tag:theconversation.com,2011:/ca-fr/environnement/articles Environnement – La Conversation Canada 2026-01-29T17:00:10Z tag:theconversation.com,2011:article/272110 2026-01-29T17:00:10Z 2026-01-29T17:00:10Z Suivre la faune grâce à l’ADN : une percée scientifique en collaboration avec une communauté autochtone <p>Orignaux, caribous, cerfs… Ils traversent les forêts depuis des millénaires et façonnent les écosystèmes autant que les cultures humaines. Mais comment confirmer leur présence sans les observer, les capturer ou les déranger ? La réponse tient parfois à l’invisible : des fragments d’ADN laissés dans la neige, la poussière ou transportés par des insectes.</p> <p>Cette approche, <a href="https://taqc.info/fr/adne/">appelée ADN environnemental</a> (ADNe), transforme le suivi de la faune terrestre, à condition d’en adapter les méthodes aux réalités du territoire.</p> <p>Au Canada, la protection de la biodiversité se fait sous des pressions croissantes liées à l’exploitation des ressources et aux changements climatiques. Le Cerf de Virginie, par exemple, se déplace vers le nord, empiétant sur les habitats d’orignal et du caribou. Il peut <a href="https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/sante-animale/maladies-animales/liste-maladies-animales/maladie-debilitante-chronique-cervides">transporter avec lui des maladies</a> qui mettent à risque des populations entières de cervidés. La progression de l’espèce est suivie de près, mais repose sur des informations parfois difficiles à obtenir.</p> <p>Il en va de même pour le suivi des espèces rares et difficiles à observer, comme le <a href="https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/faune/animaux-sauvages-quebec/fiches-especes-fauniques/carcajou">carcajou</a>, dont la présence dans plusieurs régions du nord du Québec demeure incertaine, faute de données tangibles pour la confirmer.</p> <p>Pour orienter les décisions nécessaires à la protection de la biodiversité, l’ensemble des acteurs — gouvernements, organismes de conservation, industrie et Peuples autochtones — ont besoin de données fiables, comparables et produites de manière socialement responsable. Or, les outils de suivi traditionnels (observation directe, capture, colliers GPS ou pièges photographiques) sont souvent coûteux, intrusifs ou difficiles à déployer dans des régions éloignées.</p> <h2>L’ADN environnemental : promesses et limites</h2> <p>L’ADNe repose sur un principe à la fois simple et puissant : tous les organismes vivants libèrent des fragments de leurs cellules contenant de l’ADN dans leur environnement, notamment par leurs excréments, leur urine, leur salive, leur peau ou leurs poils. En analysant ces traces génétiques présentes dans l’eau, le sol, la neige ou l’air, il devient possible d’identifier les espèces qui fréquentent un milieu donné, sans contact direct ni perturbation des animaux.</p> <p>Si cette approche est aujourd’hui bien établie pour les espèces aquatiques, son application aux animaux terrestres demeure un défi scientifique majeur. Contrairement aux milieux aquatiques, l’ADNe est dispersé de façon inégale. Sa détection dépend étroitement du comportement des espèces, des conditions climatiques, de la nature des substrats (sol, poussière, neige) et des processus de dégradation de l’ADN dans l’environnement. Ces facteurs rendent le suivi plus complexe et nécessitent des méthodes adaptées aux réalités locales.</p> <p>Dans ce contexte, un récent <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/edn3.70139">article scientifique</a> publié dans la revue <em>Environmental DNA</em> a marqué une avancée majeure pour le suivi de la biodiversité au Canada. Nous y présentons de nouveaux outils permettant de suivre 125 espèces animales d’Amérique du Nord de manière non invasive. Fait marquant, près de la moitié de ces espèces ont été sélectionnées par des partenaires autochtones à travers le pays, pour leur importance culturelle, écologique ou alimentaire. Parmi elles figure le caribou, une espèce emblématique et culturellement centrale pour de nombreuses Nations autochtones.</p> <p>C’est précisément à l’interface entre ces promesses technologiques et ces défis scientifiques qu’est née une collaboration étroite entre des chercheuses et chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et la <a href="https://pikogan.com/">Première Nation Abitibiwinni</a> à Pikogan, au nord d’Amos en Abitibi-Témiscamingue, dans le cadre du projet pancanadien <a href="https://itrackdna.ca/">iTrackDNA</a>.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/utiliser-ladn-pour-suivre-avec-precision-la-trace-des-animaux-dans-leur-milieu-naturel-167934">Utiliser l’ADN pour suivre avec précision la trace des animaux dans leur milieu naturel</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Une recherche co-construite sur le territoire</h2> <p><a href="https://theconversation.com/utiliser-ladn-pour-suivre-avec-precision-la-trace-des-animaux-dans-leur-milieu-naturel-167934">En 2021</a>, la communauté anicinape s’est jointe au projet iTrackDNA afin de développer des outils de suivi de la faune répondant à ses priorités culturelles et territoriales. Les gardiens du territoire, les biologistes communautaires et les chercheuses et chercheurs ont d’abord identifié des espèces clés, dont l’orignal, le caribou forestier et le cerf de Virginie, qui suscitent des préoccupations sur les plans culturel, écologique et de subsistance.</p> <p>Une première campagne d’échantillonnage, fondée sur la filtration classique de l’eau, s’est soldée par des résultats décevants. Malgré la présence confirmée des espèces, les taux de détection étaient faibles, voire inexistants. Loin d’être un échec, ce revers a mis en lumière une réalité essentielle : les méthodes standards d’ADNe ne sont pas universelles et doivent être adaptées aux contextes écologiques et sociaux dans lesquels elles sont utilisées.</p> <h2>Repenser les méthodes, ensemble</h2> <p>Plutôt que d’abandonner, l’équipe a choisi de repenser entièrement l’approche. Une étude expérimentale rigoureuse a été menée sur le territoire ancestral de la Nation Abitibiwinni, en forêt boréale au Québec, afin de comparer différentes méthodes de collecte d’ADNe pour le suivi de la faune terrestre. Les protocoles ont été co-développés avec les gardiens du territoire, en privilégiant des matériaux peu coûteux, accessibles et applicables en régions éloignées.</p> <p>Quatre grandes approches ont été testées : l’échantillonnage de la neige de surface, la collecte de poussières et d’invertébrés (mouches charognardes), l’échantillonnage de l’eau locale et l’échantillonnage de l’eau en aval. Les essais ont été réalisés dans des environnements contrôlés, notamment au <a href="https://refugepageau.ca/">refuge faunique Pageau</a> et dans un enclos gouvernemental de caribous, afin de comparer clairement l’efficacité de chaque méthode.</p> <h2>La neige, alliée inattendue du suivi faunique</h2> <p>Les <a href="https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1365-2664.70253">résultats</a>, récemment publiés dans la revue scientifique <em>Journal of Applied Ecology</em>, sont sans équivoque. L’échantillonnage de la neige de surface s’est révélé la méthode la plus performante, avec une détection parfaite de l’ADN des trois espèces ciblées. La neige agit comme un excellent conservateur : froide, sombre et peu perturbée, elle accumule et préserve l’ADNe déposé par les animaux en déplacement.</p> <p>Les méthodes basées sur les invertébrés et la poussière aérienne ont également montré une forte efficacité. Ces approches sont prometteuses pour les saisons sans neige ou pour les espèces qui ne sont actives que l’été. À l’inverse, l’échantillonnage de l’eau s’est avéré moins fiable pour certaines espèces terrestres, sauf dans des contextes très spécifiques, soulignant la nécessité d’une validation locale préalable.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/letude-des-forets-anciennes-de-lest-du-canada-indique-que-le-changement-climatique-a-commence-il-y-a-pres-de-100-ans-255662">L’étude des forêts anciennes de l’est du Canada indique que le changement climatique a commencé il y a près de 100 ans</a> </strong> </em> </p> <hr> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Partager les nouvelles connaissances</h2> <p>Suite à cette collaboration fructueuse, une <a href="https://iddpnql.ca/formation-sur-ladn-environnemental-quand-science-et-savoirs-autochtones-se-rencontrent/">formation unique</a> sur l’ADNe, co-organisée par l’INRS, la Première Nation Abitibiwinni et l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador, a réuni des membres de 12 communautés et organismes autochtones. L’objectif était de renforcer les capacités locales en matière de suivi de la faune à l’aide d’outils scientifiques adaptés aux réalités du territoire.</p> <p>Les participantes et les participants ont acquis des compétences concrètes, allant de la conception d’un plan d’échantillonnage à l’interprétation des résultats de laboratoire. Les méthodes enseignées, développées conjointement par des chercheuses, des chercheurs et des gardiens du territoire, sont respectueuses des animaux, fiables et applicables en milieux éloignés avec du matériel accessible. Cette formation illustre comment une technologie de pointe peut être appliquée localement pour soutenir la gestion du territoire, tout en respectant les savoirs, les cultures et les priorités des communautés.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/des-hivers-plus-doux-des-parasites-plus-presents-lorignal-est-il-en-peril-face-a-la-tique-dhiver-256019">Des hivers plus doux, des parasites plus présents : l’orignal est-il en péril face à la tique d’hiver ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Une science utile, ancrée et durable</h2> <p>Au-delà des résultats techniques, cette recherche montre la force d’une démarche menée conjointement, où les savoirs écologiques autochtones et la génomique moderne se complètent et se renforcent. Les protocoles développés sont désormais accessibles à d’autres organisations autochtones et non autochtones, au Canada comme ailleurs, et contribuent directement à l’élaboration de normes canadiennes pour l’analyse de l’ADNe.</p> <p>Si l’ADNe n’apporte pas encore toutes les réponses, il constitue un outil puissant et adaptable pour appuyer la gouvernance territoriale et la conservation de la biodiversité. En misant sur la collaboration, l’innovation méthodologique et l’ancrage territorial, cette approche ouvre la voie à un suivi de la faune plus inclusif, plus fiable et mieux aligné avec les défis environnementaux d’aujourd’hui et de demain.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/272110/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Valérie S. Langlois a reçu des financements de Génome Canada, Génome Québec et du programme de Chaires de recherche du Canada pour effectuer ce projet de recherche.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Annie Claude Bélisle a reçu des financements de Mitacs Élévation et de la Première Nation Abitibiwinni. </span></em></p> Des traces d’ADN dans la neige permettent de suivre la faune sans la déranger. Une recherche menée conjointement par l’INRS et la Première Nation Abitibiwinni. Valérie S. Langlois, Professor/Professeure titulaire, Eau Terre Environnement Research Centre, Institut national de la recherche scientifique (INRS) Annie Claude Bélisle, Professeure sous octroi de niveau 2 en aménagement forestier en contexte autochtone, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/267481 2026-01-28T15:34:53Z 2026-01-28T15:34:53Z Mesure des impacts environnementaux: les entreprises polluent souvent plus qu'elles ne le disent <p>Les entreprises canadiennes font face à une pression croissante afin de divulguer leurs impacts environnementaux. Elles peinent pourtant à produire des données fiables.</p> <p>Une recherche menée auprès de 48 professionnels révèle un processus sous tensions, marqué par des ressources insuffisantes et des choix qui ne permettent pas de rendre compte de l’ensemble des impacts.</p> <p>La crise climatique actuelle a pour conséquence que les entreprises sont de plus en plus sollicitées pour fournir des informations fiables sur les risques et les opportunités liés aux changements climatiques et au développement durable.</p> <p>Le Conseil canadien des normes d’information sur la durabilité (CCNID), chargé de la production des normes dans ce domaine, a ainsi récemment promulgué de <a href="https://www.frascanada.ca/fr/ccnid/nouvelles/ncid-1-2-maintenant-publiees">nouvelles normes</a> qui marquent une étape essentielle vers des informations en matière de durabilité plus cohérentes et comparables pour les entreprises canadiennes.</p> <p>De nombreuses organisations ont souligné les coûts et les <a href="https://www.frascanada.ca/fr/durabilite/documents/ncid-1-2-reponses">difficultés liés à la mise en place d’une divulgation environnementale</a>. Pourtant, on sait aujourd’hui peu de choses sur ce processus. En effet, si de <a href="https://drcaroladams.net/progress-engaging-with-organisations-in-pursuit-of-improved-sustainability-accounting-and-performance/">nombreuses études se penchent sur la divulgation externe des données environnementales</a>, peu de travaux s’intéressent aux difficultés rencontrées par les entreprises pour produire ces rapports.</p> <p>En tant que professeurs universitaires spécialisés en comptabilité et données environnementales, nous avons voulu <a href="https://reflexion.hec.ca/notice?id=h%3A%3Aeefa07b3-bd97-4bc1-9266-5ca8db3e9a68&amp;queryId=N-EXPLORE-eceba82c-da4a-464b-a518-e30b16cb8be8&amp;posInSet=2">ouvrir la « boîte noire » de la production de ces informations</a> afin de mieux comprendre les enjeux. Nous avons ainsi mené une recherche fondée sur des données recueillies auprès de 48 personnes impliquées dans la production et l’utilisation des données environnementales dans des secteurs d’activité à fort impact environnemental (exploitation des ressources naturelles, industrie manufacturière, transport, etc.).</p> <p>Cette recherche permet de montrer que la production des données environnementales est un processus sous tension, ce qui soulève des questions sur la fiabilité des données environnementales publiées.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/nouvelles-normes-dinformation-sur-la-durabilite-vers-des-entreprises-plus-responsables-249832">Nouvelles normes d’information sur la durabilité. Vers des entreprises plus responsables ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Une divulgation environnementale souvent limitée au minimum légal</h2> <p>En termes de collecte d’informations environnementales, notre recherche montre que la plupart des entreprises se limitent à ce que la loi exige. De ce fait, dans de nombreuses entreprises, certaines formes de pollution ou d’impacts environnementaux ne sont pas divulguées, puisque non visées par la conformité environnementale.</p> <p>Certaines entreprises choisissent toutefois d’aller au-delà de ce périmètre légal. Elles se concentrent alors sur les enjeux jugés les plus pertinents, en s’appuyant sur les concepts de matérialité simple ou double.</p> <p>Le concept de <a href="https://chaire-double-materialite.org/La_Double_Materialite_dans_le_monde_RAPPORT_FEV2025.pdf">matérialité simple</a>, aussi appelé matérialité financière, est celui qui a été retenu par l’International Sustainability Standards Board (<a href="https://www.ifrs.org/sustainability/knowledge-hub/introduction-to-issb-and-ifrs-sustainability-disclosure-standards/">ISSB</a>), chargé d’établir un cadre mondial de normes d’information financière liées à la durabilité. Il stipule que les entreprises doivent divulguer les impacts environnementaux susceptibles d’avoir un effet significatif sur les résultats financiers, et par conséquent, sur les <a href="https://www.ifrs.org/content/dam/ifrs/supporting-implementation/issb-standards/materiality-session-2.pdf">décisions des investisseurs</a>.</p> <p>D’autres référentiels de divulgation environnementale, comme la Global Reporting Initiative, vont plus loin. Ils exigent que les entreprises rendent compte non seulement des impacts financiers, mais aussi des impacts significatifs sur l’environnement et la société, ce qu’on appelle la <a href="https://chaire-double-materialite.org/La_Double_Materialite_dans_le_monde_RAPPORT_FEV2025.pdf">matérialité d’impact ou la double matérialité</a>.</p> <p>Certaines entreprises choisissent donc de publier des informations environnementales qui dépassent les exigences légales. Si certaines d’entre elles cherchent à offrir un portrait global de leur empreinte environnementale en adoptant la double matérialité (financière et d’impact), la plupart se limitent à la matérialité financière.</p> <p>Des formes de pollution peuvent ainsi rester dans l’ombre, même lorsqu’elles génèrent les plus importants impacts environnementaux d’une entreprise. Par exemple, les données que nous avons collectées montrent que les effets environnementaux liés à la fin de vie des produits, ou à la restauration des écosystèmes dégradés sont rarement évalués ou divulgués, faute de connaissances scientifiques suffisantes, de moyens financiers, ou d’obligation légale.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/comment-lintelligence-numerique-peut-soutenir-la-transition-vers-une-economie-circulaire-230618">Comment l’intelligence numérique peut soutenir la transition vers une économie circulaire ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Le périmètre d’analyse des impacts environnementaux est donc souvent limité par des choix internes, des lacunes réglementaires, ou des contraintes pratiques. Cela mène à une divulgation partielle, parfois ambiguë, des véritables impacts environnementaux des entreprises.</p> <h2>Une collecte et un traitement complexes</h2> <p>Afin de mesurer et d’analyser les impacts environnementaux retenus, les entreprises doivent déterminer les indicateurs de mesure appropriés et collecter des données.</p> <p>Or, les indicateurs qui doivent être retenus pour mesurer les impacts environnementaux ne sont pas normalisés. Par exemple, les indicateurs d’émission de GES retenus au niveau fédéral et provincial peuvent utiliser des méthodes de calculs différentes. Ainsi, pour un même impact environnemental, il peut exister plusieurs mesures.</p> <p>De plus, les outils employés pour la collecte des données environnementales sont généralement rudimentaires. Quelques entreprises utilisent des logiciels spécialisés à cet effet. Cependant, la majorité des entreprises que nous avons analysées procède à une collecte essentiellement manuelle. Cette collecte est souvent inefficace du fait de la complexité et du volume des données.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Notre recherche souligne également que le manque de collaboration interne des autres départements pose aussi souvent problème aux équipes responsables de la collecte et de l’analyse des données environnementales, même quand la protection de l’environnement est déclarée comme étant une valeur fondamentale de l’entreprise.</p> <p>Enfin, certaines données sont externes, puisque les entreprises ont besoin des données brutes de leurs fournisseurs ou sous-traitants afin de compléter leur portrait environnemental. Ces données peuvent présenter des <a href="https://biblos.hec.ca/biblio/theses/solcanu_madalina_t2022.pdf">lacunes importantes</a> : les fournisseurs peuvent exagérer des chiffres qui leur sont favorables (par exemple, pour la production « responsable »), ou fournir des données incomplètes. Ces lacunes se reflètent dans la qualité des données de l’entreprise.</p> <h2>Des ressources insuffisantes</h2> <p>Les données que nous avons recueillies montrent que, dans beaucoup d’entreprises, le service responsable de l’environnement ou du développement durable est très réduit, particulièrement dans le domaine de la production d’informations. Même dans les grandes entreprises, cette équipe est souvent trop petite par rapport aux tâches à accomplir. En effet, produire des informations environnementales est vu comme une dépense, qui a au mieux des effets bénéfiques sur la réputation, et non comme une source de profits.</p> <p>Les équipes font le nécessaire pour respecter les exigences légales de divulgation environnementale. Néanmoins, pour d’autres activités importantes comme l’analyse approfondie des indicateurs environnementaux et leur utilisation stratégique afin d’améliorer la performance environnementale de l’entreprise, elles manquent de moyens. Ces activités sont donc accomplies partiellement, selon les ressources disponibles.</p> <p>Les trois tensions mises en évidence en ouvrant la boîte noire de la production d’informations environnementales – concernant le périmètre, la collecte et le traitement, et les ressources allouées – soulèvent des questions sur la fiabilité des données publiées.</p> <p>Mesurer les impacts des entreprises sur la nature est un processus complexe, en raison de contraintes scientifiques, techniques et économiques. La portée des exigences législatives environnementales reste limitée et certainement insuffisante pour traduire de manière fiable les impacts environnementaux des entreprises et faire face à l’urgence climatique.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/267481/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Mādālina Solcánu, PhD, CPA a reçu une bourse doctorale de l&#39;Ordre des Comptables Professionnels du Québec. Elle est membre de cette organisation. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Samuel Sponem ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Malgré l'urgence climatique, la production des données environnementales par les entreprises reste un processus sous tension, soulevant des questions sur leur fiabilité. Mādālina Solcánu, PhD, CPA, Professeure en comptabilité, Université du Québec à Montréal (UQAM) Samuel Sponem, Professeur de comptabilité, HEC Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/271574 2026-01-12T14:42:20Z 2026-01-12T14:42:20Z Accord de Paris : dix ans d’engagements, un écart climatique persistant <p>Dix ans après l’Accord de Paris, les bilans climatiques sont clairs : l’écart entre promesses des États et trajectoire scientifique ne se referme pas. Il s’est institutionnalisé.</p> <p>Le 12 décembre 2015, à l’issue de la COP21, l’Accord de Paris était adopté par consensus, marquant un tournant majeur dans la gouvernance climatique internationale. Pour la première fois, tous les États s’engageaient à contenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C et à poursuivre les efforts pour le limiter à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels.</p> <p>Le Rapport 2025 de <a href="https://www.unep.org/resources/emissions-gap-report-2025">l’écart des émissions</a> du programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP), publié en guise d’évaluation de la mise en œuvre de l’Accord de Paris dix ans après son adoption, indique que les engagements climatiques actuels des États conduisent toujours à un réchauffement largement supérieur aux seuils fixés en 2015.</p> <p>Le rapport précise que, même si tous les engagements actuels des États étaient pleinement mis en œuvre, le monde se dirigerait vers un réchauffement de l’ordre de 2,3 °C à 2,5 °C d’ici la fin du siècle, et jusqu’à environ 2,8 °C si l’on se base uniquement sur les politiques actuellement en place, toujours loin des objectifs de 1,5 °C de l’Accord de Paris.</p> <p>Malgré certaines améliorations marginales par rapport aux réalisations antérieures, l’écart entre les niveaux d’émission observés et ceux compatibles avec les objectifs climatiques demeure considérable.</p> <p>Cet état des lieux fait écho à mes travaux doctoraux, qui portent sur l’institutionnalisation des politiques climatiques. Ils analysent plus particulièrement le rôle de l’économie circulaire dans l’évolution des niveaux d’émissions et des cadres d’action territoriale, inscrits dans le prolongement direct des débats ouverts par l’Accord de Paris.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/a-la-veille-de-louverture-des-jo-dhiver-quelles-attentes-environnementales-268141">À la veille de l'ouverture des JO d’hiver, quelles attentes environnementales ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Des objectifs connus, une action politique insuffisante</h2> <p>Les analyses publiées fin 2025 soulignent que cet écart ne résulte pas d’un manque de connaissances scientifiques. <a href="https://unfccc.int/fr/node/653269">Une publication annuelle</a> de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques rappelle que les conditions nécessaires pour limiter le réchauffement sont identifiées depuis plusieurs années et exigent une réduction rapide, profonde et soutenue des émissions mondiales dès la première décennie.</p> <p>Cependant l’architecture même de l’Accord de Paris contribue à la difficulté de traduire ces exigences en action concrète. Fondé sur des contributions déterminées au niveau national définies volontairement par les États, l’accord ne prévoit ni sanctions formelles ni mécanismes contraignants en cas de non-respect.</p> <p>Cette souplesse institutionnelle a permis une adhésion quasi universelle, mais elle limite fortement la capacité du régime climatique international à assurer un alignement effectif entre engagements politiques et impératifs scientifiques.</p> <h2>Une dépendance persistante aux énergies fossiles</h2> <p>La dépendance persistante des économies mondiales aux énergies fossiles est un autre facteur central sur lequel convergent les bilans de 2025. Le <a href="https://www.unep.org/resources/emissions-gap-report-2025">Emissions Gap Report 2025, de l’UNEP</a>, souligne que, malgré les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, de nombreux États continuent de soutenir le développement de nouvelles infrastructures liées au charbon, au pétrole ou au gaz, compromettant les objectifs de long terme.</p> <p>Cette contradiction structurelle entre discours climatiques et décisions économiques demeure l’un des principaux freins à la réduction effective des émissions. Les progrès technologiques réalisés depuis 2015, notamment dans le domaine des énergies renouvelables, ne suffisent pas à compenser des choix d’investissement qui prolongent les dépendances carbonées et verrouillent les systèmes énergétiques.</p> <h2>Dix ans après Paris, des avancées réelles, mais fragmentées</h2> <p>Les bilans publiés en 2025 à l’occasion du dixième anniversaire de l’Accord de Paris reconnaissent néanmoins plusieurs avancées. Le think tank britannique Energy &amp; Climate Intelligence souligne <a href="https://eciu.net/analysis/reports/2025/10-years-post-paris">dans une récente analyse</a> qu’une part croissante des émissions mondiales est désormais couverte par des engagements de neutralité carbone, signe d’une diffusion progressive des objectifs climatiques fixés en 2015.</p> <p>De son côté, le <a href="https://www.climatechangenews.com/2025/12/11/health-check-10-years-of-the-paris-agreement/">média spécialisé Climate Change News</a>, à l’occasion de cet anniversaire, met en évidence une hausse marquée des investissements dans les technologies bas carbone au cours de la dernière décennie, même si ces évolutions restent insuffisantes pour aligner l’action climatique mondiale avec les exigences scientifiques.</p> <p>Ces progrès restent fragmentés et inégalement répartis. Les mêmes bilans susmentionnés soulignent que l’agrégation des engagements nationaux actuels ne permet toujours pas de respecter les seuils climatiques établis par la science. Le problème n’est donc pas l’absence d’initiatives, mais leur manque de cohérence systémique, leur portée limitée et la lenteur de leur mise en œuvre.</p> <h2>Des impacts déjà visibles et des inégalités persistantes</h2> <p>Pendant que les émissions demeurent à des niveaux incompatibles avec les objectifs climatiques, les impacts du changement climatique s’intensifient. Les <a href="https://www.worldweatherattribution.org/ten-years-of-the-paris-agreement-the-present-and-future-of-extreme-heat/">différents bilans</a> montrent que la dernière décennie a été marquée par une augmentation significative des événements climatiques extrêmes, en particulier des vagues de chaleur, dont la fréquence et l’intensité se sont accrues dans la plupart des régions du monde.</p> <p>Ces évolutions mettent également en lumière les limites de l’Accord de Paris en matière de justice climatique. Les populations les moins responsables des émissions historiques restent les plus exposées aux conséquences du changement climatique, avec des capacités d’adaptation souvent limitées. Selon <a href="https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/10-ans-accord-paris-bilan/">Oxfam</a>, ces populations continuent de disposer de peu de moyens pour renforcer leurs infrastructures, leurs systèmes de santé ou leur protection sociale, en raison d’accès restreint au financement climatique dédié à l’adaptation.</p> <p>Dix ans après l’Accord de Paris, les mécanismes de soutien aux pertes et dommages — destinés à compenser les impacts irréversibles du changement climatique dans les pays les plus vulnérables —, bien que reconnus politiquement, demeurent encore insuffisamment opérationnels.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/combattre-la-crise-climatique-en-eliminant-les-energies-fossiles-le-tres-difficile-virage-du-canada-166952">Combattre la crise climatique en éliminant les énergies fossiles : le très difficile virage du Canada</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Dix ans après, l’enjeu de l’alignement</h2> <p>Le constat est désormais évident. Les émissions mondiales demeurent incompatibles avec les objectifs climatiques définis par la science. Cet écart ne reflète pas un déficit de connaissances, mais une insuffisance de transformations économiques, politiques et institutionnelles.</p> <p>Le Canada illustre ces tensions. L’écart est persistant entre les engagements climatiques du pays et ses résultats effectifs en matière de réduction des émissions. Malgré l’adoption de politiques climatiques et l’affirmation d’objectifs ambitieux, la dépendance aux hydrocarbures, notamment aux sables bitumineux, continue de peser sur la crédibilité climatique du pays dans le cadre de l’accord. La <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2210097/mark-carney-accord-alberta-oleoduc">signature, en 2025, d’un mémorandum d’entente</a> entre le premier ministre Mark Carney et la première ministre de l’Alberta pour un nouveau pipeline pétrolier illustre des compromis politiques favorables aux hydrocarbures, au détriment d’un alignement clair avec les objectifs internationaux.</p> <p>À l’entrée dans la seconde décennie de mise en œuvre de l’Accord de Paris, l’enjeu central n’est donc plus la définition des objectifs puisque la science les a clairement établis, mais l’alignement effectif des décisions publiques et privées avec ces exigences. Sans cet alignement, l’accord risque de rester un cadre de référence symbolique plutôt qu’un levier réel de transformation climatique.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/271574/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Rachida Bouhid ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Dix ans après l’Accord de Paris, les émissions mondiales s’éloignent encore des objectifs. En 2025, les bilans confirment un écart entre science et action. Rachida Bouhid, Ph.D Scholar, Université du Québec à Montréal (UQAM) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/269586 2026-01-06T19:01:32Z 2026-01-06T19:01:32Z La guerre de l’information autour des métaux stratégiques <p>La transition énergétique repose sur une utilisation accrue de métaux. À mesure que cette dépendance augmente, l’attention portée à ces ressources a explosé. En vingt ans, un sujet autrefois réservé aux spécialistes est devenu un enjeu public majeur, et parfois même un motif de tensions internationales.</p> <p>Dans cet espace de plus en plus exposé, l’information circule vite… et pas toujours correctement. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les fausses nouvelles abondent. Certaines relèvent d’erreurs sincères, d’autres d’approximations intéressées, d’autres encore de stratégies délibérées visant à peser sur les marchés ou à renforcer la position géopolitique d’un pays.</p> <p>Ces dérives prennent des formes multiples : confusion technique, exagérations, chiffres gonflés, récits séduisants, mais trompeurs, jusqu’aux montages sophistiqués destinés à orienter l’opinion ou les investissements. On peut les regrouper sous une même étiquette : la désinformation minérale.</p> <p>Pour y voir clair, l’Unesco propose un <a href="https://edoc.coe.int/en/media/7495-information-disorder-toward-an-interdisciplinary-framework-for-research-and-policy-making.html">cadre utile</a> distinguant bien les registres de mésinformation, malinformation et désinformation — un outil précieux pour comprendre comment, dans le domaine des métaux, l’information peut devenir une arme.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/le-role-strategique-et-essentiel-des-metaux-rares-pour-la-sante-155271">Le rôle stratégique et essentiel des métaux rares pour la santé</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Mésinformation : promesses trop belles et confusion des termes</h2> <p>La mésinformation renvoie à des informations inexactes ou incomplètes. Elle est fréquente au stade de l’exploration minière, quand les promoteurs doivent attirer des capitaux pour des projets miniers tout en rassurant les populations locales. Les chercheurs français Brice Laurent et Julien Merlin parlent d’ <a href="https://www.nss-journal.org/fr/articles/nss/full_html/2021/03/nss210046/nss210046.html">« ingénierie de la promesse »</a>, des récits optimistes, voire enjolivés, qui mêlent parfois écoblanchiment et espoirs de rendements exceptionnels. Ces approximations peuvent devenir lourdes de conséquences : l’exagération de la taille d’un gisement peut créer l’illusion de prospérité et servir à lever des fonds ou faire monter artificiellement la valeur de l’entreprise en bourse.</p> <p>La confusion entre « ressources » (un potentiel géologique encore théorique) et « réserves » (une évaluation rigoureuse intégrant la faisabilité économique) demeure répandue, d’autant que les normes de classification varient selon les pays.</p> <p>Cette ambiguïté a alimenté plusieurs emballements médiatiques. C’est que la multiplication des informations et la vitesse des diffusions augmentent le risque ! En Ukraine, par exemple, l’administration Trump et certains médias ont présenté le pays comme disposant d’immenses <a href="https://www.bbc.com/afrique/articles/c30ml50jv3vo">« réserves » de terres rares</a>, capables de rivaliser avec la Chine. Or il ne s’agissait pas de réserves au sens strict, mais d’hypothèses géologiques très préliminaires : aucun gisement n’avait été évalué selon les normes internationales ni confirmé économiquement.</p> <p>L’affaire rappelle le <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/2004/04/29/le-scandale-des-reserves-petrolieres-de-shell-met-au-jour-les-pratiques-particulieres-de-la-compagnie_362953_1819218.html">scandale Shell</a> : en 2004, la compagnie reconnaissait avoir surévalué de 20 % ses réserves de pétrole, ce qui a entraîné une chute de valeur d’environ 12 milliards de dollars. Ces cas illustrent combien un vocabulaire précis et des méthodes transparentes sont indispensables.</p> <p>Autre source d’imprécision : la notion même de « minéraux critiques ». Il n’existe pas de définition internationale consensuelle. Un minéral est dit « critique » lorsqu’il est essentiel à l’industrie et à la technologie d’un pays, mais que son approvisionnement est vulnérable. Chaque État établit donc sa propre liste selon ses besoins et ses risques, certains y incluant même l’or ou le charbon.</p> <p>Ce pluralisme n’est pas illégitime en soi, mais il ouvre une brèche narrative. Un métal peut être déclaré « critique » pour attirer les investissements ou justifier une politique, puis « déclassé » lorsqu’il suscite trop de convoitises. À l’ère des réseaux sociaux, l’anecdotique peut rapidement prendre l’allure d’un basculement mondial.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/le-projet-daccord-sur-les-metaux-strategiques-ukraine-etats-unis-repose-t-il-sur-une-meprise-250977">Le projet d'accord sur les métaux stratégiques Ukraine-États-Unis repose-t-il sur une méprise ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Malinformation : gonfler les chiffres pour peser sur les marchés</h2> <p>La malinformation relève d’informations exagérées ou fausses destinées à tromper. Des responsables politiques et des États y recourent pour attirer des capitaux étrangers ou rehausser leur poids diplomatique. En 2023, le ministère iranien de l’Industrie, des Mines et du Commerce <a href="https://www.quebecscience.qc.ca/actualite/iran-reserves-mondiales-lithium/">a annoncé la « découverte</a> de 8,5 millions de tonnes de lithium ». Les États-Unis se sont alors inquiétés, tandis que la Chine y a vu une opportunité stratégique. En réalité, il s’agissait surtout d’hectorite, un minéral argileux ne représentant qu’environ 500 tonnes de lithium exploitable.</p> <p>En Zambie, le <a href="https://www.geo.fr/environnement/en-zambie-vaste-gisement-cuivre-mis-au-jour-par-start-up-soutenue-par-bill-gates-et-jeff-bezos-transition-electricite-218693">ministre des Mines a vanté</a> « le plus grand gisement de cuivre du monde découvert par intelligence artificielle », alors que KoBold Metals, une start‑up américaine qui utilise l’IA pour repérer ce type de gisement, précisait que la zone était en réalité explorée depuis des décennies. Ces récits séduisent les médias, alimentent les espoirs politiques et attirent des investisseurs, masquant la réalité. Dans ce contexte, le cadre de l’Unesco sur les « désordres informationnels » fournit un vocabulaire utile pour distinguer l’erreur, l’exagération et la manipulation.</p> <h2>Désinformation : l’information comme outil d’influence stratégique</h2> <p>La désinformation consiste à diffuser sciemment de l’information trompeuse pour miner la confiance, manipuler l’opinion ou affaiblir un adversaire. Le concept émerge dans l’orbite soviétique au XX<sup>e</sup> siècle, lié à toute une panoplie d’opérations destinées à orienter l’opinion internationale. Chez Staline, l’objectif est moins de décrire la réalité que de la produire : énoncer une version officielle, la répéter, mobiliser l’appareil d’État pour la faire croire, puis punir ceux qui la contredisent. La Russie a poursuivi ces pratiques, comme le montre sa stratégie au Sahel, qui visait à évincer l’influence diplomatique et militaire française et à sécuriser des ressources clés — diamants en République centrafricaine, or au Mali et uranium au Niger.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Aujourd’hui, la guerre informationnelle autour des ressources prend de nouvelles formes : campagnes numériques contre des projets concurrents — par exemple, des opérations russes destinées à décrédibiliser le gaz de schiste américain en Europe, ou le lobbying américain présentant son GNL comme l’alternative « démocratique » au gaz russe —, spéculation coordonnée sur les marchés, espionnage industriel et gouvernemental dans le domaine des minéraux critiques. L’Australie estime déjà à plusieurs milliards de dollars les pertes liées à l’espionnage dans le secteur des ressources. Derrière les mots et les chiffres, c’est une lutte pour le contrôle des données qui se joue — et donc pour un avantage technologique et financier durable.</p> <h2>Transparence, vérification, formation, éthique</h2> <p>L’idée d’une science — ici, les sciences de la Terre — entièrement neutre est tentante. Les faits suggèrent pourtant autre chose : l’information géologique agit comme un instrument de pouvoir. Elle peut stabiliser les marchés ou les faire exploser, favoriser la coopération internationale… ou attiser la méfiance.</p> <p>Pour sortir du brouillard informationnel, un <a href="https://www.researchgate.net/publication/396678924_Narrative_Warfare_in_Critical_Minerals_Information_Manipulation_and_Governance_Challenges">chantier éthique s’impose</a> : promouvoir la transparence des données publiques, renforcer la vérification, et mieux former journalistes et grand public à la lecture critique des annonces techniques. Par exemple, le Service géologique américain publie régulièrement des rapports détaillés sur la production et les réserves de minéraux stratégiques, permettant aux chercheurs, médias et investisseurs de croiser les informations et de détecter les exagérations ou erreurs, tout en masquant cependant certaines informations sensibles.</p> <p>Sans confiance dans les données géologiques, il ne peut y avoir de transition énergétique crédible. Défendre la fiabilité de l’information scientifique comme bien commun — au même titre que l’eau, l’air ou la biodiversité — devient indispensable. Il est grand temps de construire une éthique de la géo-information.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/269586/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Michel Jébrak ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Les métaux sont au cœur d’une bataille informationnelle : la géologie, loin d’être neutre, sert désormais des stratégies économiques et géopolitiques. Michel Jébrak, Professeur émérite en ressources minérales, Université du Québec à Montréal (UQAM) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/268050 2025-12-15T16:35:24Z 2025-12-15T16:35:24Z Manger des insectes : solution d’avenir ou fausse bonne idée ? <p>Face à une demande mondiale en protéines qui explose et à l’impact environnemental grandissant de l’élevage animal, les insectes s’imposent comme une alternative séduisante : riches en nutriments, peu gourmands en ressources, déjà testés par chercheurs, entreprises et chefs.</p> <p>Mais derrière cet engouement, une question demeure : représentent-ils vraiment une solution durable et sécuritaire pour nourrir la planète ?</p> <p>Aujourd’hui, la production mondiale de viande exerce une pression croissante sur les ressources naturelles. Elle nécessite d’importantes surfaces agricoles, génère des émissions massives de gaz à effet de serre et contribue à la déforestation. En effet, la production de viande représente près de <a href="https://www.fao.org/newsroom/detail/new-fao-report-maps-pathways-towards-lower-livestock-emissions/fr">12 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre</a>, selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture. Elle occupe environ <a href="https://www.theguardian.com/environment/2018/may/31/avoiding-meat-and-dairy-is-single-biggest-way-to-reduce-your-impact-on-earth">80 % des terres agricoles</a> et consomme des quantités importantes d’eau et de nourriture pour nourrir le bétail.</p> <p>Or, les protéines demeurent indispensables à la santé humaine, ce qui oblige à trouver des sources alternatives plus durables.</p> <p>Dans ce contexte, les insectes apparaissent comme une piste de diversification des sources protéiques. Leur élevage nécessite jusqu’à <a href="https://www.fao.org/newsroom/story/-Worm-up-to-the-idea-of-edible-insects/fr">12 fois moins de nourriture</a> et <a href="https://www.centredessciencesdemontreal.com/blogue/pour-une-cuisine-plus-verte">2000 fois moins d’eau</a> que celui du bœuf. De plus, la majorité de leur masse corporelle est comestible : <a href="https://www.nature.com/articles/s41598-024-55603-7">près de 80 % pour un grillon, comparativement à seulement 40 % pour une vache</a>. Cette efficacité en fait une option prometteuse pour réduire notre empreinte écologique sans compromettre nos besoins nutritionnels.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/taxer-les-aliments-ultra-transformes-solution-ou-fleau-268051">Taxer les aliments ultra-transformés : solution ou fléau ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Un profil nutritionnel intéressant</h2> <p>Sur le plan nutritionnel, les insectes sont loin d’être négligeables. Ils contiennent entre <a href="https://doi.org/10.4060/cb4094en">35 % et 70 % de protéines, selon l’espèce, ainsi que des acides gras essentiels, du fer, du zinc et des vitamines du groupe B</a>. Certains y voient même une alternative crédible à la viande, notamment pour lutter contre la malnutrition ou optimiser les apports nutritionnels.</p> <p>Cependant, toutes les espèces ne se valent pas. <a href="https://doi.org/10.3920/jiff2018.0048">Le ver de farine, par exemple</a>, offre une qualité protéique similaire à celle des légumineuses, mais demeure légèrement inférieure à celle du soya ou du bœuf. Le régime alimentaire et les conditions d’élevage modifient également leur <a href="https://share.google/bwERrUGsWXa5lQ4N3">teneur en protéines, et surtout en lipides, notamment les oméga-3 et oméga-6 et micronutriments</a>, ce qui signifie que la composition nutritive peut fluctuer considérablement d’une espèce à l’autre et d’une méthode d’élevage à l’autre.</p> <p>Il faut également rester prudent : certains insectes contiennent des substances antinutritionnelles, comme la thiaminase, <a href="https://doi.org/10.4060/cb4094en">qui peut interférer avec l’absorption de la vitamine B1</a>. Leur consommation régulière nécessite donc un contrôle rigoureux de la transformation et de la qualité des produits.</p> <h2>Les risques sanitaires à ne pas ignorer</h2> <p>Si les insectes sont consommés depuis des millénaires dans plusieurs cultures, du Mexique à la Thaïlande, en passant par le Congo ou le Japon, leur intégration dans les systèmes alimentaires à plus grande échelle est relativement récente. Cela soulève des questions sur la salubrité et la réglementation de ces produits.</p> <p>Les risques microbiologiques constituent une préoccupation majeure. Comme tout aliment d’origine animale, les insectes peuvent être porteurs de bactéries pathogènes telles que <a href="https://www.scientifique-en-chef.gouv.qc.ca/impact-recherche/la-consommation-dinsectes-est-elle-securitaire-ce-quil-faut-savoir/">Salmonella spp. ou E. coli</a>. Néanmoins, selon un rapport de l’Agence canadienne d’inspection des aliments ayant analysé 51 échantillons d’insectes comestibles vendus au pays, <a href="https://inspection.canada.ca/fr/salubrite-alimentaire-lindustrie/chimie-microbiologie-alimentaires/rapports-danalyse-articles-revues-sa/bacteries-pathogenes-insectes-comestibles">aucune contamination n’a été détectée</a>. Ces résultats sont encourageants, mais les chercheurs soulignent que la prudence reste de mise, surtout en ce qui concerne la traçabilité et les conditions d’élevage.</p> <p>Un autre enjeu, souvent méconnu, est le risque allergique. Les protéines de certains insectes, comme celles du grillon ou du ver de farine, <a href="https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aliments-nutrition/etiquetage-aliments/etiquetage-allergenes/information-allergique-crustaces.html">sont semblables à celles des crustacés</a>. Cela signifie que les personnes allergiques aux crevettes ou aux crabes pourraient réagir de manière similaire aux produits à base d’insectes. Pour cette raison, Santé Canada recommande un étiquetage clair afin d’avertir les consommateurs.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/pourquoi-apprendre-a-cuisiner-des-lenfance-est-un-outil-de-sante-publique-265942">Pourquoi apprendre à cuisiner dès l’enfance est un outil de santé publique</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Une production pas sans conséquences écologiques</h2> <p>La question de la biodiversité mérite également une attention particulière. <a href="https://www.mdpi.com/2304-8158/12/4/770">Si l’élevage contrôlé en milieu industriel présente des risques comparables à ceux des autres productions animales</a>, la collecte ou la production à grande échelle pourrait, elle, avoir des <a href="https://openknowledge.fao.org/items/4867d008-2840-4315-b958-59fe6dbd13ea">répercussions sur les écosystèmes</a>. Dans plusieurs régions du monde, la consommation d’insectes sauvages fait déjà partie des traditions alimentaires locales. Une augmentation de la demande mondiale risquerait d’intensifier cette exploitation, mettant en péril certaines espèces et les équilibres écologiques dont elles dépendent.</p> <p>Ainsi, loin d’être une solution universelle, l’entomophagie s’impose plutôt comme une option complémentaire qui nécessite un encadrement rigoureux et une gestion durable des ressources. Comme toute innovation alimentaire, son développement devra s’accompagner d’une réflexion sur ses impacts à long terme, tant sur la biodiversité que sur les communautés qui en dépendent.</p> <h2>Changer nos habitudes alimentaires</h2> <p>Au-delà des aspects techniques et environnementaux, l’adoption des insectes dans nos assiettes pose un défi culturel majeur. Dans de nombreux pays occidentaux, le simple fait de penser à manger un insecte provoque un réflexe de dégoût. Pourtant, plusieurs entreprises tentent de normaliser leur consommation en les intégrant dans des produits transformés : barres protéinées, farines, burgers ou pâtes à base de poudre de grillon.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p><a href="https://research.wur.nl/en/publications/strategies-to-convince-consumers-to-eat-insects-a-review/">Des études montrent qu’une exposition progressive, sous des formes familières, peut aider à surmonter cette barrière psychologique</a>. Manger des insectes pourrait ainsi devenir une habitude d’ici quelques décennies, surtout si les préoccupations environnementales continuent de s’accentuer.</p> <h2>Une piste prometteuse, mais pas une panacée</h2> <p>Ainsi, les insectes comestibles ne sont pas qu’une curiosité culinaire ou une simple source de protéines alternatives : ils s’inscrivent au cœur d’un débat plus vaste sur la durabilité de nos systèmes alimentaires. Leur potentiel interroge nos manières de produire, de consommer et de valoriser les aliments. <a href="https://www.mdpi.com/2304-8158/12/4/770">Comment nourrir une population mondiale croissante</a> sans aggraver les crises climatiques, épuiser les ressources naturelles ou multiplier les risques sanitaires ?</p> <p>Et si, au-delà de leur simple substitution nutritionnelle, ils nous amenaient à repenser nos modèles alimentaires, tout en révélant les limites de notre quête de solutions rapides à des problèmes profondément structurels ? Cette réflexion rappelle que la transition vers des régimes durables exige davantage qu’un nouvel ingrédient : elle appelle une transformation en profondeur de nos habitudes, de nos politiques et de nos priorités collectives.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268050/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Nina Klioueva a reçu des financements sous forme de bourse de maîtrise en recherche pour titulaires d’un diplôme professionnel - volet régulier du FRQ, ainsi qu’une Bourse d’études supérieures du Canada – maîtrise (BESC M) des IRSC.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Maude Perreault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Riches en protéines et peu gourmands en ressources, les insectes séduisent. Une solution d’avenir, peut-être, mais non sans risques ni limites. Nina Klioueva, Université de Montréal Maude Perreault, Assistant professor, Université de Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/268065 2025-12-10T15:09:41Z 2025-12-10T15:09:41Z L’étonnante valeur des kWh qu’on ne produit pas <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/706553/original/file-20251204-56-5zn2ng.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=0%2C0%2C2048%2C1365&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Des centrales ont été nommées en l&#39;honneur de politiciens. Des tubes de calfeutrant, jamais. Dommage... (Photo du déversoir de la Centrale hydro‑électrique Robert‑Bourassa)</span> <span class="attribution"><span class="source">(Facebook | Eeyou Istchee Baie-James - région touristique)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p>Combien coûtera un kilowatt-heure d’électricité en 2040 ? La réponse courte : cher. Combien en coûterait-il pour obtenir le service énergétique de ce kilowatt-heure, mais sans le produire ? Moins cher. Beaucoup moins cher.</p> <p>On connait l’exemple classique : on peut chauffer une maison mal isolée pour obtenir un certain niveau de confort. Ou l’isoler et obtenir le même niveau de confort en dépensant moins d’énergie. Bien sûr, de deux options équivalentes en confort, on préférera normalement la moins chère.</p> <p>Or, ce qui vaut pour une maison vaut aussi pour une région, et pour des technologies autres que le chauffage et l’isolation. Dans tous les cas, si le coût de production d’un kilowatt-heure est plus élevé que l’investissement requis pour avoir le même service avec moins d’électricité – appelons ça le « coût de l’efficacité »–, on choisira l’efficacité. La différence entre les deux coûts s’appelle la « valeur de l’efficacité ». Plus elle est élevée, plus l’efficacité vaut la peine face à la production.</p> <blockquote> <p>coût de production – coût de l’efficacité = valeur de l’efficacité</p> </blockquote> <p>Avec d’autres chercheurs de HEC Montréal, j’ai <a href="https://doi.org/10.1016/j.esr.2025.101967">évalué la valeur de l’efficacité pour le système électrique du Nord-est américain</a>, de New York à l’Ontario et aux provinces atlantiques, en passant par la Nouvelle-Angleterre et le Québec.</p> <figure class="align-center "> <img alt="Une maison passive sur un paysage hivernal" src="https://images.theconversation.com/files/706554/original/file-20251204-56-wry3hp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/706554/original/file-20251204-56-wry3hp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=496&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/706554/original/file-20251204-56-wry3hp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=496&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/706554/original/file-20251204-56-wry3hp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=496&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/706554/original/file-20251204-56-wry3hp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=624&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/706554/original/file-20251204-56-wry3hp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=624&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/706554/original/file-20251204-56-wry3hp.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=624&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"> <figcaption> <span class="caption">L’Hôtel de Ville de La Pêche, entièrement construite en bois et certifiée Passivhaus, est un exemple d’avant-garde en matière d’architecture à haute efficacité énergétique et à faible empreinte carbone.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Facebook | Latéral)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span> </figcaption> </figure> <h2>Transition énergétique et électricité</h2> <p>Les changements climatiques sont <a href="https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-cycle/">largement dus aux énergies fossiles</a>. La plupart des pays essaient par conséquent d’en diminuer l’usage, avec un niveau de détermination variable, il faut avouer.</p> <p>L’abandon des énergies fossiles se fait très largement en <a href="https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2025">faveur de l’électricité</a>. Il suffit de penser aux voitures à essence remplacées par des voitures électriques, et au chauffage résidentiel qui passe du gaz naturel à l’électricité. Ce changement implique que la <a href="https://www.cer-rec.gc.ca/en/data-analysis/canada-energy-future/2023/">demande électrique va croître</a> bien plus rapidement pendant les prochaines années qu’au cours des dernières décennies.</p> <p>L’abandon des hydrocarbures signifie aussi qu’il faut produire la nouvelle électricité sans avoir recours à ces combustibles, sans centrale au gaz, par exemple. Autrement dit, il faut augmenter la production électrique, tout en remplaçant une part importante des centrales. Ce casse-tête de planification porte le nom de « transition énergétique ».</p> <h2>Le coût de production : un coût marginal futur</h2> <p>L’évaluation du coût de production d’un kilowatt-heure, premier terme de notre équation, n’est pas une mince affaire. C’est que le coût de production moyen actuel, facile à observer, n’est pas une mesure adéquate dans notre cas :</p> <ul> <li><p>Les coûts actuels sont trompeurs puisque la transition énergétique a un effet colossal sur la façon de produire de l’électricité. Il faut plutôt tenter d’anticiper des coûts futurs, qui tiennent compte de la transition discutée plus haut.</p></li> <li><p>Les coûts moyens ne sont pas appropriés non plus. Les kWh qui sont pertinents pour notre calcul, c’est-à-dire ceux qu’on choisit de produire ou non, sont les plus chers de tous. Pour la bonne raison qu’on utilise les meilleurs sites (éoliens, hydrauliques) et technologies en premier. C’est seulement si davantage d’électricité est nécessaire qu’on a recours à des façons de produire plus dispendieuses. Le coût de ces « derniers » kilowattheures est dit « coût marginal ».</p></li> </ul> <p>C’est le coût marginal futur qui est la meilleure mesure du coût de production. Son calcul requiert d’anticiper comment la transition se déroulera, quel réseau électrique sera bâti au cours des, disons, quinze prochaines années. Combien d’éoliennes auront été construites ? Où ? Au Québec, en Nouvelle-Écosse ? Ou en mer, à quarante km au large de Long Island ? Combien de centrales au gaz, de panneaux solaires ? Où des lignes à haute tension auront-elles été placées pour acheminer l’électricité ? Des batteries permettront-elles d’entreposer l’énergie éolienne et solaire ?</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/la-transition-energetique-necessite-beaucoup-de-mineraux-et-de-metaux-cela-pourrait-avoir-un-impact-sur-nos-lacs-227612">La transition énergétique nécessite beaucoup de minéraux et de métaux. Cela pourrait avoir un impact sur nos lacs</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Un calcul complexe</h2> <p>Pour effectuer ce calcul, nous avons des outils : modèles mathématiques, algorithmes d’optimisation, bases de données, etc. Des outils, mais pas de baguette magique… de nombreux choix doivent être effectués, souvent difficiles. En quelque sorte, il y a des écueils, et des façons de les contourner. On présentera ici deux de ces écueils, qui présentent un intérêt particulier.</p> <p>(1) Quelle sera la demande électrique dans quinze ans ?</p> <p>Cette question est cruciale, parce qu’elle influence fortement les réponses finales, mais aussi parce qu’il est difficile d’y répondre. Que faire alors ? On peut contourner (temporairement) la question en calculant un coût marginal futur pour différentes demandes, tout simplement.</p> <p>(2) Comment anticiper la transition ? Comment savoir à quel système électrique vont mener les décisions de milliers d’acteurs, politiques et privés ? Une solution raisonnable consiste ici à supposer que les parties prenantes collaboreront et que le système le moins cher sera préféré. Une optimisation respectant nombre de contraintes bien sûr : le vent ne souffle pas quand on veut, les meilleures rivières sont déjà harnachées, l’utilisation de centrales au gaz doit être limitée pour diminuer les impacts climatiques, etc.</p> <p>Les coûts marginaux futurs obtenus par les auteurs apparaissent à la figure suivante, qui se lit comme suit. L’axe horizontal propose différentes demandes futures pour 2040. La valeur entre parenthèses est le pourcentage de la demande de 2025 (de 105 % à 200 %). Les barres bleues « mesurent » 100 térawattheures (TWh) de large. Le système électrique à l’étude est tellement grand que les « derniers kWh » auxquels on référait plus haut deviennent des térawattheures. La hauteur des barres bleues indique le coût, marginal donc, de ces 100 TWh, en $US/kWh.</p> <p>Par exemple, si la demande totale passe de 866 TWh à 966 TWh, on calcule un coût de 42 ¢/kWh pour ce bloc de 100 TWh. Ce qui saute aux yeux, c’est que le coût marginal augmente très rapidement quand la demande de 2040 atteint 130 % ou 140 % de la demande de 2025. Et si la demande double, alors le coût marginal est très, très élevé.</p> <h2>Le coût de l’efficacité</h2> <p>Tournons-nous maintenant vers le coût de l’efficacité, soit le 2<sup>e</sup> terme de l’équation. L’idée consiste à calculer le coût associé à la diminution de l’électricité requise par un service énergétique. Par exemple le coût du calfeutrage des portes et fenêtres d’une maison.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/la-menace-meconnue-de-la-transition-energetique-263997">La menace méconnue de la transition énergétique</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Ce problème est plus facile à résoudre, car le coût de l’efficacité n’est pas influencé par la transition énergétique ni par le niveau de demande en électricité. Ou très peu. On peut donc se fier aux <a href="https://doi.org/10.1146/annurev-resource-111920-124353">meilleures études actuelles</a>.</p> <p>Selon notre revue de la littérature, un coût assez fiable est de 10 cents du kilowatt-heure, sans égard à la demande électrique future.</p> <h2>Et finalement… la valeur de l’efficacité</h2> <p>Nous sommes désormais rendus à une soustraction près de la valeur de l’efficacité. Il suffit de prendre les coûts marginaux de la figure 1, et d’en soustraire le coût de l’efficacité, soit 10 cents. Les résultats apparaissent à la figure 2.</p> <p>La figure 2 se lit comme la figure 1. On lui a ajouté le coût de l’efficacité, la ligne horizontale à presque 10 ¢/kWh. La valeur de l’efficacité est donnée par la hauteur des lignes rouges. Par exemple, si on désire ajouter 100 TWh d’électricité à un système de 866 TWh, il en coûte 42 ¢/kWh, tandis que si on ajoute plutôt 100 TWh de service énergétique (par des mesures d’efficacité), ça coûte 10 ¢/kWh. La valeur de l’efficacité énergétique est la différence entre les deux, soit 32 ¢/kWh.</p> <p>Autrement dit, le choix de répondre à 100 TWh de besoin énergétique en produisant ladite électricité, coûte 32 ¢ par kWh de plus que par efficacité. On pourrait dire qu’on paie ainsi 32 milliards de dollars trop cher. Annuellement, et juste pour ce 100 TWh. Pire, si la demande est plus élevée, la valeur de l’efficacité atteint rapidement un dollar par kWh. C’est énorme !</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Des leçons pour… maintenant !</h2> <p>Il est intéressant de revenir sur les deux écueils de modélisation discutés plus haut, et d’en tirer des conclusions.</p> <p>La question de la prévision de la demande électrique en 2040 se pose finalement avec encore plus d’acuité. Nous estimons qu’une augmentation de 50 % entre 2025 et 2040 est plausible, avec la possibilité d’une croissance un peu plus faible, mais aussi la possibilité claire d’une hausse bien plus substantielle que 50 %. La principale conclusion scientifique de notre étude est qu’on se dirige vers un futur où la valeur de l’efficacité sera très élevée. La principale conclusion politique à en tirer est qu’il est impératif d’investir dès maintenant dans une économie plus efficace.</p> <p>Le deuxième écueil était la modélisation de la transition, et on a alors posé l’audacieuse hypothèse que les cinq régions ciblées allaient coopérer de façon optimale. Cette hypothèse est bien sûr irréaliste, mais elle ne fait pas dérailler nos conclusions, au contraire. Un principe fondamental de l’optimisation implique qu’avec une coopération imparfaite, le coût marginal augmenterait. Il n’en va pas de même du coût de l’efficacité, qui ne repose pas sur la coopération. Conséquence, la valeur de l’efficacité serait encore plus élevée que les valeurs que l’on trouve. Et les conclusions du paragraphe précédent, d’autant renforcées.</p> <p>La transition énergétique ne se fera pas sans sobriété énergétique. Du moins pas à un prix raisonnable.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268065/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Cette recherche a été menée en partie grâce au soutien financier d’IVADO et du Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada.</span></em></p> Face à la transition énergétique, produire plus d’électricité sera beaucoup plus dispendieux que l’efficacité énergétique, encore largement sous-exploitée. Michel Denault, Professeur, optimisation et transition énergétique, HEC Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/268634 2025-11-21T15:19:27Z 2025-11-21T15:19:27Z Pour transiter vers une économie carboneutre, la biomasse a un rôle clé à jouer <p>Feux de forêt records, résidus agricoles sous-utilisés, scieries fragilisées : le Canada se retrouve avec une grande quantité de biomasse sous-valorisée. Pourtant, cette ressource pourrait devenir l’un de ses meilleurs alliés dans la lutte contre les changements climatiques, à condition d’en planifier l’usage avec rigueur.</p> <p>Les secteurs de la biomasse au Canada font face à de fortes incertitudes à cause de perturbations politiques et naturelles. Le secteur forestier canadien <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2199681/eby-tarifs-douaniers-bois">a récemment été frappé</a> par de nouveaux tarifs douaniers annoncés par l’<a href="https://www.nahb.org/blog/2025/09/section-232-tariffs">administration américaine</a> sur les produits forestiers canadiens, portant le total des droits imposés sur le <a href="https://fr.fpac.ca/actualites/the-imposition-of-additional-u-s-duties-on-canadian-forestry-products-is-unjustified">bois d’œuvre canadien à 45 %</a>. Le secteur agricole et agroalimentaire est également <a href="https://www.ivey.uwo.ca/media/w43p4eqe/harvestinguncertainty_final_0825_compressed.pdf">particulièrement vulnérable</a>, car il exporte plus de 70 % de ses principales cultures.</p> <p>En plus de faire face à ces incertitudes politiques, les secteurs de la biomasse subissent de plus en plus les effets des catastrophes climatiques. En 2025, les incendies avaient brûlé <a href="https://ciffc.net/">8,3 millions d’hectares</a> de forêts canadiennes au 30 septembre, soit la <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2184954/incendies-feux-foret-canada-saison-2025">deuxième pire saison de feux de forêt</a> au Canada. Avec le changement climatique, les phénomènes climatiques extrêmes, tels que les feux de forêt et la sécheresse, risquent de devenir plus fréquents et plus intenses.</p> <p>Les transformations s’accélèrent et les risques augmentent. Pour les industries et les communautés qui dépendent de la biomasse, le moment est venu d’imaginer une vision à long terme de son rôle dans la transition climatique.</p> <h2>Les ressources de la biomasse : un élément clé</h2> <p>Le Canada a besoin de se diriger vers une économie carboneutre et les secteurs de la biomasse ont un rôle clé à jouer dans cette transition.</p> <p>La disponibilité de diverses ressources de biomasse dans les forêts et les terres agricoles au Canada, combinée aux nouvelles technologies pour la convertir en bioproduits et bioénergie, fait de la biomasse une solution potentielle pour réduire les émissions de carbone dans plusieurs secteurs, comme l’industrie, le bâtiment et tous les modes de transport (routier, maritime, ferroviaire et aérien).</p> <p>La biomasse peut faire partie des stratégies d’atténuation du changement climatique. Bien utilisée, elle peut remplacer les combustibles et produits fossiles, et aider à stocker le carbone de différentes façons : dans des matériaux durables fabriqués à partir de bois ou de résidus agricoles, sous forme de biochar qui retient le carbone dans le sol, ou grâce à la bioénergie combinée au captage et au stockage du CO<sub>2</sub> (BECSC), qui empêche le carbone libéré lors de la production d’énergie de rejoindre l’atmosphère.</p> <p>L’intérêt pour les matières premières de la biomasse par de nombreuses industries est élevé, comme le démontrent plusieurs projets récents. En 2025, la première usine de biochar à échelle industrielle du Canada <a href="https://airex-energy.com/fr/inauguration-de-carbonite-la-plus-grande-usine-de-biochar-au-canada/">a été inaugurée</a> au Québec, tandis que la raffinerie Strathcona en Alberta, <a href="https://corporate.exxonmobil.com/locations/canada/renewable-diesel-production-at-strathcona-refinery#ThefutureofdieselfuelhasarrivedanditstartsinStrathcona">qui deviendra la plus grande installation</a> de diesel renouvelable du Canada, a été achevée.</p> <p>Le rôle de la biomasse ressort clairement dans les <a href="https://iet.polymtl.ca/publications/rapport/les-trajectoires-vers-un-canada-carboneutre">modélisations de trajectoires possibles</a> pour atteindre les objectifs climatiques du Canada. Ces analyses montrent que, si une partie importante de la biomasse disponible était utilisée différemment, il serait possible de séquestrer jusqu’à 94 millions de tonnes équivalant CO<sub>2</sub> par an grâce au BECSC et au biochar.</p> <p>Ces résultats soulignent la nécessité pour le Canada de planifier soigneusement les développements de nouveaux projets et de répartir judicieusement la biomasse entre ses usages traditionnels et émergents.</p> <h2>Identification des utilisations optimales de la biomasse</h2> <p>Comme nous <a href="https://iet.polymtl.ca/publications/rapport/cadre-analyse-systemique-biomasse">l’expliquons dans un rapport récent</a>, plusieurs facteurs influencent le potentiel de la biomasse à réduire les émissions, notamment le type d’écosystème où elle est récoltée, l’efficacité de sa conversion, les combustibles employés et les produits qu’elle remplace dans les secteurs concernés. Autrement dit, les bénéfices climatiques de la biomasse ne sont pas automatiques : ils dépendent des choix faits à chaque étape de la chaîne de valeur. Ainsi, si les transformations ou le transport des ressources exigent beaucoup d’énergie fossile ou si le produit final déplace une alternative peu émettrice, le gain pour le climat peut devenir marginal, voire négatif.</p> <p>Pour utiliser la biomasse de façon optimale, il faut bien comprendre les ressources disponibles dans un contexte de changement climatique, ainsi que leur réel potentiel de réduction des émissions. Un potentiel qui dépend à la fois de l’efficacité des technologies et des réalités culturelles, environnementales et économiques des communautés.</p> <h2>Il manque encore une vision à long terme</h2> <p>Les décideurs doivent éviter de travailler en vase clos et tenir compte des effets collatéraux de l’allocation des ressources. Les pratiques dans les secteurs de la biomasse, qu’il s’agisse de la foresterie ou de l’agriculture, évoluent lentement. Les forêts, notamment, suivent de longs cycles de croissance et de récolte : les choix faits aujourd’hui influenceront les émissions pour des décennies.</p> <p>Pourtant, malgré l’importance de ses ressources, le Canada n’a pas de stratégie définissant une vision du rôle de la biomasse dans la transition vers la carboneutralité d’ici 2050.</p> <p>Le Canada s’est doté de plusieurs cadres liés à la bioéconomie, notamment le <a href="https://www.ccmf.org/communiqu%C3%A9s/cadre-de-la-bioeconomie-forestiere-renouvele/">Cadre renouvelé de la bioéconomie forestière</a> (2022) et la <a href="https://fr.fpac.ca/actualites/la-premiere-strategie-nationale-de-la-bioeconomie-au-canada-la-strategie-de-la-bioeconomie-du-canada-tirer-parti-de-nos-forces-pour-un-avenir-durable">stratégie canadienne pour la bioéconomie</a> (2019). Mais il manque encore une stratégie d’ensemble qui définirait la place de la biomasse dans les différents secteurs, énergétiques ou non, dans la perspective d’un avenir carboneutre.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/oceans-les-poissons-un-puits-de-carbone-invisible-menace-par-la-peche-et-le-changement-climatique-268408">Océans : les poissons, un puits de carbone invisible menacé par la pêche et le changement climatique</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Le Canada peut s’inspirer de sa propre <a href="https://ressources-naturelles.canada.ca/source-energie/combustibles-propres/strategie-relative-hydrogene?_gl=1*h0o2p6*_ga*MTU2OTc0MzA2Ni4xNzIxODMwMDEy*_ga_C2N57Y7DX5*czE3NjE3NzkwMzckbzE4NiRnMCR0MTc2MTc3OTAzNyRqNjAkbDAkaDA.">Stratégie canadienne pour l’hydrogène</a> pour concevoir une stratégie similaire sur la biomasse, appuyée sur une <a href="https://esmia.ca/en/updated-modelling-for-the-progress-report-on-the-hydrogen-strategy-for-canada">modélisation intégrée</a> de son potentiel dans différents secteurs de l’économie canadienne. Il est urgent d’adopter une approche réaliste, fondée sur des analyses à plusieurs échelles – du régional au national – plutôt que sur des cibles sectorielles isolées.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>De nombreux acteurs du secteur soulignent l’urgence d’adopter une stratégie nationale claire pour la bioéconomie, afin d’offrir plus de prévisibilité aux industries de la biomasse au Canada. Dans un <a href="https://www.canadianbiomassmagazine.ca/canada-sleeping-on-4-tillion-bioeconomy-says-scaling-up-founder/">article publié par Biomass Magasine</a>, Jeff Passmore (fondateur et président de <a href="https://www.scalingupconference.ca/copy-of-advisory-board-1">Scaling Up</a>) déclare attendre que le Canada élabore une stratégie nationale concrète en matière de bioéconomie. Dans un <a href="https://bioenterprise.ca/opinion-canada-should-be-an-agricultural-bioeconomy-leader/">article publié par Bioenterprise</a> en 2023, il est souligné que « l’un des éléments clés nécessaires pour construire l’avenir de la biomasse au Canada est une stratégie nationale de bioéconomie solide à long terme, soutenue par l’industrie et les gouvernements ».</p> <p>Enfin, un <a href="https://www.bincanada.ca/news-updates/thefutureofcanadasbioeconomy">article</a> de Bioindustrial Innovation Canada recommande de « réviser la stratégie nationale pour la bioéconomie en fixant des objectifs mesurables visant à assurer une coordination interministérielle et intersectorielle, assortis d’une feuille de route claire pour la collaboration entre l’industrie et le secteur public ».</p> <p>La biomasse ne se gère pas à l’aveugle. Ses impacts varient selon les régions et les usages. Pour que les projets futurs contribuent réellement aux objectifs climatiques du Canada, il faut dès maintenant une vision nationale cohérente.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268634/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Dans le cadre du travail rapporté pour cet article, Normand Mousseau a reçu des financements d&#39;Environnement et Changements climatiques Canada, de la Fondation familiale Trottier (via son soutien pour les activités de l&#39;Institut de l&#39;énergie Trottier) et de l&#39;Accélérateur de transition, un organisme à but non lucratif donc le mandat est d&#39;appuyer la transition énergétique dans divers secteurs économiques. Aucun droit de regard sur les analyses et les conclusions n&#39;ont été accordés aux organismes qui ont financé ce texte ou des rapports sur lesquels il s&#39;appuie. Les auteurs sont seuls responsables de celles-ci.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>L&#39;Institut de l&#39;énergie Trottier de Polytechnique Montréal a été créé grâce à un généreux don de la Fondation familiale Trottier. Sa mission couvre la recherche, la formation et la diffusion d&#39;information en lien avec les enjeux de décarbonation des systèmes énergétiques. Pour soutenir le mandat de recherche du Groupe consultatif sur la carboneutralité, le projet de l&#39;IET sur la biomasse a été réalisé avec le soutien financier du gouvernement du Canada. Le financement a été réalisé par le Fonds d&#39;action et de sensibilisation pour le climat du Fonds pour dommages à l&#39;environnement, administré par Environnement et Changement climatique Canada. Aucun droit de regard sur les analyses et les conclusions n&#39;ont été accordés aux organismes qui ont financé ce rapport. Les auteurs sont seuls responsables de celles-ci. Roberta Dagher travaille à l&#39;Institut de l&#39;énergie Trottier en support à l&#39;Accélérateur de transition. Roberta Dagher ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article. </span></em></p> Le Canada a besoin de se diriger vers une économie carboneutre et les secteurs de la biomasse ont un rôle clé à jouer dans cette transition. Normand Mousseau, Directeur de l’Institut de l’énergie Trottier, Polytechnique Montréal et Professeur de physique, Université de Montréal Roberta Dagher, Professionnelle de recherche, Institut de l'énergie Trottier de Polytechnique Montréal, Polytechnique Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/267721 2025-11-20T16:26:11Z 2025-11-20T16:26:11Z Les tourbières sont essentielles pour nos écosystèmes, mais elles sont peu considérées et peu étudiées <p><a href="https://www.unep.org/resources/global-peatlands-assessment-2022">Les tourbières comptent parmi les écosystèmes les plus importants au monde</a>, mais sont souvent peu considérées. Bien qu’elles ne couvrent qu’une petite partie de la surface terrestre, ces zones humides <a href="https://doi.org/10.1146/annurev-ecolsys-112414-054234">abritent les sols les plus riches en carbone de la planète</a>.</p> <p>Des tourbières en bonne sa nté influencent les cycles hydrologiques, favorisent une biodiversité unique et soutiennent les communautés. Malgré leur importance, nous ne disposons toujours pas d’une vision claire de leur évolution au fil du temps.</p> <p>Lorsqu’elles sont asséchées, dégradées ou brûlées, les tourbières libèrent le carbone qu’elles contiennent dans l’atmosphère. <a href="https://doi.org/10.1038/s41586-022-05572-6">Depuis 1700, l’être humain a drainé</a> plus de trois millions de kilomètres carrés de zones humides, ce qui signifie que nous avons perdu un potentiel de séquestration du carbone considérable à l’échelle mondiale. La compréhension et la préservation des tourbières encore présentes revêtent d’autant plus d’importance.</p> <p>Jusqu’ici, les recherches sur les tourbières se sont concentrées sur quelques sites bien documentés, souvent situés dans des régions tempérées ou boréales. Cependant, les changements climatiques, les pressions liées à l’utilisation des terres et les conditions météorologiques extrêmes affectent les tourbières partout, y compris dans des régions éloignées, tropicales et peu étudiées.</p> <p>Pour prédire l’évolution de ces milieux, nous avons besoin de données fréquentes sur différents types d’habitats tourbeux qui permettent de suivre leur transformation au fil des saisons et des années.</p> <p>Pour notre <a href="https://doi.org/10.1088/1748-9326/ae0658">étude récente</a>, nous avons eu recours à la participation citoyenne, à des technologies facilement accessibles et à un réseau de recherche afin de réunir des données selon une approche de données distribuées. Les informations sont recueillies selon une méthodologie standardisée : où qu’il se trouve, chacun collecte des données similaires en utilisant les mêmes méthodes.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt=" un petit plan d'eau entouré d'une zone humide verdoyante" src="https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/692296/original/file-20250922-56-mkk8fd.JPG?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">La tourbière de la Grande plée Bleue, située près de Québec. Pour prédire l’évolution des tourbières, les chercheurs ont besoin de données fréquentes sur différents types d’habitats tourbeux qui permettent de suivre leur transformation au fil des saisons et des années.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Scott J Davidson)</span></span> </figcaption> </figure> <h2>Suivre les changements</h2> <p>Intitulée <a href="https://doi.org/10.1088/1748-9326/ae0658"><em>The PeatPic Project</em></a>, notre étude a utilisé la photographie par téléphone intelligent pour amasser des données. Nous avons pris contact avec des chercheurs spécialisés dans les tourbières d’un peu partout, via les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille, et leur avons demandé de collecter des images de leurs tourbières en 2021 et 2022. Nous avons ainsi recueilli plus de 3 700 photographies provenant de 27 tourbières situées dans 10 pays.</p> <p>Nous avons analysé ces photographies afin d’étudier la couleur des plantes et de déterminer leur degré de verdure tout au long de l’année, ce qui nous a permis d’obtenir des informations précieuses sur la végétation. Les changements dans la couleur verte des feuilles permettent de reconnaître le moment où les plantes commencent leur saison de croissance.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/proteger-et-cultiver-les-tourbieres-pour-limiter-le-rechauffement-climatique-183179">Protéger et cultiver les tourbières pour limiter le réchauffement climatique</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Ces transformations indiquent également le degré de verdure ou de santé des plantes, la quantité de nutriments qu’elles absorbent, ainsi que le moment où elles brunissent à l’automne. Elles peuvent aussi signaler des variations dans les conditions d’humidité ou de nutriments, un stress thermique ou des <a href="https://doi.org/10.1029/2021JG006403">perturbations</a>.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Ce type de travaux, menés par une communauté mondiale de chercheurs, élargit la portée des données. Des observateurs locaux peuvent enregistrer les changements saisonniers, les niveaux d’eau, la couleur ou la couverture végétale, l’utilisation des terres ou les perturbations à l’aide de leur téléphone. Grâce à une formation, à des protocoles normalisés, à des métadonnées de qualité et à la validation, la communauté peut générer des données fiables. Ces méthodes permettent de réduire les coûts, d’augmenter la quantité de données mises à la disposition des scientifiques et de renforcer la gestion locale ainsi que les réseaux mondiaux. </p> <figure class="align-right zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="gros plan d'une plante avec de petites feuilles rondes vertes" src="https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=800&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=800&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=800&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1005&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1005&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/692299/original/file-20250922-56-jjwlsc.jpeg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1005&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Les plantes de petite taille des tourbières (photo d’une tourbière du Minnesota) sont difficiles à capturer grâce à la télédétection, mais un échantillonnage distribué à l’aide de photos prises avec un téléphone permet de le faire.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Avni Malhotra)</span></span> </figcaption> </figure> <p>Des prévisions plus fiables sur le fonctionnement des tourbières ne concernent pas seulement les chercheurs, elles sont essentielles pour atténuer les effets des changements climatiques, protéger la biodiversité, garantir la qualité de l’eau et réduire les risques liés aux catastrophes telles que les incendies et les sécheresses.</p> <p>Les informations tirées d’images peuvent être converties en représentations mathématiques du comportement des plantes, puis ajoutées aux <a href="https://www.ibm.com/think/topics/digital-twin">jumeaux numériques</a> des tourbières.</p> <p>Grâce à ces jumeaux, les experts peuvent simuler des scénarios hypothétiques. Par exemple, que se passe-t-il si le drainage augmente après un incendie de forêt ou si l’on entreprend une opération de restauration ? Cependant, pour construire des jumeaux numériques utiles, il faut détenir des données sur tous les biomes, toutes les saisons et à toutes les échelles.</p> <h2>Et la suite ?</h2> <p>Nous disposons désormais d’outils et de technologies facilement accessibles qui nous permettent de surveiller les tourbières comme jamais auparavant. Toutefois, pour aller plus loin, il faut agir sur plusieurs fronts :</p> <p>Les réseaux de recherche doivent élaborer, diffuser et adopter des protocoles et des pratiques standardisés afin que les données provenant de différents endroits et sources puissent être combinées, comparées et mises à l’échelle.</p> <p>Les populations locales peuvent prendre part à l’observation. La formation, la co-conception, l’équité et la reconnaissance sont essentielles. Les observations locales grâce, notamment, à des photographies prises avec des téléphones, peuvent alimenter le processus décisionnel.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-terres-fertiles-du-quebec-sont-en-peril-une-decouverte-scientifique-pourrait-renverser-la-vapeur-222544">Les terres fertiles du Québec sont en péril. Une découverte scientifique pourrait renverser la vapeur</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Le public peut participer en soutenant les politiques qui financent ces travaux, en collaborant à des initiatives scientifiques locales et en sachant que de simples photos d’un téléphone intelligent peuvent grandement contribuer à la compréhension du fonctionnement de notre planète.</p> <p>Le projet PeatPic nous a inspirés pour créer une autre initiative scientifique communautaire intitulée <a href="https://www.plymouth.ac.uk/news/citizen-science-project-tracks-the-health-of-planets-peatlands"><em>Tracking the Colour of Peatlands</em></a> (Suivre l’évolution de la couleur des tourbières). Ce projet concerne 16 tourbières situées dans le monde entier et invite le public à prendre des photos à différents moments de l’année à des points fixes afin de dresser un tableau des changements subis par l’écosystème au fil des saisons.</p> <p>Les tourbières ne sont pas des écosystèmes isolés. Elles sont importantes pour les populations, le climat, l’eau et la biodiversité. Grâce à la collecte de données distribuées à l’échelle mondiale et à des outils accessibles tels que les téléphones intelligents, nous pouvons observer l’évolution des tourbières, prévoir les zones les plus menacées et agir avant qu’une crise ne survienne.</p> <p>L’avenir des tourbières, ainsi que celui des cycles du carbone et de l’eau sur Terre, dépend de notre capacité à observer, enregistrer, diffuser et agir ensemble face aux phénomènes actuels.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/267721/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Scott J. Davidson reçoit un financement du ministère de l&#39;Environnement du Québec. Il est membre du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie (GRIL), un réseau financé par le FRQNT.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Les recherches d&#39;Avni Malhotra ont été soutenues par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.</span></em></p> Le projet PeatPic a utilisé plus de 3 700 photos prises avec des smartphones dans 27 tourbières de 10 pays afin de recueillir des données sur l’impact du changement climatique sur ces zones. Scott J. Davidson, Assistant Professor in Wetland Carbon Dynamics, Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie (GRIL), Université du Québec à Montréal (UQAM) Avni Malhotra, Earth Scientist, Department of Geography, University of Zurich Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/267790 2025-11-14T13:59:48Z 2025-11-14T13:59:48Z Les hivers pourraient disparaître de la région des Grands Lacs <p>Il y a cinquante ans, l’hiver ne se contentait pas de visiter les Grands Lacs, il s’y installait. Si l’on clignait des yeux trop lentement, nos cils gelaient. Après une tempête de neige de janvier, au bord du lac Supérieur, tout était blanc et immobile, sauf le lac. Le vent l’avait balayé, révélant des fissures dans la glace qui craquaient.</p> <p>À Noël, la baie de Saginaw, sur le lac Huron, est habituellement gelée et la glace est suffisamment épaisse pour permettre aux camions de circuler. Des cabanes de pêcheurs ponctuent l’horizon comme de petites villes en bois. Les gens sortent leurs tarières et leurs appâts avant l’aube, et leurs thermos de café noir fument dans le froid.</p> <p>À l’hiver 2019-2020, <a href="https://earthobservatory.nasa.gov/images/146317/great-lakes-not-so-great-ice">la glace ne s’est jamais formée</a>.</p> <p>L’air humide et gris était légèrement au-dessus de zéro. Le sol était boueux. Les enfants tentaient de faire de la luge sur l’herbe sèche. Les entreprises de location de cabanes sont restées fermées, et les habitants se demandaient si c’était le nouveau visage de l’hiver.</p> <p>Les conséquences environnementales et sociales du réchauffement hivernal ont un impact sur les lacs du monde entier. Malgré ces signes évidents, la plupart des activités d’observation des Grands Lacs ont lieu pendant les périodes chaudes et calmes.</p> <p>En tant que professeurs spécialisés dans la recherche sur l’hiver et de membres du Conseil consultatif scientifique des Grands Lacs de la Commission mixte internationale, nous avons élaboré des <a href="https://ijc.org/en/sab/great-lakes-winter-science">recommandations fondées sur des données probantes</a> à l’intention des décideurs politiques du Canada et des États-Unis concernant les priorités et la coordination en matière de qualité de l’eau. Pour renforcer la coopération internationale, nous recommandons <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/windsor/winter-great-lakes-science-research-1.7539104">de mettre en place une surveillance hivernale</a> afin de mieux comprendre les facteurs affectant les lacs.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/le-role-invisible-des-eaux-souterraines-dans-le-soutien-des-lacs-228144">Le rôle invisible des eaux souterraines dans le soutien des lacs</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Syndrome du réchauffement hivernal</h2> <p>La région des Grands Lacs est touchée par le « <a href="https://theconversation.com/diagnosing-warming-winter-syndrome-as-summerlike-heat-sweeps-into-central-and-eastern-us-221956">syndrome du réchauffement hivernal</a> », caractérisé par une hausse de la température de l’eau de surface, <a href="https://www.bridgemi.com/michigan-environment-watch/report-lake-michigan-running-fever-more-storms-less-fish-possible">plus particulièrement pendant la saison froide</a>.</p> <p>Les hivers y sont <a href="https://doi.org/10.1029/2024GL109890">de plus en plus chauds et humides</a>, et la <a href="https://stateofgreatlakes.net/wp-content/uploads/2022/07/Ice-Cover-Subindicator-Report-SOGL-2022.pdf">couverture glacielle maximale annuelle diminue</a> considérablement. Les conditions hivernales sont également de plus en plus courtes, avec <a href="https://www.greatlakesnow.org/2025/01/study-finds-winter-days-on-the-great-lakes-growing-shorter-due-to-climate-change/">une réduction d’environ deux semaines par décennie depuis 1995</a>.</p> <p>Dans la région des Grands Lacs, les entreprises, les touristes et les <a href="https://stateofgreatlakes.net/wp-content/uploads/2022/07/Human-Population-Subindicator-Report-SOGL-2022.pdf">quelque 35 millions d’habitants</a> subissent les effets du réchauffement hivernal tout au long de l’année. Les changements saisonniers entraînent une <a href="https://doi.org/10.1038/s41561-023-01257-5">augmentation du ruissellement des nutriments</a>, favorisant la prolifération d’algues qui gâchent les journées d’été à la plage.</p> <p>La <a href="https://theconversation.com/losing-winter-ice-is-changing-the-great-lakes-food-web-heres-how-light-is-shaping-life-underwater-230091">modification des réseaux alimentaires</a> affecte des espèces importantes sur les plans commercial et culturel, comme le <a href="https://www.bridgemi.com/michigan-environment-watch/whats-more-michigan-whitefish-collapse-erodes-bit-states-identity">grand corégone</a>. La diminution de la couverture glacielle rend <a href="https://doi.org/10.1029/2022EF002907">les loisirs et les transports moins sûrs</a>, <a href="https://pulitzercenter.org/stories/ice-shapes-economy-identity-lake-superiors-coastal-towns-its-disappearing-culture-defined">transformant ainsi l’identité et la culture de la région</a>.</p> <h2>L’hiver, la saison la moins étudiée</h2> <p>Nous risquons de perdre l’hiver dans la région des Grands Lacs avant d’avoir pleinement compris son influence sur l’écosystème et les communautés. Notre analyse des publications récentes montre que l’hiver est peu étudié.</p> <p>Les chercheurs ont une connaissance limitée <a href="https://doi.org/10.1029/2021JG006247">des processus physiques, biologiques et biogéochimiques</a> en jeu. Toute modification de ces processus peut avoir des répercussions sur la qualité de l’eau, l’écosystème, la santé humaine, ainsi que sur le bien-être social, culturel et économique de la région. Toutefois, il est difficile de comprendre ces phénomènes sans disposer des données nécessaires.</p> <p>En vertu de <a href="https://ijc.org/fr/qui/mission/aqegl">l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs</a>, les agences canadiennes et américaines surveillent les indicateurs de santé et la qualité de l’eau. L’accord fixe des objectifs pour la qualité de l’eau des Grands Lacs, notamment en ce qui concerne la potabilité, ainsi que la sécurité pour les loisirs et la consommation de poissons et d’espèces sauvages. Cependant, les efforts actuels se concentrent sur les mois chauds.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-lacs-ne-dorment-pas-en-hiver-au-contraire-il-y-a-un-monde-qui-vit-sous-la-glace-228143">Les lacs ne dorment pas en hiver ! Au contraire, il y a un monde qui vit sous la glace</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Étendre la recherche à l’hiver permettrait de combler d’importantes lacunes dans les données. Des études ponctuelles ont déjà montré que l’hiver requiert un suivi systématique. En 2022, une douzaine d’universités et d’agences canadiennes et américaines ont prélevé des échantillons sous la glace dans tout le bassin, dans le cadre du projet <a href="https://storymaps.arcgis.com/stories/8ff1c332dd944ba9a744dc0e0fc18906">Great Lakes Winter Grab</a>.</p> <p>Les équipes se sont déplacées à pied ou en motoneige et ont percé la glace afin de recueillir des informations sur la vie lacustre et la qualité de l’eau dans les cinq Grands Lacs.</p> <p>Il en a résulté la création d’un réseau hivernal des Grands Lacs composé d’universitaires et de chercheurs gouvernementaux, afin de mieux comprendre la rapidité avec laquelle les conditions hivernales changent et d’améliorer le partage des données, la coordination des ressources et l’échange de connaissances.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Une série d'images montrant l'étendue de la couverture de glace hivernale dans les Grands Lacs." src="https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=514&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=514&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=514&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=646&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=646&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/685204/original/file-20250813-56-x7vcg2.gif?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=646&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Couverture glacielle maximale sur les Grands Lacs de 1973 à 2025. Bien qu’il y ait des variations importantes d’une année à l’autre, la couverture a diminué d’environ 0,5 % par an depuis 1973.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.glerl.noaa.gov/data/ice/">(NOAA Great Lakes Environmental Research Laboratory)</a></span> </figcaption> </figure> <h2>Impacts sur les communautés</h2> <p>Les hivers plus chauds entraînent une <a href="https://doi.org/10.1371/journal.pone.0241222">hausse des noyades</a> en raison de l’instabilité de la glace. Le ruissellement accru des nutriments favorise la prolifération d’algues nocives et complique le traitement de l’eau potable.</p> <p>La réduction de la couverture de glace peut <a href="https://ijc.org/sites/default/files/SAB_WinterScience_ContractorReport_2025.pdf#page=36">prolonger la saison de navigation</a>, mais elle <a href="https://www.glfc.org/the-fishery.php">nuit au secteur de la pêche</a>, qui représente 5,1 milliards de dollars américains, <a href="https://doi.org/10.1007/s11160-017-9480-3">par la modification des habitats</a>, l’augmentation des espèces envahissantes et la dégradation de la qualité de l’eau.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-microplastiques-contaminent-les-grands-lacs-il-faut-diminuer-la-production-et-la-consommation-de-plastique-235499">Les microplastiques contaminent les Grands Lacs. Il faut diminuer la production et la consommation de plastique</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>L’hiver façonne également l’identité culturelle et les loisirs. Qu’il s’agisse de sorties en raquette ou de patinage sur les lacs gelés, les sports hivernaux laissent de beaux souvenirs aux habitants et aux touristes de la région. La disparition de ces activités pourrait éroder <a href="https://pulitzercenter.org/stories/ice-shapes-economy-identity-lake-superiors-coastal-towns-its-disappearing-culture-defined">les liens communautaires, les traditions et les moyens de subsistance</a>.</p> <p>Les changements des conditions hivernales <a href="https://thenarwhal.ca/lake-superior-ice-fishing/">menacent également les traditions et les pratiques culturelles des peuples autochtones</a>. Pour beaucoup d’entre eux, le lien avec leurs terres ancestrales s’exprime à travers la chasse, la pêche, la cueillette et l’agriculture.</p> <p><a href="https://doi.org/10.1088/1748-9326/ac8be5">La diminution de la quantité totale de neige et l’augmentation de la fréquence des cycles de gel et de dégel entraînent notamment une perte de nutriments</a> dans le sol et peuvent modifier le calendrier saisonnier ainsi que la disponibilité d’espèces végétales importantes sur le plan culturel. L’instabilité de la glace restreint les possibilités de pêche et de transmission des compétences, de la langue et des pratiques culturelles aux générations futures.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="un homme vêtu d'habits d'hiver debout sur un lac gelé avec des instruments pour prélever des échantillons." src="https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/685371/original/file-20250813-56-tgvi4q.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Des échantillons sont prélevés sur le lac Érié afin d’étudier les conditions hivernales. Cette recherche a été menée dans le cadre du projet Great Lakes Winter Grab en 2022.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Paul Glyshaw/NOAA)</span></span> </figcaption> </figure> <h2>Recherche scientifique hivernale dans la région des Grands Lacs</h2> <p>La collecte de données par temps froids pose des défis logistiques. Les scientifiques ont besoin d’équipements spécialisés, de personnel qualifié et d’approches coordonnées pour réaliser des observations sûres et efficaces. Le développement de la recherche hivernale dans les Grands Lacs requiert davantage de ressources.</p> <p><a href="https://ijc.org/fr/ccs/science-hivernale-des-grands-lacs">Notre récent rapport</a> met en lumière les lacunes dans les connaissances relatives aux processus hivernaux, aux impacts socio-économiques et culturels des conditions changeantes, ainsi qu’aux moyens de renforcer la science hivernale dans cette région.</p> <p>Le rapport souligne également les limites infrastructurelles et recommande davantage de formations pour permettre aux scientifiques de travailler en toute sécurité dans des conditions climatiques rigoureuses, à l’image de <a href="https://winter-ice.github.io/winter-ice/wschool.html">l’atelier de formation du Réseau de limnologie hivernale de 2024</a>. Une gestion améliorée et un meilleur partage des données sont nécessaires pour maximiser la valeur des informations recueillies.</p> <p>La science hivernale des Grands Lacs est en plein essor, mais il est essentiel d’accroître les capacités et la coordination pour suivre le rythme des changements qui affectent non seulement les écosystèmes, mais aussi les communautés. Le développement de la science hivernale permettra de préserver la santé et le bien-être des personnes qui vivent, travaillent et se divertissent dans le bassin des Grands Lacs.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/267790/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Marguerite Xenopoulos reçoit un financement des Chaires de recherche du Canada et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Michael R. Twiss est affilié à l&#39;Association internationale pour la recherche sur les Grands Lacs.</span></em></p> Le réchauffement climatique a des répercussions sur les lacs partout dans le monde. Marguerite Xenopoulos, Professor and Canada Research Chair in Global Change of Freshwater Ecosystems, Trent University Michael R. Twiss, Professor, Biology, Algoma University Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/268141 2025-11-13T15:08:00Z 2025-11-13T15:08:00Z À la veille de l'ouverture des JO d’hiver, quelles attentes environnementales ? <p>L’Italie s’apprête à accueillir cet hiver la 25<sup>e</sup> édition des Jeux olympiques d’hiver, prévus du 6 au 22 février 2026, suivis des Jeux paralympiques, qui se tiendront du 6 au 15 mars.</p> <p>Après l’effervescence des Jeux de Paris, lesquels avaient placé la durabilité au cœur de leur stratégie de planification, ceux de Milan seront déterminants pour savoir si l’on assiste véritablement à un changement de paradigme au sein du mouvement olympique.</p> <p>À moins de 100 jours de l’échéance, le comité organisateur des Jeux de Milan-Cortina sera-t-il capable de tenir <a href="https://www.olympics.com/en/milano-cortina-2026/about-us/sustainability-now26">sa promesse verte</a> ?</p> <p>Doctorante en science politique à l’Université de Montréal, mes travaux portent à la fois sur la communication climatique et l’élaboration de politiques environnementales, y compris dans le secteur du sport.</p> <h2>Les Jeux d’hiver dans la tourmente climatique</h2> <p>Tout d’abord, il faut souligner que peu de secteurs dépendent autant des conditions météorologiques que <a href="https://www.bloomsbury.com/ca/warming-up-9781399404525/">celui du sport</a>.</p> <p>Avec la crise climatique, la pratique sportive, en particulier celle des sports d’hiver, devient de plus en plus difficile. <a href="https://ici.radio-canada.ca/sports/2123585/coupe-du-monde-tremblant-annulee-manque-neige">L’annulation de la Coupe du monde de ski alpin au Mont Tremblant l’an dernier</a>, faute de neige, en est un exemple frappant.</p> <p>Selon une <a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13683500.2014.887664?casa_token=vhX44hIBSLYAAAAA%3ADPAFf76cn9bHhn1Cyh8t0ggqHaV24q7UixQNnW74UhyrUcQUb3mhyD0ecarv6CH1Cu1iX-vrQ4r-">étude de l’Université Waterloo</a>, d’ici 2050, seuls 10 anciens sites olympiques demeureront viables pour accueillir de futurs Jeux d’hiver. À l’horizon 2080, ce nombre pourrait chuter à seulement 6.</p> <p>Parallèlement, l’organisation de mégaévènements sportifs tels que les Jeux, engendre une <a href="https://www.nature.com/articles/s41893-021-00696-5">empreinte carbone et environnementale considérable</a>.</p> <p>Bien que généralement plus modestes que celles estivales, les éditions hivernales des Jeux ont fait l’objet de <a href="https://shs.cairn.info/article/SAVA_064_0129?tab=texte-integral">nombreuses controverses écologiques</a>, en lien notamment avec la destruction de réserves naturelles jusque-là préservées.</p> <p>La plus récente, Pékin 2022, a conduit à <a href="https://shs.cairn.info/article/SAVA_064_0129?tab=texte-integral">l’abattage de plus de 20,000 arbres ancestraux</a> pour permettre l’expansion du domaine skiable et la construction d’infrastructures en tout genre, telles que des routes d’accès, des stationnements ou encore des sites d’hébergement.</p> <p>Le sport de haut niveau se trouve ainsi pris dans une relation à la fois de dépendance et de contribution au réchauffement climatique.</p> <h2>Les Agendas 20 et 20+5 comme nouveaux standards</h2> <p>Conscient de ces défis, le Comité international olympique (CIO) a adopté ces dernières années plusieurs politiques visant à réduire l’empreinte des Jeux, comme l’<a href="https://www.olympics.com/cio/agenda-olympique-2020"><em>Agenda 20</em></a>, dont les objectifs stratégiques ont été réitérés en 2021 avec l’<a href="https://www.olympics.com/cio/agenda-olympique-2020-plus-5"><em>Agenda 20+5</em></a>.</p> <p>Après Paris 2024, les Jeux de Milan-Cortina seront les premiers Jeux d’hiver à devoir respecter ces exigences.</p> <p>Parmi les intentions formulées figurent la volonté de promouvoir des Jeux durables et de faire de ceux-ci un tremplin pour l’atteinte des <a href="https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/">objectifs du développement durable</a> de l’ONU.</p> <p>Pour cela, le CIO demande désormais aux villes hôtes de <a href="https://stillmed.olympics.com/media/Document%20Library/OlympicOrg/IOC/What-We-Do/Olympic-agenda/Agenda-Olympique-2020-5-15-recommandations.pdf">réduire leurs émissions de CO₂ et met de l’avant la notion d’héritage</a>, en encourageant la réutilisation de sites déjà existants et la reconversion de ceux-ci une fois l’évènement terminé.</p> <h2>Milan-Cortina sur la piste verte</h2> <p>Heureusement pour nous, il semble que le comité organisateur italien ait décidé de faire de la lutte contre le réchauffement climatique un élément central de son plan stratégique. Dès le départ, celui-ci a mis en place un <a href="https://gstatic.olympics.com/s3/mc2026/documents/Sustainability%20-%20Now26/Others%20Documents/MICO26_GHG%20Management%20Strategy%20Communication%20Document_EN_09072024%20%281%29.pdf">processus rigoureux d’évaluation de ses émissions de gaz à effet de serre</a>.</p> <p>Dans son <a href="https://gstatic.olympics.com/s3/mc2026/documents/Sustainability%20-%20Now26/Sustainability%20Report/MICO26_Sustainability_Impact_Legacy_Report_2024.pdf">deuxième rapport sur sa stratégie de durabilité</a>, publié en septembre 2025, le comité a également présenté plusieurs mesures visant à réduire davantage l’empreinte carbone de l’événement.</p> <p>Parmi les initiatives phares, le comité s’est notamment engagé à utiliser une alimentation énergétique 100 % renouvelable et à limiter le gaspillage alimentaire en redistribuant l’intégralité des surplus à des organismes caritatifs locaux. Dans une volonté d’encourager l’économie circulaire, plus de 20 000 équipements issus des Jeux de Paris ont aussi été rachetés.</p> <p>Du côté des infrastructures, à l’instar de ce qui avait été fait à Paris, l’accent est à nouveau mis sur la réutilisation des installations existantes et sur le recours à des structures temporaires qui seront démantelées après les Jeux. Au total, <a href="https://gstatic.olympics.com/s3/mc2026/documents/Documents/Section%203/Dossier%20di%20Candidatura.pdf">près de 90 % des sites entreront dans cette catégorie</a>.</p> <p>Les quelques nouvelles constructions permanentes deviendront des centres d’entraînement pour la future élite sportive italienne, ou bien seront transformées pour d’autres usages. Tout comme celui de Paris, le <a href="https://www.politesi.polimi.it/handle/10589/207812">nouveau village olympique à Milan deviendra, par exemple, une résidence universitaire</a>.</p> <p>Le plan comprend également des mesures d’adaptation. Avec le réchauffement climatique, l’enneigement naturel se fait de plus en plus rare et le recours à la neige artificielle devient la nouvelle norme pour continuer d’offrir aux athlètes des conditions de performances optimales. Dans ce contexte, le comité organisateur a décidé de <a href="https://gstatic.olympics.com/s3/mc2026/documents/Sustainability%20-%20Now26/Sustainability%20Report/MICO26_Sustainability_Impact_Legacy_Report_2024.pdf">moderniser ses systèmes de production de neige artificielle</a> afin de pouvoir répondre plus efficacement aux besoins en cas de températures anormalement élevées cet hiver.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Un plan italien ambitieux, non pas sans défauts</h2> <p>Si le plan semble rassurant sur papier, sa mise en œuvre comporte néanmoins son lot de défis.</p> <p>Au-delà des <a href="https://www.today.it/politica/olimpiadi-milano-cortina-intervista-elena-sironi-m5s.html">retards chroniques dans l’avancement des travaux et des dépassements budgétaires colossaux</a> (avec des dépenses multipliées au moins par deux par rapport au budget initial), la construction de nouvelles infrastructures en montagne a nécessairement une <a href="https://www.taylorfrancis.com/chapters/edit/10.4324/9781003298175-4/winter-olympics-1924-2026-stephen-essex">empreinte environnementale élevée</a>.</p> <p>Rappelons que les Jeux de Milan-Cortina se dérouleront sur des sites répartis dans quatre zones du nord de l’Italie : Milan, Cortina, la Valtellina et le Val di Fiemme. Ensemble, ces sites couvrent un territoire de plus de 20 000 kilomètres carrés, ce qui en fera les Jeux les plus dispersés de l’histoire. Ainsi, <a href="https://www.regione.lombardia.it/wps/wcm/connect/84c6a737-0751-4033-b89c-9b89b119d7e9/Dossier+olimpiadi+_+giugno+2025.pdf?MOD=AJPERES&amp;CACHEID=ROOTWORKSPACE-84c6a737-0751-4033-b89c-9b89b119d7e9-pweNsqE">il n’y aura pas un mais plutôt six sites de villégiature pour les athlètes</a> (oui, vous avez bien lu !).</p> <p>Cela explique sans doute pourquoi la <a href="https://www.corteconti.it/Download?id=8bce6f9a-acd6-41a1-bdef-9ccd94db5e96">majeure partie du budget est allouée au développement des transports publics</a>, notamment du réseau ferroviaire, afin de faciliter les déplacements entre les différents sites. Les infrastructures sportives, quant à elles, représentent moins du quart du budget total.</p> <p>De plus, certaines constructions ont fait polémiques. La toute nouvelle piste de bobsleigh à Cortina a, par exemple, été fortement critiquée, du fait qu’elle a entraîné <a href="https://altreconomia.it/limpatto-simbolico-ed-ecologico-del-taglio-del-bosco-di-larici-a-cortina-per-la-pista-di-bob/">l’abattage de plusieurs centaines d’arbres</a>. Même si l’on reste loin des chiffres observés à Pékin, il n’en demeure pas moins que l’organisation des Jeux perturbe la biodiversité locale.</p> <p>En ce qui concerne les installations temporaires, le comité s’est engagé à <a href="https://gstatic.olympics.com/s3/mc2026/documents/Sustainability%20-%20Now26/Sustainability%20Report/MICO26_Sustainability_Impact_Legacy_Report_2024.pdf">restaurer les écosystèmes et, plus largement, à compenser l’ensemble des émissions résiduelles</a>, notamment par l’achat de crédits carbone. Les plus pessimistes diront cependant que ce qui a été détruit ne pourra jamais être entièrement restauré, et qu’aucune compensation financière ou écologique ne saurait réellement en effacer l’impact.</p> <p>En termes d’adaptation, notons que la production de neige artificielle, même si optimisée, <a href="https://shs.cairn.info/article/SAVA_064_0129?tab=texte-integral">nécessite beaucoup d’eau et d’énergie, en plus de dégrader la qualité des sols</a>. Ainsi, cette solution, censée pallier les effets du réchauffement, finit paradoxalement par y contribuer. D’où l’importance de mieux penser les solutions d’adaptation.</p> <p>Enfin, les habitants redoutent un <a href="https://www.ildolomiti.it/altra-montagna/attualita/2024/milano-si-mobilita-contro-la-legacy-delle-olimpiadi-milano-cortina-2026">effet d’embourgeoisement</a>. À Milan, l’édification du village olympique a entraîné l’expulsion de résidents, et les loyers prévus une fois le site reconverti en résidence universitaire sont jugés trop élevés. Ainsi, dans une perspective de justice sociale, on peut se demander à qui profiteront réellement les nouvelles installations à plus long terme.</p> <h2>Peut-on parler d’un vrai tournant ?</h2> <p>Dans l’ensemble, la stratégie de Milan-Cortina montre une réelle évolution dans la façon de penser la durabilité des Jeux d’hiver. Les organisateurs ont appris des éditions précédentes et proposent désormais des approches d’autant plus innovantes.</p> <p>Bien que les émissions de gaz à effet de serre anticipées soient moins élevées qu’à Pékin ou à Pyeongchang, celles de Milan-Cortina demeurent estimées à près d’un <a href="https://gstatic.olympics.com/s3/mc2026/documents/Sustainability%20-%20Now26/Others%20Documents/MICO26_GHG%20Management%20Strategy%20Communication%20Document_EN_09072024%20%281%29.pdf">million de tonnes de CO₂ équivalent</a>. Dans ce contexte, il reste à espérer que le comité parvienne véritablement à mettre en œuvre l’ensemble des mesures prévues afin d’en compenser la plus grande part possible.</p> <p>Par ailleurs, la prochaine édition des Jeux d’hiver aura lieu, elle aussi, dans les Alpes, mais cette fois en territoire français. Le tout nouveau comité organisateur des Jeux de 2030 suit sans doute avec attention les choix faits du côté italien, conscient des défis climatiques croissants qui l’attendent.</p> <p>D’ici là, on peut compter sur les athlètes et para-athlètes, lesquels sont déjà à pied d’œuvre au moment où j’écris ces lignes, pour nous éblouir encore, ne serait-ce le temps d’un instant.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268141/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Alizée Pillod est affiliée au Centre d&#39;Études et de Recherches Internationales de l&#39;UdeM (CERIUM), au Centre de recherche sur les Politiques et le Développement Social (CPDS) et au Centre pour l&#39;Étude de la Citoyenneté Démocratique (CECD). Ses recherches sont subventionnées par les Fonds de Recherche du Québec (FRQ). Alizée a aussi obtenu la Bourse départementale de recrutement en politiques publiques (2021), la Bourse d&#39;excellence en études environnementales Rosdev (2023), ainsi que la Bourse d&#39;excellence en politiques publiques de la Maison des Affaires Publiques et Internationales (2025). Elle a collaboré par le passé avec le consortium Ouranos, le ministère de l’Environnement du Québec et l’INSPQ.</span></em></p> À l’image de Paris 2024, les Jeux d’hiver de Milan-Cortina se veulent exemplaires en matière de durabilité, mais leur mise en œuvre comporte son lot de défis. Alizée Pillod, Doctorante en science politique, Université de Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/268062 2025-11-11T16:16:22Z 2025-11-11T16:16:22Z Le Saint-Laurent s’asphyxie : un déséquilibre invisible menace la vie marine et le climat <p>On connaît bien le rôle de l’oxygène (O<sub>2</sub>) pour la vie sur Terre, mais il est tout aussi essentiel à celle des océans. Dans les eaux profondes du Saint-Laurent, sa <a href="https://theconversation.com/lestuaire-maritime-du-saint-laurent-est-a-bout-de-souffle-180069">raréfaction</a> déclenche une série de réactions, invisibles à l’œil nu, qui modifient la circulation des nutriments, avec des effets potentiels sur la vie marine et sur le climat lui-même.</p> <p>Dans l’océan, l’azote « fixé », c’est-à-dire sous une forme que les organismes peuvent utiliser, est essentiel à la croissance du phytoplancton, ces organismes marins semblables à des plantes microscopiques. Ces derniers jouent un rôle clé dans la « pompe biologique à CO<sub>2</sub> », un processus naturel qui capture du carbone dans l’air et le transporte vers les profondeurs marines.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="La figure représente une coupe verticale de l’ocean. A la surface le CO₂ et le N2 diffuse de l’atmosphère vers l’ocean. Le CO₂ est directement utilisé par le phytoplancton alors que le N2 doit passer par une étape dite de fixation avant d’être utilisé" src="https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=523&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=523&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=523&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=658&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=658&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/700636/original/file-20251105-76-5jqigy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=658&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Schéma simplifié représentant le lien entre le cycle de l’azote et du carbone et la probable présence de processus de perte d’azote dans la colonne d’eau.</span> <span class="attribution"><span class="source">L. Pascal</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/">CC BY-NC</a></span> </figcaption> </figure> <p>Mais ce stock d’azote « fixé » peut être réduit lorsque certains microbes le convertissent en diazote (N<sub>2</sub>), un gaz que la plupart des organismes ne peuvent pas assimiler. On pensait jusqu’à présent que ces réactions de « perte d’azote » ne se déclenchaient que dans des conditions presque totalement dépourvues d’oxygène (moins de 5 micromoles par litre).</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-eaux-de-nos-rivieres-se-rechauffent-et-ce-nest-pas-sans-consequence-pour-les-poissons-256012">Les eaux de nos rivières se réchauffent et ce n’est pas sans conséquence pour les poissons</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Une découverte qui change la donne</h2> <p>L’étude que <a href="https://doi.org/10.1029/2024GB008218">nous avons récemment menée</a> remet en question cette idée bien ancrée. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large : partout dans le monde, les océans s’appauvrissent en oxygène. Depuis plus d’un demi-siècle, les <a href="https://doi.org/10.1126/science.aam7240">zones marines pauvres en oxygène s’étendent</a> et leur niveau de désoxygénation s’intensifie. Ces changements résultent en grande partie du réchauffement climatique et des apports excessifs de nutriments, comme l’azote, liés aux activités humaines.</p> <p>Cette tendance inquiète les scientifiques. Elle menace non seulement la biodiversité marine, mais elle perturbe aussi les grands cycles naturels, comme ceux de l’azote et du carbone, qui régulent le climat de la planète.</p> <p>Nous avons étudié les eaux profondes de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, où l’eau est sous-oxygénée, mais non dépourvue d’oxygène. Ces conditions influencent directement la façon dont l’azote est transformé ou perdu dans l’eau. Pour mieux comprendre ces dynamiques, nous avons utilisé des traceurs chimiques, un peu comme des balises invisibles permettant de suivre ces réactions, depuis les zones bien oxygénées du golfe jusqu’à celles où l’oxygène devient plus rare dans l’estuaire.</p> <p>Nous avons constaté que le stock d’azote utilisable (« fixé », surtout sous forme de nitrates, NO<sub>3</sub>⁻) diminue et que du N<sub>2</sub> est produit dès que l’oxygène descend sous un seuil critique d’environ 58 micromoles par litre. Or, ce seuil est beaucoup plus élevé que ce que l’on pensait nécessaire pour activer les réactions de « perte d’azote ».</p> <hr> <p><strong>Cet article fait partie de notre série <a href="https://theconversation.com/ca-fr/topics/fleuve-saint-laurent-116908">Le Saint-Laurent en profondeur</a></strong></p> <p><br><em>Ne manquez pas les nouveaux articles sur ce fleuve mythique, d’une remarquable beauté. Nos experts se penchent sur sa faune, sa flore, son histoire et les enjeux auxquels il fait face. Cette série vous est proposée par La Conversation.</em></p> <hr> <p>Mais ce n’est pas tout : sous ce même seuil, nous avons également observé une production de protoxyde d’azote (N<sub>2</sub>O), un gaz à effet de serre (GES) 300 fois plus puissant que le CO<sub>2</sub> en termes de réchauffement global. Or, dans le Saint-Laurent, les eaux profondes remontent naturellement vers la surface près de Tadoussac, poussées par la <a href="https://theconversation.com/lestuaire-maritime-du-saint-laurent-est-a-bout-de-souffle-180069">circulation des masses d’eau de l’estuaire et les marées</a>. Cette remontée d’eaux riche en N<sub>2</sub>O transforme l’estuaire en une zone potentielle d’émission de GES vers l’atmosphère, montrant clairement le lien entre la désoxygénation des eaux profondes, le cycle de l’azote et le climat.</p> <h2>Où cette production se produit-elle ?</h2> <p>Pour comprendre l’origine de cette production, notre équipe a d’abord examiné les sédiments du fond marin, la zone benthique, un environnement riche en matière organique et quasiment dépourvu en oxygène, où <a href="https://theconversation.com/le-saint-laurent-manque-doxygene-et-limpact-est-grand-pour-les-petits-animaux-qui-y-vivent-215779">d’importants changements avaient déjà été observés</a>.</p> <p>Les résultats ont révélé que les sédiments ne racontent pas toute l’histoire : bien que l’azote « fixé » y soit effectivement consommé, cette consommation ne suffit pas à elle seule à expliquer les fortes baisses de concentration d’azote « fixé » observées dans les eaux profondes, ni la production importante de N<sub>2</sub> et N<sub>2</sub>O qui y survient. Il semble donc que ces phénomènes résultent d’une combinaison de processus se déroulant dans la masse d’eau profonde et dans les sédiments.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="" src="https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=847&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=847&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=847&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1064&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1064&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/700638/original/file-20251105-56-ntixbz.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1064&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Carte des sites étudiés dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, montrant les concentrations d’oxygène (O₂), de diazote (N₂) et de protoxyde d’azote (N₂O) dans les eaux profondes, du détroit de Cabot (à l’est) jusqu’à Tadoussac (à l’ouest). La ligne rouge marque le seuil d’hypoxie (faible teneur en oxygène). Le N* indique si une masse d’eau contient plus ou moins d’azote que prévu (ligne jaune). La ligne noire montre la zone où commencent les productions de N₂ et de N₂O.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://stamen.com/">(Fond de carte par Stamen design)</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/">CC BY-NC</a></span> </figcaption> </figure> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/il-faut-repenser-notre-maniere-dhabiter-le-fleuve-saint-laurent-184425">Il faut repenser notre manière d’habiter le fleuve Saint-Laurent</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Un déséquilibre qui se propage le long de la chaîne alimentaire ?</h2> <p>Et si le déséquilibre du cycle de l’azote affectait la chaîne alimentaire ? Dans cette même étude, nous avons constaté que la réduction du stock d’azote « fixé » entraînait un déficit de celui-ci par rapport au phosphore disponible (mesuré par l’indice N*).</p> <p>Même si cela reste à confirmer, ce déséquilibre, combiné à la remontée d’eaux profondes pauvres en azote, mais riches en phosphore vers Tadoussac, pourrait modifier le régime alimentaire du phytoplancton dans les eaux de surface. Or, le phytoplancton est à la base de toute la chaîne alimentaire marine. Un changement dans sa composition pourrait en altérer la qualité nutritive pour le zooplancton, ces minuscules organismes, eux-mêmes mangés par les poissons, maillons essentiels de la chaîne alimentaire.</p> <p>Selon cette hypothèse, cela pourrait affecter la productivité des pêcheries commerciales et dégrader davantage l’habitat des mammifères marins, comme les baleines et bélugas, déjà vulnérables. Pour les communautés côtières qui dépendent de ses ressources, les conséquences de ces changements écologiques dépasseraient les pertes économiques : elles toucheraient aussi au patrimoine naturel et culturel régional.</p> <h2>Le Saint-Laurent à bout de souffle : des recherches aux solutions</h2> <p>Les eaux profondes du Saint-Laurent sont littéralement « à bout de souffle ». En perdant de l’oxygène, elles déclenchent des réactions biochimiques qui menacent la productivité marine et génèrent des gaz à effet de serre puissants. Face à cette situation, il n’est pas question de tirer des conclusions hâtives. Il devient plutôt nécessaire de renforcer le suivi des conditions chimiques et écologiques dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent.</p> <p>Des recherches interdisciplinaires sont indispensables pour mieux comprendre les interactions entre la désoxygénation de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, les cycles biogéochimiques et les écosystèmes. Par exemple, il demeure primordial de déterminer si le déficit en azote « fixé » influence les communautés de phytoplancton et leur qualité nutritive. Comprendre et suivre ces changements est essentiel, car ils nous rappellent que la santé de nos écosystèmes marins est intimement liée au climat de la planète.</p> <p>Dans ce contexte, des pistes de solutions commencent à émerger. De récentes études proposent ainsi d’<a href="https://doi.org/10.1111/gcb.17228">utiliser la transition énergétique pour atténuer les impacts de la désoxygénation des écosystèmes côtiers</a>. Pour <a href="https://doi.org/10.1007/s11027-023-10094-1">l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent</a>, certains chercheurs suggèrent d’employer l’oxygène produit lors de la fabrication d’hydrogène vert pour réoxygéner les eaux profondes. Même si les quantités d’oxygène injectées devront être <a href="https://doi.org/10.5194/os-21-2179-2025">très importantes pour s’assurer de l’oxygénation complète du système</a>, cette approche ouvre des perspectives inédites pour restaurer la santé des milieux côtiers.</p> <p>Pour être pleinement comprises, ces interventions doivent faire l’objet de recherches interdisciplinaires. Il s’agit non seulement d’évaluer leur faisabilité et leurs impacts écologiques, mais aussi de réfléchir aux enjeux éthiques et sociaux qu’elles soulèvent.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/268062/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Ludovic Pascal est membre du regroupement inter-institutionnel Québec-Océan et de l&#39;association scientifique Nereis Park. Il a reçu des financements du FRQNT, du réseau de centres d&#39;excellence MEOPAR, du Gouvernement du Québec (Réseau Québec Maritime, MEIE, MELCCFP, MTMD) et du Gouvernement du Canada (CFREF)</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Gwénaëlle Chaillou a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), des Fonds de Recherche du Québec, des Chaires de Recherche du Canada et du Gouvernement du Québec (Réseau Québec Maritime, MELCCFP, MTMD, MEIE). Elle est la directrice générale du Réseau Québec maritime depuis 2023. Elle est membre de l&#39;ACFAS, de la Geochemical Society et de International Association of Hydrogeologists – Canadian National Committee (IAH-CNC).</span></em></p> La perte d’oxygène dans les eaux profondes du Saint-Laurent bouleverse le cycle de l’azote, menaçant la vie marine et accentuant les émissions de GES. Ludovic Pascal, Research associate, Université du Québec à Rimouski (UQAR) Gwénaëlle Chaillou, Professeure de chimie marine à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER-UQAR), Université du Québec à Rimouski (UQAR) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/263997 2025-11-10T13:45:52Z 2025-11-10T13:45:52Z La menace méconnue de la transition énergétique <p>La voiture électrique s’est imposée comme le symbole de la transition énergétique. Elle promet une mobilité plus propre, moins dépendante du pétrole et plus respectueuse du climat. Pourtant, derrière cette image d’une société plus verte, un élément central de la batterie reste largement absent des débats publics : l’électrolyte.</p> <p>Professeur de chimie dans l'Institut Courtois de l’Université de Montréal et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, mes recherches portent sur le stockage de l’énergie dans les batteries lithium. Mes travaux visent à concevoir des électrolytes plus durables, ce qui me conduit à m’inquiéter de la dépendance croissante des filières de batteries aux chaînes d’approvisionnement géopolitiquement fragiles.</p> <h2>L’électrification de nos parcs automobiles</h2> <p><a href="https://www.iea.org/reports/global-ev-outlook-2025">La transition énergétique repose en grande partie sur l’électrification de nos parcs automobiles</a>. Longtemps dépendants du pétrole, les pays industrialisés s’engagent désormais dans une transformation profonde de la mobilité.</p> <p>La Chine a pris une longueur d’avance avec l’essor fulgurant de BYD, devenu en quelques années <a href="https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20250327-byd-plus-fort-que-tesla-g%C3%A9ant-chinois-voitures-%C3%A9lectriques-elon-musk-nemesis-wang-chuanfu">l’un des plus grands fabricants mondiaux de véhicules électriques</a>. En proposant des modèles abordables et en misant sur des batteries à base de lithium-fer-phosphate, la Chine montre que l’électrification à grande échelle est possible et peut même redessiner les équilibres industriels mondiaux.</p> <p>En Europe, les grands constructeurs historiques, de Volkswagen à Renault, ont opéré un <a href="https://www.spglobal.com/market-intelligence/en/news-insights/articles/2021/9/ev-impact-electric-vehicle-surge-resonates-across-global-economy-66518519">virage décisif vers l’électrique</a>. Soutenus par des politiques publiques volontaristes, ils investissent massivement dans de nouvelles usines de batteries et annoncent chaque année de nouveaux modèles zéro émission. Ce mouvement n’est pas seulement technologique, il est aussi stratégique : il s’agit de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de répondre aux attentes croissantes des citoyens en matière de durabilité.</p> <p><a href="https://fr.statista.com/infographie/32693/interdiction-vehicules-essence-et-diesel/">De nombreux pays ont proposé un objectif clair </a> : d’ici 2035, 100 % des voitures neuves devront être électriques. Cet horizon commun marque une rupture historique. Il signifie que l’automobile, pilier de nos sociétés modernes, doit s’adapter pour devenir compatible avec les limites de la planète.</p> <p>L’analyse fine des composants de la batterie pourrait toutefois nous faire déchanter. Et pas seulement pour des raisons environnementales : notre dépendance aux électrolytes impose déjà de nouveaux enjeux géostratégiques que l’on ne peut plus ignorer.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/carboneutre-vraiment-le-mirage-vert-des-projets-de-gnl-261446">Carboneutre, vraiment ? Le mirage vert des projets de GNL</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>L’anatomie des batteries lithium</h2> <p>Une batterie lithium-ion s’articule autour de trois compartiments intimement liés : l’anode, le plus souvent en graphite, qui accueille les ions lithium lors de la charge, et la cathode, composée d’oxydes métalliques de nickel, de cobalt ou de manganèse, qui libère ces ions. L’électrolyte est l’espace qui relie l’anode et la cathode. Ce liquide, constitué de sels de lithium dissous dans des solvants organiques, rend possible la mobilité des ions lithium d’une électrode à l’autre.</p> <p>Il est important de rappeler que les <a href="https://journalauto.com/industrie/vehicules-electriques-leurope-reprend-la-main-sur-les-materiaux-critiques/">matériaux critiques aujourd’hui au cœur des électrodes ne sont pas une fatalité</a>. Pour les cathodes, la recherche s’oriente déjà vers des compositions à faible teneur en cobalt, voire totalement exemptes de ce métal problématique, en misant sur des chimies riches en fer et en manganèse, lesquels sont abondants et bien répartis géographiquement.</p> <p>Les batteries lithium-fer-phosphate se sont ainsi imposées comme une <a href="https://www.nature.com/articles/s43246-022-00236-4">alternative robuste, moins coûteuse et plus respectueuse de l’environnement</a>, déjà adoptée massivement en Chine – avec notamment le développement de BYD – et en pleine expansion ailleurs. <a href="https://www.lesechos.fr/start-up/impact/pourquoi-les-batteries-electrisent-les-start-up-de-la-french-tech-2045911">D’autres approches explorent les batteries sodium-ion</a>, qui s’affranchissent du lithium lui-même en exploitant un élément, le sodium, présent en quantité quasi illimitée.</p> <p>Du côté des anodes, le graphite naturel ou synthétique, aujourd’hui majoritaire, peut être partiellement remplacé par du silicium ou par des <a href="https://www.nature.com/articles/s41598-022-11853-x">carbones issus de biomasse</a>, ouvrant la voie à une production plus durable et moins dépendante des chaînes d’approvisionnement critiques.</p> <p>Ces alternatives témoignent de notre capacité à bâtir des solutions plus vertes pour les batteries et, par extension, pour les voitures électriques.</p> <h2>L’électrolyte, un enjeu géopolitique</h2> <p>Peu discuté dans le grand public, l’électrolyte pose quant à lui deux problèmes majeurs, environnementaux et géopolitiques.</p> <p>Il faut d’abord savoir que les chaînes d’approvisionnement en électrolytes sont extrêmement concentrées et donc vulnérables. La Chine domine largement la transformation et la formulation de ces composants. <a href="https://www.lefigaro.fr/conjoncture/batteries-electriques-alimentation-formation-comment-le-groupe-ocp-geant-marocain-du-phosphate-diversifie-son-empire-20250910">Le Maroc est un fournisseur clé pour le phosphore</a>, tandis que le <a href="https://www.usinenouvelle.com/article/fluorochimie-mexichem-met-la-main-sur-ineos-fluor.N1338297">Mexique joue un rôle essentiel pour le fluor</a>. Une telle dépendance crée une fragilité géopolitique majeure : toute tension commerciale, instabilité politique ou décision unilatérale de restriction d’exportation pourrait perturber l’ensemble de l’industrie mondiale des batteries.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>L’Occident, qui s’est longtemps inquiété de sa dépendance au pétrole, risque de répéter la même erreur. En négligeant le rôle de l’électrolyte, nous pourrions remplacer une dépendance par une autre. L’autonomie énergétique associée aux véhicules électriques pourrait alors se révéler illusoire, menacée par ce talon d’Achille oublié.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/bras-de-fer-des-geants-lue-et-les-etats-unis-preoccupes-par-la-surcapacite-industrielle-chinoise-233292">Bras de fer des géants : l’UE et les États-Unis préoccupés par la « surcapacité industrielle chinoise »</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Pour réduire cette vulnérabilité géopolitique, plusieurs pistes s’imposent. D’une part, diversifier les chaînes d’approvisionnement en développant des partenariats stratégiques avec d’autres pays producteurs et en <a href="https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/terres-rares-et-materiaux-critiques-ou-se-situent-les-47-projets-strategiques-de-l-ue/">soutenant l’émergence d’industries locales de transformation</a>. D’autre part, investir massivement dans la recherche pour concevoir des électrolytes alternatifs, moins dépendants de ressources critiques, voire <a href="https://single-market-economy.ec.europa.eu/sectors/raw-materials/areas-specific-interest/critical-raw-materials_en">issus de filières renouvelables</a>. Enfin, renforcer les capacités de recyclage des électrolytes usagés offrirait une double réponse : sécuriser l’accès à des matières premières tout en <a href="https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.chemrev.3c00174">réduisant l’empreinte environnementale du secteur</a>.</p> <h2>L’électrolyte, un enjeu environnemental</h2> <p>Au-delà de la question géopolitique, la production des électrolytes soulève également des enjeux environnementaux. En effet, l’électrolyte n’est <a href="https://www.nature.com/articles/s41467-025-60711-7">pas plus recyclable que sa production n’est verte</a>.</p> <p>Leur fabrication repose sur des intermédiaires chimiques dangereux et sur des solvants issus des hydrocarbures, ce qui engendre des <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0167273815000533">impacts bien éloignés de l’image verte associée à la mobilité électrique</a>. La durabilité environnementale réelle des voitures électriques ne peut donc être évaluée sans prendre en compte ce maillon négligé.</p> <p>Il ne s’agit pas ici de comparer la batterie à la pétrochimie : les technologies sont radicalement différentes. L’enjeu est plutôt d’ouvrir les consciences sur le fait que la batterie n’est pas encore aussi verte qu’on le croit. Sa fabrication mobilise encore des solvants fluorés, parfois classés parmi les PFAS, des « polluants éternels », et la quasi-totalité des électrolytes usagés n’est aujourd’hui pas recyclée. Il reste du chemin à parcourir pour que la batterie devienne une alternative pleinement durable.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/voici-ce-que-vous-devez-savoir-sur-les-pfas-que-lon-surnomme-polluants-eternels-194583">Voici ce que vous devez savoir sur les PFAS, que l’on surnomme « polluants éternels »</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Pour limiter ces impacts environnementaux, il est essentiel d’explorer de nouvelles voies : <a href="https://pubs.rsc.org/en/content/articlelanding/2025/gc/d4gc05476h">développer des électrolytes « verts » en remplaçant les solvants issus des hydrocarbures par des alternatives biosourcées</a>, mettre en place des procédés de synthèse plus sobres en énergie et moins générateurs de déchets, et investir dans des technologies de recyclage capables de récupérer et réutiliser les composants électrolytiques.</p> <p>De telles approches permettraient non seulement de réduire l’empreinte écologique de la batterie, mais aussi de rapprocher la promesse des véhicules électriques de la réalité d’une transition énergétique véritablement durable.</p> <h2>Une recherche d’alternatives est urgente</h2> <p><a href="https://www.iea.org/reports/global-ev-outlook-2025">Avec des ventes mondiales de véhicules électriques appelées à être augmentées d’ici 2030</a>, la demande en électrolytes va croître de façon exponentielle. Cela soulève des questions urgentes : comment sécuriser et diversifier les approvisionnements, comment réduire la dépendance stratégique, et comment développer des alternatives plus durables ?</p> <p>L’électrolyte est le maillon oublié de la transition électrique. L’ignorer, c’est construire une indépendance énergétique sur des bases fragiles. Si nous voulons que la voiture électrique tienne réellement sa promesse de durabilité et de souveraineté, il est urgent d’intégrer l’électrolyte au cœur du débat public.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/263997/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Olivier Fontaine a reçu des financements de ANR. </span></em></p> La voiture électrique incarne la transition verte, mais son électrolyte, maillon essentiel et problématique, soulève des enjeux géopolitiques et environnementaux oubliés. Olivier Fontaine, Professeur de Chimie, et de sciences physiques, Université de Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/261131 2025-10-02T13:55:50Z 2025-10-02T13:55:50Z La migration nordique de la forêt tempérée ne se passe pas comme prévu <p>Et si la forêt boréale n’était pas aussi fragile qu’on le croit ? Contrairement aux modèles qui prédisent <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/gcb.16014">son recul rapide devant les érablières tempérées</a>, son histoire écologique révèle une étonnante résilience. Les érables, eux, avancent plus lentement qu’annoncé. Résultat : la grande transition forestière promise ne se fera peut-être pas aussi vite qu’on l’imagine.</p> <p>La composition et la structure des forêts résultent d’une dynamique écologique complexe influencée par plusieurs facteurs, dont la nature du sol, les perturbations écologiques (feux, chablis, épidémies d’insectes), le climat et la capacité des espèces à répondre à ces conditions.</p> <p>La forêt boréale constitue un vaste biome bordé au sud par la forêt tempérée. Comme partout où deux grands milieux naturels se rencontrent, la transition ne se fait pas de façon abrupte. Elle forme plutôt une zone intermédiaire appelée écotone, où les caractéristiques des deux biomes se mélangent. Cette zone s’appelle l’écotone de la forêt boréale-tempérée et elle <a href="https://www.jstor.org/stable/90015904">engloble les forêts du sud du Québec</a>. On y observe des petits peuplements d’arbres typiques de la forêt boréale et de la forêt tempérée, qui deviennent de plus en plus rares et isolés à mesure qu’ils approchent des conditions qui dépassent ce qu’ils peuvent tolérer pour survivre.</p> <p>Respectivement doctorant en écologie forestière et professeur en écologie végétale à l’Université du Québec à Rimouski, nous nous intéressons aux dynamiques passées et actuelles des peuplements situés à la limite nordique des espèces de la forêt tempérée. Parmi celles-ci figure l’érable à sucre, un arbre emblématique sur les plans culturel, écologique et économique.</p> <hr> <p><strong>Cet article fait partie de notre série <a href="https://theconversation.com/ca-fr/topics/foret-boreale-138017">Forêt boréale : mille secrets, mille dangers</a></strong></p> <p><br><em>La Conversation vous propose une promenade au cœur de la forêt boréale. Nos experts se penchent sur les enjeux d’aménagement et de développement durable, les perturbations naturelles, l’écologie de la faune terrestre et des écosystèmes aquatiques, l’agriculture nordique et l’importance culturelle et économique de la forêt boréale pour les peuples autochtones. Nous vous souhaitons une agréable – et instructive – balade en forêt !</em></p> <hr> <p>Notre objectif est de reconstruire l’histoire écologique des peuplements marginaux afin de mieux comprendre leur trajectoire dans le temps et d’utiliser ces connaissances pour anticiper l’effet des changements globaux contemporains sur la forêt québécoise.</p> <h2>Une frontière en perpétuel mouvement</h2> <p>Depuis près de trois millions d’années, le climat planétaire oscille naturellement entre des périodes glaciaires et interglaciaires en raison de variations cycliques de l’orbite terrestre. L’interglaciaire actuel, amorcé il y a environ 12 000 ans, est appelé l’Holocène. Bien que plus stable que les périodes glaciaires, cette période géologique a connu des changements climatiques notables.</p> <p>Par exemple, entre 8000 à 4000 ans avant aujourd’hui, l’Holocène moyen a été <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/jqs.3022">plus chaud que l’actuel</a>. Les saisons de croissance plus longues dans l’écotone de la forêt boréale mixte auraient alors provoqué un déplacement de la limite nordique de <a href="https://cdnsciencepub.com/doi/abs/10.1139/e70-035">certaines espèces tempérées</a> de plus de 100 km au-delà de leur répartition actuelle.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/au-quebec-les-feuillus-pourraient-se-deplacer-vers-le-nord-voici-les-consequences-potentielles-sur-le-paysage-forestier-boreal-196530">Au Québec, les feuillus pourraient se déplacer vers le nord. Voici les conséquences potentielles sur le paysage forestier boréal</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Or, pour que des espèces tempérées puissent migrer vers le nord, les espèces boréales doivent céder leur place. Au cours de l’Holocène moyen, 8000 à 4000 ans avant aujourd’hui, les proportions d’espèces dans l’écotone auraient penché en faveur de certaines espèces tempérées. À l’inverse, le Néoglaciaire, une période de refroidissement global entamé il y a 4000 ans a inversé cette tendance. Les espèces tempérées se seraient repliées vers le sud, alors que les <a href="https://www.erudit.org/en/journals/natcan/2020-v144-n1-natcan05187/1070086ar/abstract/">espèces boréales ont regagné du terrain</a> dans l’écotone.</p> <p>Aujourd’hui, un nouveau revirement s’annonce avec le <a href="https://ressources-naturelles.canada.ca/sites/www.nrcan.gc.ca/files/energy/Climate-change/pdf/RCCC_Chapitre4-Les%20changements%20de%20tempe%CC%81rature%20et%20de%20pre%CC%81cipitations%20au%20Canada-1.pdf">réchauffement climatique d’origine humaine</a>. Les modèles prévoient que l’actuel écotone de la <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/gcb.16014">forêt boréale mixte disparaîtra presqu’entièrement</a> du paysage d’ici 2100, au profit de la forêt tempérée dominée par l’érable à sucre.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/pourquoi-certains-arbres-perdent-ils-leurs-feuilles-alors-que-dautres-restent-verts-toute-lannee-239994">Pourquoi certains arbres perdent-ils leurs feuilles alors que d’autres restent verts toute l’année ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Un phénomène particulier</h2> <p>Il est toutefois probable que les espèces de la forêt tempérée ne réagissent pas toutes de manière synchronisée. De <a href="https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/1365-2745.70106">nouvelles données</a> paléoécologiques provenant d’érablières situées à la limite nordique de l’érable à sucre et de l’érable rouge indiquent que les espèces de la forêt tempérée ont réagi individuellement face aux changements climatiques passés.</p> <p>Lors de l’intervalle de températures chaudes à l’Holocène moyen, certaines espèces tempérées ont pu profiter de l’avantage que les conditions climatiques apportaient pour repousser leurs limites nordiques plus loin.</p> <p>Les érables, contrairement à d’autres espèces tempérées, n’ont pas atteint la limite nordique de leur distribution durant cette période chaude. Ils se sont plutôt établis alors que la température moyenne diminuait et que les espèces boréales augmentaient en abondance dans l’écotone. Puisque les érables sont des espèces tempérées, ils nécessitent des conditions environnementales différentes des espèces boréales.</p> <p>L’établissement des érables en même temps que l’augmentation de l’abondance des conifères boréaux dans le paysage semble donc paradoxal.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Deux facteurs à considérer</h2> <p>Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce phénomène. Les forêts de conifères boréaux sont <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.2307/3236551">plus propices aux grands feux sévères</a> que les forêts décidues tempérées. La réduction des espèces boréales dans l’écotone à l’Holocène moyen aurait entraîné une diminution de la taille et de la sévérité des incendies.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-incendies-de-foret-recents-sont-ils-pires-que-ceux-des-deux-derniers-siecles-262395">Les incendies de forêt récents sont-ils pires que ceux des deux derniers siècles ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Des espèces tempérées comme le pin blanc auraient alors été dominantes, fermant le couvert forestier et limitant la capacité des érables à s’établir. Le retour des conifères boréaux lors du refroidissement Néoglaciaire il y a 4000 ans a favorisé une augmentation des grands feux, créant des ouvertures temporaires du couvert forestier. Certaines espèces tempérées opportunistes, comme <a href="https://esajournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/ecs2.70116">l’érable rouge, ont alors pu s’y établir</a>.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/feux-de-foret-voici-pourquoi-il-faut-une-structure-nationale-pour-mieux-les-gerer-259216">Feux de forêt : voici pourquoi il faut une structure nationale pour mieux les gérer</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Par ailleurs, les premières preuves empiriques de la présence de l’érable à sucre à sa limite nordique ne remontent qu’<a href="https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/1365-2745.70106">à 2200 ans avant aujourd’hui</a>. Ce délai entre l’établissement des deux érables pourrait refléter le temps nécessaire pour que la présence préalable d’érable rouge modifie les propriétés du sol, le rendant propice à l’établissement de l’érable à sucre.</p> <p>Ce dernier dépend obligatoirement de la présence de <a href="https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/1365-2745.13326">mycorhizes symbiotiques</a> absentes en milieu boréal, mais qu’il partage avec l’érable rouge, moins exigeant. Les mycorhizes, des champignons qui s’intègrent dans le système racinaire des plantes dans une relation symbiotique, aident les arbres en augmentant leur capacité d’extraire les nutriments du sol. Dans le cas de l’érable à sucre, un arbre particulièrement sensible aux sols pauvres, la présence de mycorhizes semble permettre l’extraction du peu de nutriments des sols nordiques, permettant l’établissement de l’espèce.</p> <p>Ainsi, une interaction écologique entre les deux érables pourrait avoir facilité l’expansion tardive de l’érable à sucre vers le nord.</p> <h2>Une nouvelle compréhension</h2> <p>En évaluant les réponses des espèces face aux changements climatiques passés, les études rétrospectives offrent un nouvel éclairage sur les scénarios futurs.</p> <p>Les modèles prédictifs pourraient sous-estimer la résilience de la forêt boréale et surestimer la capacité d’expansion des espèces tempérées.</p> <p>L’histoire écologique des érablières nordiques suggère qu’il faudra bien plus que quelques décennies de réchauffement climatique avant que la forêt boréale ne se transforme en érablière. Ce délai peut s’étendre à des millénaires avant que les mycorhizes et les espèces compagnes bénéfiques préparent le terrain pour l’établissement de l’érable à sucre.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/261131/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Todor Slavchev Minchev a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies et du Programme des chaires de recherche du Canada.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Guillaume de Lafontaine a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies et du Programme des chaires de recherche du Canada. </span></em></p> Nouvelle donne écologique : les érablières n’envahiront pas le nord aussi vite qu’annoncé. Todor Slavchev Minchev, Doctorant en écologie forestière, Université du Québec à Rimouski (UQAR) Guillaume de Lafontaine, Professeur en écologie végétale, Université du Québec à Rimouski (UQAR) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/265541 2025-09-22T13:17:13Z 2025-09-22T13:17:13Z À Montréal, même en doublant les pistes cyclables, les voitures conserveraient 90 % de la chaussée <p>Montréal est souvent considérée comme la <a href="https://copenhagenizeindex.eu/">ville la plus « favorable au vélo »</a> en Amérique du Nord. Pourtant, nos recherches montrent que seulement 2,3 % de la chaussée est dédiée aux vélos, alors que les voitures occupent les 97,7 % restants de l’espace.</p> <p>Nous avons mesuré l’espace routier par type d’infrastructure et avons mis les résultats obtenus en rapport avec les modes de déplacement. Résultat : les vélos représentent 4,9 % des déplacements, contre 95,1 % pour les voitures.</p> <p>Les propositions de création ou d’extension de pistes cyclables se heurtent souvent à une <a href="https://doi.org/10.1016/j.jtrangeo.2020.102760">vive opposition</a>, ou à des <a href="https://doi.org/10.16997/ats.1355">réactions négatives</a>. Le phénomène appelé <a href="https://doi.org/10.1080/17450101.2017.1408950">« bikelash »</a> désigne les réticences des automobilistes à céder de l’espace sur la chaussée.</p> <p>Pourtant, notre étude révèle que la distribution de <a href="https://doi.org/10.1016/j.jcmr.2025.100071">l’espace est tellement biaisée</a> en faveur des voitures qu’on pourrait doubler les pistes cyclables présentes sur l'île sans réduire de façon significative l’espace pour les automobilistes.</p> <p>Après tout, le vélo est incroyablement efficace en <a href="https://doi.org/10.5198/jtlu.2020.1526">termes d'utilisation de l'espace</a>. Même si toutes les infrastructures cyclables étaient doublées, les voitures conserveraient toujours au moins 90 % de la chaussée dans tous les arrondissements.</p> <hr> <p><em><strong>Cet article fait partie de notre série <a href="https://theconversation.com/topics/serie-nos-villes-164670">Nos villes d’hier à demain</a>.</strong> Le tissu urbain connait de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et – tout particulièrement en cette année électorale – politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, La Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.</em></p> <h2>Partager l’espace</h2> <p>Nos recherches présentent plusieurs mesures d’allocation de l'espace. La première, qui est aussi la plus simple, concerne l’espace consacré à une infrastructure de transport spécifique.</p> <p>Nous avons constaté que 97,7 % de l’espace routier était consacré aux voitures et 2,3 % aux vélos. Lorsque nous avons inclus les trottoirs, 79,6 % de l’espace était occupé par les voitures, 18,8 % par les trottoirs et seulement 1,6 % par les vélos.</p> <p>Les arrondissements les plus associés au cyclisme ont tendance à consacrer davantage d’espace aux infrastructures cyclables. À Montréal, Le Plateau-Mont-Royal, un quartier considéré comme branché et favorable au vélo, arrive en tête avec 4,7 %.</p> <h2>Proportions allouées</h2> <p>La deuxième mesure que nous utilisons est l’espace par voyageur et par mode de transport.</p> <p>Dans le Plateau-Mont-Royal, où 21,9 % des trajets se font à vélo, nous constatons que les automobilistes disposent de 3,4 m<sup>2</sup> par voyageur, tandis que les cyclistes n’ont que 1,5 m<sup>2</sup> par voyageur. Cette mesure permet de comprendre la relation entre l’espace disponible et le nombre de voyageurs par mode de transport.</p> <p>Nous pouvons également présenter cela comme l’écart entre l’espace alloué aux infrastructures cyclables et la proportion de cyclistes, ce qui illustre les déséquilibres entre infrastructure et pratique réelle dans chaque arrondissement.</p> <p>Nous avons développé le score d’allocation équitable des infrastructures (EIA) afin de comprendre comment l’espace par voyageur pour un mode de transport se compare à celui d’un autre. Nous avons utilisé l’EIA pour comparer l’espace par cycliste à l’espace par automobiliste : lorsque l’EIA est égal à zéro, les automobilistes et les cyclistes se voient attribuer le même espace par voyageur. Lorsque l’EIA est inférieur à zéro, la distribution de l'espace est biaisée en faveur de l’automobile.</p> <p>Grâce à l’EIA, nous avons constaté que neuf des 19 arrondissements de Montréal présentent une inégalité spatiale en faveur des voitures ; Le Plateau a obtenu le pire score, avec -0,55.</p> <h2>Doubler les voies</h2> <p>Ces mesures peuvent également être modélisées pour des changements potentiels d’infrastructure, comme l’installation d’une nouvelle série de pistes cyclables, afin de mieux expliquer l’impact de tels projets sur l’espace.</p> <p>En avril 2024, le système de vélos en libre-service BIXI de Montréal comptait plus de <a href="https://bixi.com/en/bixi-season/">11 000 vélos répartis dans 900 stations</a>. Cela représente beaucoup de vélos, mais comme ils sont très peu encombrants, l’espace total utilisé par BIXI à Montréal n’est que de 0,021 km<sup>2</sup>. Si BIXI doublait le nombre de vélos et de stations, l’espace occupé par les voitures par voyageur diminuerait de 0,003 m<sup>2</sup>.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Nous avons modélisé ce qui se passerait si nous doublions toutes les infrastructures cyclables à Montréal. Nous avons constaté que l’espace pour les vélos augmenterait de 4,4 m<sup>2</sup> par voyageur, tandis que l’espace pour les automobilistes diminuerait de 0,2 m<sup>2</sup>.</p> <p>Dans le Plateau, les automobilistes ne perdraient que 0,15 m<sup>2</sup> par voyageur, et dans toute la ville, tous les arrondissements sauf deux auraient des scores EIA positifs.</p> <p>Le déséquilibre actuel de l’espace par voyageur est tellement favorable aux voitures que les projets d’infrastructures cyclables améliorent la situation spatiale des cyclistes dans une bien plus grande mesure qu’ils ne détériorent l’allocation spatiale pour les automobilistes.</p> <p>Il existe de nombreuses raisons bien établies pour améliorer les infrastructures cyclables et encourager les modes de transport durables, notamment la réduction <a href="https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/road-traffic-injuries">du nombre de décès liés</a> aux accidents de voiture.</p> <p>Nos conclusions corroborent cette affirmation, en mettant en évidence une forte corrélation entre l’augmentation des infrastructures cyclables et la diminution du nombre de collisions entre voitures et vélos.</p> <h2>Faire face à l’opposition</h2> <p>Les projets d’infrastructures cyclables se heurtent souvent à une <a href="https://doi.org/10.1080/17450101.2017.1408950">opposition farouche et bien ancrée</a>. Nos recherches fournissent aux urbanistes, décideurs, défenseurs et chercheurs des outils pour évaluer la situation spatiale actuelle et illustrer l’effet de scénarios alternatifs.</p> <p>Dans notre étude sur les rues de Montréal, nous avons constaté que même en améliorant les infrastructures cyclables à une échelle bien plus importante que tout ce qui est proposé aujourd’hui, l’espace routier resterait favorable aux voitures.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/265541/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Daniel Romm reçoit un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH)</span></em></p> Une étude montre que les pistes cyclables de Montréal n’occupent que 2,3 % de la chaussée ; même doublées, les voitures garderaient plus de 90 % de l’espace. Daniel Romm, PhD Candidate, Geography, McGill University Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/264062 2025-08-29T13:21:45Z 2025-08-29T13:21:45Z Le projet de loi sur le régime forestier est un important recul pour les droits des Autochtones <p>Déposé en avril par Québec, le projet de loi 97 visant à réformer le régime forestier <a href="https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/13273/reforme-foresterie-quebec-autochtones">fait l’objet d’une forte opposition</a> des environnementalistes, d’experts en foresterie et des peuples autochtones.</p> <p>Les Premières Nations soulignent que le régime forestier ouvre la porte à une exploitation du territoire rappelant les débuts de la colonisation et qu’il viole leurs droits. Elles demandent à Québec que la politique soit repensée en co-construction avec les peuples autochtones concernés.</p> <p>Ces nations ont-elles de tels droits ? Tout à fait. Voici pourquoi.</p> <p>Professeure adjointe à l’Université de Montréal en droit constitutionnel, droits et libertés et droit autochtone, je suis une fière Wendat.</p> <h2>Vers un retour à l’exploitation intensive de la forêt ?</h2> <p>N’ayant de « moderne » que le nom, la <em>Loi visant principalement à moderniser le régime forestier</em>, portée par la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, propose plutôt un retour en arrière. Elle rappelle les images du tristement célèbre film documentaire <em>L’erreur boréale</em> de Richard Desjardins. Ses conclusions de surexploitation de la forêt avaient été essentiellement confirmées en 2004 par la <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/218335/rapport-coulombe">Commission Coulombe sur les forêts publiques</a>.</p> <p>Le régime proposé diviserait le territoire forestier public en trois zones dédiées à l’aménagement forestier prioritaire, à la conservation et au multi-usage. L’aménagement « prioritaire » représenterait le tiers du territoire et permettrait son exploitation intensive. Dans cette zone comme dans la zone multi-usage, c’est l’industrie elle-même qui gouvernerait les activités d’aménagement, incluant la sélection des secteurs de coupe.</p> <p>Pire, l’article 17.5 prévoit que « toute activité ayant pour effet de restreindre la réalisation des activités d’aménagement forestier aux fins d’approvisionner une usine de transformation du bois dans une zone d’aménagement forestier prioritaire est interdite ». Autrement dit, même si les communautés locales ont des droits légitimes sur ces territoires, toute activité de conservation ou visant l’exploitation à des fins économiques des ressources par les peuples autochtones eux-mêmes seraient interdites.</p> <p>L’interdiction est si générale qu’elle permet aussi de se demander si Québec entend respecter son obligation constitutionnelle de consulter les nations visées avant que ne soit émise chaque autorisation d’exploitation du territoire.</p> <h2>Une violation claire des droits des peuples autochtones</h2> <p>Même si cela n’a pas toujours été le cas, le droit constitutionnel canadien reconnaît aujourd’hui de façon claire les droits ancestraux et issus de traités des peuples autochtones. Selon la Cour suprême du Canada, ces droits incluent notamment le pouvoir de participer à la gouvernance de leurs territoires. Les gouvernements ont donc l’obligation, avant toute décision pouvant nuire à ces droits, qu’ils soient déjà établis ou simplement revendiqués de manière crédible, de consulter les peuples autochtones, de chercher à les accommoder et, dans certains cas, de les indemniser.</p> <p>Cette obligation découle du <a href="https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/2189/index.do">principe juridique de l’honneur de la Couronne</a>, un principe selon lequel l’État doit agir de manière honorable envers les peuples autochtones, dans un esprit de réconciliation.</p> <p>L’idée d’interdire « toute activité » restreignant l’exploitation intensive de la forêt dans la zone d’aménagement prioritaire apparaît donc à sa face même ignorer les droits autochtones bien reconnus.</p> <p>Le projet de loi 97 viole également la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée en 2007, que le Canada s’est engagé à mettre en œuvre. Dans ses articles 10 et 28, la Déclaration interdit de retirer ces peuples de leurs territoires sans consentement et réparation. Ailleurs, elle protège notamment le droit d’utiliser, de mettre en valeur et de contrôler les territoires et ressources occupés traditionnellement selon leurs propres modes de gouvernance. La Déclaration garantit aussi le droit des peuples autochtones à la préservation de leur environnement.</p> <p>En particulier, les articles 18 et 19 de la Déclaration obligent les États à inclure les peuples autochtones dans tout processus décisionnel pouvant affecter leurs droits. De telles politiques ne peuvent être adoptées sans leur consentement préalable, libre et éclairé.</p> <p>La Cour suprême du Canada a récemment confirmé que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones a une portée juridique réelle : elle constitue un instrument international permettant d’interpréter le droit canadien, notamment depuis son intégration à la loi fédérale adoptée en 2021. Cette loi « impose au gouvernement du Canada l’obligation de prendre, en consultation et en collaboration avec les peuples autochtones, « <a href="https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/20264/index.do">toutes les mesures</a> nécessaires pour veiller à ce que les lois fédérales soient compatibles avec la Déclaration ».</p> <p>D’autres tribunaux commencent aussi à s’y référer pour préciser les obligations des gouvernements en matière de <a href="https://langlois.ca/ressources/r-c-white-et-montour-un-virage-drastique-dans-la-jurisprudence-en-matiere-de-droits-ancestraux/">droits ancestraux</a> et de <a href="https://jfklaw.ca/implementing-the-united-nations-declaration-on-the-rights-of-indigenous-peoples-the-kebaowek-case/">consentement</a>.</p> <p>Le Québec fait bande à part en refusant toujours de reconnaître la Déclaration. Or, de la même manière qu’il aurait été intenable, après les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, de refuser la Déclaration universelle des droits de la personne adoptée en 1948, il est aujourd’hui impensable de nier les droits fondamentaux des peuples autochtones. Ces droits, ancrés dans leur histoire, leur territoire et leur souveraineté, ne peuvent plus être ignorés en 2025 comme ils l’ont été au début de la colonisation.</p> <p>D’autres modèles existent pourtant, comme celui de la <a href="https://ressources-naturelles.canada.ca/forets-foresterie/rapports-etat-forets-canada/forets-communautaires-participent-l-amenagement-multiples-valeurs-plusieurs-echelles-dans-paysages-plus-plus-incertains?_gl=1*2cvze*_ga*MjA5MDY4OTk5Ni4xNzE4NjQzNDU0*_ga_C2N57Y7DX5*czE3NTY0MDM5OTIkbzMkZzAkdDE3NTY0MDM5OTIkajYwJGwwJGgw">forêt communautaire</a> pour lequel la Colombie-Britannique fait figure d’exemple. Les ententes qui en découlent permettent notamment une distribution plus équitables des profits et des investissements en éducation, en infrastructures et en loisirs. Elles peuvent également inclure des avantages sociaux, culturels et écologiques pour les communautés, en plus d’assurer une adaptation aux changements climatiques et de réduire les risques de feux de forêt.</p> <h2>Coconstruire un régime forestier avec les peuples autochtones</h2> <p>La tendance juridique est claire. La mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones est amorcée. Les tribunaux interprètent désormais le droit canadien à sa lumière. Cette évolution va au-delà du simple droit d’être consultés : c’est le principe du consentement qui s’impose progressivement pour respecter les droits inhérents des peuples autochtones, fondés sur leur <a href="https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/17288/index.do">« souveraineté préexistante »</a>, c’est-à-dire leur statut de nations autonomes qui exerçaient déjà leurs propres formes de gouvernance bien avant la colonisation.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Moderniser le régime forestier québécois exige d’aller en sens inverse de l’approche de Québec. Revenir vers une exploitation intensive des forêts nie les droits des peuples autochtones déjà bien reconnus et mènera inévitablement à des contestations judiciaires.</p> <p>Une approche moderne reconnaîtrait les droits fondamentaux des nations touchées et les considérerait d’égal à égal pour développer une politique équitable. Pour reprendre les mots de la <a href="https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/20755/index.do">Cour suprême</a>, une telle démarche participerait d’une véritable « justice réconciliatrice ».</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/264062/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Karine Millaire ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Le projet de loi 97 relance l’exploitation forestière intensive et soulève de vives critiques pour sa violation des droits des peuples autochtones. Karine Millaire, Professeure adjointe en droit constitutionnel et autochtone, Université de Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/255694 2025-08-26T17:21:53Z 2025-08-26T17:21:53Z Sortir du petit geste : l'école doit donner aux jeunes les moyens de se mobiliser <p>Considérant l’ampleur des crises socioenvironnementales qui caractérisent l’anthropocène, de <a href="https://doi.org/10.1007/s13280-022-01764-6">plus en plus de chercheurs estiment</a> que les petits gestes écologiques ne suffiront pas et qu’il est urgent de plutôt miser sur des actions collectives. Pourtant, les <a href="https://theconversation.com/leducation-au-developpement-durable-de-la-maternelle-au-bac-suffit-il-vraiment-de-faire-sa-part-245867">systèmes scolaires peinent à faire une place à de telles actions</a> dans <a href="https://doi.org/10.4000/edso.18744">leurs programmes de formation</a>.</p> <p>Professeur en fondements de l’éducation, c’est notamment à ce type d’enjeux que je m’intéresse. Que devrait enseigner l’école ? Comment peut-on permettre à l’école de réellement jouer son rôle social et démocratique ? Comment l’école peut-elle contribuer au pouvoir d’action des enfants et des citoyens ?</p> <p>Dans cet article, je m’intéresse au concept de capabilités politiques collectives, et illustre pourquoi celles-ci pourraient contribuer à repenser l’éducation en anthropocène.</p> <h2>L’anthropocène, un problème politique</h2> <p>D’abord, notons que l’anthropocène est une expression de plus en plus utilisée pour identifier l’époque actuelle, alors que l’espèce humaine et les conséquences de ses actions se comparent à celles d’autres forces géologiques (volcans, mouvements tectoniques, etc.).</p> <p>Or, contrairement aux autres forces géologiques, on peut espérer que l’humanité agit de façon délibérée et réfléchie. L’anthropocène n’est en ce sens pas simplement une époque de crises environnementales, mais bien plus un problème politique et collectif découlant des valeurs et des caractéristiques politiques, économiques et sociales de nos sociétés.</p> <p>À ce sujet, <a href="https://www.versobooks.com/en-ca/products/135-fossil-capital">plusieurs chercheurs ont souligné l’ambiguïté du concept d’anthropocène</a>, qui tend à mettre tous les êtres humains dans le même panier et à leur attribuer la même responsabilité concernant les crises actuelles. <a href="https://doi.org/10.1080/00958964.2023.2259847">Le terme <em>Capitalocène</em> est ainsi parfois proposé</a> pour désigner plus précisément la responsabilité historique de la colonisation, du capitalisme et de l’exploitation du Sud par le Nord dans la naissance de cette nouvelle époque.</p> <p>Pour notre part, <a href="https://revistes.ub.edu/index.php/GEOACTA/article/view/GeologicaActa2020.18.6">comme le géologue catalan Carles Soriano</a>, nous continuons de privilégier le terme anthropocène, tout en reconnaissant le bien-fondé des critiques apportées par ces collègues. À ce titre, Soriano précise que si la nouvelle époque dans laquelle nous nous trouvons est bien l’anthropocène, le premier âge de l’anthropocène pourrait être nommé le Capitalian afin de reconnaitre le rôle du capitalisme dans son apparition.</p> <h2>Pourquoi l’éducation doit-elle changer ?</h2> <p>Pourquoi, dès lors, repenser l’éducation ? Parce que l’anthropocène est d’abord social : l’action humaine l’a provoqué et doit donc être mobilisée pour en freiner les dégâts et en attaquer les causes (<a href="https://www.erudit.org/en/journals/climatoscope/2024-n6-climatoscope09846/1116190ar/">GES, érosion de la biodiversité, etc.</a>). Il amplifie en outre les injustices et les souffrances humaines (<a href="https://www.quebec.ca/gouvernement/politiques-orientations/plan-economie-verte/actions-lutter-contre-changements-climatiques/comprendre-changements-climatiques/impacts">zoonoses, inondations, sècheresses, migrations</a>) et menace même l’<a href="https://histoireengagee.ca/dipesh-chakrabarty-apres-le-changement-climatique-penser-lhistoire-aude-de-saint-loup-et-pierre-emmanuel-dauzat-trad-paris-nrf-editions-gallimard-coll-bibliotheque-des-hi/">habitabilité de la Terre</a>.</p> <p>En ce sens, former de simples « citoyens résilients » ou « éco-responsables » semble dérisoire. Les injustices qui nourrissent les crises environnementales – et que celles-ci accentuent – exigent un véritable pouvoir d’agir : la <a href="https://www.editionsbdl.com/produit/vous-avez-dit-eco-citoyennete/">capacité, à la fois individuelle, collective et politique</a>, de contester les structures injustes et de formuler des alternatives solidaires et durables.</p> <p>Or, malgré une prise de conscience croissante, l’école reste marquée par une logique néolibérale où <a href="https://journals.openedition.org/ere/11390">l’environnement est souvent réduit à une ressource</a>. Les programmes abordent les crises environnementales sous un angle individualiste et apolitique, comme si l’on pouvait les contempler <a href="https://laviedesidees.fr/Decoloniser-la-nature">hors du monde qu’elle bouleverse</a>. Ce traitement évoque à peine les répercussions sociales, et limite l’action à de simples gestes personnels, alors que les intérêts économiques dominent. De quoi, ajouter à <a href="https://journals.openedition.org/ere/7710">l’écoanxiété des jeunes</a> jugeant bien l’ampleur du porte-à-faux entre les actions proposées et la tâche à accomplir.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Ce traitement est problématique : il occulte les causes structurelles des crises, rend invisibles les luttes des populations touchées et affaiblit les ressorts critiques de la citoyenneté démocratique nécessaires pour imaginer d’autres modes d’organisation sociale. C’est pourquoi, dans mes travaux, j’examine les potentialités de la <a href="https://global.oup.com/academic/product/poverty-solidarity-and-poor-led-social-movements-9780190850289?cc=ca&amp;lang=en&amp;#">capabilité politique collective (CPC) formulée par la chercheuse ontarienne Monique Deveaux</a>. Issue des mouvements populaires, cette notion pourrait renouveler l’approche de l’action collective et de l’apprentissage démocratique en éducation.</p> <h2>Capabilités politiques collectives : un cadre pour l’éducation transformatrice</h2> <p>Le concept de capabilité est issu des travaux de l’économiste et philosophe indien <a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14649880500120491">Amartya Sen</a> et de la philosophe états-unienne, spécialiste de philosophie morale et politique, <a href="https://www.jstor.org/stable/j.ctt2jbt31">Martha Nussbaum</a>.</p> <p>Très schématiquement, par ce concept, Sen rappelle que les libertés ne se mesurent pas aux seuls textes juridiques : elles dépendent des conditions concrètes qui permettent de les exercer. Le droit à l’éducation, par exemple, demeure théorique si l’école est inaccessible, coûteuse ou discriminatoire : l’enfant possède le droit, non la capabilité d’apprendre. La perspective des capabilités souligne donc qu’il ne suffit pas de proclamer un droit… encore faut-il instaurer les conditions matérielles, symboliques et institutionnelles qui rendent son exercice réellement possible pour toutes et tous.</p> <p>Dans le cadre de ses travaux, Deveaux reprend ce concept en lui ajoutant une dimension collective et solidaire. Elle définit la capabilité politique collective (CPC) comme l’aptitude d’un groupe à se constituer en sujet politique capable de fixer des objectifs communs et de les poursuivre efficacement. Cette aptitude englobe des compétences adaptées au contexte qui n’existent qu’à l’échelle du collectif : élaborer des stratégies concertées, négocier, délibérer et décider ensemble, mais aussi créer de nouvelles structures adaptées aux besoins réels de la communauté.</p> <p>Les CPC rendent ainsi possibles des réalisations (changer une loi, fonder une coopérative, mobiliser contre une injustice, etc.) qu’aucun individu ne pourrait atteindre seul. À ce titre, Deveaux identifie deux grandes familles de CPC : les compétences pour l’action revendicatrice (organisation, négociation, mobilisation) et les compétences de coopération et d’imagination (mutuelles, coopératives de travail).</p> <h2>Articuler pédagogie et transformation socioécologique</h2> <p>Alors que l’un des problèmes que pose l’anthropocène est justement l’action collective, ce qu’elle implique et comment il est possible de la développer, les CPC semblent offrir un cadre pour réfléchir ce que l’action collective exige.</p> <p>Ainsi, une éducation en anthropocène fondée sur les CPC pourrait viser à développer chez les jeunes des capacités à s’organiser collectivement, à analyser les rapports de domination, à agir politiquement et à concevoir des alternatives viables à l’intérieur comme à l’extérieur des cadres institutionnels dominants.</p> <p>Les jeunes auraient ainsi les outils nécessaires pour modifier leur monde, même lorsque les outils démocratiques, présents en théorie, ne sont pas disponibles (accès à la justice, à une représentation politique impartiale, etc.). Cela impliquerait néanmoins de ne plus mettre un accent aussi marqué sur le <a href="https://www.editionsbdl.com/produit/lecole-des-communs/">mérite individuel des élèves, mais sur leurs réussites collectives</a>.</p> <p>L’éducation deviendrait alors un levier pour renforcer le pouvoir d’agir collectif et pourrait dès lors réellement contribuer à une transition socioécologique juste.</p> <h2>Une éducation pour refonder le bien commun planétaire</h2> <p>Préparer la jeunesse à l’anthropocène, c’est l’armer pour l’incertitude, la conflictualité et la cocréation d’un monde habitable. Loin d’une injonction à l’adaptation technicienne, l’éducation doit devenir un espace critique d’invention collective. Les élèves‑citoyens doivent pouvoir agir ensemble pour la justice sociale et environnementale, interroger les normes dominantes et en élaborer de nouvelles.</p> <p>Cette ambition rejoint <a href="https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000386924_fre">l’appel de l’UNESCO à une « éducation transformatrice »</a> et fait écho à l’une des préoccupations qu’avait un petit groupe de chercheurs auquel j’ai contribué lors de l’élaboration de son <a href="https://tinyurl.com/competence-EEDD">projet de compétence enseignante en lien avec le développement de l’agir écocitoyen chez les élèves</a>.</p> <p>Le cadre des <a href="https://doi.org/10.1080/16544951.2023.2216110">capabilités politiques collectives</a> offre ainsi un levier théorique et pratique indispensable : il déplace l’attention de la performance individuelle vers la puissance d’agir partagée, condition nécessaire à toute transition socioécologique juste.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/255694/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Charles-Antoine Bachand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Face aux crises de l’anthropocène, il semble urgent de privilégier des actions collectives. Cet article explore comment les capabilités politiques peuvent transformer l’éducation. Charles-Antoine Bachand, Professeur, Université du Québec en Outaouais (UQO) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/262395 2025-08-19T17:10:20Z 2025-08-19T17:10:20Z Les incendies de forêt récents sont-ils pires que ceux des deux derniers siècles ? <p>La saison des feux de forêt de 2023 au Canada a été exceptionnelle, avec plus de <a href="https://www.nature.com/articles/s41467-024-51154-7">15 millions d’hectares brûlés</a> – un sommet jamais atteint depuis le début des relevés nationaux dans les années 1970. Les saisons 2024 et 2025 ont également été très actives dans l’Ouest canadien, avec plus de <a href="https://www.ciffc.ca/">13 millions d’hectares brûlés</a> depuis janvier 2024 au moment de rédiger ce texte.</p> <p>Cette augmentation soulève une question cruciale : les superficies brûlées sont-elles en train de dépasser les seuils de variabilité historique observés au cours des derniers siècles ? Avec 21 spécialistes de la géographie des feux de l’Est et de l’Ouest canadien, nous avons voulu répondre à cette question dans une <a href="https://cdnsciencepub.com/doi/abs/10.1139/cjfr-2024-0216">étude récemment publiée</a> dans le <em>Journal Canadien de Recherche Forestière</em>.</p> <h2>Une approche méthodologique robuste malgré des données historiques limitées</h2> <p>Il existe malheureusement peu de données pour remonter loin dans le temps et documenter les changements dans l’activité des feux de forêt. Les systèmes cartographiques modernes de suivi des feux ne couvrent au mieux que les 50 à 60 dernières années.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/feux-de-foret-voici-pourquoi-il-faut-une-structure-nationale-pour-mieux-les-gerer-259216">Feux de forêt : voici pourquoi il faut une structure nationale pour mieux les gérer</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Pour la période couvrant les deux derniers siècles, les reconstructions peuvent notamment s’appuyer sur l’échantillonnage systématique de l’âge des arbres ainsi que sur l’analyse des cicatrices de feu observées sur les arbres vivants ou morts. Ce type d’étude a été mené au cours des 30 dernières années dans plusieurs secteurs de la forêt boréale canadienne, et permet d’estimer l’évolution des taux de brûlage depuis le XIX<sup>e</sup> siècle, soit la proportion moyenne de territoire brûlé sur une période donnée.</p> <p>Dans notre étude, les changements dans les taux de brûlage de cinq grandes zones de la forêt boréale canadienne ont été reconstitués à partir de données issues de 12 études indépendantes. Une résolution temporelle de 10 ans a été utilisée, ce qui signifie que les taux estimés correspondent à des moyennes décennales plutôt qu’à des événements annuels. Cette résolution temporelle de 10 ans est rendue nécessaire par le manque de précision des données dendrochronologiques, qui permettent rarement de dater un incendie à l’année près, mais fournissent des estimations fiables à l’échelle de la décennie.</p> <h2>Une année 2023 hors norme, mais une décennie toujours dans la variabilité historique</h2> <p>Nos résultats montrent que, dans quatre des cinq zones étudiées, la superficie brûlée en 2023 dépasse tout ce qui avait été observé depuis 1970, date depuis laquelle les feux de forêt sont systématiquement répertoriés et cartographiés à l’échelle nationale.</p> <p>En revanche, lorsque l’on compare les taux de brûlage moyens de la décennie se terminant en 2023 (2014–2023) aux reconstitutions historiques disponibles, une tout autre perspective se dessine. Dans l’ensemble, ces taux demeurent généralement à l’intérieur des limites naturelles observées depuis les années 1800.</p> <p>Toutefois, dans deux zones, les taux de brûlage décennaux moyens s’approchent des niveaux les plus élevés enregistrés au cours de ces deux derniers siècles et dépassent la variabilité historique dans une seule zone : le parc National de Wood Buffalo de l’Ouest canadien.</p> <h2>Des épisodes de feux au 19ᵉ et début du XXᵉ siècle comparables à aujourd’hui ?</h2> <p>En d’autres termes, ces résultats signifient qu’il a existé au cours des derniers siècles des périodes durant lesquelles les feux de forêt étaient autant actifs qu’aujourd’hui. C’est notamment le cas de la fin du 19<sup>e</sup> et du début du XX<sup>e</sup> siècle, qui, paradoxalement, correspondent à des périodes plus froides qu’aujourd’hui.</p> <p>Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce paradoxe.</p> <p>Premièrement, bien que les températures annuelles aient généralement été plus froides qu’aujourd’hui durant ces périodes de forte activité des feux, des précipitations plus faibles combinées à des épisodes ponctuels de chaleur durant la saison des feux pourraient avoir entraîné des conditions de sécheresse propices aux incendies.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-forets-boreales-nord-americaines-brulent-beaucoup-mais-moins-quil-y-a-150-ans-198635">Les forêts boréales nord-américaines brûlent beaucoup, mais moins qu’il y a 150 ans</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Deuxièmement, les populations humaines auraient aussi pu influencer l’évolution des feux de forêt, que ce soit par des allumages volontaires, comme l’usage du feu par les populations autochtones, ou par des départs accidentels liés à la colonisation européenne (par ex., construction des chemins de fer, brûlis pour défrichement agricole).</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Entre 1950 et les années 2000, l’activité des feux dans la forêt boréale a connu un creux historique, notamment en raison <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1365-2486.2009.01869.x">d’une diminution des sécheresses à l’échelle continentale</a>. Pendant cette seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle, le développement des moyens de lutte contre les incendies a aussi pu contribuer à la réduction des feux. De nouvelles recherches devront être menées afin de mieux comprendre le rôle du climat et des activités humaines sur les changements dans les régimes des feux.</p> <h2>Le « retour des feux » avec les changements climatiques modernes</h2> <p>La période de creux historique de l’activité des feux entre 1950 et 2000 permet d’interpréter les récentes hausses des superficies brûlées – bien qu’<a href="https://www.nature.com/articles/s41612-024-00841-9">indéniablement liées aux changements climatiques actuels</a> – non pas comme une rupture inédite, mais plutôt comme un retour à des niveaux d’activité déjà observés par le passé.</p> <p>Cette période de creux historique durant la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle a également coïncidé avec une phase d’essor important de la foresterie et du développement des infrastructures en forêt boréale. On peut ainsi avancer que ce contexte a engendré un certain retard d’adaptation : les modes de gestion ont été élaborés en fonction d’un niveau d’activité des feux exceptionnellement bas, rendant aujourd’hui les infrastructures et les pratiques forestières particulièrement vulnérables face à la recrudescence des incendies.</p> <h2>L’importance des combustibles pour prédire les tendances futures</h2> <p>Nous osons ici quelques prédictions sur ce que nous réserve l’avenir.</p> <p>Si les changements climatiques entraînent une augmentation des feux, il n’est pas garanti que l’augmentation des superficies brûlées se poursuive indéfiniment. En effet, l’augmentation de l’activité des feux peut être freinée par un élément clé : la quantité de combustible disponible pour les alimenter. Lorsqu’une forêt brûle, une grande partie de la biomasse est consumée.</p> <p>Même si les jeunes forêts en régénération peuvent brûler, il faut généralement entre 30 et 50 ans avant que la végétation ait accumulé suffisamment de biomasse, que le sous-bois et le bois mort soient suffisamment abondants, et que la structure végétale permette une continuité du combustible, <a href="https://link.springer.com/article/10.1007/s10021-018-0235-3">conditions qui favorisent la propagation maximale des feux</a>.</p> <p>Les feux peuvent aussi <a href="https://www.theglobeandmail.com/canada/article-as-canadas-boreal-forests-burn-again-and-again-they-wont-grow-back-the/">modifier la structure et la composition des forêts</a> sur le long terme. Par exemple, des peuplements de conifères très inflammables peuvent être remplacés par des forêts mixtes ou feuillues, qui sont moins propices aux feux de forte intensité. Dans certains cas, la régénération échoue complètement après un incendie, laissant place à des milieux ouverts, comme des landes ou des prairies, également moins propices aux grands feux intenses.</p> <p>Malheureusement, les conditions météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquentes avec les changements climatiques, peuvent <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/gcb.17363">annuler cet effet atténuant lié aux combustibles</a>, permettant aux feux de brûler toute forme de végétation sur leur passage. Il demeure essentiel de suivre de près l’évolution des incendies afin de mieux comprendre ces interactions complexes.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/262395/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Victor Danneyrolles a reçu des financements de Mitacs &amp; MRNFQ. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Martin P. Girardin est membre du Centre d&#39;étude de la forêt. Il a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et de Ressources Naturelles Canada. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Yves Bergeron a reçu des financements de CRSNG,FRQNT, MRNFQ. </span></em></p> Les incendies des dernières années dépassent-ils la variabilité naturelle des derniers siècles ? Une étude multidisciplinaire offre un éclairage précieux. Victor Danneyrolles, Professeur-chercheur en écologie forestière, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Martin P. Girardin, Research scientist | Adjunct professor, Université du Québec à Montréal (UQAM) Yves Bergeron, Professeur écologie et aménagement forestier, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/262412 2025-08-12T13:32:32Z 2025-08-12T13:32:32Z Arbres urbains ou toitures réfléchissantes : quelle est la meilleure solution pour les villes afin de lutter contre la chaleur ? <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/683348/original/file-20250708-56-95vcbl.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=75%2C0%2C2250%2C1500&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Les arbres comme ceux-ci à Boston peuvent aider à rafraîchir les quartiers pendant les journées chaudes.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://unsplash.com/photos/cars-parked-on-the-side-of-the-road-during-daytime-SdUe0f8PFdI">Yassine Khalfalli/Unsplash</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span></figcaption></figure><p>Lorsque la chaleur estivale s'installe, les villes peuvent commencer à ressembler à des fours, car les bâtiments et les chaussées <a href="https://doi.org/10.1016/j.jenvman.2017.03.095">emprisonnent la chaleur du soleil</a>, tandis que les véhicules et les climatiseurs rejettent davantage de chaleur dans l'air.</p> <p>La température dans un quartier urbain dans lequel il y a peu d'arbres peut être supérieure de <a href="https://theconversation.com/landsat-zooms-in-on-cities-hottest-neighborhoods-to-help-combat-the-urban-heat-island-effect-182925">5,5 degrés Celsius</a> à celle des quartiers voisins. Cela signifie que la climatisation fonctionne davantage, mettant le <a href="https://doi.org/10.1016/j.jeem.2025.103122">réseau électrique à rude épreuve</a> et exposant les habitants <a href="https://doi.org/10.1016/j.uclim.2021.100787">aux pannes de courant</a>.</p> <p>Il existe des <a href="http://doi.org/10.1088/1748-9326/abdcf1">mesures éprouvées</a> que les villes peuvent prendre pour rafraîchir l'air, par exemple planter des arbres qui fournissent de l'ombre et de l'humidité, ou créer des toitures réfléchissantes qui réfléchissent le rayonnement solaire vers l'atmosphère au lieu de l'absorber.</p> <p>Mais ces mesures sont-elles efficaces partout ?</p> <p>Nous étudions les risques liés à la chaleur dans les villes en tant qu'écologistes urbains, et analysons <a href="https://doi.org/10.1038/s43247-025-02462-3">l'impact de la plantation d'arbres et des toitures réfléchissantes</a> dans différentes villes et différents quartiers. Nos conclusions peuvent aider les villes et les propriétaires à mieux cibler leurs efforts pour lutter contre la chaleur.</p> <hr> <p><em><strong>Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain.</strong> Le tissu urbain connait de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et – tout particulièrement en cette année électorale – politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, La Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.</em></p> <h2>La magie des arbres</h2> <p>Les arbres urbains offrent une protection naturelle contre la hausse des températures. Ils <a href="https://doi.org/10.1093/biosci/biaa055">apportent de l'ombre et libèrent de la vapeur d'eau</a> par leurs feuilles, un processus similaire à la transpiration humaine. Cela refroidit l'air ambiant et atténue la chaleur de l'après-midi.</p> <p>L'ajout d'arbres dans les rues, les parcs et les jardins résidentiels peut changer sensiblement la <a href="https://doi.org/10.1016/j.landurbplan.2010.05.006">température ressentie dans un quartier</a>, les quartiers arborés étant <a href="https://doi.org/10.1073/pnas.1817561116">près d'1,7 °C plus frais</a> que ceux qui le sont moins.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Deux cartes de New York montrent comment la végétation correspond aux zones plus fraîches en fonction de la température" src="https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=294&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=294&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=294&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=370&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=370&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/467655/original/file-20220608-14-440sdy.png?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=370&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">La comparaison des cartes de la végétation et de la température de New York montre l'effet rafraîchissant des parcs et des quartiers plus boisés. Sur la carte de gauche, les couleurs plus claires correspondent aux zones moins boisées. Les zones claires de la carte de droite sont plus chaudes.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://climate.nasa.gov/faq/44/can-you-explain-the-urban-heat-island-effect/">NASA/USGS Landsat</a></span> </figcaption> </figure> <p>Mais planter des arbres n'est pas toujours simple.</p> <p>Dans les villes chaudes et sèches, les <a href="https://doi.org/10.1002/eco.1369">arbres ont souvent besoin d'être irrigués</a> pour survivre, ce qui peut mettre à l'épreuve des ressources en eau déjà limitées. Les arbres doivent survivre pendant des décennies pour atteindre une taille suffisante afin de fournir de l'ombre et libérer assez de vapeur d'eau pour réduire la température de l'air.</p> <p>Les coûts d'entretien annuels, estimés à environ 900 dollars américains annuels par arbre à Boston, peuvent dépasser l'investissement initial de plantation.</p> <p>La difficulté, c'est que les quartiers urbains denses, où la chaleur est la plus intense, sont souvent trop encombrés de bâtiments et de routes pour permettre la plantation d'arbres supplémentaires.</p> <h2>Comment les toitures réfléchissantes peuvent aider pendant les journées chaudes</h2> <p>Une autre option consiste à recourir aux toitures réfléchissantes. Recouvrir les toitures d'une peinture réfléchissante ou utiliser des matériaux de couleur claire permet aux bâtiments de réfléchir davantage la lumière du soleil vers l'atmosphère au lieu de l'absorber sous forme de chaleur.</p> <p>Ces toitures peuvent réduire la température à l'intérieur d'un immeuble sans climatisation d'environ <a href="https://doi.org/10.1016/j.enbuild.2007.01.004">1 à 3,3 °C</a> et peuvent réduire la demande maximale de climatisation jusqu'à 27 % dans les bâtiments climatisés, selon une étude. Elles peuvent également procurer un rafraîchissement immédiat en réduisant les températures extérieures dans les zones densément peuplées. Les coûts d'entretien sont aussi plus faibles que ceux liés à l'expansion des forêts urbaines.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Deux ouvriers appliquent de la peinture sur un toit plat" src="https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/679199/original/file-20250709-64-j96f9k.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Deux ouvriers appliquent un revêtement blanc sur le toit d'une maison mitoyenne à Philadelphie.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://newsroom.ap.org/detail/HomesCoolRoofs/47bdc83c9a3b4aa487634297d723b6be/photo">AP Photo/Matt Rourke</a></span> </figcaption> </figure> <p>Cependant, tout comme les arbres, les toitures réfléchissantes ont leurs limites. Elles sont <a href="https://doi.org/10.3992/1943-4618.12.2.95">plus efficaces sur les toits plats</a> que sur les toits en pente recouverts de bardeaux, car les toits plats sont souvent recouverts de caoutchouc qui emprisonne la chaleur et sont exposés à un ensoleillement plus direct l'après-midi.</p> <p>Les villes disposent également d'un nombre limité de toits susceptibles d'être convertis. Et dans les villes qui comptent déjà de nombreux toits de couleur claire, quelques toitures supplémentaires pourraient contribuer à réduire les coûts de climatisation dans ces bâtiments, mais elles n'auraient pas beaucoup d'effet à l'échelle du quartier.</p> <p>En évaluant les avantages et les inconvénients des deux stratégies, les villes peuvent concevoir des plans adaptés à leur situation pour lutter contre la chaleur.</p> <h2>Choisir la bonne combinaison de solutions de refroidissement</h2> <p>De nombreuses villes à travers le monde ont pris des mesures pour s'adapter à la chaleur extrême, avec des programmes de plantation d'arbres et de toitures réfléchissantes qui imposent des exigences en matière de réflectivité ou en encouragent l'adoption.</p> <p>À Detroit, des organisations à but non lucratif ont planté <a href="https://www.greeningofdetroit.com/our-impact">plus de 166 000 arbres</a> depuis 1989. À Los Angeles, les <a href="https://www.ladbs.org/docs/default-source/publications/ordinances/cool-roof-fact-sheet-and-faq.pdf?sfvrsn=10">codes du bâtiment exigent désormais</a> que les toits des nouvelles constructions résidentielles respectent des normes de réflectivité spécifiques.</p> <p>Dans une étude récente, nous avons analysé le potentiel de Boston pour réduire la chaleur dans les quartiers vulnérables de la ville. Les résultats montrent comment une stratégie à coût maîtrisé pourrait <a href="https://doi.org/10.1038/s43247-025-02462-3">apporter des bénéfices significatifs en matière de refroidissement</a>.</p> <p>Par exemple, nous avons constaté que la plantation d'arbres peut refroidir l'air de 35 % de plus que l'installation de toitures réfléchissantes dans les endroits où il est possible de planter des arbres.</p> <p>Cependant, la plupart des meilleurs emplacements pour planter de nouveaux arbres à Boston ne se trouvent pas dans les quartiers qui en ont le plus besoin. Dans ces quartiers, nous avons constaté que les toitures réfléchissantes constituaient un meilleur choix.</p> <p>En investissant moins de 1 % du budget annuel de fonctionnement de la ville, soit environ 34 millions de dollars, dans 2 500 nouveaux arbres et 3 000 toitures réfléchissantes ciblant les zones les plus à risque, nous avons constaté que <a href="https://doi.org/10.1038/s43247-025-02462-3">Boston pourrait réduire l'exposition à la chaleur pour près de 80 000 habitants</a>. Cela permettrait de réduire la température de l'air l'après-midi en été de plus de 0,6 °C dans ces quartiers.</p> <p>Bien que cette baisse puisse sembler modeste, il a été démontré que des réductions de cette ampleur diminuent sensiblement les <a href="https://doi.org/10.1016/S2542-5196(25)00062-2">maladies et les décès liés à la chaleur</a>, <a href="https://doi.org/10.1007/s10584-021-03160-7">augmentent la productivité</a> et <a href="https://doi.org/10.1038/s41598-023-31469-z">réduisent les coûts énergétiques</a> liés à la climatisation des bâtiments.</p> <p>Toutes les villes ne bénéficieront pas de la même combinaison. Le paysage urbain de Boston comprend de nombreux toits plats et noirs qui ne réfléchissent qu'environ 12 % de la lumière solaire, ce qui rend les toitures réfléchissantes <a href="https://www.energystar.gov/sites/default/files/specs/private/Roof_Products_Program_Requirements_V2_3_0.pdf">qui réfléchissent plus de 65 % de la lumière solaire</a> particulièrement efficaces. Boston bénéficie également d'une saison de végétation relativement humide qui favorise le développement d'un couvert forestier urbain luxuriant, rendant ces deux solutions viables.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Deux images aériennes montrent des couleurs de bâtiments très différentes dans deux villes" src="https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=298&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=298&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=298&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=374&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=374&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/678761/original/file-20250708-64-ysqv3s.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=374&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Phoenix, à gauche, compte déjà de nombreux toits de couleur claire, contrairement à Boston, à droite, où les toits sont principalement sombres.</span> <span class="attribution"><span class="source">Imagerie Google 2025</span></span> </figcaption> </figure> <p>Dans les endroits où il y a moins de toits plats et sombres pouvant être convertis en toitures réfléchissantes, la plantation d'arbres peut apporter davantage de bénéfices. À l'inverse, dans les villes où il reste peu d'espace pour planter de nouveaux arbres ou où la chaleur extrême et la sécheresse limitent la survie des arbres, les toitures réfléchissantes peuvent être une meilleure solution.</p> <p>Phoenix, par exemple, compte déjà de nombreux toits de couleur claire. Les arbres pourraient être une option, mais ils nécessiteraient un système d'irrigation.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d'abonnés à l'infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Apporter les solutions là où les gens en ont besoin</h2> <p>La création de zones ombragées le long des trottoirs peut avoir un double effet en offrant aux piétons un endroit pour s'abriter du soleil et en rafraîchissant les bâtiments. À New York, par exemple, les arbres de rue représentent environ <a href="https://forestforall.nyc/wp-content/uploads/2021/06/NYC-Urban-Forest-Agenda-.pdf">25 % de la forêt urbaine totale</a>.</p> <p>Les toitures réfléchissantes peuvent être plus difficiles à déployer pour les autorités publiques, car elles nécessitent la collaboration des propriétaires. Cela signifie souvent que les villes doivent proposer des mesures incitatives. Louisville, dans le Kentucky, par exemple, <a href="https://louisvilleky.gov/government/sustainability/cool-roof-incentive-program">accorde des rabais</a> pouvant aller jusqu'à 2 000 dollars aux propriétaires qui installent des matériaux de toiture réfléchissants, et jusqu'à 5 000 dollars aux entreprises commerciales dotées de toits plats qui utilisent des revêtements réfléchissants.</p> <figure class="align-center "> <img alt="Deux graphiques montrent les améliorations" src="https://images.theconversation.com/files/679203/original/file-20250709-56-nvsmu0.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/679203/original/file-20250709-56-nvsmu0.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=271&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/679203/original/file-20250709-56-nvsmu0.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=271&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/679203/original/file-20250709-56-nvsmu0.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=271&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/679203/original/file-20250709-56-nvsmu0.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=341&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/679203/original/file-20250709-56-nvsmu0.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=341&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/679203/original/file-20250709-56-nvsmu0.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=341&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"> <figcaption> <span class="caption">À Boston, la plantation d'arbres (à gauche) et l'augmentation de la réflectivité des toitures (à droite) se sont avérées des moyens efficaces pour refroidir les zones urbaines.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://doi.org/10.1038/s43247-025-02462-3">Ian Smith et al. 2025</a></span> </figcaption> </figure> <p>De telles initiatives peuvent contribuer à étendre les bénéfices des toitures réfléchissantes dans les quartiers densément peuplés qui ont le plus besoin d'être rafraîchis.</p> <p>Alors que les changements climatiques entraînent une augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur urbaine, les villes disposent d'outils puissants pour faire baisser la température. En prêtant attention à ce qui existe déjà et à ce qui est faisable, elles peuvent <a href="https://doi.org/10.1038/s43247-025-02462-3">trouver la meilleure stratégie en fonction de leurs besoins et de leurs réalités</a>.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/262412/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Lucy Hutyra a reçu des subventions du gouvernement fédéral américain et de fondations telles que le World Resources Institute et le Burroughs Wellcome Fund pour ses recherches sur le climat urbain et les stratégies d&#39;atténuation. Elle a reçu une bourse MacArthur 2023 pour ses travaux dans ce domaine.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Ian Smith ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Planter des arbres ou blanchir les toits ? L’efficacité dépend du tissu urbain. Une stratégie localisée peut abaisser la température et soulager le réseau électrique. Ian Smith, Research Scientist in Earth & Environment, Boston University Lucy Hutyra, Distinguished Professor & Chair of Earth and Environment, Boston University, Boston University Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/262161 2025-07-30T16:56:35Z 2025-07-30T16:56:35Z Guêpes au pique-nique : les conseils d’un scientifique pour manger sans danger <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/682690/original/file-20250721-56-9xb72a.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=3%2C0%2C3000%2C2000&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Les guêpes commencent à avoir envie de confiture une fois que les larves de la colonie se transforment en nymphes.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.shutterstock.com/image-photo/overhead-shot-wasps-around-spilled-sweet-209071021">(victoras/Shutterstock)</a></span></figcaption></figure><p>C’est l’été dans l’hémisphère nord, synonyme de soleil, de mer… et de guêpes.</p> <p>Nous sommes nombreux à avoir appris à craindre les guêpes, considérées comme des insectes agressifs dont le seul but est de nous gâcher la vie. Mais avec la <a href="https://www.wwf.org.uk/our-reports/living-planet-report-2024">perte irréversible de la biodiversité</a>, il est essentiel d’apprendre à coexister avec tous les organismes, même les guêpes. Elles sont d’importants pollinisateurs et <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/brv.12719">prédateurs d’insectes</a>.</p> <p>Une certaine connaissance de leur histoire naturelle peut vous aider à manger en toute sécurité à proximité des guêpes.</p> <p>Les guêpes qui visitent généralement vos pique-niques sont souvent des guêpes jaunes communes (<a href="https://bwars.com/wasp/vespidae/vespinae/vespula-vulgaris"><em>Vespula vulgaris</em></a>) et les guêpes allemandes <a href="https://bwars.com/wasp/vespidae/vespinae/vespula-germanica">(<em>Vespula germanica</em></a>). Elles semblent apparaître de nulle part. Que faire ?</p> <p><strong>1. Restez immobile, sinon elles vous prendront pour un prédateur</strong></p> <p>Leur odorat développé (toutes les guêpes rencontrées lors des pique-niques sont des femelles) les a guidées jusqu’à votre table, mais elles utilisent désormais des <a href="https://www.annualreviews.org/content/journals/10.1146/annurev.ento.45.1.121">repères visuels</a> – vous et votre environnement – pour localiser la nourriture dans votre assiette. Gardez la bouche fermée et évitez de respirer fortement afin de limiter les émissions de dioxyde de carbone, que les guêpes interprètent comme un signal d’alarme indiquant la présence d’un prédateur. De même, si vous commencez à agiter les bras et à crier, vous vous comportez comme un <a href="https://academic.oup.com/aesa/article/114/5/581/6133169">prédateur</a> (principalement des blaireaux au Royaume-Uni), ce qui peut déclencher une attaque défensive.</p> <h2>2. Observez ce qu’elle mange</h2> <p>Il s’agit d’une <a href="https://archive.org/details/waspsaccountofbi0000spra">guêpe ouvrière</a>, en quête de nourriture pour nourrir les larves dans le nid de sa mère, fait de papier mâché. Regardez si elle découpe un morceau de jambon, prélève un peu de confiture ou boit une boisson sucrée. Cela vous donnera une idée de ce que vous pouvez lui proposer. Elle est si concentrée sur sa tâche qu’elle ne remarquera même pas que vous l’observez.</p> <p><strong>3. Offrez-lui une friandise pour qu’elle ne vous dérange pas</strong></p> <p>Avant même que vous ne vous en rendiez compte, elle s’envolera avec la mâchoire pleine de confiture ou un morceau de jambon. Elle pourra s’éloigner de votre table en zigzaguant, signe qu’elle est en <a href="https://royalsocietypublishing-org.libproxy.ucl.ac.uk/doi/10.1098/rspb.1993.0056r">train de mémoriser le chemin du retour</a>, pour pouvoir revenir. Une fois ses repères fixés, elle volera droit et vite. Si vous la suivez, elle pourrait même vous conduire jusqu’à son nid. Mais au lieu de cela, profitez-en pour préparer une petite portion de nourriture à lui offrir, car elle reviendra sûrement.</p> <p>Votre offrande doit correspondre à ce qu’elle a déjà récolté dans votre assiette. Vous pouvez la placer un peu plus loin pour l’éloigner discrètement du reste de votre nourriture. Si vous lui laissez sa part, vous pourrez, vous aussi, profiter de votre dîner en toute tranquillité.</p> <p>Déplacez progressivement votre offrande pour maintenir une certaine distance. Donner à manger aux guêpes est une <a href="https://www.theguardian.com/commentisfree/2022/jun/04/wasps-jubilee-picnic-sting">technique éprouvée</a> dans de nombreuses régions du monde, que ce soit pour localiser un <a href="https://www.bbc.co.uk/travel/article/20200217-the-japanese-village-that-eats-wasps">nid comestible</a> ou pour éloigner les guêpes des clients d’un restaurant en plein air.</p> <figure class="align-center "> <img alt="Guêpe sur un gâteau recouvert de glaçage et de vermicelles" src="https://images.theconversation.com/files/681569/original/file-20250722-64-pjq6fs.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/681569/original/file-20250722-64-pjq6fs.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/681569/original/file-20250722-64-pjq6fs.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/681569/original/file-20250722-64-pjq6fs.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/681569/original/file-20250722-64-pjq6fs.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/681569/original/file-20250722-64-pjq6fs.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/681569/original/file-20250722-64-pjq6fs.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"> <figcaption> <span class="caption">Les guêpes de votre pique-nique tournent-elles autour des aliments sucrés ?</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.shutterstock.com/image-photo/dangerous-wasp-on-food-2191239617">(hecke61/Shutterstock)</a></span> </figcaption> </figure> <p>Heureusement, vos compagnons de pique-nique ne risquent pas d’attirer tout un essaim : les guêpes sociales sont de <a href="https://link.springer.com/article/10.1007/s00265-014-1726-7">piètres recruteuses</a>. En effet, la nourriture des guêpes (insectes, charognes) est généralement une ressource dispersée et éphémère. Une chenille ne signifie pas forcément qu’il y en a plusieurs à proximité.</p> <p>Cela contraste avec les abeilles mellifères, qui ont évolué en développant un système de communication très efficace : la <a href="https://link.springer.com/article/10.1007/s003590000134">danse frétillante</a>, qui permet de recruter d’autres butineuses pour un champ de fleurs.</p> <p>Cependant, vous pouvez croiser plusieurs guêpes par hasard, surtout si le nid est proche. Les guêpes sont attirées par les sources de nourriture lorsqu’elles <a href="https://academic.oup.com/aesa/article-abstract/98/2/236/98357">voient d’autres guêpes déjà présentes</a>. Mais si la table devient trop encombrée, cela peut aussi les dissuader.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>L’évolution du régime alimentaire des guêpes</h2> <p>Vous savez peut-être déjà que les guêpes raffolent de sucre à la fin de l’été. Mais pourquoi préfèrent-elles les protéines au début de la saison ? Cela dépend de ce qui se passe au sein de la colonie, et ce comportement évolue au fil des semaines.</p> <p>Les larves de guêpes sont <a href="https://www.annualreviews.org/content/journals/10.1146/annurev.ento.45.1.121">carnivores</a>. Ensemble, les ouvrières en élèvent des milliers. Si votre guêpe veut du jambon ou une autre source de protéines lors de votre pique-nique, cela veut dire que la colonie regorge de larves affamées. Ce comportement est typique du début ou du milieu de l’été, jusqu’à environ la fin août.</p> <p>C’est une bonne nouvelle : vous contribuez à nourrir des armées de <a href="https://royalsocietypublishing-org.libproxy.ucl.ac.uk/doi/10.1098/rspb.2019.1676">minuscules prédateurs</a>, qui réguleront bientôt les populations de mouches, de chenilles, de pucerons et d’araignées.</p> <p>Une caractéristique distinctive de la guêpe adulte est son minuscule pétiole (de la « taille d’une guêpe »). Cette fine constriction entre son thorax et son abdomen <a href="https://www.cell.com/current-biology/fulltext/S0960-9822(17)30059-3">a évolué</a> pour permettre à ses ancêtres de plier leur abdomen, comme un yogi, afin de parasiter ou de paralyser leurs proies.</p> <figure class="align-center "> <img alt="Deux guêpes coupant une tranche de jambon" src="https://images.theconversation.com/files/681178/original/file-20250721-56-xogtdb.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/681178/original/file-20250721-56-xogtdb.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/681178/original/file-20250721-56-xogtdb.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/681178/original/file-20250721-56-xogtdb.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/681178/original/file-20250721-56-xogtdb.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/681178/original/file-20250721-56-xogtdb.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/681178/original/file-20250721-56-xogtdb.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"> <figcaption> <span class="caption">Ces guêpes ne mangeront pas le jambon elles-mêmes.</span> <span class="attribution"><a class="source" href="https://www.shutterstock.com/image-photo/wasps-cutting-meat-slice-ham-1137701822">(Franz H/Shutterstock)</a></span> </figcaption> </figure> <p>La petite taille des ouvrières limite leur régime alimentaire à des aliments <a href="https://archive.org/details/waspsaccountofbi0000spra">principalement liquides</a>. Elles sont comme des serveuses : elles collectent de la nourriture pour les autres sans pouvoir en profiter elles-mêmes. Les larves les récompensent avec une sécrétion sucrée, qu’elles complètent avec du nectar de fleurs. Cela suffit à leur alimentation pendant la majeure partie de la saison.</p> <h2>Alliez science et pique-nique</h2> <p>À la fin de l’été, la plupart des larves sont devenues des nymphes, et n’ont pas besoin d’être nourries. Par conséquent, les sécrétions sucrées qu’elles fournissaient aux ouvrières diminuent également.</p> <p>Les ouvrières doivent alors trouver d’autres sources de sucre, dans les fleurs ou sur votre table, si vous avez des scones à la confiture ou une limonade sucrée. Si votre guêpe semble obsédée par les produits sucrés, c’est probablement que sa colonie arrive en fin de vie.</p> <p>La période de l’année est un bon indice du type de nourriture que préfèrent les guêpes, mais d’autres facteurs jouent un rôle : le climat, la disponibilité des proies, la concurrence et encore la taille de la colonie. Cela signifie que le passage du salé au sucré peut varier d’une année à l’autre.</p> <p>Nous aimerions que vous nous aidiez à collecter des données pour mieux comprendre ce phénomène : faut-il offrir du jambon ou de la confiture à vos guêpes ? Pour participer, <a href="https://forms.gle/aRZY7uv5NL7GdfaE9">indiquez ici</a> si la guêpe rencontrée lors de votre pique-nique a préféré les protéines (comme le poulet, le houmous, le bœuf ou la saucisse), la confiture (ou tout autre aliment sucré, y compris les boissons sucrées) ou les deux.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/262161/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Seirian Sumner a reçu des financements de la Natural Environment Research Council (NERC) et le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC), deux organismes du gouvernement britannique. Elle est également administratrice et membre de la Royal Entomological Society, et autrice du livre Endless Forms: Why We Should Love Wasps (Pourquoi nous devrions aimer les guêpes).</span></em></p> Saviez-vous qu’à la fin de l’été, les guêpes cessent de chercher des protéines pour se tourner vers les aliments sucrés comme la confiture ? Seirian Sumner, Professor of Behavioural Ecology, UCL Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/260144 2025-07-28T14:07:26Z 2025-07-28T14:07:26Z Le plancton peut agir sur le climat, faire évoluer les sciences et participer aux enquêtes criminelles <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/677339/original/file-20250401-62-7i0tii.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=308%2C0%2C3344%2C2227&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Le plancton a inspiré et influencé les arts, les sciences et l’architecture. </span> <span class="attribution"><span class="source">(Shutterstock)</span></span></figcaption></figure><p>On n’accorde pas beaucoup d’attention au plancton, car la plupart du temps, nous ne pouvons pas le voir. Il est généralement de taille microscopique et se trouve dans tous les environnements aquatiques, mais son rôle dans la vie des êtres humains est essentiel.</p> <p>Le <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/plancton">terme « plancton » vient de planktos</a>, en grec ancien, qui signifie « errer » ou « dériver ». Il désigne l’ensemble des organismes en suspension dans <a href="https://planktonchronicles.org/fr/le-projet/">tous les types d’eaux</a> (océans, lacs, rivières et même eaux souterraines), tels que virus, bactéries, insectes, larves de poissons et méduses. Les organismes qui peuplent le plancton sont de formes et de tailles très diverses, mais ils ont en commun le fait de dériver au gré des courants.</p> <p>On les trouve sous forme végétale (<a href="https://www.epa.gov/great-lakes-monitoring/great-lakes-phytoplankton-monitoring-0">phytoplancton</a>) et animale (<a href="https://www.epa.gov/great-lakes-monitoring/great-lakes-zooplankton-monitoring">zooplancton</a>). Il existe aussi des organismes qui brouillent les pistes en appartenant aux deux formes, comme des plantes carnivores ou des animaux photosynthétiques (<a href="https://theconversation.com/les-changements-climatiques-pourraient-accentuer-le-comportement-predateur-du-phytoplancton-entrainant-une-hausse-du-co-dans-latmosphere-230597">mixoplankton</a>).</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="neuf boîtes différentes présentant des micro-organismes verts" src="https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=545&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=545&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=545&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=685&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=685&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/667594/original/file-20250513-62-484a83.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=685&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Le phytoplancton est un élément essentiel des écosystèmes aquatiques.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Shutterstock)</span></span> </figcaption> </figure> <h2>Comprendre le plancton</h2> <p>Nous sommes un groupe international de chercheuses spécialisées dans le plancton qui habite des étendues d’eau allant des lacs alpins aux profondeurs des océans. Nous représentons un consortium plus large de scientifiques, les <em>Plankton Passionates</em>, ou « Passionnés du Plancton », qui ont récemment examiné les différentes façons dont le <a href="https://academic.oup.com/bioscience/advance-article/doi/10.1093/biosci/biaf049/8172382">plancton est essentiel pour le bien-être humain, la société, les activités et la vie sur notre planète</a>.</p> <p>Dans le cadre de nos travaux, nous avons déterminé six grands thèmes qui nous permettent de classer la valeur du plancton.</p> <p>Premièrement, le plancton est un élément important du fonctionnement des écosystèmes aquatiques. À l’instar des plantes et des arbres terrestres, le <a href="https://www.sciencedirect.com/topics/earth-and-planetary-sciences/phytoplankton">phytoplancton utilise l’énergie lumineuse pour réaliser la photosynthèse</a> et créer de la biomasse qui est ensuite transférée dans tout l’écosystème.</p> <p>Le phytoplancton est principalement consommé par le zooplancton, qui constitue à son tour la nourriture de choix de nombreux poissons, tels que les sardines et les harengs. Ces petits poissons sont ensuite mangés par de plus gros poissons et des oiseaux. Le plancton est donc indispensable <a href="https://doi.org/10.1038/srep21806">au bon fonctionnement du réseau alimentaire</a>.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>Le plancton influe également les cycles de la matière et la biogéochimie des écosystèmes aquatiques. Outre le fait que le phytoplancton utilise la lumière du soleil pour croître et se reproduire, il participe au cycle du carbone, de l’oxygène, et des nutriments.</p> <p>Le phytoplancton est une <a href="https://library.wmo.int/fr/records/item/58111-the-2022-gcos-ecvs-requirements">variable climatique essentielle</a>, c’est-à-dire que son étude fournit des indicateurs pour évaluer la santé de la planète et l’impact du changement climatique, car il capture le dioxyde de carbone (CO<sub>2</sub>) et le convertit en matière vivante. Lorsque le phytoplancton est mangé par le zooplancton, puis que ce dernier meurt et coule au fond des masses d’eau, le carbone est stocké loin de l’atmosphère et ne peut plus contribuer aux changements climatiques. On appelle ce processus <a href="https://eos.org/science-updates/our-evolving-understanding-of-biological-carbon-export">« pompe à carbone arbone biologique »</a>.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/W9q3JTztJZU?wmode=transparent&amp;start=0" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">Vous êtes vous déjà demandé ce que mangeaient les sardines, les baleines ou encore les huîtres ? Découvrez-le dans cette vidéo de Sakina-Dorothée Ayata et Lise Irrmann.</span></figcaption> </figure> <p>D’autres organismes planctoniques, principalement des bactéries et des champignons, participent à la <a href="https://doi.org/10.1016/j.pocean.2014.08.005">décomposition de matières mortes qui restent dans la colonne d’eau</a>. Leur activité permet de recycler des éléments chimiques essentiels pour d’autres organismes. Cette activité de décomposition, associée à la pompe à carbone biologique, peut avoir une <a href="https://doi.org/10.1146/annurev-marine-040722-115226">incidence sur la régulation du climat mondial</a>. Le plancton est donc notre allié contre l’effet le serre et le changement climatique !</p> <h2>Une recherche fascinante</h2> <p>Le plancton a également joué un rôle dans plusieurs domaines, notamment dans l’évolution de la science elle-même, en contribuant à faire progresser de nombreux concepts théoriques en écologie, comme l’étude de la <a href="https://doi.org/10.1086/282171">biodiversité</a>. La diversité des formes de plancton, dont certaines ressemblent à des <a href="https://moticmicroscopes.com/blogs/articles/diatoms-nature-s-jewels-viewed-with-a-microscope">cristaux ou à des bijoux</a>, fascine les chercheurs.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="méduse sur fond bleu vif" src="https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/674561/original/file-20250616-62-jc6ow2.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Les méduses font partie du plancton, car elles sont transportées par les courants marins.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Shutterstock)</span></span> </figcaption> </figure> <p>Plusieurs théories et cadres conceptuels utilisés en écologie sont issus de l’étude du plancton, mais leurs applications sont plus larges. Le biologiste russe Georgy Gause a par exemple étudié la compétition entre les organismes planctoniques, ce qui l’a amené à élaborer le <a href="https://doi.org/10.2990/28_2_69">principe d’exclusion compétitive</a>, couramment utilisé de nos jours dans des contextes socio-économiques.</p> <p>Des percées scientifiques majeures, voire des prix Nobel (de médecine), ont découlé de l’étude du plancton (<a href="https://www.nobelprize.org/prizes/chemistry/2008/illustrated-information/">piqûres de méduses</a>, études des allergies). De même, la recherche sur les <a href="https://www.nobelprize.org/prizes/medicine/2009/press-release/">télomères de ciliés d’eau douce</a> et le recours aux <a href="https://doi.org/10.1073/pnas.97.3.1206">protéines fluorescentes issues de méduses</a> ont contribué à la compréhension du vieillissement et du cancer.</p> <p>Certaines espèces de plancton, et en particulier des microalgues comme les diatomées, sont également utilisées comme outils de diagnostic en sciences judiciaires, en particulier par la <a href="https://doi.org/10.1186/s41935-023-00378-7">police scientifique en cas de noyade</a>. D’autres servent de modèles dans la recherche <a href="https://doi.org/10.1002/cpz1.70035">biomédicale</a> et <a href="https://doi.org/10.1016/j.aquatox.2010.09.006">écotoxicologique</a>.</p> <p>En raison de son rôle essentiel dans les réseaux alimentaires aquatiques, le plancton est vital pour de nombreuses économies humaines. Divers organismes planctoniques sont cultivés directement pour la consommation humaine, comme les méduses, le krill, les crevettes ou les <a href="https://www.youtube.com/watch?v=3dvLnBzGBhI">copépodes</a>.</p> <p>Pratiquement toutes les protéines des écosystèmes aquatiques sont issues du plancton. Certaines servent de compléments alimentaires, comme la <a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/87559129.2016.1210632">poudre de spiruline</a> ou les <a href="https://doi.org/10.1186/s12944-015-0015-4">oméga-3</a> et les <a href="https://doi.org/10.1002/ecs2.4489">pigments rouges</a> provenant du krill et des copépodes.</p> <p>Plusieurs composés dérivés du plancton sont très prisés dans les domaines de la médecine, des <a href="https://doi.org/10.3390/cosmetics4040046">produits cosmétiques</a> et de la <a href="https://doi.org/10.3390/md20040271">pharmacie</a>, notamment certaines toxines utilisées pour leurs effets <a href="https://doi.org/10.3390/md18010002">stimulants sur le système immunitaire</a>. <a href="https://www.idtdna.com/pages/education/decoded/article/luciferase-an-alternative-to-fluorescence">Les luciférases</a>, un groupe d’enzymes produites par des organismes bioluminescents dont de nombreux organismes planctoniques marins, sont aussi importantes pour la recherche biomédicale.</p> <p>D’autre part, le plancton peut entraîner des coûts élevés en cas de prolifération d’algues nuisibles. Cela se produit avec les <a href="https://oceanservice.noaa.gov/facts/redtide.html">marées rouges toxiques</a> le long des côtes ou la prolifération de cyanobactéries dans les lacs.</p> <h2>Les bienfaits du plancton pour les humains</h2> <p>Nos recherches portent également sur le rôle du plancton dans la culture, les loisirs et le bien-être des humains. En plus de son utilisation comme source de nourriture et en médecine, le plancton peut aussi revêtir une importance culturelle.</p> <p>Les dinoflagellés marins bioluminescents créent des spectacles nocturnes très impressionnants dans les régions côtières et constituent la base d’événements culturels et <a href="https://www.youtube.com/watch?v=vOPliKfxk8Y">d’attractions touristiques</a>. Les diatomées sont un type de phytoplancton présent dans tous les écosystèmes aquatiques. Leurs squelettes riches en silice ont permis de fabriquer des <a href="http://www.discoveringfossils.co.uk/flint_formation_fossils.htm">outils en silex</a> à l’âge de pierre et servent <a href="https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-319-03125-5_4">d’opale dans la bijouterie</a>.</p> <figure class="align-right zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="illustrations of plankton" src="https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=750&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=750&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=750&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=943&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=943&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/676682/original/file-20250626-56-eewatk.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=943&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Illustration de E. Haeckel tirée du livre <em>Rapport sur les radiolaires collectés par H.M.S. Challenger pendant les années 1873-76</em>), publié en 1887.’.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Illus. by E. Haeckel/engraving by A. Giltsch)</span></span> </figcaption> </figure> <p>Les formes structurelles souvent étranges du plancton ont inspiré des architectes et des ingénieurs, notamment les concepteurs de la <a href="https://www.yesmilano.it/en/see-and-do/venues/galleria-vittorio-emanuele-ii">galerie Vittorio Emmanuele à Milan</a> et de l’ancienne <a href="https://www.mv-bracelet.com/porte-binet/">porte monumentale (porte Binet) de l’exposition universelle de 1910 à Paris</a>. Le plancton a également inspiré de nombreux artistes, le premier d’entre eux étant le biologiste <a href="https://www.universalis.fr/encyclopedie/haeckel-ernst-heinrich-1834-1919/">Ernst Haeckel</a>.</p> <p>La <a href="https://www.ipbes.net/">Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques</a> (IPBES) a adopté le <a href="https://doi.org/10.1007/s11625-022-01159-2">cadre Life</a>. Ce cadre de valeurs met l’accent sur le fait de vivre de la nature, avec la nature, dans la nature et en tant que nature, posture qui servira à élaborer des politiques relatives à la biodiversité et aux services écosystémiques.</p> <p>Le plancton relève de tous ces aspects. Nous profitons de lui en raison de son rôle essentiel dans la régulation des habitats aquatiques, de son utilité à long terme dans la régulation du climat, ainsi que des ressources vitales qu’il fournit à l’humanité.</p> <p>L’humanité vit avec le plancton, dont l’incroyable diversité relie la vie terrestre et aquatique. Il constitue l’un des moteurs de la stabilité écologique de la Terre et des services écosystémiques dont nous bénéficions. Le plancton fait partie intégrante de la vie humaine dans la nature, et son rôle est vital pour notre identité, nos modes de vie et notre culture.</p> <p>Il a une grande incidence sur les populations qui se trouvent au bord de l’eau, mais aussi celles qui en sont plus éloignées, grâce à l’art et au design qui s’en inspirent.</p> <p>Nous devons reconnaître la valeur du plancton en tant que ressource et élément essentiel à la stabilisation et au maintien des systèmes terrestres pour le bien-être humain.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/260144/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Beatrix Beisner bénéficie d&#39;une subvention du CRSNG. Elle est rédactrice en chef du Journal of Plankton Research (Oxford University Press) et membre du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie (GRIL), un réseau financé par le FRQNT. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Maria Grigoratou bénéficie d&#39;un financement du projet WARMEM (OCE-1851866) de la NSF et des projets HORIZON Europe financés par l&#39;UE EU4OceanObs2.0 et BioEcoOcean (101136748) à Maria Grigoratou. Maria est désormais affiliée au Conseil polaire européen.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Sakina-Dorothée Ayata bénéficie d&#39;un financement de la Commission européenne (projets NECCTON, iMagine, Blue-Cloud2026), de l&#39;Agence nationale de la recherche (ANR, projet Traitzoo) et de l&#39;Institut universitaire de France (IUF). </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Susanne Menden-Deuer bénéficie d&#39;un financement de la National Science Foundation et de la NASA aux États-Unis.</span></em></p> Le plancton est essentiel pour le bien-être humain, la société, et la vie sur notre planète. Beatrix Beisner, Professor, Aquatic ecology; Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie (GRIL), Université du Québec à Montréal (UQAM) Maria Grigoratou, Executive Secretary, European Polar Board, Umeå University Sakina-Dorothée Ayata, Maîtresse de conférences en écologie marine, Sorbonne Université Susanne Menden-Deuer, Professor of Oceanography, University of Rhode Island Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/261446 2025-07-24T14:49:54Z 2025-07-24T14:49:54Z Carboneutre, vraiment ? Le mirage vert des projets de GNL <p>Une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) pourrait voir le jour à Baie-Comeau. Porté par l’entreprise Marinvest Energy, le projet se dit « carboneutre » grâce à un parc éolien. Mais peut-on vraiment verdir l’exportation d’énergies fossiles sans détourner le sens de la transition climatique ?</p> <p>Selon une <a href="https://www.ledevoir.com/environnement/899125/marinvest-energy-veut-parc-eolien-alimenter-usine-gnl-baie-comeau">enquête du <em>Devoir</em></a>, la compagnie Marinvest Energy envisage de construire sur la Côte-Nord, en milieu marin, une usine de liquéfaction pour transformer le gaz naturel transporté d’Alberta et destiné à l’exportation. Son argument central ? Le projet serait « carboneutre » grâce à l’ajout d’un parc éolien privé qui alimenterait l’usine en énergie.</p> <p>Si les détails du projet ne sont pas encore précisés par l’entreprise, Marinvest Energy annonce tout de même la volonté de produire du GNL « sans émission de carbone », afin de réduire l’empreinte du projet industriel. Mais cette rhétorique cache un problème de fond : peut-on réellement parler de carboneutralité dans le cadre de projets d’exportation d’énergies fossiles ?</p> <p>Chercheuse postdoctorale à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, j’étudie l’influence discursive et politique de l’industrie fossile et ce type de stratégie rhétorique. Elle consiste à déplacer la conversation vers des solutions technologiques partielles, à favoriser l’acceptabilité sociale d’infrastructures dangereuses, et à donner l’impression d’agir tout en verrouillant nos choix énergétiques.</p> <h2>Une neutralité carbone illusoire</h2> <p>Le projet de Marinvest Energy rappelle celui d’Énergie Saguenay, aussi de GNL Québec, rejeté en 2021 par le gouvernement Legault en raison de ses impacts environnementaux. Ce projet <a href="https://www.ledevoir.com/environnement/594647/un-gazoduc-carboneutre-pour-transporter-du-gaz-albertain">promettait aussi une neutralité carbone</a>, cette fois par l’électrification partielle de ses équipements. La neutralité carbone consiste à réduire à un minimum, à compenser, ou à capturer les émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière à en équilibrer la quantité émise avec la quantité retirée de l’atmosphère.</p> <p>Depuis quelques années, les promoteurs de projets gaziers tentent de faire passer leurs projets pour compatibles avec la lutte climatique. Le discours s’ajuste : on insiste sur les « réductions d’émissions » locales, tout en gardant intact le modèle d’extraction et d’exportation.</p> <p>Mais ce vocabulaire n’est pas anodin : il sert à verdir l’image d’un combustible fossile et à en accroître l’acceptabilité sociale. Cela s’apparente à de l’écoblanchiment (<em>greenwashing</em>) qui consiste à donner un caractère écoresponsable à des activités industrielles polluantes. <a href="https://www.washingtonpost.com/climate-environment/2023/01/17/ohio-natural-gas-green-energy/">Largement employée par les acteurs pétroliers et gaziers</a>, cette rhétorique vise à créer, dans l’imaginaire collectif social et politique, l’illusion d’une compatibilité entre la production continue des énergies fossiles et la lutte contre les changements climatiques.</p> <p>Or, le GNL reste une source majeure d’émissions de CO<sub>2</sub>. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), <a href="https://www.iea.org/news/new-iea-report-assesses-emissions-from-lng-supply-and-maps-out-opportunities-to-reduce-them">70 % des émissions associées au GNL proviennent de sa combustion finale</a>, c’est-à-dire à l’étranger, là où il sera utilisé. Autrement dit, même si la production locale est « verte », l’impact climatique principal se produit ailleurs. C’est là tout le paradoxe du discours de carboneutralité : il fragmente les émissions pour mieux en dissimuler l’ampleur.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Un enjeu d’acceptabilité sociale</h2> <p>Ce type de discours vise aussi à accroître l’acceptabilité sociale du projet. Des études sur les publics canadiens, comme <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2214629620300888">celle de Todd Brunner et John Axsen de l’Université Simon Fraser</a>, ont montré que l’acceptabilité des infrastructures et des diverses énergies fossiles dépend des valeurs environnementales et de la confiance du public envers les compagnies pétrolières et gazières.</p> <p>En associant le projet à l’énergie éolienne, Marinvest cherche ainsi à l’aligner symboliquement avec les politiques climatiques québécoises et à séduire une population déjà sceptique, comme <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1779635/bape-gnl-quebec-rapport-reserves">celle qui s’était opposée à GNL Québec</a>.</p> <h2>Le risque de verrouillage énergétique</h2> <p>Au-delà des enjeux des émissions, les mégaprojets de GNL posent un risque systémique : ils renforcent la dépendance canadienne et québécoise aux énergies fossiles. Le « verrouillage carbone » (<em>carbon lock-in</em>) est un phénomène <a href="https://sciencepolicy.colorado.edu/students/envs-geog_3022/seto_2016.pdf">bien documenté</a>. Il désigne les choix économiques, technologiques ou politiques qui rendent difficile (et coûteux) l’abandon du pétrole et du gaz. Une fois le mégaprojet lancé, les investissements doivent être rentabilisés, et les infrastructures s’imposent pour des décennies.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/climat-comment-lindustrie-petroliere-veut-nous-faire-porter-le-chapeau-213142">Climat : comment l’industrie pétrolière veut nous faire porter le chapeau</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>L’Institut climatique du Canada <a href="https://climateinstitute.ca/locking-out-carbon-lock-in-part-1/">rappelle l’importance d’adopter des politiques publiques</a> pour prévenir cette dépendance, mais en souligne la complexité. Certains chercheurs parlent ainsi de <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0301421500000707">« complexe techno-institutionnel »</a> : un enchevêtrement d’intérêts publics et privés qui freine toute transition réelle. Ce complexe entraîne une dépendance durable aux technologies et aux structures institutionnelles liées aux énergies fossiles.</p> <p>Au Québec, les projets comme GNL Québec, et maintenant celui de Marinvest Energy, ont d’ailleurs été <a href="https://www.ledevoir.com/environnement/597503/gnl-quebec-risque-de-freiner-la-transition-energetique-conclut-le-bape">critiqués non seulement pour leur impact local, mais aussi pour leur capacité à vérrouiller</a> la trajectoire énergétique des pays importateurs – et ainsi à prolonger les émissions mondiales.</p> <p>Pourtant, comme l’explique l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) dans un <a href="https://librairie.ademe.fr/industrie-et-production-durable/4524-avis-de-l-ademe-la-neutralite-carbone.html">récent rapport</a>, la neutralité carbone ne fonctionne qu’à l’échelle planétaire. Aucune entreprise ou territoire ne peut donc se dire « carboneutre » en elle-même. La neutralité implique une transformation en profondeur de nos modes de vie, et non l’ajout d’un parc éolien à un projet fossile.</p> <h2>Une transition détournée</h2> <p>« Décarboner » la production d’énergies fossiles sert donc à maintenir un modèle extractiviste en présentant la carboneutralité comme une forme d’engagement climatique. Mais ces récits ne sont pas neutres : ils sont politiques et participent à la continuité des intérêts fossiles. Ils évitent les débats sur les causes réelles du problème, comme notre dépendance structurelle aux hydrocarbures ou l’insuffisance des politiques climatiques actuelles.</p> <p>Continuer à développer des infrastructures GNL, même en prétendant qu’elles sont carboneutres, contribue ainsi à entretenir ce verrouillage industriel et freine la sortie nécessaire des énergies fossiles.</p> <p>Or, comme l’a <a href="https://www.theguardian.com/environment/2025/jul/22/antonio-guterres-climate-breakthrough-clean-energy-fossil-fuels">récemment rappelé le secrétaire général des Nations unies António Guterres</a>, l’ère des énergies fossiles responsables du « chaos climatique » doit toucher à sa fin. Face à l’urgence climatique, ce dont nous avons besoin n’est pas de verdir le gaz, mais de le laisser sous terre.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/261446/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Sarah M. Munoz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Une usine de gaz naturel liquéfié pourrait voir le jour sur la Côte-Nord. Le projet se dit carboneutre grâce à un parc éolien. Mais peut-on vraiment verdir l’exportation d’énergies fossiles ? Sarah M. Munoz, Chercheuse postdoctorale - Postdoctoral fellow, Université du Québec à Montréal (UQAM) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/261155 2025-07-16T15:20:30Z 2025-07-16T15:20:30Z Anatomie d’une crue éclair : pourquoi les inondations au Texas ont-elles été si meurtrières ? <p>Entre le 3 et le 6 juillet, la région Texas Hill Country a été touchée par des <a href="https://www.texastribune.org/2025/07/11/texas-hill-country-floods-what-we-know/">inondations soudaines et catastrophiques le long du réseau hydrographique de la rivière Guadalupe</a>. </p> <p>Les inondations ont fait au moins <a href="https://abcnews.go.com/US/live-updates/texas-flooding-live-updates/?id=123729682">134 morts</a>, dont plus de 107 dans le seul comté de Kerr. Plus de <a href="https://abcnews.go.com/US/live-updates/texas-flooding-live-updates/?id=123729682">101 personnes étaient toujours portées disparues le 15 juillet</a>, parmi lesquelles plusieurs enfants qui participaient à des camps le long de la rivière.</p> <p>Les pertes économiques préliminaires sont estimées entre <a href="https://www.texastribune.org/2025/07/07/texas-hill-country-flooding-camp-mystic/">18 et 22 milliards de dollars américains</a> (25 à 30 G$ CAD). Ce coût est dû notamment aux dommages causés aux habitations et aux infrastructures.</p> <p>Comprendre l’anatomie de cette crue éclair et démêler l’interaction complexe des forces météorologiques, géomorphologiques et hydrologiques constitue la première étape en vue d’une évaluation complète de ce qui s’est passé. Ces informations sont essentielles pour aider à prévenir de telles tragédies à l’avenir.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Conditions atmosphériques</h2> <p>Les inondations qui ont frappé le centre du Texas en juillet 2025 ont été déclenchées par une configuration météorologique rare et puissante.</p> <p>Les anomalies atmosphériques sont des conditions météorologiques qui diffèrent de ce qui est prévu. L’analyse des anomalies atmosphériques de juillet 2025 révèle des conditions thermodynamiques hors norme qui ont directement contribué à la gravité des inondations.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/inondations-les-contribuables-supportent-le-cout-eleve-des-dommages-204517">Inondations : les contribuables supportent le coût élevé des dommages</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Les précipitations totales sur la zone centrale touchée dans la région Texas Hill Country entre le 3 et le 6 juillet sont estimées à plus de 15 milliards de mètres cubes d’eau, un volume exceptionnel.</p> <p>Ces pluies torrentielles ont été favorisées par des anomalies de température persistantes, comprises entre 5,4 et 6,9 degrés Celsius au-dessus de la moyenne. Ces températures élevées ont augmenté la <a href="https://science.nasa.gov/earth/climate-change/steamy-relationships-how-atmospheric-water-vapor-amplifies-earths-greenhouse-effect/">capacité de l’atmosphère à retenir l’humidité</a>.</p> <p>À ces niveaux d’anomalie, la masse d’air pouvait stocker 35 à 50 % de vapeur d’eau en plus par rapport à la normale.</p> <p>Dans le même temps, les anomalies d’humidité spécifique ont reflété une augmentation de 60 à 70 % par rapport aux valeurs de référence de juillet pour le centre du Texas. L’humidité spécifique, qui quantifie la masse réelle de vapeur d’eau par kilogramme d’air, fournit une mesure plus directe de l’humidité latente disponible pour les précipitations.</p> <p>L’addition de ces variables thermodynamiques extrêmes a créé un environnement idéal pour une convection profonde et chargée d’humidité, favorisant des précipitations intenses et prolongées.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Carte du Texas montrant les précipitations cumulées" src="https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/679647/original/file-20250711-56-9tca51.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Cette carte du Texas met en évidence la zone d’impact principale dans la région de Texas Hill Country, où les précipitations totales ont dépassé 430 millimètres, soit plus de quatre fois la moyenne régionale pour le mois de juillet.</span> <span class="attribution"><span class="source">(H. Bonakdari/GSMaP)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span> </figcaption> </figure> <h2>Impacts du relief</h2> <p>Si les conditions météorologiques extrêmes ont été à l’origine des inondations de juillet 2025, la morphologie de la rivière Guadalupe (sa forme, son comportement et son débit) a joué un rôle déterminant dans la transformation de ces fortes précipitations en une crue éclair catastrophique.</p> <p>La géographie physique du bassin supérieur, la configuration du réseau hydrographique et la structure de la vallée ont contribué à la concentration et à la propagation rapides des eaux de crue.</p> <p>Surnommé <a href="https://www.reuters.com/graphics/USA-WEATHER/TEXAS-FLOODING/zdpxkdlezvx/">« Flash Flood Alley »</a>, le relief du bassin supérieur de la rivière Guadalupe a amplifié les inondations de juillet 2025 en raison de la combinaison de pentes abruptes, de sols peu profonds et d’une <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Karst">géologie karstique</a>.</p> <p>Ces pentes abruptes ont limité l’infiltration et entraîné une saturation rapide des sols sous l’effet des fortes précipitations. La prédominance du <a href="https://doi.org/10.1126/science.179.4076.859">calcaire karstique</a> – un calcaire façonné par l’eau qui a créé des plaines et des dolines – a encore réduit la capacité de stockage sous la surface, ce qui a réduit au minimum le délai entre les précipitations et le débit.</p> <p>De plus, les sections étroites de la vallée ont créé des goulets d’étranglement hydrauliques, accélérant le débit et augmentant la profondeur des inondations, ce qui a particulièrement affecté les zones résidentielles et les campings.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Carte du Texas montrant la topographie du fleuve" src="https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/679648/original/file-20250711-66-ughy0j.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Carte montrant les relations entre les sources escarpées, les confluents des affluents et les communautés vulnérables en aval.</span> <span class="attribution"><span class="source">(H. Bonakdari/NASA)</span>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">CC BY</a></span> </figcaption> </figure> <p>En revanche, les vallées plus larges ont permis à l’eau de s’étaler latéralement, mais la force destructrice due à la pression en amont était toujours présente. Ces caractéristiques géomorphologiques, aggravées par l’humidité atmosphérique extrême, ont créé un environnement propice à une accumulation rapide des eaux de crue, qui ont frappé avec une force dévastatrice, en particulier le long des zones de confluence et des berges densément peuplées.</p> <h2>Ruissellement excessif</h2> <p>Avant les événements de juillet 2025, le centre du Texas avait déjà connu des conditions d’humidité élevée du sol en raison de <a href="https://www.weather.gov/lub/events-2025-20250703-rain">précipitations supérieures à la moyenne au cours du mois de juin et début juillet</a>. Les indices d’humidité antérieurs, qui mesurent le degré d’humidité du sol avant les précipitations, approchaient les 90 à 100 % de saturation, ce qui signifie que le sol était effectivement prêt pour un ruissellement rapide.</p> <p>Le relief karstique de la région, caractérisé par des sols rocheux peu profonds, offrait une porosité effective inférieure à 5 %, ce qui limitait considérablement l’absorption dans le sol. Parallèlement, le niveau des nappes phréatiques régionales avait augmenté, réduisant encore la capacité du sol à absorber l’eau.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/face-a-laugmentation-du-risque-de-crues-rapides-il-faut-reevaluer-nos-comportements-225809">« Face à l'augmentation du risque de crues rapides, il faut réévaluer nos comportements »</a> </strong> </em> </p> <hr> <p>Les conditions étaient donc réunies pour que les pluies torrentielles génèrent une crue catastrophique. Lorsque les précipitations intenses ont commencé, le sol s’est rapidement et complètement saturé, entraînant un ruissellement de surface immédiat et rapide.</p> <p>Le <a href="https://doi.org/10.1080/02626667.2018.1450985">temps de concentration</a> est le temps nécessaire à l’eau de pluie pour atteindre le point de sortie d’un bassin versant, comme une rivière ou un ruisseau, depuis son point le plus éloigné. Dans la région centrale du Texas Hill Country (<a href="https://www.texasalmanac.com/articles/soils-of-texas">connue pour ses pentes abruptes et ses sols rocheux et peu profonds</a>), ce temps n’est que <a href="https://library.ctr.utexas.edu/digitized/texasarchive/phase2/4696-2-lamar.pdf">d’une à deux heures</a>. Cela signifie que de fortes pluies peuvent entraîner une crue dangereuse des rivières en très peu de temps.</p> <p>L’eau s’écoule rapidement le long des pentes et à travers des canaux souterrains. Elle dispose à cet égard de très peu de temps afin de s’infiltrer dans le sol. En conséquence, des rivières telles que la Guadalupe peuvent gonfler rapidement, montant de plusieurs mètres en peu de temps, ce qui provoque des inondations rapides dans les vallées étroites et les communautés situées à basse altitude.</p> <h2>Des forces multiples</h2> <p>Les inondations de juillet au Texas ont été dévastatrices et meurtrières. Elles sont dues à la conjonction de divers facteurs météorologiques et topographiques.</p> <p>Une atmosphère surchauffée, saturée de vapeur d’eau, a provoqué des précipitations record. Le relief unique de la région des Texas Hill Country a rapidement canalisé ces précipitations vers le réseau fluvial, tandis que l’hydrologie de la région, déjà fragilisée par les tempêtes précédentes, a transformé la quasi-totalité de ces précipitations en ruissellement.</p> <p>En comprenant comment ces éléments atmosphériques, géographiques et hydrologiques se sont combinés, nous pouvons mieux <a href="https://abcnews.go.com/US/history-flash-flood-alley-hilly-region-texas-prone/story?id=123531672">anticiper les risques futurs dans la « Flash Flood Alley »</a> et améliorer les systèmes d’alerte précoce afin de sauver des vies.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/261155/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Hossein Bonakdari ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> Comprendre la combinaison des facteurs météorologiques, géomorphologiques et hydrologiques qui ont conduit aux inondations au Texas pourrait aider à prévenir de futures catastrophes. Hossein Bonakdari, Associate Professor, Civil Engineering, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/259216 2025-07-03T17:19:00Z 2025-07-03T17:19:00Z Feux de forêt : voici pourquoi il faut une structure nationale pour mieux les gérer <p>L’été ne fait que commencer au Canada et l’on comptabilise déjà près de 2000 feux de forêt depuis le début de l’année. Ce sont <a href="https://cwfis.cfs.nrcan.gc.ca/report">plus de 4 millions d’hectares</a> qui sont partis en fumée, soit l’équivalent de la taille du territoire de la Suisse. À ce rythme, la saison 2025 pourrait s’avérer tout aussi catastrophique – voire pire – que celle de 2023, <a href="https://theconversation.com/les-feux-de-foret-de-lete-2023-ont-ete-les-plus-devastateurs-en-50-ans-le-pire-reste-t-il-a-venir-216516">l’une des plus dévastatrices jamais enregistrées au pays</a>.</p> <p>Face à ces feux toujours plus difficiles à maîtriser et ne connaissant pas de frontières, la <a href="https://cdn.ymaws.com/cafc.ca/resource/resmgr/grweek2023/2023/governancereport/Rapport-gouvernance.pdf">création d’une structure nationale</a> capable de coordonner efficacement les efforts des pompiers sur le terrain est à nouveau envisagée.</p> <p>En quoi cela consisterait-il exactement ? À quel prix ?</p> <p>Doctorante et chargée de cours en science politique à l’Université de Montréal, mes travaux portent sur la construction sociale des problèmes publics. Je m’intéresse notamment aux effets de cadrage de la crise climatique et à leur rôle dans l’apport de changements de politique publique.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Une gestion fragmentée en perte d’efficacité</h2> <p>Le Canada compte environ 3 200 services d’incendie, majoritairement organisés au niveau local – municipalités, comtés ou districts. À cela s’ajoutent, dans chaque province et territoire, des agences spécialisées dans la lutte contre les feux de forêt, distinctes des services municipaux. La coordination interprovinciale en matière de feux de forêt est assurée par le <a href="https://www.ciffc.ca/">Centre interservices des feux de forêt du Canada</a> (CIFFC). Le gouvernement fédéral intervient également, notamment par l’entremise du <a href="https://www.securitepublique.gc.ca/cnt/bt/index-fr.aspx">ministère de la Sécurité publique</a>, et détient l’autorité nécessaire pour déclarer l’état d’urgence.</p> <p>Ainsi, les trois paliers de gouvernement peuvent être mobilisés dans la gestion des incendies de forêt. Or, bien qu’ils répondent à des mandats complémentaires, ces services demeurent fragmentés. L’absence d’un mécanisme centralisé de coordination peut engendrer des <a href="https://ucalgary.scholaris.ca/server/api/core/bitstreams/20c38786-0dd9-416d-b564-881c37724dd2/content">chevauchements, des lenteurs dans les interventions et une certaine confusion sur le terrain</a>.</p> <h2>Les pompiers sonnent l’alarme</h2> <p>L’idée d’une structure nationale dédiée à la gestion des incendies ne date pas d’hier. En 2006, <a href="https://cafc.ca/page/Rapport-gouvernance">l’Association canadienne des chefs de pompiers soulevait déjà la question</a> lors de son assemblée générale annuelle. À l’époque, elle reconnaissait que les enjeux devenaient trop vastes et trop complexes pour être gérés de façon dispersée.</p> <p>En décembre 2023, après une saison des feux record, l’idée a refait surface et semble plus que jamais dans l’air du temps. Cette fois, l’Association a décidé d’aller plus loin dans sa réflexion. Elle a publié un <a href="https://cdn.ymaws.com/cafc.ca/resource/resmgr/grweek2023/2023/governancereport/Rapport-gouvernance.pdf">rapport</a> destiné aux responsables politiques, dans lequel elle propose la création d’une véritable « administration nationale des incendies », afin de mieux coordonner les interventions à l’échelle du pays.</p> <hr> <p> <em> <strong> À lire aussi : <a href="https://theconversation.com/les-feux-de-foret-de-lete-2023-ont-ete-les-plus-devastateurs-en-50-ans-le-pire-reste-t-il-a-venir-216516">Les feux de forêt de l’été 2023 ont été les plus dévastateurs en 50 ans. Le pire reste-t-il à venir ?</a> </strong> </em> </p> <hr> <h2>Ce qu’une meilleure coordination permettrait</h2> <p>Les changements climatiques entraînent une <a href="https://changingclimate.ca/site/assets/uploads/sites/2/2020/06/CCCR_FULLREPORT-EN-FINAL.pdf">multiplication et une intensification des feux de forêt</a>. Les pompiers sont donc appelés à intervenir plus souvent, et sur des périodes plus longues.</p> <p>Cette pression accrue a des conséquences humaines importantes. En plus de l’épuisement, ces interventions prolongées exposent les pompiers à des fumées toxiques, <a href="https://www.canada.ca/content/dam/hc-sc/documents/services/environmental-workplace-health/firefighters-health/national-framework-cancers-linked-firefighting/national-framework-cancers-linked-firefighting.pdf">augmentant ainsi les risques de maladies cardiorespiratoires</a>. Leur santé – et parfois leur vie – est en jeu. Dans ce contexte, l’Association canadienne des chefs de pompiers constate des difficultés croissantes de recrutement et de rétention.</p> <p>À cela s’ajoute un autre enjeu : tous les pompiers ne sont pas formés pour combattre les feux de forêt, dont les dynamiques diffèrent des incendies urbains.</p> <p>Par ailleurs, certains incendies dépassent les frontières administratives, comme en témoignent les <a href="https://cwfis.cfs.nrcan.gc.ca/carts/fw?type=fwi">brasiers toujours actifs aux abords des provinces des Prairies</a>.</p> <p>Dans son <a href="https://cdn.ymaws.com/cafc.ca/resource/resmgr/grweek2023/2023/governancereport/Rapport-gouvernance.pdf">rapport</a>, l’Association soutient qu’une structure nationale permettrait de mieux répondre à ces défis. D’une part, elle offrirait la possibilité d’investir de façon plus stratégique, en orientant les budgets vers la formation spécialisée et l’achat d’équipement, souvent inadéquat face aux réalités du terrain. D’autre part, elle faciliterait le déploiement du personnel entre les régions et améliorerait la gestion des ressources essentielles – notamment l’eau, utilisée en grande quantité pour éteindre les incendies.</p> <p>Au-delà des feux de forêt, l’Association rappelle que d’autres risques justifient la création d’une telle structure. Elle cite en exemple le transport de marchandises dangereuses, un domaine où l’uniformisation des pratiques et des capacités de réponse à l’échelle nationale s’avère également nécessaire.</p> <p>Enfin, une administration nationale permettrait de mieux intégrer les pompiers à l’élaboration des politiques qui ont un impact direct sur leur travail. Cela concerne par exemple les normes de construction, la réglementation des feux d’artifice ou d’autres enjeux touchant la sécurité publique et qui affectent, de près ou de loin, la gestion des feux de forêt.</p> <p>Pour toutes ces raisons, plutôt que de simplement élargir le mandat du <a href="https://www.ciffc.ca/">Centre interservices des feux de forêt du Canada</a> (CIFFC), les représentants défendent une approche plus holistique.</p> <h2>Passer de l’idée à l’action</h2> <p>Pour étayer ses recommandations, l’Association canadienne des chefs de pompiers a mené une <a href="https://cdn.ymaws.com/cafc.ca/resource/resmgr/grweek2023/2023/governancereport/Rapport-gouvernance.pdf">analyse comparative rigoureuse</a> en s’intéressant à des modèles internationaux, notamment ceux des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande, où des délégations se sont rendues sur place pour rencontrer les responsables d’organismes similaires.</p> <p>Cette veille internationale leur a permis d’identifier les bonnes pratiques et d’anticiper les défis rencontrés ailleurs. Cela leur a permis, par exemple, d’échanger sur les budgets alloués, les compétences confiées à ces agences, leur degré d’autonomie par rapport aux gouvernements.</p> <p>Sur le plan budgétaire, la création d’une administration nationale des incendies au Canada ne représenterait pas une charge insurmontable. Comme le souligne l’Association, il ne s’agirait pas de repartir de zéro, mais de s’appuyer sur les structures existantes – l’association elle-même étant déjà bien organisée – pour les transformer. Les services d’incendie disposent d’un budget annuel d’environ 5,6 milliards de dollars. Selon l’Association, un <a href="https://cdn.ymaws.com/cafc.ca/resource/resmgr/2025_prebudget/Aug2-Federal_Pre_Budget_2025.pdf">investissement supplémentaire de 2 millions de dollars par an</a> serait suffisant pour mettre en place cette coordination nationale.</p> <p>Ces dernières semaines, des représentants de l’Association ont rencontré des membres du gouvernement fédéral pour discuter de leur proposition. Mais les gouvernements des territoires, des provinces et des municipalités devront aussi être consultés. Or, les <a href="https://www.ledevoir.com/politique/canada/858250/premiere-rencontre-entre-mark-carney-provinces">discussions intergouvernementales</a> semblent pour l’instant dominées par la guerre commerciale avec les États-Unis.</p> <p>Autre frein : le <a href="https://theconversation.com/is-mark-carney-turning-his-back-on-climate-action-258737">premier ministre Carney n’a pas été élu avec un mandat environnemental fort</a>. Pourtant, il aurait tout intérêt à s’emparer du dossier, étant donné que les <a href="https://natural-resources.canada.ca/climate-change/climate-change-impacts-forests/cost-fire-protection">coûts liés à la lutte contre les incendies de forêts</a>, à eux seuls, dépassent désormais le milliard de dollars par an.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/259216/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Alizée Pillod est affiliée au Centre d&#39;Études et de Recherches Internationales de l&#39;UdeM (CERIUM), au Centre de recherche sur les Politiques et le Développement Social (CPDS) et au Centre pour l&#39;Étude de la citoyenneté démocratique (CECD). Ses recherches sont subventionnées par les Fonds de Recherche du Québec (FRQ). Alizée a aussi obtenu la Bourse départementale de recrutement en politiques publiques (2021) ainsi que la Bourse d&#39;excellence Rosdev (2023). Elle a également été la coordonnatrice pour un projet financé par Ouranos et le MELCCFP sur la communication climatique en contexte pandémique.</span></em></p> Les feux de forêt ravivent le débat sur la nécessité de créer une administration nationale des incendies afin de mieux coordonner les interventions des pompiers. Alizée Pillod, Doctorante en science politique, Université de Montréal Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/259238 2025-06-27T13:47:50Z 2025-06-27T13:47:50Z Une tortue de mer peut porter en elle l’équivalent de 10 balles de ping-pong en plastique <figure><img src="https://images.theconversation.com/files/674903/original/file-20250529-56-ba84fr.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;rect=277%2C446%2C3971%2C2647&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1050&amp;h=700&amp;fit=crop" /><figcaption><span class="caption">Les tortues de mer peuvent ingérer des quantités dangereuses de plastique.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Shutterstock)</span></span></figcaption></figure><p>Chaque année, des <a href="https://doi.org/10.1038/s41561-023-01216-0">milliers, voire des millions de tonnes de plastique se retrouvent dans les océans</a>, sans que l’on connaisse <a href="https://doi.org/10.3389/fmars.2020.609243">leur destination finale</a>.</p> <p>Les scientifiques s’efforcent depuis des années d’analyser la situation, en estimant notamment la taille du réservoir de plastique <a href="https://doi.org/10.1038/s41561-023-01216-0">à la surface</a>, dans la <a href="https://doi.org/10.1016/j.csr.2023.104947">colonne d’eau</a> et dans les <a href="https://doi.org/10.1016/j.dsr.2024.104266">profondeurs des océans</a>. Cependant, on oublie souvent de prendre en compte les animaux marins.</p> <p>Tous les animaux peuvent être des réservoirs de pollution, mais pour mieux saisir la quantité de pollution plastique stockée dans la vie océanique, nous avons réalisé une étude de cas <a href="https://doi.org/10.1029/2024JC021878">pour les tortues de mer</a>.</p> <p>Les tortues de mer avalent des débris de plastique de <a href="https://doi.org/10.1029/2024JC021878">formes et de tailles diverses</a>, notamment des granulés de préproduction, de la mousse, des sacs, des feuilles, du matériel de pêche et des emballages alimentaires. L’ingestion de plastique peut avoir différents impacts, tels que <a href="https://doi.org/10.1590/1678-476620151053265270">sous-alimentation, émaciation</a> et <a href="https://doi.org/10.1002/fee.1297">lésions de la muqueuse intestinale</a>. Les tortues de mer peuvent également <a href="https://www.int-res.com/abstracts/esr/v34/p431-448/">s’empêtrer dans des filets et des cordages</a>.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/ZaQ_AqiKz-w?wmode=transparent&amp;start=0" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">Reportage de Scripps News sur les impacts de la pollution plastique sur les tortues de mer.</span></figcaption> </figure> <h2>Espèces vulnérables</h2> <p>Nous nous sommes concentrés sur les tortues de mer, car nous savons qu’elles sont <a href="https://www.fisheries.noaa.gov/species/leatherback-turtle">affectées par les déchets plastiques</a> et qu’elles sont <a href="https://wwf.ca/stories/sea-turtles-struggling-to-adapt-in-changing-waters/">sensibles à l’évolution de l’océan</a>. Six des sept espèces de tortues de mer sont classées comme vulnérables, en danger ou en danger critique d’extinction par <a href="https://www.iucnredlist.org/fr/search?query=sea%20turtles&amp;searchType=species">l’Union internationale pour la conservation de la nature</a>.</p> <p>Pour estimer la quantité de plastique présente dans les tortues de mer, nous avons créé un modèle à partir de données sur leur ingestion de plastique et de facteurs que nous pensons pouvoir prédire celle-ci. Il s’agit de facteurs géographiques, socio-économiques et écologiques.</p> <p>Nous avons estimé la taille du réservoir mondial pour les tortues vertes femelles, car c’est le groupe pour lequel nous disposions du plus grand nombre de données.</p> <p>Nous évaluons qu’environ six tonnes de débris plastiques se trouvent à tout moment dans la population de tortues vertes femelles. Cela équivaut approximativement à la pollution plastique contenue dans un camion à ordures.</p> <p>Sur la base de nos résultats, nous avons également prédit qu’une tortue verte porte en elle jusqu’à 26,4 grammes de plastique en moyenne, soit la masse de dix balles de ping-pong.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <h2>Prédire l’ingestion</h2> <p>L’endroit où vit une tortue est important. Nous avons constaté que les tortues de mer qui sont près de l’équateur sont plus à risque d’accumuler des débris plastiques. Celles qui s’alimentent près de pays dont le statut socio-économique est faible risquent de manger plus de plastique, la <a href="https://doi.org/10.1126/science.aba3656">gestion des déchets étant influencée par ce statut</a>.</p> <p>Nous avons également observé que les caractéristiques d’une espèce, notamment sa taille et sa stratégie de recherche de nourriture – où et comment elle trouve de la nourriture – jouaient un rôle.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Une tortue caouanne nageant dans l’eau" src="https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/671185/original/file-20250529-56-zuq1bd.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Les tortues caouannes s’alimentent en haute mer pendant les sept à quinze premières années de leur vie.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Shutterstock)</span></span> </figcaption> </figure> <p>Les <a href="https://www.fishipedia.fr/fr/reptiles/caretta-caretta">tortues caouannes</a>, par exemple, sont carnivores et s’alimentent en haute mer pendant les sept à quinze premières années de leur vie, avant de migrer vers les zones côtières proches du rivage.</p> <p>En revanche, les <a href="https://www.fishipedia.fr/fr/reptiles/dermochelys-coriacea">tortues luths</a> passent la majeure partie de leur vie en haute mer et se nourrissent de proies à corps mous, telles que les méduses et les <a href="https://www.aquaportail.com/dictionnaire/definition/2309/salpe">salpes</a>. Elles peuvent ainsi confondre des ballons avec de la nourriture.</p> <p>Les <a href="https://www.fishipedia.fr/fr/reptiles/chelonia-mydas">tortues vertes</a>, quant à elles, mangent principalement des algues et des herbiers marins et ne vivent que trois à cinq ans en haute mer avant de rejoindre des zones côtières peu profondes où elles restent jusqu’à la fin de leur vie.</p> <p>Les différents comportements et la taille des tortues marines influencent leur exposition aux débris de plastique ainsi que la quantité de plastique que leur estomac peut contenir à tout moment.</p> <p>Il est important de comprendre les facteurs qui influencent l’ingestion de plastique afin de déterminer les espèces les plus menacées. Nous avons observé que les tortues luths sont les plus à risque d’en avaler.</p> <h2>La suite des choses</h2> <p>Les tortues de mer subissent les effets de l’évolution des océans, pour laquelle nos déchets plastiques jouent un rôle. La présence constante de plastique dans leur organisme incite à réfléchir aux risques auxquels elles sont exposées.</p> <figure class="align-center zoomable"> <a href="https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"><img alt="Photo sous-marine de plastique flottant dans l’eau" src="https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip" srcset="https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/671187/original/file-20250529-62-kisq7r.jpg?ixlib=rb-4.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w" sizes="(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px"></a> <figcaption> <span class="caption">Chaque année, des milliers, voire des millions de tonnes de plastique finissent dans les océans.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Shutterstock)</span></span> </figcaption> </figure> <p>Dans la poursuite de nos recherches, nous étudierons comment la quantité de plastique stockée varie d’une espèce à l’autre et quelle est la quantité totale stockée dans les animaux marins du monde entier.</p> <p>Nous tenterons également de savoir si les tortues de mer et les animaux marins en général transportent des débris de plastique en se déplaçant, devenant en quelque sorte des convoyeurs dans l’océan.</p> <h2>Appel à l’action</h2> <p>Pour répondre à ces questions, nous devons recueillir davantage de données sur les tortues de mer et d’autres espèces. Nous appelons à une surveillance accrue de ces animaux afin d’améliorer les efforts de modélisation futurs et de documenter les risques. Nous recommandons aussi une surveillance plus poussée des autres espèces et des pratiques normalisées d’établissement de rapports, ainsi qu’une plus grande transparence des données.</p> <p>Nous espérons que nos résultats démontrent l’importance de l’observation pour combler les lacunes dans les connaissances liées au <a href="https://doi.org/10.3389/fmars.2020.609243">cycle du plastique dans l’environnement</a>. Ces connaissances pourraient contribuer à l’élaboration d’un <a href="https://www.globalplastictreaty.com/fr">traité mondial contre la pollution plastique</a>.</p> <p>Nous souhaitons également que notre travail serve de base à des actions directes visant à protéger les tortues de mer des effets du plastique et à réduire la quantité de plastique qui pénètre dans les océans.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/259238/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Xia (Alice) Zhu bénéficie d&#39;une bourse postdoctorale Banting. </span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Chelsea Rochman bénéficie d&#39;un financement du CRSNG, du ECCC et du MPO.</span></em></p><p class="fine-print"><em><span>Matthew Mazloff bénéficie d&#39;un financement de la NASA, de la NOAA, de la NSF et de l&#39;UCSD.</span></em></p> De nouvelles recherches estiment qu’environ 60 tonnes de déchets plastiques jetés dans l’océan se retrouvent dans le corps des femelles tortues vertes. Xia (Alice) Zhu, Banting Postdoctoral Fellow, Ocean Sciences, Memorial University of Newfoundland Chelsea Rochman, Assistant Professor of Ecology and Evolutionary Biology, University of Toronto Matthew Mazloff, Researcher, Scripps Institution of Oceanography, University of California, San Diego Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives. tag:theconversation.com,2011:article/255704 2025-06-23T14:23:24Z 2025-06-23T14:23:24Z Sillage des bateaux : une nuisance, mais aussi une menace pour les rivages d’eau douce et la faune <p>Après de longs hivers, les Canadiens savourent pleinement l’été. Pour certains, cela rime avec des vacances méritées au bord d’un lac, d’une rivière ou d’une baie. Certains privilégient la tranquillité sur le quai, tandis que d’autres recherchent l’adrénaline du ski nautique, du tubing ou de la planche nautique.</p> <p>Au cours de la dernière décennie, les <a href="https://boatingindustry.ca/current-news/nmma-reports-that-new-powerboat-sales-are-normalizing-continue-to-outpace-pre-pandemic-levels/">ventes de bateaux à moteur neufs et d’occasion</a> ont connu une forte croissance, en particulier celles de <a href="https://fishncanada.com/news/pandemic-effects-on-boat-sales-it-may-surprise-you/">bateaux de sillage</a> qui sont conçus pour générer de grands sillages.</p> <hr> <p><em><strong>Cet article fait partie de notre série Nos lacs : leurs secrets, leurs défis.</strong> Cet été, La Conversation vous propose une baignade fascinante dans nos lacs. Armés de leurs loupes, microscopes ou lunettes de plongée, nos scientifiques se penchent sur leur biodiversité, les processus qui s’y produisent et les enjeux auxquels ils font face. Ne manquez pas nos articles sur ces plans d’eau d’une richesse inouïe !</em></p> <p>Même si la navigation de plaisance est une industrie de plusieurs milliards de dollars au Canada et qu’elle soit pratiquée par de nombreux adeptes, moi y compris, les propriétaires de chalets et d’autres groupes de défense expriment une inquiétude croissante face aux effets des vagues générées par ces embarcations.</p> <figure> <iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/vDGihiqGWXM?wmode=transparent&amp;start=0" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe> <figcaption><span class="caption">Sillage des bateaux de plaisance et des jets-skis dans la région des chalets en Ontario. (Chris Houser).</span></figcaption> </figure> <p>Il est de plus en plus évident que le sillage des bateaux <a href="https://tfftl.org/wake-boats-and-lakes-new-report-from-wisconsins-green-fire/">érode le littoral</a>, <a href="https://doi.org/10.1098/rspb.2021.1623">perturbe les écosystèmes aquatiques</a>, <a href="https://doi.org/10.1080/10402381.2024.2388540">dégrade la qualité de l’eau</a> et constitue un risque pour la sécurité des personnes qui se trouvent sur le littoral ou sur l’eau.</p> <h2>Plus fort que les vagues</h2> <p>Dans la région des chalets de l’Ontario, le sillage des bateaux représente une <a href="https://doi.org/10.1080/10402381.2021.1879325">part importante de l’énergie totale des vagues</a>.</p> <p>À l’exception des lacs où les bateaux à moteur sont interdits, l’énergie produite par le sillage est supérieure à l’énergie des vagues générées par les vents. La quantité exacte dépend de la taille, de la forme et de la profondeur de la masse d’eau, mais des <a href="https://doi.org/10.1080/10402381.2024.2370818">recherches récentes que j’ai menées avec des collègues</a> suggèrent que les sillages peuvent représenter jusqu’à 90 % de l’énergie totale des vagues dans les petits lacs d’une largeur allant jusqu’à cinq kilomètres.</p> <hr> <p><em>Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de <a href="https://theconversation.com/ca-fr">La Conversation</a>. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre <a href="https://theconversation.com/ca-fr/newsletters/linfolettre-de-la-conversation-canada-20">infolettre</a> pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.</em></p> <hr> <p>L’une des personnes interrogées dans le cadre de notre enquête a fait remarquer que :</p> <blockquote> <p>Le rivage s’érode. Je perds des terres et des arbres dans l’eau. L’eau est plus trouble que jamais et les grosses vagues constantes rendent parfois la baignade dangereuse pour mes enfants.</p> </blockquote> <p>Les sillages ne se contentent pas d’augmenter le nombre de vagues, ils génèrent également des vagues plus hautes et plus puissantes, en particulier celles créées par les bateaux de sillage. Plus un lac est petit, plus l’énergie du sillage impacte fortement le littoral. Ce phénomène est également plus marqué le long des rivières, dans les bras de lac et les baies, en raison du type d’activités nautiques fréquentes dans ces zones.</p> <p>Selon nos recherches, l’impact est limité le long des rivages rocheux, mais des changements peuvent se produire lorsque les rivages sont boueux ou sablonneux et que l’eau est peu profonde.</p> <p>Tout comme les fortes vagues provoquées par les tempêtes, le sillage peut éroder le rivage et déraciner ou affaiblir la végétation du rivage. En remettant en suspension les sédiments et les matières organiques du fond, il contribue aussi à la dégradation de la qualité et de la clarté de l’eau. Cela peut favoriser la prolifération d’algues, entraîner des épisodes d’hypoxie (manque d’oxygène) et favoriser la <a href="https://doi.org/10.1016/j.marpolbul.2014.03.055">dispersion des contaminants</a>.</p> <blockquote> <p>Nous avons des bateaux qui sont améliorés pour la vente de surf et notre lac n’est pas assez large ou assez profond pour gérer l’énergie générée par les sillages produits par ces bateaux. Certaines parties de notre lac font moins de 20 mètres de large et moins d’un huitième de pied de profondeur, et ces bateaux créent des entailles au fond du lac, ce qui, bien sûr, remue la vase du fond et nuit à la clarté de l’eau.“ <em>Un propriétaire de chalet sur le lac Fairy, au nord de Toronto</em>.</p> </blockquote> <h2>Dangers pour les plongeons, les poissons, les quais et les personnes</h2> <p>Les turbulences générées par les sillages peuvent aussi <a href="https://www.birdscanada.org/new-study-helps-explain-why-loons-are-raising-fewer-chicks-in-ontario/">perturber les nids des huards</a> et affecter le frai des poissons dans les eaux peu profondes. Elles détruisent les nids, <a href="https://doi.org/10.1016/S0380-1330(98)70845-7">emportent les œufs et déplacent les poissons juvéniles</a>, ce qui réduit le succès de la reproduction.</p> <blockquote> <p>Ce n’est pas une coïncidence si les huards n’ont pas niché sur notre pointe pendant 10 ans, depuis que notre canal est devenu un haut lieu du wake-surfing”. Un propriétaire de chalet sur le lac Joseph, au nord de Toronto.</p> </blockquote> <p>Dans le cadre de nos recherches, les résidents et les propriétaires de chalets ont également fait part de leurs préoccupations quant aux dommages causés par le sillage aux infrastructures riveraines et aux bateaux amarrés, ce qui entraîne des coûts d’entretien et de réparation plus élevés. Les gros sillages peuvent empêcher les petits bateaux de naviguer en toute sécurité et, sur le littoral, ces vagues représentent un danger pour les nageurs, qui peuvent être déséquilibrés ou même emportés par les grosses vagues.</p> <p>Bien que certaines études indiquent que les sillages représentent une part importante de l’énergie des vagues sur les petits lacs, la documentation sur leurs impacts concrets reste limitée. Nos recherches ont révélé qu’il existe peu de preuves directes d’érosion. La plupart des exemples observés étaient des cas extrêmes, qui mettaient en lumière des zones particulièrement vulnérables aux modifications du littoral causées par le sillage des bateaux.</p> <blockquote> <p>Notre littoral s’est érodé d’environ deux mètres au cours des dix dernières années, ce qui a entraîné l’effondrement des arbres et du littoral dans le lac". <em>Un propriétaire de chalet du lac Joseph</em>.</p> </blockquote> <p>La majorité des personnes interrogées dans le cadre de notre enquête ont identifié le mode de conduite des bateaux, l’expérience des conducteurs, ainsi que la cohabitation avec d’autres usagers du lac – pêcheurs, baigneurs ou plaisanciers en quête de calme – comme les principales sources de préoccupations liées aux sillages et à la navigation de plaisance en général. Ces constats concordent avec ceux d’une <a href="https://doi.org/10.1080/07011784.2023.2299872">autre étude</a> récente, qui n’a trouvé aucune preuve directe d’érosion du littoral, mais a observé une augmentation de la remise en suspension des sédiments et de la disponibilité du phosphore dans l’eau.</p> <h2>Limitations de vitesse, zones sans sillage</h2> <p>Des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer quand et où le sillage des bateaux constitue un facteur de stress physique et/ou écologique plutôt qu’une simple perturbation du paysage paisible de la région des chalets.</p> <p>Grâce à ces études, il sera possible de mettre en place des limitations de vitesse et des zones sans sillage appropriées, des limites à l’utilisation des bateaux sillonneurs et d’améliorer l’éducation et la sensibilisation à mesure que <a href="https://www.shipuniverse.com/hull-optimization-strategies-in-2025-whats-hot-and-whats-cold/">l’industrie continue d’améliorer la conception des coques pour réduire le sillage</a>.</p> <p>Il ne fait aucun doute que le débat sur l’impact du sillage des bateaux se poursuivra cet été, mais il faut espérer qu’il ne rendra pas notre séjour sur le quai trop mouvementé.</p><img src="https://counter.theconversation.com/content/255704/count.gif" alt="La Conversation Canada" width="1" height="1" /> <p class="fine-print"><em><span>Chris Houser ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p> La navigation de plaisance représente une industrie de plusieurs milliards de dollars au Canada, mais le sillage des bateaux entraîne des dommages au littoral et à l’environnement. Chris Houser, Professor in Department of Earth and Environmental Science, and Dean of Science, University of Waterloo Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.