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Sugaar

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Représentation moderne de Sugaar comme serpent dans le lauburu, par Josu Goñi.

Sugaar (prononcer « chouga-arre ») (autres noms : Sugar, Sugoi, Maju ou Suar) est la partie mâle d'une déité pré-chrétienne dans la mythologie basque associée aux orages et à la foudre, et époux de Mari[1]. Dans les traditions orales basques, Sugaar/Maju est décrit comme un être chthonien lié à la terre et aux cavernes, souvent vu comme un génie serpentiforme qui personnifie les forces naturelles du climat, notamment les orages et les éclairs[2].

Description

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Activités et mythes

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Il est en général représenté par un dragon ou un serpent[3]. Contrairement à son épouse Mari, il subsiste peu de légendes à son propos. L'essentiel de son existence est de se joindre périodiquement (le vendredi, à deux heures de l'après-midi) à Mari dans les montagnes pour y engendrer des orages. Dans plusieurs régions du Pays basque, ces rencontres sont liées aux phénomènes climatiques violents avec orages, grêle et éclairs, renforçant le rôle de Sugaar comme force primordiale de tempête.

Additionnellement, il existe un mythe dans lequel il séduit une princesse écossaise dans le village de Mundaka, pour concevoir le mythique premier seigneur de Biscaye, Jaun Zuria. Cette légende serait une fabrication pour légitimer la seigneurie de Biscaye en tant qu'État séparé de la Navarre, il n'y a en tout cas aucune trace historique d'un tel seigneur[4]. Les spécialistes de la mythologie basque notent que ce mythe combine des thèmes médiévaux tardifs, symboliques et politiques, plutôt que des éléments d’une religiosité pré‑chrétienne strictement indigène.

Signification et symbolisme

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Selon Edwin Olivier James, on peut penser que « les premiers colons néolithiques, arrivés sur le continent de l’Europe occidentale, étaient déjà familiarisés avec le culte de la Déesse ». Mais, « avec la connaissance de l’élevage et de la domestication des animaux, le rôle du mâle dans le processus de la génération apparut plus clairement et fut considéré comme vital lorsque furent mieux connus les faits physiologiques concernant la paternité. À ce moment, on assigna à la Déesse-Mère un partenaire mâle qui était son fils ou son amant, son frère ou son époux. Toutefois, bien qu’il ait été le procréateur, il occupa vis-à-vis de la Déesse une position subordonnée, n’étant en réalité dans le culte qu’une figure secondaire[5] ».

Selon certains travaux ethnographiques basques, Mari et Sugaar sont parfois associés à des cycles saisonniers et à des rites liés à la fertilité de la terre et aux phénomènes météorologiques, ce qui suggère que leur union symbolise l’interaction entre la terre (féminin) et le ciel/climat (masculin) dans la mythologie locale[4].

Une autre dimension du mythe de Sugaar est son rôle dans l’oralité basque comme figure symbolique dans des récits liés à des lieux géographiques spécifiques, notamment des cavernes ou des gouffres où des manifestations naturelles étaient interprétées comme l’activité de cette divinité serpentiforme[4].

Maju est considéré comme un génie souterrain qui, en sortant de son antre, s’unit à Mari, provoquant alors une tempête accompagnée de grêle et de grêlons[4].

Étymologie

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  • Le nom de Sugaar ou Sugar semble dériver de la réunion des mots suge (serpent) et ar (mâle), signifiant par conséquent serpent mâle. Cependant, il peut être aussi formé par une agglutination des mots su (feu) + gar (flamme), signifiant dans ce cas flamme du feu. Ce double sens étymologique reflète l’association de Sugaar avec les forces naturelles, notamment l’orage et les phénomènes célestes, qui sont des thèmes récurrents dans les traditions orales basques[1].
  • Sugoi, autre nom de la déité, possède la même interprétation duale : soit venant de suge + o[h]i (vieux serpent), soit de su + goi (haut feu). Dans certaines traditions basques recensées par les ethnologues, Sugoi est mentionné comme un nom associé à Sugaar, partageant certains attributs liés aux phénomènes célestes et aux orages, bien que les variantes locales diffèrent selon les régions[6].
  • Il n'y a pour l'instant pas d'étymologie pour sa troisième appellation Maju (époux de Mari ?).

Légendes locales

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  • À Ataun, il est décrit comme vivant dans les caves d'Amunda et d'Atarreta. Il est dit qu'il a été aperçu croisant le ciel sous forme de feu-faucille, ce qui est considéré comme présage d'orages. Dans le même secteur il est aussi dit que Sugaar punit les enfants qui désobéissent à leurs parents[4].
  • À Azkoitia, Sugaar est clairement identifié à Maju. Il rencontre Mari le vendredi (le jour de akelarre ou du sabbat), concevant alors les orages[4].
  • À Betelu, il est connu sous le nom de Suarra et considéré comme un démon. On dit là-bas qu'il voyage à travers le ciel sous la forme d'une boule de feu, entre les montagnes Balerdi et Elortalde[4].
  • Au carnaval d'Etxauri, Maju est représenté[7].

Arbre généalogique

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Princesse
de Mundaka
 
 
Sugaar
(Feu, serpent)
 
 
 
Mari
(Déesse)
 
 
 
 
Amalur
(La Terre Mère)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jaun Zuria
(Seigneur des Basques)
 
Mikelats
(Mauvais esprit)
 
Atarabi
(Bon esprit)
 
 
 
Eguzki Amandre
(La grand-mère soleil)
 
Ilargi Amandre
(La grand-mère lune)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Amilamia
(Bienfaisante)
 
Urtzi
(Dieu du ciel)
 
Basajaun
(Seigneur de la forêt)
 
Basandere
(Dame de la forêt)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Laminak
(Petits êtres fantastiques)
 

Liens internes

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Références

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  1. a et b (en) Robert Lawrence "Larry" Trask, The history of Basque, London, New York, Routledge, , 458 p. (ISBN 0415131162 et 9782908132014, OCLC 34514667, lire en ligne)
  2. « EUSKAL MITOLOGIA – MYTHOLOGIE BASQUE – Personnages : Sugaar/Maju, compagnon de Mari » (consulté le )
  3. José Miguel Barandiaran et traduit et annoté par Michel Duvert, Dictionnaire illustré de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [détail des éditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
  4. a b c d e f et g José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
  5. Edwin Olivier James, Le Culte de la Déesse-mère dans l’histoire des religions, Saint-Amand-Montroud, Le Mail, 1989, p. 247.
  6. (en) José Miguel de Barandiarán, Selected Writings of José Miguel de Barandiarán: Basque Prehistory and Ethnography, Reno, NV, Center for Basque Studies, University of Nevada, , 123‑145 (ISBN 9781877802706), Ethnographic accounts of Sugoi and Sugaar
  7. Koldo Mitxelena, « Le monde des légendes basques », Revue de linguistique basque, vol. 16, no 62,‎ , p. 45‑78 (ISSN 0034‑189X[à vérifier : ISSN invalide])

Bibliographie

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