_femicide_2022.pdf">cadre statistique des Nations unies</a> pour mesurer les meurtres de femmes et de filles liés au genre. Le féminicide est défini de manière générale comme le meurtre d’une femme ou d’une fille en raison de son sexe ou de son genre.</p>
<h2>Un balado qui pour dénoncer</h2>
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<a href="https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=1000&fit=clip"><img alt="matériel promotionnel pour un podcast" src="https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=237&fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=600&h=750&fit=crop&dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=600&h=750&fit=crop&dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=600&h=750&fit=crop&dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&h=943&fit=crop&dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=754&h=943&fit=crop&dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/706198/original/file-20251203-64-tpazvw.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=754&h=943&fit=crop&dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a>
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<span class="caption">Le podcast raconte l’histoire de 580 femmes et filles tuées par des hommes au Canada depuis 2020.</span>
<span class="attribution"><span class="source">(Observatoire canadien sur les féminicides pour la justice et la responsabilité)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span>
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<p>Pour ces raisons, l’<a href="https://femicideincanada.ca/fr/">Observatoire canadien sur les féminicides pour la justice et la responsabilité</a> (CFOJA) a lancé son balado « Too True Crime » le 25 novembre 2025, soit la <a href="https://www.un.org/fr/observances/ending-violence-against-women-day">Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes</a>. Le <a href="https://www.tootruecrime.com/">balado met en lumière les histoires</a> de 580 femmes et filles tuées par des hommes dans des cas de féminicide depuis 2020.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.1177/0011392120946359">Il ne tient compte que des cas où les informations disponibles indiquaient qu’il s’agissait d’un féminicide</a>. Certains cas ont pu échapper à l’attention des autorités et rester sous le radar. Mais depuis le lancement de l’Observatoire en 2018, <a href="https://femicideincanada.ca/fr/recherche/rapports/">on a recencé plus de 1 100 femmes et filles</a> tuées par des hommes.</p>
<p>Une partie des appels à l’action du balado <a href="https://www.change.org/p/call-on-canada-to-recognize-femicide-and-include-it-in-the-criminal-code?recruiter=1395969165&recruited_by_id=173b9870-c5a6-11f0-bbd9-f9b3e178292f&utm_source=share_petition&utm_campaign=petition_dashboard&utm_medium=copylink">comprends une pétition</a> demandant au Canada de reconnaître officiellement le crime de féminicide et de l’inclure dans le Code criminel.</p>
<h2>Les lois contribuent à apporter des changements</h2>
<p><a href="https://www.cnn.com/2025/11/25/europe/italy-femicide-law-intl-hnk">L’Italie est le dernier pays</a> sur une <a href="https://blogs.worldbank.org/en/opendata/femicide-laws-worldwide--50-years-of-evolution-and-ongoing-gaps">trentaine dans le monde</a> à avoir créé une infraction distincte de féminicide dans sa législation nationale.</p>
<p>Cette approche a <a href="https://www.cbc.ca/radio/asithappens/italy-passes-femicide-law-but-womens-rights-advocate-says-it-misses-the-mark-9.6995253">ses détracteurs</a>. Ils affirment :</p>
<ul>
<li><p>Elle ne met pas l’accent sur la prévention ;</p></li>
<li><p>Elle ne s’attaque pas à la culture qui favorise le féminicide ;</p></li>
<li><p>Elle peut avoir des conséquences imprévues ;</p></li>
<li><p>Il est difficile de parvenir à un consensus sur la définition du féminicide ;</p></li>
<li><p>Elle n’a pas réduit le nombre de féminicides.</p></li>
</ul>
<p>Mais la criminalisation par opposition à la prévention n’est pas une question de choix entre l’un ou l’autre.</p>
<p>Les lois constituent un élément clé d’une <a href="https://femicideincanada.ca/prevention/">approche de santé publique</a> en matière de prévention de la violence. Les lois nationales sur les féminicides s’accompagnent généralement de programmes de prévention, de formations destinées aux forces de l’ordre et de campagnes de sensibilisation du public. La loi italienne, par exemple, prévoit des mesures plus sévères contre les crimes sexistes <a href="https://www.npr.org/2025/11/26/g-s1-99444/italy-femicide-life-in-prison">tels que le harcèlement obsessionnel et la pornographie vengeresse</a>.</p>
<p>Les lois ne constituent pas des réponses isolées. Elles ne sont qu’une partie des réponses multisectorielles à un problème social qui doit inclure le suivi des processus de mise en œuvre et des résultats.</p>
<h2>Changer les lois peut changer les cultures</h2>
<p>En Italie, certaines militantes féministes se sont plaintes que la loi <a href="https://www.cbc.ca/radio/asithappens/italy-passes-femicide-law-but-womens-rights-advocate-says-it-misses-the-mark-9.6995253">n’allait pas assez loin</a>, notamment en matière de changement culturel. Au Canada, une avocate féministe suggère <a href="https://pamelacross.ca/femicide-as-a-stand-alone-criminal-offence-part-one/">qu’il faudrait peut-être « repenser radicalement »</a> toute la question plutôt que de créer une nouvelle infraction dans le Code criminel.</p>
<p>Mais qualifier ce crime de « féminicide » — un terme spécifique au sexe ou au genre — constitue en fait une remise en question radicale dans un climat de neutralité qui masque trop souvent le fardeau disproportionné que supportent les femmes et les filles dans certaines formes de violence masculine.</p>
<p>Les réponses apportées par les États à travers leurs lois reflètent les valeurs culturelles. À l’heure actuelle, ces valeurs considèrent le féminicide comme un problème individuel plutôt que comme le résultat de structures et de processus sociaux fondés sur des inégalités profondément enracinées.</p>
<p>Une loi sur le féminicide reconnaîtrait que la violence masculine envers les femmes et les filles est systémique et <a href="https://doi.org/10.1177/1524838009334131">nécessite un changement d’attitude dans les valeurs culturelles du Canada</a>.</p>
<h2>Aider les femmes et les populations marginalisées</h2>
<p>Les lois visant à protéger les femmes peuvent avoir des conséquences imprévues, comme le montre le cas de <a href="https://womanact.ca/mandatory-charging-policies-and-the-criminalization-of-intimate-partner-violence-victims-in-canada/">l’obligation de poursuites judiciaires en cas de violence conjugale</a>. Elle impose à la police de porter plainte si elle a des motifs raisonnables de croire qu’une agression a eu lieu. Et les lois non sexistes peuvent nuire aux femmes, en particulier lorsqu’elles sont appliquées dans un <a href="https://fafia-afai.org/wp-content/uploads/2024/11/RCMP_REPORT_FINAL_MAY03.pdf">environnement sexiste et raciste</a>.</p>
<p>C’est pourquoi le Canada doit inclure le féminicide dans son Code criminel. Le féminicide n’est pas neutre du point de vue du genre, et le reconnaître officiellement permettra de définir comment et pourquoi les femmes sont tuées par des hommes, ce qui est essentiel pour une prévention efficace.</p>
<p>Une loi sur le féminicide ne vise pas à alourdir les peines, mais à <a href="https://www.justice.gc.ca/eng/rp-pr/other-autre/smir-phiri/law-juri.html">garantir que les accusations, les condamnations et les peines soient appropriées</a> et que les <a href="https://www.justice.gc.ca/eng/rp-pr/csj-sjc/crime/rr04_6/p000.html">auteurs soient tenus responsables</a> dans les meurtres de femmes et de filles de tous horizons.</p>
<h2>Il est possible de parvenir à un consensus</h2>
<p>Le Canada doit <a href="https://pamelacross.ca/femicide-as-a-stand-alone-criminal-offence-part-two/">parvenir à un consensus</a> sur la définition du féminicide et en identifier clairement les éléments constitutifs.</p>
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<p>Tous les pays dotés de lois sur le féminicide sont parvenus à un consensus, <a href="https://www.crimejusticejournal.com/article/view/1354">même si tous ne l’ont pas défini de la même manière</a>. Cependant, les <a href="https://lac.unwomen.org/en/digiteca/publicaciones/2014/10/modelo-de-protocolo">protocoles types</a> et des <a href="https://www.oas.org/es/mesecvi/docs/leymodelofemicidio-en.pdf">lois types</a> sont disponibles pour les pays qui envisagent d’inclure le féminicide dans leur législation nationale et leur code pénal.</p>
<p><a href="https://www.qmul.ac.uk/sbm/research/research-insights/femicide-laws-are-failing/">Certaines recherches</a> suggèrent que les lois sur le féminicide sont inefficaces. Elles n’ont pas permis de réduire le nombre de cas. Mais <a href="https://nationalmagazine.ca/en-ca/articles/law/opinion/2025/why-canada-must-legally-recognize-femicide">d’autres soulignent</a> que les lois sur le féminicide ont renforcé la responsabilité et amélioré le signalement, la protection des survivantes et la sensibilisation à toutes les formes de violence sexiste.</p>
<p>Les effets variables d’une loi <a href="https://hateinquiry.bchumanrights.ca/wp-content/uploads/Considering-gender-based-violence-as-a-form-of-hate-by-Dr.-Dawson_BCOHRCs-Inquiry-into-hate-in-the-pandemic.pdf">dépendent du contexte</a>, notamment de qui la connaît, de sa clarté et de sa concision, et de la réactivité des personnes responsables de l’appliquer.</p>
<p>Les lois sur le féminicide ne suffiront pas à elles seules à réduire immédiatement le nombre de femmes tuées par des hommes ou victimes d’autres formes de violence sexiste. Peu de lois ont ce pouvoir. Le principal défi consiste à déterminer si et comment une loi sur le féminicide sera mise en œuvre.</p>
<h2>Une réponse de l’ensemble de la société</h2>
<p>Les lois sur le féminicide visent la prévention et peuvent changer notre culture. Elles pourraient venir en aide aux femmes et aux filles, en <a href="https://www.taylorfrancis.com/chapters/edit/10.4324/9781003202332-49/colonial-femicide-robyn-bourgeois?context=ubx&refId=72733bde-48b4-403d-bbb3-b88eb901a303">particulier celles dont la vie et la mort sont aujourd’hui marginalisées et ignorées</a>.</p>
<p>Comme beaucoup d’autres pays, le Canada peut parvenir à un consensus sur la définition du féminicide et élaborer une loi qui conduira à des changements significatifs. Mais cela nécessite des consultations proactives, une volonté politique et des dirigeants à l’écoute.</p>
<p>Les 580 récits présentés dans <a href="http://tootruecrime.com/">Too True Crime</a> démontrent clairement et sans ambiguïté que la vie des femmes et des filles en dépend.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/271365/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Myrna Dawson a déjà reçu des subventions du Conseil de recherches en sciences humaines et du programme des Chaires de recherche du Canada.</span></em></p>Plus de 1 100 femmes et filles ont été tuées au pays par des hommes depuis 2018. Alors pourquoi le gouvernement fédéral tarde-t-il à ajouter le féminicide au Code criminel ?Myrna Dawson, Professor, Department of Sociology & Anthropology, University of GuelphLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2694552025-12-03T19:24:47Z2025-12-03T19:24:47ZLe secteur de l’énergie, une porte d’entrée pour le Canada en Asie<p>Le Canada a beaucoup à gagner en Asie du Sud-Est. Du sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) à celui de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), le voyage diplomatique en octobre de Mark Carney en Asie témoigne de l’intérêt et de la nécessité du Canada de trouver un point d’entrée dans l’immense marché asiatique.</p>
<p>La région de l’Indo-Pacifique est aujourd’hui le principal moteur économique du monde, contribuant jusqu’à <a href="https://www.imf.org/en/publications/reo/apac/issues/2025/10/24/regional-economic-outlook-for-asia-and-pacific-october-2025">60 % de la croissance mondiale</a>. Tandis que le Japon et la Corée du Sud enregistrent un <a href="https://www.imf.org/en/blogs/articles/2025/10/16/asias-economic-growth-is-weathering-tariffs-and-uncertainty">taux de croissance entre 1 et 2 %</a> pour l’année 2025, la Chine maintient une croissance de 4,2 %, l’Inde de 6,6 % et l’ANASE 4,3 %.</p>
<p>Si ces pays asiatiques aspirent, pour certains, à retrouver un nouvel élan économique, ou, pour d’autres, à accéder au statut d’économie à revenu élevé, ils ont en commun de rechercher des sources d’énergie fiables, accessibles et opérationnelles. Dans les prochaines années, la stabilité et la diversification des fournisseurs énergétiques seront des enjeux clés. Les besoins sont bien réels, et vont augmenter. Qui va en profiter ?</p>
<p>Doctorante en science politique, affiliée au CERIUM, à l’Université de Montréal, je travaille sur la Chine et sur la région Indo-Pacifique.</p>
<h2>Redéfinition de l’échiquier géopolitique</h2>
<p><a href="https://www.ledevoir.com/economie/899698/chronologie-guerre-commerciale-donald-trump-canada">Le 1ᵉʳ février 2025</a>, Donald Trump a déclaré une guerre commerciale contre le Canada et le Mexique, avant même de s’en prendre à la Chine, son ennemi juré. Dès lors, la diversification économique s’est imposée comme une priorité stratégique pour Ottawa.</p>
<p>Élu en promettant d’être l’homme de la situation, Mark Carney a employé un langage totalement différent de celui de son prédécesseur sur l’importance des questions d’ordre économique. À l’occasion de son discours de victoire électorale, le nouveau premier ministre canadien a affirmé vouloir faire du Canada une <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2161732/superpuissance-energetique-carney-fossiles-propres">superpuissance énergétique</a>, autant dans les énergies propres que dans les énergies conventionnelles.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-canada-est-en-guerre-commerciale-avec-les-etats-unis-voici-comment-y-faire-face-251450">Le Canada est en guerre commerciale avec les États-Unis – voici comment y faire face</a>
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<p>Ce pivot vers l’économie, la sécurité nationale et le pragmatisme s’arrime bien aux besoins des pays asiatiques, qui cherchent eux aussi à diversifier leurs chaînes d’approvisionnements et à trouver des partenaires commerciaux stables et crédibles sur le plan politique.</p>
<h2>L’attrait du Canada pour des pays en quête de diversification</h2>
<p>Selon <a href="https://www.statcan.gc.ca/fr/sujets-debut/commerce_international">Statistique Canada</a>, en 2024, les minéraux combustibles (dont le pétrole, le gaz naturel et le charbon), les huiles minérales et leurs produits dérivés représentaient 25 % des exportations canadiennes. De fait, les ressources énergétiques constituent le premier poste d’exportation du Canada. Pourtant, 89,33 % de ces ressources sont acheminées aux États-Unis… Ce que le Canada exporte le plus vers les pays de l’ANASE, ce sont des céréales !</p>
<p>Si le Canada veut devenir une superpuissance énergétique, comme le souhaite Mark Carney, il lui faudra développer des <a href="https://www.theglobeandmail.com/business/adv/article-canadas-energy-future-diversification-is-key-to-independence/">partenariats commerciaux</a> et surtout énergétiques ailleurs qu’au sud du 49<sup>e</sup> parallèle. Le marché asiatique, en pleine croissance et en quête de stabilité et de sécurité énergétique, pourrait constituer une véritable opportunité à long terme.</p>
<h2>La consommation croissante d’énergie en Asie</h2>
<p><a href="https://www.iea.org/regions/asia-pacific">La dépendance aux énergies fossiles demeure la norme dans la région</a>. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, l’industrie et le transport concentrent la plus grande part des besoins en énergie, qui continueront de croître à mesure que l’industrialisation et l’urbanisation s’accélèreront, notamment dans les pays émergents. Le charbon demeure, de loin, la principale source d’énergie, représentant 49,3 % de la consommation d’énergie primaire de la région d’Indo-Pacifique, et 57 % de la production d’électricité. Les ressources tendent toutefois à s’épuiser.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/les-etats-unis-en-repli-la-chine-en-retrait-le-monde-dans-un-vide-dangereux-247854">Les États-Unis en repli, la Chine en retrait, le monde dans un vide dangereux</a>
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<p>Si les économies développées comme la Corée du Sud, le Japon, Taïwan, et Singapour importent quasiment 100 % de leur pétrole et de leur gaz, l’Indonésie et la Malaisie parviennent à exporter leurs énergies fossiles.</p>
<p>L’Indonésie est le premier exportateur mondial de charbon, et la Malaisie, un exportateur majeur de gaz naturel liquéfié (GNL). <a href="https://aseanenergy.org/publications/asean-oil-and-gas-updates-2024/">Le rapport Asean Oil and Gas Updates 2024</a> montre cependant que l’Asie du Sud-Est fait face à un épuisement progressif de ses réserves pétrolières, et devrait devenir importatrice nette de gaz d’ici 2027.</p>
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<h2>Une région qui s’active pour trouver de l’énergie</h2>
<p>Les gouvernements de la région s’entendent de manière quasiment unanime sur deux grandes priorités. D’abord, assurer et préserver leur sécurité énergétique, définie par l’Agence internationale de l’énergie comme étant la disponibilité ininterrompue de sources d’énergie à un prix abordable. Ensuite, exécuter une transition vers des formes d’énergies plus propres que le charbon.</p>
<p>Pour atteindre ces deux objectifs, les pays multiplient des initiatives de diversification énergétique et investissent massivement dans la construction d’infrastructures. <a href="https://aseanenergy.org/publications/asean-oil-and-gas-updates-2024/">En Asie du Sud-Est</a>, les nouvelles usines de regazéification et de liquéfaction se multiplient. En 2023, la région totalisait 57,76 Mtpa de capacité de regazéification, et 64,1 Mtpa de capacité de liquéfaction, avec des projets ambitieux d’expansion d’ici 2030, notamment en Indonésie, en Thaïlande, au Vietnam et aux Philippines.</p>
<h2>Le Canada a-t-il les moyens de ses ambitions ?</h2>
<p>Le Canada s’est ainsi nouvellement doté des moyens pour compétitionner avec les États-Unis, qui exportent déjà massivement leur GNL depuis 2016 à partir de terminaux situés <a href="https://www.compressortech2.com/fr/news/la-capacite-d-exportation-de-gnl-nord-americaine-devrait-plus-que-doubler-d-ici-2029/8093426.article?zephr_sso_ott=tst6Uh">dans le golfe du Mexique</a>. Cependant, ceux-ci transitent par le canal de Panama, un détour coûteux.</p>
<p>Le Canada possède un avantage concurrentiel considérable, un terminal portuaire directement accessible à partir de la côte ouest. Au mois de juillet 2025, partait le premier navire transportant du GNL canadien à destination de l’Asie, depuis le port de Kitimat, en Colombie britannique. Parmi les cinq multinationales ayant le plus contribué à ce projet, <a href="https://www.journaldemontreal.com/2018/10/02/gaz-naturel-liquefie--investissement-record-en-colombie-britannique">quatre sont d’origines asiatiques</a> : Petronas (Malaisie), PetroChina (Chine), Mitsubishi Corporation (Japon) et Kogas (Corée du Sud).</p>
<p>Du côté du pétrole, malgré les retards et la flambée des coûts associés à sa construction, l’expansion du réseau d’oléoduc de Trans Mountain a porté la capacité d’exportation du Canada à <a href="https://www.transmountain.com/news/trans-mountain-pipeline-system-a-strategic-canadian-asset">890 000 barils</a> par jour, ouvrant la voie à des exportations vers des partenaires asiatiques à partir de la côte ouest du pays. Avec <a href="https://energynow.ca/2025/11/canadas-heavy-oil-finds-new-fans-as-global-demand-rises/">plus d’un partenaire à qui vendre son pétrole</a>, le Canada a vu le prix de son baril augmenter rapidement en quelques mois.</p>
<p>N’ayant exporté aucun GNL avant 2016, les États-Unis sont devenus les premiers exportateurs au monde en 2023, et leurs exportations continuent de <a href="https://www.transitionsenergies.com/etats-unis-devenus-premier-exportateur-mondial-gnl-doublant-qatar/">battre des records</a>. Le marché est là, mais qui va s’enrichir : le Canada ou les autres ?</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/269455/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Yaxin Zhou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Mark Carney veut faire du Canada une superpuissance énergétique en profitant de la soif d’énergie de l’Asie, mais la fenêtre d’opportunité se referme vite.Yaxin Zhou, Doctorante en science politique, Université de MontréalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2697662025-11-28T14:43:55Z2025-11-28T14:43:55ZVoici pourquoi les pays africains ne profitent pas de leur richesse en minerais<p>Les activités d’extraction d’or <a href="https://financialpost.com/commodities/mining/barrick-seized-mali-gold-mine-restarts-state-management">ont récemment repris</a> dans le complexe de Loulo-Gounkoto, dans l’ouest du Mali, après plusieurs mois d’interruption. En janvier, le gouvernement malien a commencé à bloquer les exportations de la mine appartenant à la société canadienne Barrick Mining (anciennement Barrick Gold).</p>
<p>Le gouvernement a <a href="https://www.mining.com/barrick-office-in-mali-reopens-amid-tax-standoff/">bloqué les exportations et saisi trois tonnes de lingots d’or</a> à la suite d’un différend avec Barrick Mining concernant des impôts prétendument impayés.</p>
<p>Ce cas particulier est trop complexe pour être abordé ici. Cependant, les conflits concernant la distribution des revenus soulèvent des interrogations majeures quant à la façon dont les nations dotées de ressources naturelles tirent profit de leurs richesses.</p>
<p>Selon le Fonds monétaire international, l’évasion fiscale pratiquée par les multinationales minières priverait les pays africains de <a href="https://www.imf.org/en/publications/departmental-papers-policy-papers/issues/2021/09/27/tax-avoidance-in-sub-saharan-africas-mining-sector-464850">470 à 730 millions de dollars américains de recettes fiscales par an</a>.</p>
<p>Pour améliorer leurs infrastructures et leurs services de santé, ainsi que pour <a href="https://cirdis.uqam.ca/spip.php?rubrique26">atteindre leurs objectifs de développement social</a>, l’apport des recettes publiques générées grâce à la taxation de leurs ressources naturelles est d’une importance critique pour les pays d’Afrique subsaharienne.</p>
<p>Plusieurs raisons expliquent pourquoi les pays d’Afrique riches en ressources minérales ne tirent pas suffisamment profit de leurs ressources.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/les-minieres-face-a-la-violence-au-burkina-faso-110250">Les minières face à la violence au Burkina Faso</a>
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<h2>Déséquilibres de pouvoir, revenus insuffisants</h2>
<p>Le <a href="https://www.iisd.org/system/files/2024-07/tax-incentives-in-mining-minimising-risks-to-revenue-fr.pdf">Forum intergouvernemental sur l’exploitation minière et l’Organisation de coopération et de développement économiques</a> ont recensé différents obstacles à la perception de recettes minières, notamment une législation défaillante, des prix de transfert abusifs et d’autres mécanismes de transferts de bénéfices artificiels.</p>
<p>De plus, les <a href="https://www.iisd.org/system/files/2024-07/tax-incentives-in-mining-minimising-risks-to-revenue-fr.pdf">incitations fiscales</a> régulièrement accordées pour attirer des investissements miniers, telle qu’une réduction significative des taux d’imposition et de redevances, sont rarement justifiées au regard de la perte de recettes publiques qu’elles entraînent.</p>
<p>Malgré ses importantes ressources minérales, le continent est en proie à un mécontentement généralisé, à la pauvreté et au sous-développement en raison des concessions excessives obtenues par les sociétés minières étrangères. <a href="https://transparencylab.org/Documentation/Additional%20resources/Additional%20documents/African%20Union%20Conference_2008.pdf">Cette situation a été condamnée par les dirigeants de tout le continent</a>.</p>
<p>En réponse, la <a href="https://au.int/fr/node/3813">Vision minière pour l’Afrique de l’Union africaine</a> et les politiques qu’elle a inspirées, notamment la réforme des codes miniers, visent à garantir une contribution plus durable des ressources minérales du continent.</p>
<p>Or, les <a href="https://doi.org/10.1016/j.exis.2019.06.010">déséquilibres de pouvoir</a> entre les entreprises étrangères et les gouvernements africains persistent et orientent les négociations relatives aux codes miniers, aux contrats et aux pratiques.</p>
<p>Bien que la situation varie d’un pays, d’un secteur et d’un site à l’autre, des recherches ont été menées pour déterminer les principaux obstacles à l’augmentation des recettes minières des États.</p>
<p>L’inégalité d’influence dans le cadre des négociations, qui favorise les sociétés minières, entraîne de nombreuses irrégularités. On peut citer, par exemple, la prolongation des clauses de stabilité malgré les réformes réglementaires, ou encore la priorité accordée aux contrats miniers par rapport aux cadres réglementaires nationaux plus larges.</p>
<p>Les pratiques du régime commercial international, les privilèges tarifaires à l’importation et les conventions bilatérales constituent de puissants facteurs dissuasifs à l’échelle internationale <a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00083968.2021.1886955">qui empêchent les États africains de mettre en œuvre des politiques profitables aux collectivités</a>.</p>
<h2>Code minier du Mali</h2>
<p>Le secteur minier est un <a href="https://eiti.org/documents/mali-2023-eiti-report">pilier de l’économie malienne</a>. En 2022, il représentait 9,2 % du produit intérieur brut (PIB), 76,5 % des recettes d’exportation et 34,8 % des recettes publiques.</p>
<p>Comme dans d’autres pays du continent, la nouvelle législation minière vise à remédier aux dommages environnementaux et aux recettes minières décevantes qui sont l’héritage du passé. Le <a href="https://discoveryalert.com.au/malis-mining-code-reforms-impacts-gold-investment-2025/">code minier de 2023</a> propose des réformes qui ont pour but d’améliorer les retombées nationales du secteur, à l’instar des mesures prises en Tanzanie, en Zambie et en République démocratique du Congo.</p>
<p>Ces réformes comprennent des exigences plus importantes en matière de participation de l’État (généralement de 10 à 30 %), des redevances et des taux d’imposition plus élevés, des exigences concernant le contenu et les emplois locaux, des dispositions plus strictes relatives à la responsabilité environnementale et sociale, ainsi que des obligations accrues en matière de développement communautaire.</p>
<p>Le code de 2023 vise à renforcer la souveraineté du Mali sur ses ressources et à garantir une répartition plus équitable des bénéfices.</p>
<p>Le régime fiscal a notamment été réformé pour supprimer certaines exonérations dont bénéficiaient les sociétés minières. Le nouveau code met aussi fin à l’allégement fiscal de 25 % accordé par les codes précédents pour une durée de 15 ans. Il introduit également une redevance de 10 % sur la production excédant les prévisions.</p>
<p>Par ailleurs, le Mali a <a href="https://www.agenceecofin.com/actualites-industries/2702-126225-le-mali-annonce-l-adoption-de-cinq-fonds-pour-renforcer-son-secteur-minier">créé plusieurs fonds</a> pour répondre aux besoins du secteur et favoriser l’inclusion sociale.</p>
<p>Une autre innovation importante est la <a href="https://faolex.fao.org/docs/pdf/mli219811.pdf">Loi relative au contenu local dans le secteur minier</a>. Elle vise à encourager la participation d’entreprises et de travailleurs nationaux à ce secteur.</p>
<p>Comme d’autres pays riches en minerais, le Mali a dû faire face à une forte résistance, notamment de la part des entreprises les plus importantes et les plus influentes. Cela a conduit à une escalade de conflits plutôt qu’à des solutions négociées.</p>
<p>Il convient de noter que plusieurs sociétés, comme <a href="https://robexgold.com/agreement-with-the-mali-government-for-nampala-gold-mine/">Robex Resources</a>, ont conclu des accords avec le gouvernement malien. L’entreprise britannique Endeavour Mining a négocié avec le gouvernement des conditions d’exploitation dans le cadre du nouveau code minier.</p>
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<p>Deux autres producteurs d’or ont également signé des accords pour exercer leurs activités en vertu du nouveau code minier : <a href="https://discoveryalert.com.au/news/malis-mining-code-reforms-impacts-gold-investment-2025/">Faboula Gold et Bagama Mining</a>.</p>
<p>Bien que moins importants en termes d’investissement, ces projets illustrent la possibilité de mener à bien des initiatives conformément au nouveau code. Ils offrent aussi de nombreuses possibilités d’emploi dans les zones rurales.</p>
<h2>Une souveraineté accrue</h2>
<p>Certains analystes du secteur ont critiqué les pays riches en minerais pour avoir adopté une approche de <a href="https://www.fieldfisher.com/en/insights/resource-nationalism-an-increasing-threat-to-minin">« nationalisme des ressources »</a>. Des études montrent toutefois que des revenus miniers bien gérés, transparents et stables pourraient contribuer à améliorer l’accès aux soins de santé et aux services sociaux au Mali et au Sénégal.</p>
<p>Le fait d’exercer une plus grande souveraineté sur les ressources naturelles afin d’assurer le bien-être de la population d’un pays pourrait en fait être salué comme un nationalisme responsable.</p>
<p>Le Mali et ses voisins sont confrontés à <a href="https://theconversation.com/bamako-under-siege-why-malis-army-is-struggling-to-break-the-jihadist-blockade-of-the-capital-268521">d’importantes menaces militaires et sécuritaires</a>. L’industrie minière peut jouer un rôle clé dans la lutte contre ces problèmes en générant des revenus et des emplois.</p>
<p>Pour ce faire, elle devra respecter les réglementations nationales et contribuer de manière équitable aux recettes fiscales. En fin de compte, la rentabilité et la responsabilité sociale de l’industrie sont étroitement liées à la stabilité sociale du pays ainsi qu’au bien-être sanitaire, social et économique de sa population.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/269766/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Bonnie Campbell a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Moussa Doumbo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Malgré ses importantes ressources, l’Afrique demeure sous-développée en raison des concessions excessives obtenues par les sociétés minières étrangères.Bonnie Campbell, Professeure émérite en économie politique. Département de science politique de l'Université du Québec à Montréal., Université du Québec à Montréal (UQAM)Moussa Doumbo, Enseignant-Chercheur, Faculté des Sciences Économiques et de Gestion, Université des Sciences sociales et de Gestion de Bamako Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2698562025-11-25T15:55:32Z2025-11-25T15:55:32ZCent quarante ans après sa pendaison, le métis Louis Riel divise encore<p>Cent quarante ans après sa pendaison, Louis Riel divise encore. Rebelle, prophète, député, traître ou père du Manitoba, son héritage raconte un pays qui peine toujours à comprendre ses propres fondations.</p>
<p>Le 16 novembre marquait les 140 ans de l’exécution de <a href="https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/chronologie/louis-riel">Louis Riel (1844‑1885)</a>, chef politique et religieux des Métis, défenseur des droits territoriaux et culturels de son peuple dans les Prairies canadiennes. Jugé pour trahison à la suite de la <a href="https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/rebellion-du-nord-ouest">Rébellion du Nord-Ouest</a> de 1885, sa mort ne se réduit pas à un simple événement historique : elle permet de revisiter un moment fondateur du Canada moderne et d’évaluer la manière dont les enjeux soulevés par Riel, à savoir souveraineté, droits territoriaux, pluralisme culturel, restent profondément actuels. </p>
<p>Loin d’être figé dans les archives ou dans les livres d’histoire, Riel revient régulièrement dans les débats politiques, dans les <a href="https://shsb.mb.ca/louis-riel-et-la-culture/">créations artistiques</a> et dans les discussions sur l’identité canadienne.</p>
<p>En tant que directeur du Centre d’études canadiennes à l’Université de Stockholm, j’ai remarqué l’<a href="https://utbildning.su.se/english/education/course-catalogue/fr/fr1ikb">intérêt des étudiants</a> pour les questions liées au multilinguisme au Canada et notamment pour la construction de la Confédération canadienne. L’un de mes domaines de recherche concerne la lutte pour la <a href="https://doi.org/10.1515/9783111001647-005">visibilité des cultures autochtones</a>.</p>
<h2>Riel, porte-voix d’un peuple métis en quête d’autonomie</h2>
<p>Riel occupe en effet une place singulière dans la mémoire collective. Issu d’une communauté qui naît de l’entrelacement entre populations autochtones et colons européens, il devient le porte-parole d’un espace culturel distinct, attaché à ses terres, à ses traditions et à sa langue. Dans la Résistance de la Rivière Rouge en 1869 puis dans celle du <a href="https://indigenouspeoplesatlasofcanada.ca/article/1885-northwest-resistance/">Nord-Ouest en 1885</a>, il défend la légitimité d’un <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/metis">peuple métis</a> cherchant à préserver son autonomie dans un contexte d’expansion étatique vers l’Ouest.</p>
<p>Derrière le conflit militaire se cache une confrontation entre deux visions du pays. D’un côté, un projet de construction nationale centré sur un pouvoir fédéral fort et un modèle colonial de gestion du territoire. De l’autre, une conception enracinée dans la pluralité linguistique, la reconnaissance des <a href="https://doi.org/10.64628/AAP.wqgnwp4d4">peuples autochtones</a> et la gouvernance locale.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/la-litterature-autochtone-francophone-fait-desormais-partie-du-paysage-culturel-au-quebec-et-dans-le-monde-236014">La littérature autochtone francophone fait désormais partie du paysage culturel, au Québec et dans le monde</a>
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<h2>Une pensée politique portant sur la reconnaissance des droits culturels</h2>
<p>Contrairement à d’autres grandes figures politiques, Riel n’a jamais publié de livre. En effet, il a laissé un ensemble impressionnant de manuscrits, de mémoires, de lettres, de réflexions religieuses et de textes politiques. Ses <a href="https://doi.org/10.7202/304470ar">écrits de prison</a>, le <em>Mémoire sur les droits des Métis de 1885</em> ou encore les documents associés au mouvement de l’Exovedate témoignent d’une pensée riche et complexe. L’<a href="https://open.library.ubc.ca/cIRcle/collections/undergraduateresearch/52966/items/1.0438220">Exovedate</a> était un conseil politique formé autour de Louis Riel en 1874, chargé de guider son action religieuse et nationale et de réfléchir à l’avenir politique des Métis.</p>
<p>Ces écrits dévoilent un homme convaincu que les Métis pouvaient participer pleinement à la création d’un Canada respectueux des différences culturelles, à condition que leurs droits soient reconnus de manière équitable. Ils montrent également un individu profondément marqué par <a href="https://famous-trials.com/louisriel/855-home">l’isolement politique</a>, souvent incompris par les autorités fédérales comme par certains de ses propres partisans.</p>
<h2>L’héritage vivant des Métis aujourd’hui</h2>
<p>Cet héritage textuel nourrit aujourd’hui la réflexion des Métis du Canada, dont la position politique a évolué de manière significative ces dernières décennies. La <a href="https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/histoire-constitutionnelle">reconnaissance constitutionnelle</a>, les avancées judiciaires en matière de droits territoriaux, la structuration d’organisations métisses provinciales, ou encore le renouveau linguistique autour du michif, donnent un nouveau relief aux aspirations portées par Riel au XIX<sup>e</sup> siècle.</p>
<p>Pour beaucoup, sa vie et son action rappellent que les droits métis sont une réalité historiquement ancrée dans les Prairies canadiennes. Les revendications contemporaines concernant les terres, les ressources naturelles, la gouvernance locale ou la représentation institutionnelle prolongent directement les débats dans lesquels Riel s’était engagé.</p>
<h2>La figure de Riel dans la culture populaire</h2>
<p>Ce retour de Riel dans la conversation nationale est également visible dans la culture populaire. Le cinéma, la littérature et les arts visuels réinterprètent régulièrement son image. </p>
<p>Le film <a href="https://www.imdb.com/title/tt31691389/"><em>The Universal Language</em></a> en offre un exemple récent et marquant. Ce film de <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/plan-large/au-canada-avec-paul-schrader-et-matthew-rankin-7146729">Matthew Rankin</a> tourné au Manitoba en farsi propose une fable politico-linguistique où l’histoire et la mémoire métisse deviennent les ressorts d’une réflexion inventive sur les langues minoritaires et la résistance culturelle. Riel y apparaît comme une <a href="https://www.jstor.org/stable/40983515">figure de résistance culturelle</a>, un symbole de la fragilité des langues minoritaires et de la résilience des communautés marginalisées. Le film capte la manière dont Riel est devenu un repère visuel et narratif pour réfléchir aux rapports entre langue, pouvoir et appartenance.</p>
<p>Dans d’autres œuvres, qu’il s’agisse de romans graphiques, de performances artistiques ou de pièces de théâtre, Riel est évoqué tour à tour comme visionnaire, <a href="https://mysteriesofcanada.com/military/louis-riel/">martyr politique</a> ou acteur incompris de son époque. Son exécution, longtemps présentée comme une sanction contre un rebelle armé, est aujourd’hui interprétée à la lumière des injustices structurelles qui ont marqué l’histoire des relations entre l’État canadien et les <a href="https://doi.org/10.22364/BJELLC.09.2019.06">peuples autochtones</a>.</p>
<h2>Les droits territoriaux des Métis</h2>
<p>Si Riel continue de fasciner, c’est aussi parce que les questions qu’il posait demeurent ouvertes. L’articulation entre souveraineté autochtone et cadre fédéral canadien reste au cœur des discussions contemporaines sur les traités modernes et l’autonomie gouvernementale. Les enjeux fonciers, qui avaient déclenché une partie des tensions dans les Prairies, reviennent dans les litiges actuels concernant les <a href="https://www.jstor.org/stable/20178911">droits territoriaux des Métis</a>.</p>
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<p>La <a href="https://doi.org/10.16993/bci">question linguistique</a>, qu’il s’agisse de la place du français ou des langues autochtones, s’inscrit dans une réflexion plus large sur la capacité du Canada à protéger la diversité culturelle qui le caractérise. Enfin, la place de Riel dans les commémorations publiques révèle à quel point le pays continue de débattre de son propre récit national.</p>
<h2>Reconnaissance nationale tardive</h2>
<p>Le Canada a mis du temps à reconnaître officiellement la contribution de Riel. Ce n’est qu’en 2019 que le Parlement a officiellement désigné le <a href="https://sefpo.org/news/november-16-is-louis-riel-day/95879">16 novembre</a> comme Journée Louis-Riel, marquant une relecture plus nuancée de son rôle politique ; la province du Manitoba, qui lui rend hommage depuis longtemps à travers une <a href="https://www.gov.mb.ca/chc/louis_riel/index.fr.html">journée fériée provinciale</a> et diverses commémorations officielles, avait déjà reconnu son apport historique essentiel. </p>
<p>Cette reconnaissance s’inscrit dans un processus plus large de réévaluation du passé colonial et de prise en compte des injustices faites aux peuples autochtones. Dans ce contexte, Riel devient un <a href="https://books.openedition.org/pufr/11426">médiateur entre mémoire et présent</a>, un point de départ pour mieux comprendre comment le pays a été construit et comment il pourrait évoluer.</p>
<p>Commémorer les 140 ans de son exécution revient à interroger les fondements mêmes du <a href="https://doi.org/10.17045/sthlmuni.15329100.v1">Canada contemporain</a>. Riel incarnait une conception du pays qui reposait sur le <a href="https://doi.org/10.64628/AAP.nuce956mx">dialogue</a>, la pluralité et la <a href="https://doi.org/10.17045/sthlmuni.24865983">reconnaissance des entités politiques autochtones</a>. Revisiter cette vision, c’est se demander si le Canada actuel est en mesure de donner une <a href="https://doi.org/10.17045/sthlmuni.23508432.v1">place réelle</a> aux Métis, aux Premières Nations et aux Inuit dans la manière dont il se pense lui-même.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/269856/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Christophe Premat est directeur du Centre d'études canadiennes de l'Université de Stockholm depuis 2017. Il a fondé un cours d'été d'introduction aux études canadiennes dont la première édition a eu lieu en 2021 grâce au financement du Conseil Nordique des Ministres (NPHE-2020/10138). Il a récemment dirigé un ouvrage avec Sara Bédard-Goulet intitulé "Nordic and Baltic Perspectives in Canadian Studies" (<a href="https://stockholmuniversitypress.se/books/e/10.16993/bci">https://stockholmuniversitypress.se/books/e/10.16993/bci</a>).</span></em></p>À l’occasion des 140 ans de l’exécution de Louis Riel, figure politique majeure des Métis, cet article revient sur son héritage politique et culturel.Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm UniversityLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2699942025-11-24T19:41:20Z2025-11-24T19:41:20ZComment Téhéran a transformé une défaite militaire en victoire symbolique<p>La guerre des douze jours, qui a opposé Israël à la République islamique d’Iran en juin dernier, n’était pas seulement un conflit militaire limité ou une opération dite « ciblée ». Elle a surtout servi de levier de propagande pour Téhéran.</p>
<p>Le conflit <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2175648/iran-ayatollah-khamenei-frappes-israel-araghchi-negociation">a éclaté dans la nuit</a> du 12 au 13 juin, lorsque des frappes israéliennes coordonnées ont surpris Téhéran en visant plusieurs sites militaires, nucléaires et scientifiques. La rapidité et la précision de l’opération ont marqué les observateurs internationaux, avant que la République islamique d’Iran ne réplique par des missiles et des drones, et qu’un <a href="https://www.lefigaro.fr/flash-actu/cessez-le-feu-l-iran-exprime-de-serieux-doutes-quant-au-respect-des-engagements-d-israel-20250629">cessez-le-feu fragile</a> soit instauré le 24 juin.</p>
<p>Sous l’ancien régime iranien, Israël était considéré comme un allié stratégique. Depuis la <a href="https://www.ledevoir.com/motcle/dossier-la-revolution-iranienne-40-ans-apres">révolution islamique de 1979</a>, l’État hébreu n’a jamais été reconnu et a été qualifié de <a href="https://www.france24.com/fr/20180510-iran-israel-histoire-relations-iraniens-israeliens-partenariat-conflit-netanayahou-khamenei">« petit Satan »</a> par l’ayatollah Khomeini. L’Iran considère la création d’Israël comme un acte de colonialisme sur une terre musulmane ; depuis lors, le discours officiel nie la légitimité de cet État en terre d’islam.</p>
<p>En tant que politologue chercheure en résidence au CÉRIUM de l’Université de Montréal, de même que chercheure associée à l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à la chaire Raoul-Dandurand (UQAM), je <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-06-21/iran/recit-de-teheranais-abandonnes-a-leur-sort.php">m’intéresse à l’histoire, la politique et la société de l’Iran contemporain</a>.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-corps-des-femmes-iraniennes-devient-un-champ-de-bataille-243305">Le corps des femmes iraniennes devient un champ de bataille</a>
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<h2>La guerre comme levier de propagande</h2>
<p>Ce conflit a offert au régime iranien une occasion de réactiver et de remodeler sa propagande idéologico-politique, en alliant posture victimaire et exaltation d’une fierté nationale puisée dans la mémoire historique et préislamique du pays. Dès le déclenchement des hostilités, les autorités ont adopté un double récit : celui de la victime agressée par Israël et les États-Unis, ses deux ennemis historiques, et celui du gardien de l’intégrité nationale.</p>
<p>Cette stratégie s’inscrit dans une continuité : depuis 1979, la République islamique a toujours instrumentalisé les conflits extérieurs pour consolider sa légitimité interne et revitaliser un discours religieux en perte de souffle.</p>
<p>Dans les médias d’État, Israël est dépeint comme l’agresseur violant le droit international, alors que l’Iran s’est lui-même affranchi de ces normes à plusieurs reprises, notamment <a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/19997/histo-otages-americains-iran-1979">lors de la prise d’otages à l’ambassade américaine en 1979</a> et le non-respect de conventions internationales telles que la <a href="https://www.icrc.org/fr/document/conventions-de-geneve">Convention de Genève</a>.</p>
<p>Cette rhétorique d’inversion morale renforce l’image d’un Iran « assiégé mais résistant ». Les civils et les sites nucléaires frappés deviennent des symboles de courage et moins de martyre. Le régime reconnaît les dégâts matériels, mais transforme la survie nationale en victoire symbolique : Israël et les États-Unis ont frappé, mais l’Iran, « grande nation résistante », est resté debout.</p>
<p>Fait significatif, le Guide suprême ne parle plus seulement de la « République islamique », mais de l’Iran en tant que civilisation millénaire. Le vocabulaire change : les références à la grandeur perse, aux symboles préislamiques et à la continuité historique du pays remplacent progressivement les slogans religieux. Cette mutation révèle une stratégie claire : nourrir la fibre nationaliste face à l’épuisement idéologique du discours théologique après plus de quatre décennies.</p>
<p>La guerre a également permis au régime de justifier une <a href="https://www.amnesty.org/en/latest/news/2025/09/iran-authorities-unleash-wave-of-oppression-after-hostilities-with-israel/">intensification de la répression intérieure</a>, sous couvert de sécurité nationale. L’arrestation de prétendus « espions » ou « agents sionistes » est présentée non comme une faiblesse sécuritaire, mais comme la preuve de la puissance de l’ennemi et du courage iranien face à lui. Cette rhétorique de l’espionnage, déjà utilisée depuis la révolution de 1979, est amplifiée : toute forme de dissidence devient trahison et peut être condamnée à mort, transformant la peur en outil de contrôle interne.</p>
<h2>La cause palestinienne comme vitrine extérieure</h2>
<p>La propagande de la République islamique ne se limite pas à un usage interne : elle vise également à mobiliser l’opinion publique arabe et internationale. Lors de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=bHvYuH1DQ6c">l’Assemblée générale des Nations unies</a> en septembre 2025, le président iranien, Masoud Pezeshkian, a affirmé que la République islamique d’Iran se positionne comme le défenseur du peuple palestinien et le soutien stratégique du Hamas.</p>
<p>Le régime cherche ainsi à présenter <a href="https://www.giga-hamburg.de/en/publications/giga-focus/iran-in-the-aftermath-of-the-twelve-day-war">sa politique étrangère</a> comme légitime, humanitaire et anticoloniale. Cette narration s’inscrit dans la consolidation de l’« axe de la résistance », une alliance politico-militaire regroupant le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et plusieurs groupes palestiniens, tous unis par l’opposition à Israël et à l’influence américaine au Moyen-Orient.</p>
<p>En s’érigeant en chef de file de cette coalition, la République islamique renforce son poids régional, séduit certains mouvements de gauche internationaux et justifie son soutien matériel et financier au Hamas, notamment depuis les attaques du 7 octobre 2023, présentées comme une prolongation des luttes anticoloniales.</p>
<p>Malgré les pertes subies, le conflit a offert au régime un levier idéologique majeur. Il permet de resserrer le contrôle interne, de réactiver le nationalisme, et de se présenter comme un rempart face aux menaces extérieures. La peur devient un ciment social ; la résistance, un impératif moral. Ce faisant, la guerre ravive une légitimité fragilisée et offre au pouvoir un récit héroïque : celui d’une nation assiégée mais indestructible.</p>
<h2>Israël, les États-Unis et la logique de la survie hégémonique</h2>
<p>Du côté israélien, la guerre est présentée comme un impératif de sécurité nationale : protéger les citoyens et neutraliser les menaces balistiques iraniennes légitime, selon Israël, les frappes contre Téhéran. Pourtant, cette logique de survie crée un paradoxe : elle nourrit un cycle de représailles sans fin, accélère la course à l’armement et accentue l’instabilité régionale. La démonstration de force se transforme alors en démonstration de vulnérabilité.</p>
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<p>Pour Washington, ce conflit constitue également une scène de démonstration, celle de sa puissance militaire et de sa capacité de dissuasion. En rappelant sa suprématie, les États-Unis cherchent à contenir les ambitions régionales et à préserver leur rôle d’arbitre hégémonique au Moyen-Orient. Mais cette stratégie a un coût : l’espace du dialogue diplomatique s’amenuise, le droit international s’effrite, et les populations civiles deviennent les premières victimes d’un affrontement d’influences où la logique de puissance l’emporte sur celle de la paix.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-regime-iranien-est-un-apartheid-des-genres-il-faut-le-denoncer-comme-tel-191465">Le régime iranien est un apartheid des genres. Il faut le dénoncer comme tel</a>
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<h2>Propagande, nationalisme et légitimation</h2>
<p>La guerre des douze jours met en lumière la centralité du nationalisme iranien comme instrument idéologique. À mesure que les symboles religieux perdent de leur pouvoir de mobilisation, le régime réactive les mythes de la grandeur perse et de la continuité civilisationnelle pour consolider l’adhésion populaire. La République islamique se redéfinit ainsi comme nation éternelle, substituant au vocabulaire religieux celui de la fierté nationale et de la résistance patriotique. Les martyrs, hier sanctifiés au nom de la foi, le sont désormais au nom de la patrie.</p>
<p>Cette guerre démontre que, dans la région, la force et la propagande demeurent des leviers essentiels de survie politique, mais au prix des populations civiles. Comme l’écrivait Leo Tolstoï dans <em>Guerre et Paix</em>, « l’histoire des peuples est écrasée par les ambitions des puissants ».</p>
<p>La paix véritable ne naîtra ni de la dissuasion militaire ni de la rhétorique victimaire, mais d’une diplomatie fondée sur la reconnaissance mutuelle, la justice et le respect du droit international. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, le cycle de la violence continuera d’être instrumentalisé par des régimes qui transforment la guerre en outil de légitimation et de survie existentielle.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/269994/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Hanieh ZIaei ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>La guerre des douze jours Israël‑Iran en juin 2025, loin d’être seulement militaire, a servi de levier de propagande pour Téhéran.Hanieh ZIaei, Politologue spécialiste du monde iranien et chercheuse en résidence au CÉRIUM, Université de MontréalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2700222025-11-20T16:22:30Z2025-11-20T16:22:30ZBudget fédéral 2025 : le « Canada fort » est-il en réalité faible en matière d’IA ?<p>Le gouvernement de Mark Carney a présenté son premier budget officiel, intitulé <a href="https://budget.canada.ca/2025/report-rapport/pdf/budget-2025-our-plan.pdf">Un Canada Fort</a>. Il se présente comme une feuille de route des investissements réalisés pour renforcer la souveraineté nationale par la productivité économique et la défense nationale. Au cœur de ces efforts se trouve l’intelligence artificielle.</p>
<p>Les technologies fortement axées sur l’IA ont été identifiées par huit agences fédérales dans le budget 2025 comme un moyen de réduire les dépenses opérationnelles tout en stimulant la productivité.</p>
<p>De nombreux investissements du budget visent à développer l’industrie de la défense par la création et la commercialisation de ce qu’on appelle des <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0305048315001851">technologies à double usage</a> — des biens, logiciels et technologies pouvant être utilisés à la fois à des fins civiles et militaires — ce qui peut également inclure l’IA.</p>
<p>Mais le Canada Fort est-il, en fait, faible en IA ?</p>
<p>Compte tenu du paysage législatif actuel et du nouveau budget, nous soutenons que le plan d’IA d’Un Canada fort minimise la réglementation et la mise en place de garde-fous, puisque le financement est principalement orienté vers l’adoption de l’IA. Il néglige les risques, les impacts et les potentielles faiblesses qui accompagnent une dépendance excessive à ces technologies.</p>
<h2>Historique des budgets passés</h2>
<p>Indirectement, le gouvernement canadien a constamment soutenu la recherche en IA par l’intermédiaire des <a href="https://science.gc.ca/site/science/fr/financement-interorganismes-recherche/politiques-lignes-directrices/choisir-bon-organisme-subventionnaire-federal">organismes subventionnaires fédéraux</a>, de la <a href="https://www.innovation.ca/fr">Fondation canadienne pour l’Innovation</a> et de <a href="https://cifar.ca/fr/">l’Institut canadien pour la Recherche avancée</a>.</p>
<p>Entre 2006 et 2015, le gouvernement du premier ministre Stephen Harper a investi plus de <a href="https://budget.canada.ca/2015/docs/plan/toc-tdm-fra.html">$13 milliards</a> dans la science, la technologie et l’innovation durant son mandat.</p>
<p>Le gouvernement de Justin Trudeau a modifié la manière dont l’IA était présentée aux citoyens du pays et la façon dont elle était financée. Le budget de 2017, intitulé <a href="https://www.budget.canada.ca/2017/home-accueil-fr.html">Bâtir une classe moyenne forte</a> a fait les premières références explicites à l’IA dans un budget fédéral, la décrivant comme représentant une force transformatrice pour l’économie canadienne.</p>
<p>Le gouvernement a mis l’accent sur « l’avantage du Canada en matière d’intelligence artificielle », qui, selon lui, pouvait se traduire par « une économie plus innovante, une croissance économique plus forte et une amélioration de la qualité de vie des Canadiens ».</p>
<p>Bill Morneau, ministre des Finances de l’époque, a proposé de financer les <a href="https://ised-isde.canada.ca/site/grappes-dinnovation-mondiales/fr">Supergrappes d’IA</a> et d’allouer 125 millions de dollars pour établir la première <a href="https://ised-isde.canada.ca/site/strategie-ia/fr">Stratégie pancanadienne en intelligence artificielle</a>.</p>
<p>Cet engagement envers l’IA a été réaffirmé dans le <a href="https://budget.canada.ca/2021/home-accueil-en.html">budget de 2021</a>, lorsque la technologie a été présentée comme « l’une des transformations technologiques les plus significatives de notre époque ». Les investissements du gouvernement fédéral dans ce secteur ont été décrits comme essentiels pour garantir que l’économie en profite, et que la position de force du Canada permette « l’intégration des valeurs canadiennes dans les plates-formes mondiales ».</p>
<p>Le gouvernement a renouvelé la Stratégie pancanadienne d’IA avec 368 millions de dollars supplémentaires. Un montant additionnel de 2,4 milliards de dollars a été engagé dans le <a href="https://budget.canada.ca/2024/home-accueil-fr.html">budget de 2024</a>, mettant l’accent sur « l’utilisation sécuritaire et responsable » de l’IA, notamment grâce à la création de nouvelles normes et à l’établissement de <a href="https://ised-isde.canada.ca/site/isde/fr/institut-canadien-securite-lintelligence-artificielle">l’Institut canadien de la sécurité de l’intelligence artificielle</a>.</p>
<h2>La question de la souveraineté</h2>
<p>Le budget 2025 marque un autre changement substantiel dans l’approche du Canada concernant l’IA. Cette troisième phase de financement met l’accent sur l’adoption, la productivité, la souveraineté et le principe fondamental du double usage — à la fois civil et militaire.</p>
<p>Mais nous ne croyons pas qu’il favorise la recherche et les projets portant sur les enjeux clés liés à l’IA. Il amplifie plutôt un langage promotionnel.</p>
<p>Nous croyons que l’adoption à grande échelle de l’IA dans les ministères et agences fédéraux (comme <a href="https://www.canada.ca/fr/agence-revenu.html">l’Agence du revenu du Canada</a>, <a href="https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social.html">Emploi et Développement social Canada</a>, <a href="https://www.dfo-mpo.gc.ca/index-fra.html">Pêches et Océans Canada</a>, <a href="https://www.canada.ca/fr/services-publics-approvisionnement.html">Services publics et Approvisionnement Canada</a>, <a href="https://www.statcan.gc.ca/fr/debut">Statistique Canada</a>, <a href="https://ressources-naturelles.canada.ca/">Ressources naturelles Canada</a> et <a href="https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien.html">Patrimoine canadien</a>) réduira en réalité la capacité à développer des réglementations, à concevoir des garde-fous, à mener des délibérations éthiques et à garantir une participation significative de la société civile, parce que son intégration généralisée imprégnera l’ensemble de la bureaucratie.</p>
<p>L’IA présentée comme moteur économique — à travers la réduction des coûts et les applications à double usage — est devenue le nouveau récit promotionnel du gouvernement.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/what-are-canadas-governing-liberals-going-to-do-about-ai-257537">What are Canada’s governing Liberals going to do about AI?</a>
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<h2>La faiblesse en IA du Canada fort</h2>
<p>Quelles vulnérabilités émergent lorsque l’IA est déployée de manière agressive au sein de la fonction publique ? Depuis l’abandon de la <a href="https://montrealethics.ai/the-death-of-canadas-artificial-intelligence-and-data-act-what-happened-and-whats-next-for-ai-regulation-in-canada/">loi sur l’Intelligence artificielle et les données</a>, l’approche canadienne de la gouvernance de l’IA repose davantage sur des <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/data-and-policy/article/missed-opportunities-in-ai-regulation-lessons-from-canadas-ai-and-data-act/5178DE82B270CD41FA3B7ECFC94BF810">normes et standards que sur l’État de droit</a>.</p>
<p>Cet environnement pourrait transformer un avantage perçu en matière d’IA en une véritable faiblesse. Cela est particulièrement vrai compte tenu de la dépendance excessive du gouvernement envers des logiciels étrangers (comme Microsoft CoPilot) et des matériels étrangers (comme les puces NVIDIA nécessaires aux superordinateurs), d’un <a href="https://www.theglobeandmail.com/canada/article-ottawa-artificial-intelligence-projects-public-registry/">manque de compréhension complète des technologies déjà utilisées par les différentes agences</a> et de <a href="https://policyoptions.irpp.org/2025/09/ai-defence-spending/">l’absence de lignes directrices sur les armes autonomes létales</a> — des systèmes d’armes capables de rechercher, identifier et attaquer des cibles sans intervention humaine directe.</p>
<p><a href="https://www.canada.ca/fr/innovation-sciences-developpement-economique/nouvelles/2025/09/le-gouvernement-du-canada-lance-le-groupe-de-travail-sur-la-strategie-en-matiere-dintelligence-artificielle-et-une-consultation-publique-en-vue-de-.html">Promouvoir la création rapide de régulations ainsi que l’adoption à tout prix de l’IA</a> dans un budget centré sur le soutien à la recherche, au développement, à la commercialisation et à la mise en œuvre de technologies à double usage risque de négliger plusieurs écueils de l’IA, notamment :</p>
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<li><p><a href="https://www.techpolicy.press/anatomy-of-an-ai-coup/">La réduction de la transparence administrative</a></p></li>
<li><p><a href="https://link.springer.com/article/10.1007/s00146-024-01903-5">L’encodage de la discrimination dans les modèles</a></p></li>
<li><p><a href="https://ainowinstitute.org/wp-content/uploads/2024/10/Mind_the_Gap__Foundation_Models_and_the_Covert_Proliferation_of_Military_Intelligence__Surveillance__and_Targeting.pdf">L’inadéquation des standards des modèles face aux standards administratifs ou militaires</a></p></li>
<li><p><a href="https://www.hrw.org/news/2024/09/10/questions-and-answers-israeli-militarys-use-digital-tools-gaza">La surveillance de masse, les usages non éthiques ainsi que les dommages collatéraux</a></p></li>
</ul>
<p>La promotion de l’IA comme un avantage économique — par l’automatisation de l’administration publique et le double usage militaire — dans un environnement non réglementé et sans financement dédié à la surveillance risque de perturber des secteurs et des services essentiels au maintien de la démocratie canadienne, fondement même d’un Canada Fort.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/270022/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Nicolas Chartier-Edwards a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>François-Olivier Picard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Promouvoir l’IA comme moteur économique dans un environnement non réglementé risque de perturber des secteurs et des services clés qui soutiennent la démocratie canadienne.Nicolas Chartier-Edwards, PhD student, Politics, Science and Technology, Institut national de la recherche scientifique (INRS)François-Olivier Picard, PhD student, Institut national de la recherche scientifique (INRS)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2658432025-11-17T17:39:51Z2025-11-17T17:39:51ZLa Constitution québécoise prétend vouloir protéger les femmes. La réalité est toute autre<p><audio preload="metadata" controls="controls" data-duration="425" data-image="" data-title="Écoutez cet article en version audio générée par l'IA" data-size="6846259" data-source="" data-source-url="" data-license="All rights reserved" data-license-url="">
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Écoutez cet article en version audio générée par l'IA.
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<p>Le Québec pourrait bientôt inscrire le droit à l’avortement dans sa Constitution. Présenté au public comme un symbole fort pour l’égalité des sexes, ce geste risque paradoxalement de fragiliser l’accès réel des femmes à ce service, en plus de véhiculer une vision réductrice de la lutte féministe pour la justice reproductive.</p>
<p>Le 9 octobre dernier, le ministre de la Justice du gouvernement caquiste Simon Jolin-Barrette déposait le <a href="https://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-1-43-2.html">projet de Loi 1</a>, visant à doter le Québec de sa propre Constitution. Présenté comme un geste d’affirmation nationale progressiste, visant à « définir la nation québécoise » et ses « valeurs sociales distinctes, dont l’égalité entre femmes et hommes », ce projet inclut deux dispositions touchant spécifiquement l’égalité des sexes.</p>
<p>Ce texte se concentre sur la disposition prévoyant l’inscription constitutionnelle du droit à l’avortement. À travers ce débat ouvert par le gouvernement, je propose, à titre de titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éthique féministe à l’Université du Québec à Trois-Rivières, d’y voir une occasion rare de réfléchir collectivement – en incluant les Premiers peuples, grands oubliés de ce projet – à la perspective féministe que nous souhaitons voir structurer et inspirer notre projet de société.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/quand-la-constitution-quebecoise-ignore-les-peuples-autochtones-268329">Quand la Constitution québécoise ignore les peuples autochtones</a>
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<h2>Contre la constitutionnalisation de l’avortement</h2>
<p>En 2023, la <a href="https://www.ledevoir.com/politique/793356/le-barreau-met-en-garde-la-ministre-biron-au-sujet-de-l-avortement">Coalition avenir Québec a tenté</a> d’inscrire le droit à l’avortement dans la Charte des droits et libertés de la personne. De <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/793487/idees-une-loi-sur-l-avortement-merci-mais-non-merci-madame-la-ministre">nombreux groupes de femmes</a>, le <a href="https://www.ledevoir.com/politique/793356/le-barreau-met-en-garde-la-ministre-biron-au-sujet-de-l-avortement">Barreau du Québec</a> ainsi que <a href="https://www.ledevoir.com/politique/quebec/798308/politique-quebecoise-pas-besoin-loi-avortement-avertissent-400-medecins">plus de 400 médecins</a>, s’y sont alors opposés, craignant d’abord qu’en ciblant l’avortement comme un service de santé distinct des autres, on risquait de raviver la stigmatisation des femmes qui y ont recours.</p>
<p>Ils rappelaient surtout que l’enchâssement du droit à l’interruption volontaire de grossesse dans une loi constitutionnelle ouvrirait de facto la porte à sa contestation devant les tribunaux. Cela fragiliserait des acquis menacés par les vents conservateurs qui soufflent sur la province depuis le <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1893597/manifestation-cour-supreme-avortement-etats-unis">renversement, en 2022, de l’arrêt Roe v. Wade</a>, qui, depuis 1973, accordait aux États-Uniennes le droit d’avorter dans tout le pays.</p>
<p>Comme pour la vasectomie ou la chirurgie de la hanche, il n’est pas nécessaire de constitutionnaliser l’accès à l’avortement, mieux protégé comme soin que comme droit. Rappelons qu’au Québec, comme ailleurs au Canada, l’avortement n’est pas un droit constitutionnel : il est entièrement décriminalisé depuis 1988, à la suite d’une décision de la Cour suprême ayant invalidé les restrictions du Code criminel – qui, depuis 1969, n’autorisait l’avortement que dans certaines circonstances exceptionnelles et sous des conditions très restrictives. Depuis, l’interruption volontaire de grossesse relève du réseau de la santé, et non de la Constitution.</p>
<p>En décembre 2023, la ministre responsable de la Condition féminine Martine Biron avait su écouter les groupes de femmes et <a href="https://www.ledevoir.com/politique/quebec/803461/politique-quebecoise-biron-renonce-loi-avortement-concentre-enjeux-acces">faire marche arrière</a> sur son projet de loi. Aujourd’hui, le gouvernement caquiste choisit de faire fi de leurs voix – tout en s’autoproclamant champion de l’égalité des sexes. Il voudrait délibérément mettre en péril la protection du droit à l’avortement qu’il ne s’y prendrait pas autrement.</p>
<h2>Ce qui menace le droit à l’avortement</h2>
<p>Les groupes de femmes et les chercheuses féministes n’ont jamais demandé la constitutionnalisation du droit à l’avortement, qu’elles ont même critiquée. Elles rappellent toutefois que l’accès réel à ce service reste entravé par des obstacles concrets : manque de services hors des grands centres, manque d’accès à la pilule abortive, délais d’attente longs, absence de congés payés, et manque d’investissement dans l’accompagnement de celles qui subissent violence ou contrôle de la part de leur partenaire.</p>
<p>Mais constitutionnaliser un droit à l’avortement est plus spectaculaire et politiquement payant. Ce geste qui frappe l’imaginaire citoyen dispense surtout de s’engager là où cela ferait une véritable différence pour les femmes. L’exercice réel de notre liberté reproductive dépend d’autres facteurs sur lesquels nos gouvernements ont un pouvoir d’agir : l’existence d’une clinique à distance raisonnable et l’accès rapide à une consultation dans une société féministe qui soutient et valorise les femmes et leur autonomie.</p>
<p>S’ajoutent aussi des facteurs socio-économiques et relationnels sur lesquels le gouvernement peut agir par l’éducation et les programmes sociaux : vivre une relation égalitaire et respectueuse, et avoir des moyens financiers permettant de réaliser ses projets reproductifs ou de quitter une relation toxique. La pauvreté, la crise du logement et la réduction des ressources pour femmes et enfants victimes de violence conjugale restent des enjeux féministes cruciaux, liés à la justice reproductive.</p>
<p>Au-delà de ces obstacles pratiques à la liberté reproductive, les féministes s’entendent pour dire que la principale menace à nos droits à l’heure actuelle est représentée par la montée des droites conservatrices. En ligne, ces mouvements tissent de nouvelles communautés réactionnaires, nourries par des discours natalistes, nostalgiques des rôles de genre traditionnels et d’une époque pure-laine fantasmée.</p>
<h2>Vers une pleine justice reproductive</h2>
<p>L’histoire classique du féminisme présente le droit à l’avortement comme un combat emblématique des années 1960. Mais ce récit est partiel. Il occulte les expériences des femmes autochtones, noires et racisées, des femmes vivant avec une déficience intellectuelle et de celles en situation de handicap, qui ont fait les frais des politiques génocidaires et eugénistes : <a href="https://sterilisationsimposees.cssspnql.com/">stérilisations imposées, coercition reproductive</a>, et <a href="https://institutvanier.ca/la-famille-compte-2024/la-moitie-des-enfants-places-en-famille-daccueil-sont-autochtones/">retraits d’enfants</a>, justifiés par des préjugés sur leur capacité à être mères.</p>
<p>Pour élargir la compréhension des droits reproductifs, la militante et cofondatrice du collectif SisterSong Loretta Ross – elle-même stérilisée sans consentement à l’âge de 23 ans –, a élaboré avec ses consœurs le <a href="https://www.amnesty.org/fr/what-we-do/sexual-and-reproductive-rights/abortion-facts/">concept de justice reproductive</a>. Ancrée dans une compréhension intersectionnelle des oppressions (sexiste, mais aussi capacististe, raciste et coloniale), cette notion relie le droit de ne pas avoir d’enfants à celui d’en avoir, librement. Elle intègre également aux droits d’avorter et de mettre des enfants au monde, celui d’élever nos enfants dans la dignité, dans des conditions sociales qui soutiennent la valeur égale de leurs vies et des nôtres.</p>
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<p>Dans cette perspective élargie, la justice reproductive implique donc bien davantage que la seule lutte pour l’accès à l’avortement. Elle conçoit comme indissociable de la liberté reproductive l’accès universel aux soins de santé, aux services sociaux et à une éducation de qualité. La justice reproductive implique aussi la lutte pour l’accès des femmes et de leurs enfants à un logement abordable et sain, à une alimentation nourrissante et suffisante, et à une vie libérée de la pauvreté et de la violence, qu’elle soit exercée au sein du foyer ou par l’État.</p>
<p>Autrement dit, en plus de fragiliser l’accès à l’avortement en ouvrant la porte à sa contestation devant les tribunaux, l’inscription de ce droit dans la Constitution refléterait une vision bien partielle de la lutte féministe pour la justice reproductive.</p>
<p>Prendre les droits des femmes au sérieux exige un leadership politique capable de dénoncer d’un même souffle les menaces au droit à l’avortement et les injustices issues des systèmes d’oppression qui limitent l’exercice réel de notre liberté reproductive. Sans un tel programme d’action féministe ambitieux, l’engagement de notre gouvernement pour l’égalité des sexes n’est qu’un vernis superficiel appliqué à un projet constitutionnel qui, fondamentalement, n’a rien de féministe.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/265843/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Naïma Hamrouni a reçu des financements du CRSH et du FRQSC.</span></em></p>Le projet de Loi 1 promet l’égalité, mais le droit à l’avortement reste menacé par des obstacles concrets et l’absence de réflexion féministe inclusive.Naïma Hamrouni, Professeure agrégée de philosophie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éthique féministe, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2694542025-11-15T16:25:29Z2025-11-15T16:25:29ZCyberattaques, sabotage, ingérence, drones… Bienvenue à l'ère de la guerre hybride<p>Le système international se transforme depuis le début du XXI<sup>e</sup> siècle, passant d’un modèle bipolaire, en place depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, à un monde multipolaire en formation. C’est ainsi qu’on a vu émerger une nouvelle forme de conflit : la guerre hybride.</p>
<p><a href="https://pur-editions.fr/product/10252/la-guerre-hybride">Cette dernière</a> combine des actions militaires conventionnelles, mais aussi non militaires, comme les cyberattaques, l’ingérence informationnelle, le sabotage des infrastructures sur le terrain de l’ennemi, le survol de drones. Elle n’est jamais officiellement déclarée, ce qui rend difficiles l’attribution officielle et une réponse ciblée.</p>
<p>Professeur titulaire de relations internationales au Département d’histoire de l’Université Laval, la guerre en Ukraine et la réaction internationale vis-à-vis du conflit sont au centre de mes recherches.</p>
<h2>La Russie et la guerre hybride</h2>
<p>En Russie, la guerre hybride a trouvé sa légimité après le <a href="https://blogs.mediapart.fr/aleteitelbaum/blog/130223/discours-de-poutine-de-fevrier-2007-la-conference-de-munich-sur-la-securite">discours de Poutine à la conférence de Munich en 2007</a>. Il y annonçait un renforcement de la politique étrangère russe, critiquait le monde unipolaire dirigé par les États-Unis et appelait à un ordre mondial multipolaire.</p>
<p>L’année suivante, la Russie <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_russo-g%C3%A9orgienne">lançait des hostilités en Géorgie</a> et en 2014, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Annexion_de_la_Crim%C3%A9e_par_la_Russie_en_2014">elle annexait la Crimée</a>. Puis, en 2022, la Russie a lancé une agression ouverte contre son voisin ukrainien.</p>
<p>Parallèlement à cette guerre conventionnelle, Moscou mène aussi une guerre hybride, non déclarée contre les alliés européens qui soutiennent l’effort de guerre ukrainien. Ainsi, depuis la mi-septembre, des <a href="https://theconversation.com/les-provocations-de-la-russie-en-europe-indiquent-elles-un-affaiblissement-de-sa-position-strategique-267512">drones russes survolent l’espace aérien de plusieurs pays limitrophes</a>, mais <a href="https://www.rtbf.be/article/la-belgique-au-centre-de-la-guerre-hybride-cartographie-des-survols-de-drones-en-europe-11628663">aussi de la Belgique</a>.</p>
<p>Des aéroports européens, notamment ceux de <a href="https://www.tvanouvelles.ca/2025/09/26/danemark-un-nouvel-aeroport-ferme-apres-une-alerte-aux-drones">Copenhague</a>, de Bruxelles et de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2196776/aeroport-munich-survol-drones">Munich</a>, ont vu leurs opérations perturbées par des drones d’origine inconnue.</p>
<p>La guerre hybride apparaît ainsi comme une mutation de la <a href="https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/guerre-froide">Guerre froide</a> et s’inscrit dans la transformation de système international.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/les-provocations-de-la-russie-en-europe-indiquent-elles-un-affaiblissement-de-sa-position-strategique-267512">Les provocations de la Russie en Europe indiquent-elles un affaiblissement de sa position stratégique ?</a>
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<h2>Héritage de la guerre froide</h2>
<p>La Guerre froide a marqué durablement les relations internationales entre les démocraties libérales et les États totalitaires et autoritaires, notamment l’Union soviétique, la Chine et leurs alliés. La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chute_du_mur_de_Berlin">chute du mur de Berlin en 1989</a> et la désintégration de l’Union soviétique en 1991 y a mis fin.</p>
<p>Après le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestations_de_la_place_Tian%27anmen">massacre des étudiants à la place de Tian’anmen en 1989</a>, la Chine est restée dans le collimateur de l’Occident. Une forme de Guerre froide à faible intensité a continué jusqu’au milieu des années 1990.</p>
<p>Durant la période de la Guerre froide, aucune guerre n’était envisageable entre l’Ouest et l’Est, ni conventionnelle, et encore moins nucléaire. Les traités signés limitant le nombre et la portée des armes nucléaires de deux côtés étaient respectés.</p>
<p>Après la <a href="https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-des-missiles-cubains">crise des missiles à Cuba</a>, en 1962, ces traités sont devenus la clé de voûte de l’architecture de sécurité de l’OTAN et du Pacte de Varsovie. La dissuasion nucléaire adoptée des deux côtés a exclu la guerre comme moyen pour obtenir des gains territoriaux, économiques ou autres. Cependant, la Guerre froide permettait d’autres formes de conflits entre deux camps, notamment une guerre de propagande, une course aux armements et des guerres interposées dans les pays qu’on appelait alors ceux du tiers-monde (Viêt-nam et Corée) entre autres.</p>
<h2>Vers une Russie revancharde</h2>
<p>La fin de la Guerre froide a été bénéfique pour la Russie et la Chine.</p>
<p>La coopération multiforme avec l’Occident était établie à tous les niveaux, politique, économique et culturel. Cependant, la prospérité créée par la fin de la Guerre froide n’a pas satisfait les ambitions géopolitiques de Vladimir Poutine. En attaquant l’Ukraine en 2022, il a décidé de restaurer l’empire russe par l’emploi de la force militaire et en violation flagrante du droit international.</p>
<p>Poutine a qualifié la guerre contre l’Ukraine « d’opération spéciale » visant à neutraliser la dérive néonazie du pays. Il s’agit d’une justification creuse, dénouée de crédibilité et digne de la rhétorique orwellienne. Outre d’imposer une souveraineté limitée à l’Ukraine en décembre 2021, deux mois avant le déclenchement de la guerre totale, Vladimir Poutine a exigé aussi le retrait géopolitique de l’OTAN, en lui demandant de revenir « aux frontières de 1991 ».</p>
<p>Ainsi, c’est un nouveau <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Yalta">traité de Yalta</a> que Poutine a exigé pour éviter la guerre contre l’Ukraine. Devant le refus de l’Occident de battre en retrait stratégiquement de l’Europe centre-orientale, Poutine a opté pour une guerre hybride, non déclarée, contre les États membres de l’OTAN, et une guerre totale contre l’Ukraine, aussi non déclarée. La guerre contre l’Ukraine peut être qualifiée comme totale, étant donné qu’elle englobe la guerre conventionnelle et la guerre hybride.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/voici-comment-les-drones-modifient-les-manieres-de-faire-la-guerre-259092">Voici comment les drones modifient les manières de faire la guerre</a>
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<h2>L’Europe dans le collimateur</h2>
<p>Le champ de bataille de cette guerre hybride lancée par Moscou contre les États membres de l’OTAN et de l’Union européenne est désormais dans le cyberespace.</p>
<p>C’est un nouveau front où se déroulent des cyberattaques menées par des pirates russes. L’éventail de l’ingérence informationnelle est large, elle peut cibler les infrastructures civiles, voire manipuler des élections, comme on soupçonne que ce fut le cas lors des présidentielles en <a href="https://www.portail-ie.fr/univers/2025/elections-roumanie/">Roumanie</a> et en <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2195581/desinformation-russie-election-moldavie-union-europeenne">Moldavie</a> en 2025.</p>
<p>Afin de protéger l’organisation de futurs scrutins, la Commission européenne <a href="https://www.rtbf.be/article/face-aux-menaces-d-ingerences-russes-l-ue-veut-muscler-ses-aides-aux-medias-11629960">a dévoilé le 12 novembre son « bouclier démocratique »</a>, un ensemble de mesures destinées à contrer la « guerre d’influence » menée par la Russie en Europe.</p>
<p>À cela s’ajoute une guerre de drones, jamais reconnue par la Russie. Elle paralyse des aéroports européens en perturbant les vols. La <a href="https://www.ladepeche.fr/2025/11/09/survol-de-drones-en-belgique-la-russie-soupconnee-lotan-sollicitee-pour-proteger-bruxelles-13042880.php">cible privilégie de ces attaques est désormais la Belgique</a> (nouveau survol au début du mois de novembre), où est le siège de l’OTAN. Le pays semble être, avec les États baltes et la Pologne, au centre de la guerre hybride menée par Moscou.</p>
<h2>Un rhétorique de menace</h2>
<p>Vladimir Poutine envisage aussi la <a href="https://www.rcinet.ca/regard-sur-arctique/2025/11/05/poutine-demande-des-propositions-sur-une-eventuelle-reprise-des-essais-nucleaires/">reprise des essais nucléaires</a>. La réplique du président Trump ne s’est pas fait attendre. Les États-Unis vont emboîter le pas, même s’ils <a href="https://lactualite.com/actualites/les-essais-nucleaires-prevus-par-trump-nincluront-pas-dexplosions/">n’incluront pas d’explosions nucléaires lors de leurs essais</a>.</p>
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<p>La remise en question de la dissuasion nucléaire par la Russie est accompagnée par une rhétorique toxique orchestrée par l’ancien président de la Russie, <a href="https://www.france24.com/fr/europe/20250804-dmitri-medvedev-donald-trump-outrances-provocateur-chef-poutine">Dimitri Medvedev</a>, proche de Poutine, et le politiste <a href="https://www.lefigaro.fr/international/serguei-karaganov-architecte-de-la-politique-etrangere-russe-la-dissuasion-ne-fonctionne-plus-il-faut-reinstaurer-la-peur-20241203">Serguei Karaganov</a>, visant à intimider l’Occident.</p>
<p>La guerre hybride est la seule arme dont dispose la Russie pour dissuader les alliés de l’Ukraine de lui livrer des armes et d’apporter de l’aide économique. Tant que la guerre en Ukraine continue, celle, hybride, contre l’Occident ne s’arrêtera pas.</p>
<p>La guerre conventionnelle entre la Russie et les membres de l’OTAN est improbable. Le risque d’escalade deviendrait incontrôlable, et le danger d’utilisation d’armes nucléaires tactiques est tel que ni la Russie, ni l’OTAN ne veulent faire face à ce scénario catastrophe.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/269454/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Renéo Lukic ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>La Russie combine guerre hybride et guerre conventionnelle contre l’Ukraine, prolongeant la logique de la Guerre froide dans un monde désormais multipolaire.Renéo Lukic, Professeur titulaire de relations internationales, Université LavalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2690302025-11-12T16:49:23Z2025-11-12T16:49:23ZPartir ou bien rester ? Quand la loyauté politique est mise en péril<p>Qu’ont en commun, Lionel Carmant, Maïté Blanchette Vézina, Éric Lefebvre, Pierre Dufour, Pierre Fitzgibbon, Joëlle Boutig, Youri Chassin, Isabelle Poulet ? Ces <a href="https://www.tvanouvelles.ca/2025/10/30/fin-de-mandat-difficile--voici-tous-les-caquistes-qui-ont-quitte-le-navire-depuis-lelection-de-2022?">huit politiciens</a>, qui étaient tous députés pour la Coalition avenir Québec (CAQ), ont soit quitté le parti pour siéger comme indépendant, fait le saut au fédéral, ou se sont réorientés ailleurs qu’en politique. Certains, encore, ont été expulsés.</p>
<p>C’est notamment le cas d’Isabelle Poulet, dernière en date à quitter. Début novembre, le cabinet de François Legault a informé le public qu’<a href="https://www.journaldequebec.com/2025/11/04/grogne-a-la-caq-la-deputee-isabelle-poulet-songe-a-quitter-le-navire">Isabelle Poulet</a>, la députée de Laporte, en Montérégie, était exclue du caucus de la CAQ. La députée aurait fait la <a href="https://www.ledevoir.com/politique/quebec/930807/avenir-politique-caq-isabelle-poulet">« grave erreur »</a> de courtiser le Parti libéral du Québec.</p>
<p>En flirtant avec le parti adverse, Poulet a transgressé une règle implicite : la solidarité.</p>
<p>Alors que les partis politiques sont au cœur du système démocratique, qu’ils coalisent les valeurs et offrent des idéologies claires permettant de regrouper les élus, qu’est-ce qui pousse les députés à quitter leur parti ? Cette question m’anime dans mes recherches en communication politique à l’UQTR. Mes collègues des Universités Acadia et de l’Alberta, spécialisés en sciences politiques, partagent cette même préoccupation.</p>
<p>Dans cet article, nous offrons un regard croisé sur la loyauté en politique et sur les raisons qui poussent les députés à quitter leur parti à l’aune de notre ouvrage récent <a href="https://utpdistribution.com/9781487567200/no-i-in-team/"><em>No I in Team. Party Loyalty in Canadian Politics</em></a>.</p>
<p>Dans <em>No I in Team</em>, nous analysons de <a href="http://partyloyalty.ca">manière détaillée</a> la vie politique entre 1980 et 2023 tant au fédéral qu’au provincial. Plus de 350 entrevues avec des politiciens, chefs et stratèges, ainsi que l’analyse de nombreux documents d’archives et de textes médiatiques (plus de 3 300) nous ont permis de brosser un portrait riche et nuancé des raisons qui poussent les politiciens à être fidèles à leurs partis pendant qu’ils évoluent en politique, mais également des raisons qui les poussent à partir.</p>
<h2>Le « je » et le « nous »</h2>
<p>La prémisse clé reste que la politique est un jeu d’équipe… « there is no I in team », comme le dit le fameux dicton anglophone. En français, l’idée est celle qu’en équipe il faut oublier le « je » au profit du « nous ». Cela veut dire que dans une équipe politique, il faut parler d’une seule voix et respecter la discipline du parti.</p>
<p>En règle générale, les élus rejoignent des partis dont ils partagent les valeurs et qu’ils souhaitent représenter. Cela ne veut pas dire que la collaboration est exempte de défis, de désaccords et d’irritants. Malgré tout, les députés sont nombreux à rester des joueurs d’équipe, et cela pour diverses raisons.</p>
<p>Parmi celles-ci, on retrouve la volonté de conserver leur poste et de gagner en influence au sein de leur parti. De plus, les députés préfèrent évoluer au sein de partis puisque ces derniers jouent un rôle clé et positif dans le jeu démocratique, organisent les discours et les prises de position et stabilisent les gouvernements. Dans ce contexte, une démission demeure toujours un événement marquant.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/campagne-electorale-lart-de-decredibiliser-ses-adversaires-grace-aux-medias-sociaux-et-aux-memes-255186">Campagne électorale : l'art de décrédibiliser ses adversaires grâce aux médias sociaux et aux mèmes</a>
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<h2>Conflits de loyauté</h2>
<p>En effet, quand un élu décide de quitter son parti, il est rapidement critiqué par ses collègues et mis au ban de son parti. La démission fin octobre de Lionel Carmant, ministre responsable des Services sociaux, a certainement marqué les esprits. François Legault lui a en effet donné une <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-10-30/loi-2-sur-les-medecins/carmant-part-legault-fonce.php">longue accolade</a>, ce qui est rare lors d’un départ.</p>
<p>Carmant a <a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/penelope/segments/rattrapage/2216827/plateau-lundi-avec-sophie-fouron-choisir-sa-famille">quitté à la suite de l’adoption de la loi sur la rémunération des médecins</a>. Il était pris en étau entre loyauté envers sa famille, puisque sa fille et sa conjointe sont médecins, et loyauté envers sa profession, puisqu’il a lui-même travaillé à titre de neuropédiatre.</p>
<h2>Transfuges et indépendants : mêmes combats ?</h2>
<p>Des conflits de loyauté similaires arrivent parfois quand les gens évoluent en politique. Il n’est pas rare de voir des politiciens quitter leur parti pour en rejoindre un autre plus près de leurs valeurs et intérêts, pour obtenir une promotion, ou bien pour siéger comme indépendants.</p>
<p>Il y a des cas célèbres de transfuges. Pensons ici à <a href="https://cpsa-acsp.ca/papers-2005/Trimble.pdf">Belinda Stronach</a>, qui a quitté le Parti conservateur du Canada (PCC) en 2005 pour rejoindre le Parti libéral et y devenir ministre.</p>
<p>Les transfuges directs sont ceux qui sont les plus critiqués, autant par leurs collègues, les citoyens que les médias. Pourquoi ? Parce que le fait de passer d’un parti à l’autre – de traverser la chambre comme l’illustre l’expression consacrée – du jour au lendemain fait figure de trahison. Plus encore, cela nuit à l’image du politicien vertueux qui serait là par conviction et non à des fins électoralistes. Comment peut-on être conservateur un matin et se réveiller libéral le suivant, se questionnent citoyens et journalistes ?</p>
<p>C’est ce qu’on a pu se demander avec le passage récent de Chris d’Entremont, député de la Nouvelle-Écosse, du Parti conservateur du Canada au Parti libéral. Ce dernier <a href="https://www.politico.com/news/2025/11/04/dentremont-considering-canada-liberal-government-00635851">justifie</a> son choix en disant :</p>
<blockquote>
<p>Après mûre réflexion et des discussions approfondies avec mes électeurs et ma famille, j’en suis arrivé à une conclusion claire : il existe une meilleure voie à suivre pour notre pays. Le premier ministre Mark Carney nous offre cette voie.</p>
</blockquote>
<p>Interrogé en lien avec cette situation, le whip du gouvernement, Mark Gerretsen, a justifié ce transfuge :</p>
<blockquote>
<p>La réalité, c’est que ce que nous constatons au sein du Parti conservateur, c’est que le mouvement progressiste est mort. Chris d’Entremont est un conservateur progressiste et il cherche un nouveau foyer. (notre traduction).</p>
</blockquote>
<p>C’est fréquemment une incompatibilité du point de vue des valeurs qui motive la décision de quitter sa famille politique.</p>
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<h2>Claquer la porte et ébranler les colonnes du temple</h2>
<p>D’autres élus défraient les manchettes lorsqu’ils quittent leur parti pour siéger comme indépendant. Ne voulant plus faire partie de l’équipe, ils font parler d’eux lorsqu’ils exposent haut et fort leurs critiques envers leur ancien parti et son chef. Ce fut le cas pour <a href="https://montemiscouata.com/maite-blanchette-vezina-quitte-la-caq-et-invite-legault-a-partir/">Maïté Blanchette Vézina</a>, qui après avoir perdu son poste de ministre des Ressources naturelles et des Forêts, a annoncé qu’elle quittait la CAQ.</p>
<p>Elle avait alors déclaré : « Je n’ai pas confiance en M. Legault. […] Un chef doit reconnaître le moment de préparer la relève. <a href="https://montemiscouata.com/maite-blanchette-vezina-quitte-la-caq-et-invite-legault-a-partir/">J’invite le premier ministre à réfléchir sérieusement</a>. »</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/la-montee-de-lappui-a-la-souverainete-chez-les-jeunes-au-quebec-feu-de-paille-ou-vague-de-fond-264227">La montée de l'appui à la souveraineté chez les jeunes au Québec, feu de paille ou vague de fond ?</a>
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<p>La notion d’équipe est fréquemment au cœur des discours lors des départs, <a href="https://www.ledevoir.com/politique/quebec/918333/maite-blanchette-vezina-quitte-caucus-caq?">comme ce fut le cas pour Mme Blanchette Vézina</a> et de plusieurs autres que nous avons analysés :</p>
<blockquote>
<p>Pour aller au combat ensemble, il faut savoir clairement ce qu’on défend, y adhérer et, surtout, avoir confiance en son chef et sa garde rapprochée. Et malheureusement, ce n’est plus le cas pour moi. Depuis plusieurs mois, je m’interroge profondément sur la direction de notre formation politique, sur la capacité aussi du leadership actuel à donner un cap qui rassemble et inspire, a mentionné Mme Blanchette Vézina.</p>
</blockquote>
<p>Nos <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/canadian-journal-of-political-science-revue-canadienne-de-science-politique/article/retourner-sa-veste-au-quebec-une-etude-des-defections-transpartisanes-politiques-de-1980-a-2018/41F052D6AF04236E31B8F35BF902ED04">résultats</a> montrent que l’écoute du chef et la possibilité d’avoir une voix dans les dossiers sont deux variables primordiales qui expliquent les départs, mais aussi les raisons de rester.</p>
<p>Les conflits avec le chef prédisent souvent les <a href="https://paulwells.substack.com/p/the-q-and-a-if-you-are-not-getting?r=1k3eu&utm_campaign=post&utm_medium=web&triedRedirect=true">départs</a>. C’est pourquoi la plupart des chefs s’efforcent d’<a href="https://www.ubcpress.ca/whipped">éviter les départs et de préserver un caucus discipliné</a>. Les députés qui désertent soulèvent souvent des questions sur l’harmonie et la solidarité au sein du parti de la part du public et des médias. C’est d’ailleurs pourquoi de nombreux élus de la CAQ se sont faits rassurants à la suite du départ de Maïté Blanchette-Vézina, notamment en soulignant qu’ils étaient <a href="https://montemiscouata.com/maite-blanchette-vezina-quitte-la-caq-et-invite-legault-a-partir/">très unis</a>.</p>
<p>La politique reste donc un jeu d’équipe. Dans ce contexte, les départs, choisis ou imposés, provoquent toujours des remous, et cela tant pour le parti, qui se retrouve sous les projecteurs, que pour le politicien lui-même, qui doit non seulement rendre des comptes à ses électeurs, mais aussi parfois évoluer sans l’appui qu’offre un parti politique, tant en termes de personnel, de ligne politique, que de financement.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/269030/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Mireille Lalancette a reçu des financements du CRSH pour mener cette recherche.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Alex Marland a reçu des financements de SSHRC.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Jared Wesley a reçu des financements du CRSH.</span></em></p>Des départs en série secouent la CAQ. Entre loyauté et désillusion, plusieurs élus tournent le dos à François Legault, révélant les fragilités de la discipline partisane.Mireille Lalancette, Professor, Département de lettres et communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)Alex Marland, Professor, Political Science, Acadia UniversityJared Wesley, Professor, Political Science, University of AlbertaLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2688372025-11-11T16:31:56Z2025-11-11T16:31:56ZDe Katmandou à Casablanca : la révolte d’une génération sous surveillance<p>En 2025, des mobilisations portées par la jeunesse ont éclaté du Maroc au Népal, en passant par Madagascar et l’Europe. Partout, une génération refuse le silence face à la précarité, la corruption et le manque de démocratie.</p>
<p>Nées dans des contextes très différents, ces colères rencontrent pourtant les mêmes réponses : répression, mépris, et suspicion envers une jeunesse jugée irresponsable.</p>
<h2>Mobilisation sur plusieurs continents</h2>
<p>Au Maroc, le <a href="https://www.youtube.com/shorts/uGj1zQLvvpk">mouvement #Gen212</a>, né sur les réseaux sociaux, dénonce la vie chère, les violences policières, le musellement de la société civile et l’absence de perspectives. Cette mobilisation, d’abord numérique sur des plates-formes telles que Discord, a rapidement débordé les écrans pour s’incarner dans des actions concrètes dans plusieurs villes du pays.</p>
<p>À Madagascar, c’est dans un climat de fortes tensions préélectorales que la jeunesse est descendue dans la rue pour réclamer un véritable changement dès la fin du mois de septembre, avant d’être <a href="https://www.ledevoir.com/monde/afrique/922683/madagascar-mirana-symbole-chair-meurtrie-generation-z">violemment réprimée</a>. Au Népal, des <a href="https://www.ledevoir.com/monde/asie/924897/apres-emeutes-nepal-ruee-generation-z-listes-electorales">milliers de jeunes occupent l’espace public</a>, exigeant une démocratie authentique et la fin de la corruption qui mine le pays.</p>
<p>En Europe aussi, la jeunesse se mobilise face aux dérives autoritaires et aux inégalités persistantes. <a href="https://www.notizie.it/fr/des-%C3%A9tudiants-dans-les-rues-pour-protester-contre-les-choix-du-gouvernement/">En Italie</a>, en <a href="https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/10/02/manifestation-du-2-octobre-des-etudiants-et-militants-racontent-leur-politisation_6644017_4401467.html">France</a> ou en <a href="https://nouveaupresent.fr/2023/10/09/lespagne-se-refuse-a-mourir-manifestation-massive-a-barcelone-pour-une-catalogne-espagnole/">Espagne</a>, les jeunes descendent dans la rue contre les violences sexistes, les réformes impopulaires, les répressions policières ou encore pour la reconnaissance des droits politiques.</p>
<p>Malgré la diversité des contextes, ces mobilisations traduisent une même volonté : refuser l’injustice et faire entendre des voix trop souvent marginalisées.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/comment-le-drapeau-pirate-de-one-piece-est-devenu-lembleme-mondial-de-la-resistance-pour-la-generation-z-266172">Comment le drapeau pirate de « One Piece » est devenu l’emblème mondial de la résistance pour la génération Z</a>
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<h2>Jeunesse immature et irrationnelle, aux yeux des autorités ?</h2>
<p>Ces mouvements sont souvent traités comme des <a href="https://www.theguardian.com/world/article/2024/may/03/were-infantilised-or-demonised-french-students-criticise-gaza-protests-crackdown">élans émotionnels passagers</a>, alors même qu’ils expriment des <a href="https://europeandemocracyhub.epd.eu/misunderstanding-youth-activism/">revendications politiques structurées</a> : plus de justice sociale, de liberté, de sécurité économique, d’accès à la dignité et à la participation.</p>
<p>Pourtant, la réponse des États semble suivre un autre chemin : celui du durcissement. Les jeunes manifestants et manifestantes sont surveillés, arrêtés, stigmatisés, parfois accusés de trahison ou d’être manipulé par des puissances étrangères.</p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/en/international/article/2025/10/29/morocco-seeks-prosecution-of-over-2-400-protesters-after-genz-demonstrations_6746877_4.html">Au Maroc</a>, par exemple, depuis septembre 2025, près de 2500 jeunes ont été poursuivis, dont plus de 400 condamnés — parmi eux 76 mineurs. Les chefs d’accusation incluent la « rébellion en groupe », l’« incitation à commettre des crimes » ou encore la participation à des rassemblements armés. Plus de 60 peines de prison ferme ont été prononcées, certaines allant jusqu’à 15 ans.</p>
<p>Cette judiciarisation massive d’un mouvement pacifique a été dénoncée <a href="https://www.amnesty.org/en/latest/news/2025/10/morocco-halt-use-of-excessive-force-following-crackdown-on-youth-protests/">par Amnesty International</a>, qui pointe un usage excessif de la force et une criminalisation croissante de la protestation.</p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/en/le-monde-africa/article/2025/09/26/madagascar-at-least-five-killed-after-unprecedented-protests_6745772_124.html?utm">À Madagascar</a>, la réponse a été tout aussi brutale : au moins 22 morts, plus de 100 blessés et des centaines d’arrestations arbitraires recensées lors des mobilisations de la jeunesse contre la corruption et les irrégularités électorales. <a href="https://www.aljazeera.com/news/2025/10/9/police-fire-tear-gas-rubber-bullets-as-madagascar-protesters-rally?utm">Selon les Nations unies</a>, les forces de l’ordre ont eu recours à des balles en caoutchouc et à des gaz lacrymogènes pour disperser les foules. La crise a culminé avec la fuite du président Andry Rajoelina, confirmant que cette répression n’a pas désamorcé le conflit, mais révélé la fragilité des institutions face à une jeunesse politisée.</p>
<h2>Un discours qui renvoie à la responsabilité des parents</h2>
<p>Les jeunes interpellés lors des récentes mobilisations ont souvent été renvoyés à la responsabilité parentale dans un discours profondément moralisateur. <a href="https://www.maroc-hebdo.com/article/le-roi-et-la-generation-z-la-revolution-silencieuse">Au Maroc</a>, par exemple, le ministère de l’Intérieur a appelé les parents à surveiller et encadrer leurs enfants. Que ce soit en <a href="https://news.detik.com/berita/d-8083551/disdik-dki-izinkan-siswa-sekolah-dekat-lokasi-demo-belajar-dari-rumah?utm">Indonésie</a>, <a href="https://mb.com.ph/2025/09/28/pnp-urges-parents-to-protect-children-from-bad-influence-after-release-of-55-minors-in-manila-riot?utm">aux Philippines</a>, <a href="https://diariovoces.com.pe/pnp-exhorta-a-padres-a-vigilar-las-actividades-de-sus-hijos-en-la-calle/?utm">au Pérou</a>, ou <a href="https://www.aljazeera.com/news/2025/9/8/six-killed-in-nepal-amid-gen-z-protests-after-social-media-ban-all-to-know?utm">au Népal</a>, les autorités ont régulièrement appelé les parents à surveiller, encadrer ou retenir leurs enfants, déplaçant ainsi le conflit politique vers la sphère familiale.</p>
<p>Ce mouvement illustre ce que la <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/jols.12478">chercheuse Fatima Ahdash</a> nomme la « familialisation » du politique : au lieu de traiter les causes sociales, économiques et idéologiques des mobilisations, les gouvernements dépolitisent, individualisent et privatisent les contestations en en faisant un problème d’éducation domestique. Les familles deviennent alors le prisme par lequel les conduites politiques des jeunes sont interprétées, évaluées, et parfois sanctionnées.</p>
<p>Ce réflexe répressif n’est pas nouveau, mais il prend aujourd’hui une ampleur inédite dans un <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2025/11/09/jean-francois-bayart-sociologue-les-ideaux-politiques-de-la-generation-z-sont-tres-ambivalents-et-facilement-recuperables_6652825_3210.html">contexte global de fragilisation démocratique et de recentrage autoritaire du pouvoir</a>, marqué par la restriction des libertés, le contrôle de la contestation et la criminalisation des mouvements sociaux. Les États adoptent une posture défensive, percevant l’engagement de la jeunesse non comme une ressource civique, mais comme une menace à neutraliser. Ce durcissement révèle un malaise plus profond : une génération qui refuse de se satisfaire de promesses creuses et de compromis imposés, face à des pouvoirs qui peinent à reconnaître la <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/30/cecile-van-de-velde-sociologue-la-colere-de-la-generation-z-n-est-pas-ideologique-mais-pragmatique_6650241_3232.html">légitimité de sa colère et de ses aspirations</a>.</p>
<h2>Des réflexes répressifs pour faire taire la critique</h2>
<p>La répression, en réponse à la critique, devient alors une manière d’éviter la remise en question. Mais cette stratégie est de plus en plus fragile. D’abord parce qu’elle nie la légitimité des colères exprimées. Ensuite, parce qu’elle ignore une réalité de fond : ces colères sont ancrées dans des expériences collectives de déclassement, de discrimination, d’impuissance politique. Ce ne sont pas des colères vides. Elles expriment une demande de transformation — sociale, politique, environnementale — que les institutions peinent à saisir.</p>
<p>Contrairement aux mobilisations comme les <a href="https://www.theguardian.com/world/2011/may/15/arab-spring-tunisia-the-slap?utm">« printemps arabes » de 2011</a>, les mobilisations actuelles portées par la génération Z <a href="https://www.arab-reform.net/publication/horizontality-in-protest-campaigns-critical-insights-and-lessons-learned/?utm">sont horizontales</a>, sans leaders identifiables, décentralisées et ancrées dans l’urgence du présent. <a href="https://digitalcommons.odu.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1391&context=efl_etds&utm">Elles naissent sur les réseaux</a>, s’organisent en micro-cellules autonomes, rejettent les récits idéologiques structurants, et privilégient une politique du quotidien : refus de la précarité, dignité immédiate, justice concrète. Leur esthétique est fluide, empruntant aux codes numériques — memes, mangas, remix visuels — et leurs formes circulent par affinités d’émotions plus que par imitation. Ce qui les rend insaisissables pour les pouvoirs, mais puissamment virales.</p>
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<p>Ces mobilisations activent des émotions politiques (la colère, mais aussi l’espoir), des langages nouveaux, des pratiques numériques, et des formes d’engagement souvent en dehors des partis traditionnels. Un élément visuel fédérateur revient sans cesse : le drapeau noir à tête de mort coiffée d’un chapeau de paille, symbole tiré du <a href="https://theconversation.com/comment-le-drapeau-pirate-de-one-piece-est-devenu-lembleme-mondial-de-la-resistance-pour-la-generation-z-266172">manga <em>One Piece</em></a>. Plus qu’un clin d’œil à la pop culture, ce Jolly Roger incarne une soif de justice, de liberté et de révolte partagée par une jeunesse globalisée, de Katmandou à Rome.</p>
<p><a href="https://www.ohchr.org/en/press-releases/2025/08/serbia-must-halt-crackdown-student-movement-uphold-human-rights-and-academic?utm">En Serbie</a>, par exemple, début 2025, un soulèvement étudiant sans leader visible a rassemblé des milliers de personnes autour d’un mot d’ordre simple : plus de démocratie. Le mouvement s’est étendu à d’autres générations, sans parti ni hiérarchie, défiant un gouvernement qui a tenté d’étouffer la contestation par la force et la stigmatisation. De leur côté, les jeunes de <a href="https://www.journalofdemocracy.org/online-exclusive/why-cubas-student-movement-is-rising/?utm">Cuba Decide</a> mobilisent sur les plates-formes numériques pour exiger un référendum démocratique, malgré une surveillance constante. Grâce à des outils chiffrés et des alliances à l’étranger, ils déjouent la censure et amplifient leurs voix au-delà des frontières.</p>
<p>La criminalisation de la jeunesse et des mobilisations peut certes ralentir les élans, mais elle ne résout rien. Elle dégrade le contrat social, alimente le désenchantement politique, et renforce la polarisation. Plus encore, elle risque de transformer des revendications réformistes en posture de rupture.</p>
<p>Les mobilisations récentes nous rappellent une évidence : les jeunes ne sont pas « l’avenir », mais des acteurs politiques du présent. Et ce que les gouvernements devraient entendre, ce n’est pas seulement le bruit de la contestation, mais la clarté des demandes : justice, dignité, représentativité, avenir.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268837/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Amani Braa a reçu des financements des Fonds de Recherche du Québec - Sociétés et Culture (FRQ-SC). </span></em></p>En 2025, des jeunes du monde entier se mobilisent contre injustices, précarité et répression, imposant leur voix dans l’espace public.Amani Braa, Assistant lecturer, Université de MontréalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2680692025-10-28T11:54:40Z2025-10-28T11:54:40ZLogement : les partis municipaux prisonniers de la logique du marché<p>À quelques jours des élections municipales, prévues le 3 novembre prochain, la question du logement s’impose comme l’un des enjeux centraux de la campagne au Québec. Dans un contexte de crise d’abordabilité et de hausse des expulsions, les partis municipaux rivalisent de promesses pour accroître l’offre de logements, mais leurs propositions restent souvent prisonnières d’une même logique : miser sur le marché pour résoudre une crise qu’il a contribué à créer.</p>
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<p><em><strong>Cet article fait partie de notre série <a href="https://theconversation.com/topics/serie-nos-villes-164670">Nos villes d’hier à demain</a>.</strong> Le tissu urbain connait de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et – tout particulièrement en cette année électorale – politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, La Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.</em></p>
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<h2>Un règlement inefficace</h2>
<p>En 2005, bien avant même l’arrivée de Projet Montréal à la mairie, le conseil municipal (alors dirigé par Gérald Tremblay) adoptait une politique de construction de logements sociaux et abordables au sein des projets de développement privés, en misant sur la négociation avec les promoteurs immobiliers. À son arrivée, Projet Montréal a renforcé la politique en imposant l’inclusion de logements abordables, familiaux et/ou sociaux. Aujourd’hui, cette politique est jugée inefficace par l’ensemble des formations politiques, y compris celles qui en avaient été à l’origine.</p>
<p>En fait, tant la politique d’inclusion que le règlement pour une métropole mixte n’ont permis de construire des logements abordables, familiaux et/ou sociaux en nombre suffisant pour répondre aux besoins. Les promoteurs préfèrent, dans 97 % des cas, payer la maigre compensation prévue plutôt que de les bâtir : à peine 250 unités construites annuellement, alors que les mises en chantier représentaient au moins 20 fois plus d’unités.</p>
<p>Tous les partis formulent la même critique : la politique d’inclusion serait trop contraignante pour les promoteurs immobiliers, qui hésiteraient à lancer de nouveaux projets. Ce frein réglementaire aurait, selon eux, ralenti le développement. Or, les chiffres racontent une tout autre histoire : depuis l’adoption du règlement, Montréal a connu des années records de mises en chantier.</p>
<h2>La prégnance de la politique de l’offre</h2>
<p>En réalité, cette politique, tout comme les propositions électorales actuelles, repose sur une même idée : pour résoudre la crise du logement, il suffirait de construire davantage, peu importe le type de logements.</p>
<p>Dans cette optique, les partis reprennent la stratégie de la Société canadienne d'hypothèques et de logement : faciliter la vie aux promoteurs en réduisant les barrières à la construction et la « paperasserie ». Projet Montréal, par exemple, a annoncé la désignation de zones « prêtes à bâtir » alors qu’Ensemble Montréal promet de construire 50 000 logements en cinq ans par l’accélération des procédures de permis.</p>
<p>Lorsqu’il est question de logements abordables ou sociaux, les intentions demeurent plus vagues. Tous souhaitent en accroître le nombre – sauf Action Montréal –, mais peu avancent des mesures concrètes. Les solutions proposées sont surtout financières : garanties municipales (Projet Montréal), fonds privé-public pour les OBNL pour élargir le spectre de l’offre (Futur Montréal), ou microcrédit pour protéger les locataires vulnérables (Ensemble Montréal). Ces approches révèlent une contradiction : on cherche à mobiliser les mécanismes du marché pour produire du logement… hors marché.</p>
<p>Cette logique n’est d’ailleurs pas nouvelle. Les anciennes politiques d’inclusion reposaient elles aussi sur la collaboration avec le secteur privé pour construire du logement social ou abordable. Or, ce modèle a contribué à marginaliser ce type d’unités dans le parc immobilier montréalais : la part des HLM, notamment, a reculé au cours des dix dernières années.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/elections-municipales-les-enjeux-des-villes-changent-mais-pas-leurs-pouvoirs-266663">Élections municipales : les enjeux des villes changent, mais pas leurs pouvoirs</a>
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<h2>Une crise à travers le prisme de l’itinérance</h2>
<p>Pour la plupart des partis politiques, la crise actuelle n’est pas d’abord une crise du logement, mais une crise de l’itinérance. Cette dernière est bien réelle, bien sûr, mais elle sert trop souvent à détourner le regard du problème plus large : l’accès au logement pour l’ensemble de la population. Peu de propositions visent à loger le plus grand nombre ou à renforcer le parc de logements sociaux et abordables.</p>
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<p>Cette approche révèle un certain malaise politique. Les partis peinent à défendre le logement social sans recourir à la figure des personnes marginalisées ou non logées, présentées implicitement comme les « indésirables » de la ville qu’il faudrait soustraire à la vue. Les politiques de logement deviennent ainsi un outil de gestion de la visibilité de la pauvreté, plutôt qu’une réponse structurelle à la crise.</p>
<p>Ce glissement explique sans doute l’absence, dans la campagne actuelle, d’un débat sur la cohabitation urbaine, de la perspective des personnes non logées. Ce silence étonne, alors même que l’Office de consultation publique de Montréal a déposé un rapport sur la question cet été. Les commissaires y rappellent dans un premier temps que les enjeux de cohabitation découlent de la crise de logement et nourrissent la stigmatisation, l’exclusion et la criminalisation des personnes en situation d’itinérance. Dans un deuxième temps, ils interpellaient élus et candidats pour qu’ils exercent un leadership inclusif sur cette question.</p>
<h2>La non-responsabilité comme modus operandi</h2>
<p>Les élus municipaux ne prennent pas leurs responsabilités concernant la cohabitation, le logement et l’itinérance ; ils donnent l’impression que ce n’est pas de leur ressort et que la responsabilité revient plutôt à Québec ou à Ottawa.</p>
<p>Pourtant, tant en matière de logement que d’itinérance, le palier municipal peut agir. D’ailleurs, le parti Transition Montréal rappelle que la Ville a maintenant de nouveaux pouvoirs de taxation pour financer des initiatives en matière de logement – même si le parti reste vague sur la manière dont il entendrait les utiliser.</p>
<p>À l’instar de Vancouver en Colombie-Britannique, ou même de Montréal dans les années 1980, la Ville pourrait devenir maître d’œuvre de projets en matière de logement à travers une organisation qui existe déjà : la Société d’habitation de Montréal. Créée par la Ville, cette dernière possède 5000 logements hors marché et pourrait être mobilisée, avec un financement indexé, pour démarchandiser des logements existants ou construire de nouvelles unités.</p>
<p>Une telle démarche permettrait de diversifier les modes d’intervention, qui ont surtout reposé sur le privé et le marché au cours des 20 dernières années, et de confier au secteur communautaire la tâche de gérer la crise et d’y remédier. Au pire, elle permettrait d’ouvrir le débat sur le pouvoir des villes en matière de logement.</p>
<p>À quelques semaines du scrutin, le choix qui se profile est moins celui de la couleur politique que de la vision du rôle de la ville : simple facilitatrice du marché ou véritable maître d’œuvre du logement ?</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268069/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Renaud Goyer a reçu des financements Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Louis Gaudreau est chercheur-associé à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS). Il reçoit présentement du financement du CRSH. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Léanne Tardif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>Les partis montréalais abordent la crise du logement sans remettre en cause le marché, occultant les enjeux de cohabitation et de logement social.Renaud Goyer, Professeur, politiques et programmes sociaux, École de travail social, Université du Québec à Montréal (UQAM)Léanne Tardif, Étudiante à la maîtrise en travail social, Université du Québec à Montréal (UQAM)Louis Gaudreau, Professeur, Université du Québec à Montréal (UQAM)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2683292025-10-27T12:48:05Z2025-10-27T12:48:05ZQuand la Constitution québécoise ignore les peuples autochtones<p>La Coalition avenir Québec (CAQ) projette non seulement d’imposer une Constitution du Québec aux Premières Nations et Inuit, mais en plus le projet de loi s’inscrit en contradiction avec les droits des Autochtones garantis par la Constitution canadienne. Adopter une telle approche en 2025 ignore des droits constitutionnels bien reconnus, reproduit la vieille approche coloniale et constitue une grave erreur juridique comme historique.</p>
<p>Il y a plus de 40 ans, on enchâssait dans la Constitution canadienne l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Cette disposition garantit les droits des peuples autochtones issus de traités et leurs droits ancestraux. Le projet de Constitution de la CAQ en fait complètement fi. Aucune disposition du projet de loi déposé ne traite des droits constitutionnels autochtones. Plus encore, les quelques mentions des Premières Nations et Inuit au préambule du projet de loi 1, <em>Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec</em>, sont de nature à minimiser des droits pourtant clairement reconnus.</p>
<p>On y mentionne en effet les Autochtones pour affirmer qu’ils « existe[nt] au sein du Québec ». On ne reconnaît pas qu’il s’agit de « peuples », contrairement à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007, mais plutôt de simples « descendants des premiers habitants du pays ». On désigne même nos nations sous des appellations coloniales francisées, rappelant le processus d’effacement des noms de nos ancêtres.</p>
<p>Le projet de loi affirme l’« intégrité territoriale » ainsi que la « souveraineté » culturelle et parlementaire du Québec. Les Autochtones ne pourraient selon ce projet de Constitution que « maintenir et développer leur langue et leur culture d’origine ». Autrement dit, les droits territoriaux et de gouvernance garantis en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 sont complètement ignorés, voire niés.</p>
<p>L’imposition coloniale des « droits collectifs » de la « nation québécoise » sur les droits collectifs et fondamentaux des peuples autochtones est également affirmée par des dispositions d’interprétation spécifiques. Alors que les droits des Premières Nations et Inuits sont réduits, on précise que ceux de la nation québécoise « s’interprètent de manière extensive ».</p>
<p>De plus, on propose la création d’un Conseil constitutionnel ayant pour mandat d’interpréter la Constitution du Québec. Or, les facteurs explicitement précisés dont devrait tenir compte ce Conseil ne portent que sur les droits et « caractéristiques fondamentales du Québec », son « patrimoine commun », son « intégrité territoriale », ses « revendications historiques », son « autonomie » et son « économie ». Pas une seule mention ici de l’existence des peuples autochtones ou de leurs droits.</p>
<p>Les Wendat, Kanien’keháka (Mohawk), Attikamekw, Anishinaabe, Cris (Eeyou Istchee), Abénakis, Mi’kmaq, Innus, Naskapis, Wolastoqiyik et Inuit n’existent pas sur un territoire « appartenant » au Québec. C’est le Québec qui existe sur les territoires dont ces nations sont les gardiennes et pour lesquels nous avons une responsabilité commune. Nos droits ne sauraient être effacés à nouveau en 2025 par ce projet de Constitution du Québec.</p>
<p>La Cour suprême et les tribunaux du Québec comme d’ailleurs au pays reconnaissent de façon constante que les peuples autochtones ont une souveraineté préexistante à celle imposée historiquement par la Couronne, c’est-à-dire une souveraineté qui existait bien avant les débats sur l’autonomie du Québec au Canada. Cette souveraineté existe toujours et doit être réconciliée avec celle de l’État dans un esprit de « justice réconciliatrice ».</p>
<p>Il en <a href="https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/2189/index.do">découle des droits concrets</a> en matière de consultation, de consentement, d’autonomie gouvernementale. Aucune dérogation à ces droits n’est possible, contrairement aux droits et libertés visés par la clause dérogatoire de l’article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés.</p>
<p>Or, la CAQ souhaite mettre à l’abri de contestations constitutionnelles toute disposition législative qui « protège la nation québécoise ainsi que l’autonomie constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec » en interdisant toute contestation judiciaire d’un organisme qui utiliserait pour ce faire des fonds publics du Québec. Fort nombreuses sont les organisations qui reçoivent des fonds publics, incluant celles ayant justement la mission publique de protéger la société contre les actions illégales ou délétères de l’État. Il s’agit d’un des fondements de l’État de droit.</p>
<p>Du point de vue autochtone, cette interdiction rappelle l’époque coloniale où il était interdit aux Premières Nations de contester les actions illégales de l’État qui avaient pour but de les déposséder de leurs terres, de nier leurs droits et de les assimiler. Cette mesure a participé au génocide des peuples autochtones au Canada.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/le-projet-de-loi-sur-le-regime-forestier-est-un-important-recul-pour-les-droits-des-autochtones-264062">Le projet de loi sur le régime forestier est un important recul pour les droits des Autochtones</a>
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<h2>Un projet de loi qui s’ajoute à d’autres violations de droits par Québec</h2>
<p>Ce projet de Constitution du Québec s’ajoute à plusieurs autres atteintes claires aux droits autochtones. Pensons à la contestation de Québec de la loi fédérale reconnaissant le droit inhérent des peuples autochtones de mettre en place leurs propres politiques familiales et de protection de la jeunesse. La Cour suprême lui a donné tort et <a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2048038/enfance-protection-loi-autochtones-c92-justice">a confirmé</a> la constitutionnalité de la loi fédérale.</p>
<p>La CAQ a aussi refusé d’exclure les étudiants autochtones des règles de renforcement de la Charte de la langue française (projet de loi 96), alors que les langues autochtones ne menacent pas le français. Cette décision <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2078178/loi-96-autochtones-cegeps-anglophones">accroît les obstacles</a> aux études supérieures et limite les droits de gouvernance en éducation des peuples autochtones. La contestation de la constitutionnalité de la loi québécoise <a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1973039/loi-96-cour-superieure-langues-autochtones">est en cours</a>.</p>
<p>Enfin, pensons au récent <a href="https://theconversation.com/le-projet-de-loi-sur-le-regime-forestier-est-un-important-recul-pour-les-droits-des-autochtones-264062">projet de loi 97</a> visant à réformer le régime forestier, lequel avait été sévèrement critiqué. Celui-ci proposait un retour en arrière et rappelait l’approche préconisée au début de la colonisation du territoire, alors que l’industrie jouait un rôle accru en matière de gouvernance du territoire. Le projet de loi a finalement été abandonné fin septembre, mais il aura fallu que les peuples autochtones se battent à nouveau pour faire respecter leurs droits.</p>
<h2>Moderniser la Constitution du Québec pour respecter les droits des Autochtones</h2>
<p>Le contexte n’est plus le même qu’à la fondation du pays en 1867 ou lors des discussions des années 1980 ayant précédé le rapatriement de la Constitution. En 2025, il ne serait ni légal, ni légitime, d’adopter une Constitution du Québec ignorant les droits des Autochtones.</p>
<p>Une Constitution québécoise doit minimalement reconnaître les mêmes droits ancestraux et issus de traités que ceux protégés par la Constitution canadienne et les décisions des tribunaux en la matière. Cela inclut des droits de gouvernance notamment quant au territoire.</p>
<p>De plus, la Charte des droits et libertés de la personne est silencieuse sur les droits autochtones. L’article 10 garantissant le droit à l’égalité devrait être modifié pour indiquer que l’identité et le statut autochtone sont des motifs de discrimination spécifiquement prohibés au Québec. Cette Charte devrait également reconnaître expressément le droit à la sécurité culturelle afin que toute personne autochtone ait accès aux services publics de façon équitable. Ces changements permettraient qu’un mandat conséquent soit donné à la Commission des droits de la personne pour agir afin d’enrayer cette discrimination.</p>
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<p>Le Québec doit également mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le Canada fait partie de nombreux pays qui se sont engagés à le faire et nos tribunaux ont commencé à s’y référer. La Déclaration exige de construire avec les peuples autochtones les politiques qui touchent à leurs droits, de respecter leur consentement et leur autonomie ainsi que le droit d’avoir accès aux services publics sans discrimination, à l’instar du Principe de Joyce.</p>
<p>Le projet de Constitution de la CAQ ne correspond en rien à ce qu’un véritable processus constituant doit faire. Ni les Québécois ni les peuples autochtones ne participent à cette démarche. Une Constitution devrait être pensée pour au moins les sept prochaines générations, comme nous l’enseignent les Aînés, et non en vue de la prochaine élection.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268329/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Karine Millaire est Présidente bénévole de Projets Autochtones du Québec, une organisation assurant des services d'hébergement et d'autonomisation aux personnes autochtones en situation de précarité à Tiohtià:ke (Montréal). À titre de professeure universitaire, elle reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.</span></em></p>Le projet de Constitution du Québec nierait les droits ancestraux et issus de traités, pourtant garantis par la Loi constitutionnelle de 1982.Karine Millaire, Professeure adjointe en droit constitutionnel et autochtone, Université de MontréalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2469542025-10-22T16:51:51Z2025-10-22T16:51:51ZQuand les menus travaux se transforment en obstacle au vieillir chez soi<figure><img src="https://images.theconversation.com/files/680792/original/file-20250717-66-ielmhy.jpg?ixlib=rb-4.1.0&rect=0%2C106%2C4687%2C3124&q=45&auto=format&w=1050&h=700&fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Peindre un mur, déneiger, réparer... les menus travaux peuvent s'avérer difficiles à exécuter pour les personnes âgées. Il faut développer des services qui leur permettent de demeurer plus longtemps à domicile.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Unsplash)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p>La plupart des personnes âgées au Canada préfèrent vieillir chez elles et dans leur communauté.</p>
<p>Dans une enquête réalisée en 2020, 96 % des Canadiens âgés de 65 ans et plus ont déclaré qu’ils feraient tout ce qui est en leur pouvoir afin <a href="https://static1.squarespace.com/static/5c2fa7b03917eed9b5a436d8/t/638e0857c959d1546d9f6f3a/1670252637242/AIRP+Report+Final2022-.pdf">d’éviter d’entrer dans un établissement de soins de longue durée</a>. De plus, une <a href="https://creges.ca/wp-content/uploads/2024/08/2024-sondage-fin-de-vie-et-deces-Quebec.pdf">étude menée en 2024</a> révèle que la majorité des personnes aînées (61 %) souhaite rester à la maison jusqu’à leur fin de vie, mais, pas à n’importe quel prix.</p>
<p>Vivre dans un endroit sécuritaire et adéquat est essentiel dans la perspective d’un maintien à domicile. La qualité du milieu de vie d’une personne est un <a href="https://www.inspq.qc.ca/exercer-la-responsabilite-populationnelle/determinants-sante">déterminant de sa santé</a>.</p>
<p>Ainsi, plusieurs facteurs associés au logement ont une influence sur la santé et le bien-être, selon une étude publiée en 2024 par <a href="https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/2024-05/3486-logement-sante-cadre-conceptuel.pdf">l’Institut national de santé publique du Québec en 2024</a>. On compte des facteurs physiques et environnementaux, comme la qualité de l’air ou la température, des facteurs sociaux et psychologiques, tels que le sentiment de sécurité, ou encore des facteurs ergonomiques et fonctionnels, comme le fait d’avoir un espace suffisant, un aménagement adapté, et un accès facile à son lieu de vie.</p>
<p>Or, tout logement demande de l’entretien. Qu’arrive-t-il lorsqu’une personne n’arrive plus à prendre soin de son milieu de vie ? Quand déneiger l’entrée devient une tâche insurmontable ? Ou vider ses gouttières ? Avec l’avancée en âge, il peut devenir de plus en plus pénible d’entretenir sa maison seule. Certaines tâches peuvent être difficiles à accomplir en raison d’un manque d’énergie, ou de capacités diminuées.</p>
<p>Notre équipe de recherche réalise, en partenariat avec l’organisme <a href="https://dslanaudiere.org">Développement social Lanaudière</a>, un projet de recherche pour mieux comprendre les besoins des personnes aînées en matière de menus travaux, ainsi que les facteurs qui entravent le déploiement de services à large échelle au Québec. Nous souhaitons développer un modèle de prestation de ce type de service qui tient compte des réalités territoriales diverses du Québec (régions rurales, semi-urbaines et urbaines).</p>
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<p><em><strong><a href="https://theconversation.com/topics/vieillir-la-revolution-grise-179251">Cet article fait partie de notre série La Révolution grise</a>.</strong> La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.</em></p>
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<h2>Les services de menus travaux : l’angle mort du maintien à domicile</h2>
<p><a href="https://frq.gouv.qc.ca/app/uploads/2023/06/ap-qb-2024-2025_vf.pdf">Les services de menus travaux</a> sont l’ensemble du soutien et de l’aide pour les tâches d’entretien, de réparation, d’installation et de remisage qui demandent un peu de force ou une énergie soutenue.</p>
<p>Les menus travaux comprennent la réalisation de tâches qui sont en hauteur ou qui exigent de la souplesse ou de la force, qui nécessitent des connaissances particulières et des habiletés manuelles et qui ne sont pas visées par les métiers qui exigent des cartes de compétences. Des services pourraient permettre aux personnes qui en ont besoin, dont les aînées, de disposer d’aide pour entretenir leur domicile et en assurer la salubrité et la sécurité.</p>
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<img alt="Un homme en train de pelleter de la neige" src="https://images.theconversation.com/files/680793/original/file-20250717-66-oifdfp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/680793/original/file-20250717-66-oifdfp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=600&h=928&fit=crop&dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/680793/original/file-20250717-66-oifdfp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=600&h=928&fit=crop&dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/680793/original/file-20250717-66-oifdfp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=600&h=928&fit=crop&dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/680793/original/file-20250717-66-oifdfp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&h=1166&fit=crop&dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/680793/original/file-20250717-66-oifdfp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=754&h=1166&fit=crop&dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/680793/original/file-20250717-66-oifdfp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=754&h=1166&fit=crop&dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px">
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<span class="caption">Pelleter son entrée l’hiver demande de la force et une bonne forme physique, qui manquent parfois aux personnes âgées.</span>
<span class="attribution"><span class="source">(Unsplash)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span>
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<p>Malgré le fait que les besoins de services de menus travaux devraient croitre de manière corollaire à l’évolution du vieillissement de la population, il est étonnant de constater qu’au Québec ils n’ont pas fait l’objet d’une mise en place structurée et ne sont pas offerts dans toutes les régions.</p>
<p>Actuellement, les rares initiatives locales de menus travaux qui existent sont principalement mises sur pied par des acteurs du secteur communautaire ou du secteur privé (par exemple des coopératives ou des entreprises d’économie sociale en aide à domicile). Elles desservent un petit bassin de personnes aînées, sans déploiement à large échelle.</p>
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<p>Les quelques initiatives existantes ne sont pas suffisantes pour répondre aux besoins de la population vieillissante d’aujourd’hui et encore moins dans les années à venir. Le gouvernement n’inclut toujours pas les menus travaux dans les services offerts au soutien à domicile.</p>
<p>Il n’a pas non plus bonifié le Programme d’exonération financière pour les services d’aide domestique (PEFSAD). Il pourrait pourtant offrir une réduction des coûts associés au recours à des services provenant du secteur privé pour les aînés selon leur niveau de revenus.</p>
<h2>Quatre difficultés auxquelles se heurtent les aînés</h2>
<p>Il devient prioritaire de se pencher sur les conditions gagnantes pour développer un modèle de services de menus travaux offert à grande échelle au Québec et favorable au maintien à domicile des personnes aînées.</p>
<p><a href="https://frq.gouv.qc.ca/projet/repondre-aux-besoins-de-services-de-menus-travaux-des-personnes-ainees-apprendre-a-moduler-la-reponse-en-zone-rurale-semi-urbaine-et-urbaine-en-capitalisant-sur-une-planification-de-la-perennisation/">Le projet de recherche que nous poursuivons</a> a permis à ce jour de créer des espaces de parole pour que les personnes aînées elles-mêmes nomment leurs enjeux et besoins face aux services de menus travaux.</p>
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<img alt="Une femme âgée en train d’arroser des plantes dans un jardin" src="https://images.theconversation.com/files/680794/original/file-20250717-56-q05ekc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/680794/original/file-20250717-56-q05ekc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=600&h=900&fit=crop&dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/680794/original/file-20250717-56-q05ekc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=600&h=900&fit=crop&dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/680794/original/file-20250717-56-q05ekc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=600&h=900&fit=crop&dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/680794/original/file-20250717-56-q05ekc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&h=1131&fit=crop&dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/680794/original/file-20250717-56-q05ekc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=30&auto=format&w=754&h=1131&fit=crop&dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/680794/original/file-20250717-56-q05ekc.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=15&auto=format&w=754&h=1131&fit=crop&dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px">
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<span class="caption">Les personnes âgées doivent s’engager dans de longues recherches pour obtenir de l’aide pour leurs tâches domestiques.</span>
<span class="attribution"><span class="source">(Unsplash)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/">CC BY-SA</a></span>
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<p>Ce qui en ressort, c’est qu’elles doivent s’engager dans des recherches interminables d’un prestataire de service lorsqu’elles désirent obtenir des services de réparation ou d’entretien de leur domicile — elles désirent donc un service facile à trouver.</p>
<p>Puis, elles ont de la difficulté à trouver des personnes en qui elles ont confiance pour réaliser les travaux et entrer dans leur « intimité », dans leur chez-soi — elles désirent donc un service qui est offert par une organisation de confiance (un CLSC ou une entreprise d’économie sociale de leur région), qui dispose de moyens financiers suffisants pour retenir une main-d’œuvre qualifiée, fiable et stable.</p>
<p>Finalement, il leur est difficile de comprendre les mécanismes de remboursement des services de menus travaux. En effet, il existe certains programmes gouvernementaux pour couvrir une partie des frais reliés aux services de menus travaux, mais ces programmes sont peu connus, ne remboursent qu’une portion des frais encourus et sont difficilement accessibles — elles aimeraient donc avoir accès à des processus de remboursement ou de couverture simple, accessible et suffisant.</p>
<h2>Le soutien à domicile doit aller au-delà des soins de santé</h2>
<p>Un service de menus travaux accessible, stable, de proximité et bien financé semble être une avenue à prioriser. Il n’est pas encore clair qui devrait être le « porteur de ballon » de ce service. Est-ce que ces services doivent être offerts par le secteur de la santé et des services sociaux ? Est-ce que le gouvernement devrait bonifier le Programme d’exonération financière pour y inclure une meilleure couverture des services afin que le déploiement à large échelle de ce service par les entreprises d’économie sociale en aide à domicile soit possible (c’est-à-dire rentable) ? Cela reste à déterminer.</p>
<p>Une chose est certaine, demeurer chez soi en vieillissant ne devrait pas être la seule responsabilité des personnes aînées, mais bien celle des gouvernements et des organisations qui pourraient et devraient mieux les soutenir. Pour ce faire, une vision globale des facteurs qui influencent la santé est nécessaire.</p>
<p>Nous ne pouvons retreindre le soutien à domicile au seul aspect médical et aux soins offerts. Nous devons mettre en place des services pour que le maintien à domicile soit fait dans des domiciles sécuritaires et satisfaisants pour ceux qui y demeurent.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/246954/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Marie-Michèle Lord a reçu des financements des Fonds de recherche du Québec </span></em></p>Nous ne pouvons retreindre le soutien à domicile au seul aspect médical et aux soins offerts. Nous devons mettre en place des services de menus travaux.Marie-Michèle Lord, Professeure, département d'ergothérapie Université du Québec à Trois-Rivières; chercheuse régulière Centre de recherche et d'expertise en gérontologie sociale , Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2665312025-10-22T16:49:55Z2025-10-22T16:49:55ZLa démocratie municipale n'a pas la couverture médiatique qu’elle mérite <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/696819/original/file-20251016-56-t11c45.JPG?ixlib=rb-4.1.0&rect=0%2C0%2C5568%2C3712&q=45&auto=format&w=1050&h=700&fit=crop" /><figcaption><span class="caption">De façon générale, les médias traditionnels réussissent difficilement, faute de moyens, à couvrir l’ensemble des enjeux et à les documenter en profondeur.</span> <span class="attribution"><span class="source">La Conversation Canada</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p>La campagne électorale du 2 novembre, qui déterminera la composition de plus de 1 000 conseils municipaux, est l’occasion de nous rappeler que la démocratie municipale québécoise souffre d’un double déficit : un manque criant de couverture médiatique et un traitement systématiquement négatif qui occulte les dynamiques constructives au profit des dysfonctionnements. </p>
<p>Cette vision déséquilibrée décourage la participation électorale et l’engagement citoyen.</p>
<p>La démocratie municipale, c’est près de <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/affaires-municipales/publications/elections/POR_StatistiqueElectionsMun2021.pdf">12 000 candidats qui postulent aux quelques 8 000 postes à pourvoir</a>. C’est aussi des élus qui sont, dans leur grande majorité, rémunérés à temps partiel et qui tentent de satisfaire les besoins de la population, de répondre aux exigences auxquelles ils et elles doivent se conformer et d’inciter les citoyens à participer au développement de leur municipalité.</p>
<p>La démocratie municipale, c’est aussi des électeurs qui exercent leurs droits de vote, qui proposent des projets audacieux, se mobilisent, participent à des consultations publiques, cherchent à comprendre le bien-fondé d’une décision, demandent des comptes à leurs élus et font du bénévolat. C’est aussi un ensemble d’organismes variés qui soutiennent l’action des municipalités dans différents domaines pour essayer d’améliorer leur cadre de vie et le bien-être général de la population.</p>
<p>Parler de démocratie municipale, ce n’est pas que – certaines représentations sont tenaces – parler d’aqueducs, de déneigement et de collecte de poubelles. C’est discuter de la façon dont les ressources vont être allouées : faut-il vendre un terrain à un promoteur immobilier pour récupérer des fonds qui seront investis dans d’autres projets, ou le conserver pour créer un espace pour la population ?</p>
<p>Respectivement professeure à l’INRS en études urbaines, et professeure à l’Université d’Ottawa en sciences politiques, nous nous interrogeons sur le contexte médiatique et ses effets sur notre manière collective d’appréhender le palier de gouvernement municipal. Outre le déficit d’information qui le caractérise, le traitement médiatique dont il est l’objet pose certainement question à la veille du rendez-vous démocratique du 2 novembre prochain.</p>
<h2>Sur le déficit informationnel</h2>
<p>Plusieurs chercheurs et observateurs ont déjà souligné la <a href="https://www.jstor.org/stable/25165809?seq=1">faiblesse de la couverture médiatique dont fait l’objet la scène municipale</a>. Si les médias provinciaux et régionaux couvrent les principaux pôles urbains, l’essentiel du territoire ne peut compter que sur les journaux locaux, dont le <a href="https://www.erudit.org/fr/revues/rot/2020-v29-n1-rot07102/1090430ar/">modèle d’affaire</a> peine à en assurer la survie.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/la-democratie-municipale-est-elle-en-crise-au-quebec-enquete-chez-les-elus-des-petites-municipalites-228460">La démocratie municipale est-elle en crise au Québec ? Enquête chez les élus des petites municipalités</a>
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<p>De façon générale, les médias traditionnels réussissent difficilement, faute de moyens, à couvrir l’ensemble des enjeux et à les documenter en profondeur. Cette situation n’est pas spécifique au Québec. <a href="https://www.jstor.org/stable/41510459?seq=1">Plusieurs travaux en Amérique du Nord</a> font l’hypothèse qu’il existe à l’échelle municipale une circulation plus faible de l’information politique en comparaison avec les autres niveaux de gouvernement.</p>
<p>L’absence d’une circulation suffisante et adéquate de l’information politique a des conséquences sur l’électorat : il est plus difficile de savoir qui se présente, quel est le programme de chaque candidat, mais aussi de saisir la réelle portée des enjeux qui sont discutés. Plus encore, une <a href="https://cjur.uwinnipeg.ca/index.php/cjur/article/view/389">enquête menée en 2017</a> sur 3 200 électeurs au Québec a montré que plus un électeur connaît les programmes et les projets des candidats, plus il est susceptible de voter.</p>
<h2>Sur le traitement médiatique</h2>
<p>Lorsqu’elle existe, la couverture municipale <a href="https://theconversation.com/la-democratie-municipale-est-elle-en-crise-au-quebec-enquete-chez-les-elus-des-petites-municipalites-228460">met davantage l’accent sur les dysfonctionnements</a> (faible participation, augmentation du nombre d’élections par acclamation, démissions d’élus, harcèlement des élus, climat tendu au sein du conseil, mécontentement des citoyens), que sur les dynamiques constructives (solutions locales, innovations de services, mobilisations citoyennes).</p>
<p>Ces éléments s’ajoutent aux <a href="https://www.pulaval.com/livres/dictionnaire-politique-de-la-scene-municipale-quebecoise">nouveaux enjeux</a> auxquels sont confrontées les municipalités : logement, mobilité, itinérance, ou gestion de l’eau. La complexité de ces problèmes empêche souvent les municipalités de trouver des solutions à court ou à moyen terme. Ils nourrissent alors un flot de nouvelles négatives qui surpasse de loin les informations valorisant les actions des élus et des citoyens.</p>
<p>Le problème n’est pas que ces sujets soient couverts – ils doivent l’être –, mais que l’écart avec les informations valorisant les actions et les solutions soit tel qu’il produit une image déséquilibrée et décourageante de la démocratie municipale.</p>
<p>La faible présence médiatique du municipal favorise par ailleurs la domination d’une seule grille de lecture qui met sans cesse en évidence les défaillances de cette démocratie. Ce cadrage unique ne favorise ni la participation électorale, ni l’engagement citoyen, ni le renouvellement des élus. Et si on peut penser que de façon générale, la couverture médiatique des affaires provinciales et fédérales peut aussi être négative, la diversité des médias et le volume des informations relayées rendent possibles plusieurs lectures.</p>
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À lire aussi :
<a href="https://theconversation.com/les-municipalites-quebecoises-sont-plus-actives-quon-ne-le-pense-en-matiere-de-developpement-durable-204868">Les municipalités québécoises sont plus actives qu’on ne le pense en matière de développement durable</a>
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<h2>Le déséquilibre en exemples</h2>
<p>Lire que <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2196970/mairie-vote-acclamation-sans-opposition-bsl">65 % des élus en 2021 l’ont été par acclamation</a> laisse entendre que c’est un problème. On sait pourtant que ce fait mérite une lecture plus nuancée et qu’il cache une réalité bien différente. Cette situation peut s’expliquer par la difficulté à recruter, parfois par un choix volontaire pour éviter des frais de tenue d’élection, et d’autres fois encore par la volonté de ne pas s’opposer à quelqu’un que l’on connaît. Il convient par ailleurs de rappeler que le fait d’avoir quelque 8 000 élus est déjà une réalisation de taille.</p>
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<p>De même, mettre de l’avant que la population ne participe pas, notamment les jeunes, c’est occulter l’ensemble des actions que des bénévoles (<a href="https://press.uottawa.ca/fr/9782760341203/faire-lexperience-de-la-democratie/">Commission jeunesse</a> etc.), des citoyens, des municipalités et des <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/notre-institution/recherche-projets-etudes-et-sondages/projets-pilotes-lors-des-elections-municipales/">institutions</a> mettent en place pour favoriser l’intérêt des citoyens. La moyenne provinciale de la <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/taux-de-participation-aux-elections-municipales-une-baisse-decevante-qui-souleve-bien-des-questions/">participation électorale</a> est par ailleurs plus élevée que celle que l’on rencontre dans d'autres provinces, notamment l’<a href="https://elections2022.amo.on.ca/web/en/home">Ontario</a>, même si elle demeure faible, à 38,7% de taux de participation. </p>
<p>Enfin, parler d’un climat politique tendu et des difficultés d’être élu, c’est oublier que certains élus se mobilisent et s’entraident pour parler d’une fonction qu’ils apprécient (que ce soit au sein de la FQM et de l’UMQ, ou dans de nouveaux lieux comme la <a href="https://nouvellevaguemunicipale.org/">nouvelle vague municipale</a>, ou encore via une série de publications <a href="https://editionsxyz.com/livre/liberer-les-villes/">individuelles</a> ou <a href="https://www.lespritlibre.org/produit/courage-lengagement-politique-municipal-a-lere-des-transitions/">collectives</a>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/266531/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Sandra Breux a reçu des financements du CRSH, du FRQSC et du programme des Chaires de recherche du Canada</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Anne Mevellec a reçu des financements du CRSH</span></em></p>Au-delà des clichés sur les nids-de-poule et les déchets, la démocratie municipale gère des enjeux cruciaux. Mais la couverture médiatique négative décourage-t-elle l’engagement citoyen ?Sandra Breux, Démocratie municipale, élections municipales, Institut national de la recherche scientifique (INRS)Anne Mevellec, Professeure titulaire à l'Université d'Ottawa, L’Université d’Ottawa/University of OttawaLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/2675952025-10-21T14:04:20Z2025-10-21T14:04:20ZLa fin du programme de prédédouanement frontalier entre le Canada et les États-Unis est-elle proche ?<p>Lors de la réunion du 25 septembre à Banff, l’ambassadeur américain au Canada, Pete Hoekstra, s’est interrogé sur <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/calgary/us-ambassador-airport-pre-clearance-1.7644088">l’avenir du prédédouanement</a> au Canada. Il s’est plaint de la baisse du nombre de voyages transfrontaliers, laquelle rend le coût du programme moins attrayant pour les Américains.</p>
<p>Les commentaires d’Hoekstra ont été perçus comme une menace, voire comme l’exigence que les Canadiens recommencent à voyager aux États-Unis.</p>
<p>Mais les Canadiens devraient-ils continuer à rester à l’écart ? Il est peut-être temps de repenser le programme de prédédouanement du Canada avec les États-Unis et la manière dont il peut porter atteinte aux droits civils et à la souveraineté du Canada.</p>
<h2>D’abord informel, puis élargi</h2>
<p>Les origines du programme de prédédouanement américain au Canada remontent à 1952. Il s’agissait au départ d’un <a href="https://doi.org/10.1080/08865655.2010.9695769">accord informel</a> conclu à la demande d’American Airlines, qui souhaitait développer ses activités au Canada.</p>
<p>Depuis, le programme s’est étendu à huit aéroports internationaux canadiens, dont l’Aéroport international Montréal-Trudeau (YUL) qui offre le prédédouanement américain, et au terminal ferry de l’Alaska Marine Highway System à Prince Rupert, en Colombie-Britannique. Les États-Unis ont également étendu leurs <a href="https://www.cbp.gov/travel/preclearance">installations de prédouanement</a> aux Bahamas, aux Bermudes, à l’Irlande et aux Émirats arabes unis.</p>
<p>Dans le cadre de l’accord de prédédouanement entre le Canada et les États-Unis, des agents frontaliers américains sont présents au Canada afin que les voyageurs puissent passer les contrôles douaniers, d’immigration, de santé publique et de sécurité, ainsi que les inspections agricoles avant leur départ. Cela offre une sécurité supplémentaire aux États-Unis, car ils peuvent <a href="https://tracreports.org/tracker/dynadata/2015_05/R43356.pdf">contrôler les voyageurs</a> beaucoup plus tôt dans leur voyage et arrêter les voyageurs suspects avant qu’ils ne montent à bord de leur avion.</p>
<p>Pour les voyageurs canadiens, cela accélère le passage de la frontière. En passant la douane au Canada, ils n’ont pas besoin de faire la queue à leur arrivée aux États-Unis. Il est ainsi beaucoup plus facile de prendre des vols en correspondance et cela signifie également que les compagnies aériennes peuvent desservir des aéroports américains plus petits depuis le Canada, ce qui peut être moins cher et plus pratique.</p>
<h2>Pouvoirs de police</h2>
<p>Le prédédouanement au Canada est devenu si courant qu’il n’a pas fait l’objet d’un examen approfondi, même si la législation récente soulève des <a href="https://doi.org/10.1177/2399654418787190">préoccupations pressantes</a>.</p>
<p>En 2015, les États-Unis et le Canada ont signé un <a href="https://www.treaty-accord.gc.ca/text-texte.aspx?id=105453">nouveau traité sur le précontrôle des transports terrestres, ferroviaires, maritimes et aériens</a>. Cette législation a ouvert la voie à un élargissement du prédédouanement avec de nouvelles installations à <a href="https://www.billybishopairport.com/media-centre/canadian-and-u-s-governments-reach-latest-milestone-toward-u-s-customs-and-border-protection-preclearance-at-billy-bishop-toronto-city-airport/">l’Aéroport international Jean-Lesage de Québec (YQB) et à l’aéroport Billy Bishop sur les îles de Toronto</a>, dont l’ouverture est prévue prochainement. Des projets pilotes ont également été mis en place dans les gares ferroviaires et les ports, ce qui soulève des questions particulières, car ces installations sont souvent situées en centre-ville.</p>
<p>Par la suite, le Canada a adopté sa nouvelle <a href="https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/acts/P-19.32/FullText.html">loi sur le prédouanement</a>, qui est entrée en vigueur en 2019. Cette loi a mis à jour les conditions du prédouanement, mais a également introduit de nouveaux pouvoirs policiers inquiétants et étendus pour les agents américains sur le sol canadien.</p>
<p>Les agents frontaliers américains ont désormais le pouvoir de procéder à des <a href="https://www.canadianlawyermag.com/news/general/preclearance-bill-raises-concerns/270248">fouilles à nu</a> si aucun agent canadien n’est disponible ou n’est disposé à participer. Les agents frontaliers américains ont également le <a href="https://canadians.org/analysis/trudeau-backs-c-23-armed-us-border-guards-canada/">droit de porter des armes</a>.</p>
<p>En vertu de la <a href="https://www.canlii.org/en/ca/laws/stat/sc-1999-c-20/32699/sc-1999-c-20.html">législation précédente de 1999</a>, les agents frontaliers américains étaient autorisés à utiliser « toute la force nécessaire pour accomplir leurs tâches de prédouanement » s’ils le faisaient « pour des motifs raisonnables ». Mais en vertu de la législation récente, les agents américains sont « autorisés à faire ce qu’ils sont tenus ou autorisés à faire en vertu de la présente loi et à utiliser toute la force nécessaire à cette fin ». En d’autres termes, le recours à la force est désormais légitimé.</p>
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<p>De plus, alors qu’auparavant les voyageurs pouvaient se soustraire à l’inspection sans préjudice, en vertu de la législation de 2017, leur retrait du processus frontalier pourrait être interprété comme un <a href="https://cba.org/getmedia/bdff3254-6db8-4dea-a90b-7b145bd4fd37/17-24-eng-1b0e8f11-c92b-4d80-859b-1e06c379a538.pdf">motif de suspicion</a>.</p>
<p>Le fait de se retirer devient suspect, le refus de répondre étant considéré comme une obstruction, ce qui constitue une infraction pénale tant aux États-Unis qu’au Canada. Cela peut empêcher une personne d’entrer aux États-Unis à une date ultérieure.</p>
<p>Si une personne est soupçonnée d’avoir commis une infraction, les <a href="https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/acts/P-19.32/section-31.html?txthl=using&wbdisable=true">agents frontaliers américains peuvent également la placer en détention</a>, à condition que cela ne « retarde pas de manière déraisonnable le retrait du voyageur » du processus. Or, il n’y a pas de limite de temps pour ce qui est considéré comme un « retard déraisonnable ».</p>
<h2>Modifications législatives préoccupantes</h2>
<p>Lorsque la nouvelle loi sur le prédouanement a été présentée, le premier ministre Justin Trudeau a tenté d’apaiser les inquiétudes en expliquant que le prédouanement offrait <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/border-preclearance-bill-trudeau-1.3994264">davantage de protections</a> aux voyageurs, car la Constitution canadienne s’appliquerait au Canada.</p>
<p>La loi elle-même stipule :</p>
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<p>L’exercice de tout pouvoir et l’exécution de toute fonction ou tâche en vertu de la législation américaine au Canada sont soumis à la législation canadienne, y compris la Charte canadienne des droits et libertés, la Déclaration canadienne des droits et la Loi canadienne sur les droits de la personne.</p>
</blockquote>
<p>Mais ces protections peuvent-elles vraiment être garanties lorsqu’il y a chevauchement de compétences ?</p>
<p>Prenons l’exemple de la dernière <a href="https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/06/restricting-the-entry-of-foreign-nationals-to-protect-the-united-states-from-foreign-terrorists-and-other-national-security-and-public-safety-threats">interdiction de voyager en 2025</a> qui interdit totalement l’entrée sur le territoire américain aux ressortissants de 12 pays et partiellement à ceux de sept autres pays.</p>
<p>Comme le <a href="https://www.amnesty.org/en/latest/news/2025/06/usa-trumps-travel-ban-will-harm-people-seeking-safety/">souligne Amnesty International</a>, les interdictions de Trump « visent des personnes en fonction de leur race, de leur religion ou de leur nationalité, issues de pays à population majoritairement noire, brune et musulmane ». Pourtant, ces interdictions <a href="https://immigration.ca/how-donald-trumps-new-travel-ban-could-affect-canada/">sont appliquées au Canada</a> via ces zones de prédouanement, ce qui signifie que les droits et les protections contre la discrimination prévus par les lois canadiennes ne sont pas respectés.</p>
<p>En vertu des termes du traité de 2015, les agents de prédouanement bénéficient également d’une immunité pour les infractions civiles et administratives dans leur pays d’accueil. De plus, les États-Unis <a href="https://www.congress.gov/bill/114th-congress/house-bill/6431">ont adopté une loi</a> un an plus tard stipulant que les États-Unis ont compétence sur les infractions commises par le personnel américain en poste au Canada.</p>
<p>Comme l’a déclaré le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, cette <a href="https://www.priv.gc.ca/en/privacy-topics/airports-and-borders/your-privacy-at-airports-and-borders/?wbdisable=true">absence de responsabilité</a> au Canada signifie qu’il existe peu de recours pour une personne au Canada qui est victime d’un incident avec des agents frontaliers américains lors du contrôle préalable. S’il n’y a pas de responsabilité, les lois canadiennes sont essentiellement sans signification.</p>
<h2>Politique frontalière</h2>
<p>Pour ces raisons, il est urgent que le Canada réévalue le programme de prédédouanement. D’autant plus que des efforts sont en cours pour déployer le prédédouanement canadien aux frontières terrestres avec les États-Unis.</p>
<p>En janvier 2025, avant l’investiture de Trump, un projet pilote de deux ans a été annoncé à l’installation de Cannon Corners, à la <a href="https://www.canada.ca/en/border-services-agency/news/2025/01/the-cbsa-announces-first-canadian-land-preclearance-operation-in-the-us.html#">frontière entre New York et le Québec</a>. Ce projet serait quelque peu différent des pouvoirs de police accordés aux agents frontaliers américains dans les aéroports canadiens, mais les objectifs du Canada sont similaires aux directives de sécurité américaines : déterminer l’admissibilité avant l’entrée au Canada.</p>
<p>En d’autres termes, le Canada met en place des initiatives de prédédouanement qui rendent plus difficile les demandes d’asile lorsqu’elles sont émises par des personnes traversant la frontière canado-américaine.</p>
<p>Hoekstra a remis en question l’avenir du prédédouanement. Cela offre une excellente occasion de se demander si les coûts du programme l’emportent sur les avantages dans le climat politique actuel. En effet, aussi pratiques et efficaces que puissent être les programmes de prédouanement, ils soulèvent des questions délicates concernant la souveraineté canadienne et les droits des citoyens canadiens.</p>
<p>La question devrait plutôt être de savoir si le Canada souhaite adopter une politique frontalière à l’américaine plutôt que d’essayer de mettre en place des politiques et des pratiques frontalières plus humaines.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/267595/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" />
<p class="fine-print"><em><span>Emily Gilbert a reçu un financement du Conseil de recherches en sciences humaines.</span></em></p>Aussi pratiques et efficaces que puissent être les programmes de prédédouanement, ils soulèvent des questions délicates concernant la souveraineté canadienne et les droits des citoyens canadiens.Emily Gilbert, Professor, Canadian Sudies and Geography & Planning, University of TorontoLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.