Su Nuraxi
Su Nuraxi de Barumini *
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Le village et le nuraghe de Su Nuraxi. | |
| Coordonnées | 39° 42′ 21″ nord, 8° 59′ 26″ est |
|---|---|
| Pays | |
| Subdivision | Barumini, Province de Sardaigne du Sud, Sardaigne |
| Numéro d’identification |
833 |
| Année d’inscription | (21e session) |
| Type | Culturel |
| Critères | (i) (iii) (iv) |
| Superficie | 2,33 ha |
| Zone tampon | 3,92 ha |
| Région | Europe et Amérique du Nord ** |
| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification UNESCO |
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Su Nuraxi est un site archéologique nuragique situé à l'ouest de Barumini, dans la province de Sardaigne du Sud, en Sardaigne (Italie). Le site est constitué d'un nuraghe complexe et d'un village, édifiés à l'âge du bronze. Le site fouillé par l'archéologue Giovanni Lilliu est l'un des complexes nuragiques les plus imposants et les mieux conservés que l'on puisse voir.
Le site est classé au Patrimoine mondial de l'Unesco.
Historique
[modifier | modifier le code]« C’était l’un des plus grands, et l’un des moins détruits ; on le voit à un quart d’heure du village, sur la route de Tuili, sous l’appellation générale de nuragji ; il mérite d’être considéré. »
— V. Angius, Dizionario CASALIS, II, 1834.
« D’autres édifices nuragiques ne conservent que de maigres vestiges, ou seulement le nom, au pied de la pente (de la giara), comme le Bruncu su Nuraxi, près de la route de Tuili à Barumini »
— Antonio Taramelli, L’altopiano della Giara di Gesturi in Sardegna ed i suoi monumenti preistorici, XVIII, 1907
L'archéologue Giovanni Lilliu est le premier en 1938 a donner une description du monument. Des sondages préliminaires sont réalisés en 1949 sous le contrôle de Lilliu. Après ces travaux, la puissante maçonnerie de l’édifice, qui était presque entièrement ensevelie sous l’effondrement des structures supérieures, commence à apparaître. Lilliu fouille le site entre mai 1951 et novembre 1956. Dans une première publication, dès 1955, Lilliu est en mesure de proposer une étude des caractéristiques et de l’évolution du complexe nuragique de Su Nuraxi. Par la suite, Lilliu, avec une trentaine de publications scientifiques et de vulgarisation consacrées au monument, contribue de manière décisive à la connaissance et à la renommée du monument[1].
Su Nuraxi a été inscrit en 1997 sur la liste du Patrimoine mondial par l'Unesco.
Localisation
[modifier | modifier le code]Le nuraghe et le village nuragique de Su Nuraxi sont situés à 238 m d’altitude, à environ 1 km1 km à l’ouest de la petite ville de Barùmini, dans la région de Serras. Le complexe nuragique s’étend sur un petit replat ayant pour arrière‑plan, au nord, la giara Tuili. La masse du nuraghe domine la cuvette du Pardu ’e s’eda et les collines environnantes sont parsemées de petits nuraghes satellites. Su Nuraxi devait être la capitale d’un petit « État » de piémont, à la limite entre les régions historiques de la Marmilla et du Sarcidano, dans une position stratégique de verrouillage et de contrôle de l’importante voie de pénétration reliant le Campidano à l’intérieur de l’île[2].
Le complexe nuragique s'étend sur une superficie d’environ 1350 m² dont le nuraghe occupe un peu plus d’un tiers de la zone bâtie, de manière décentrée, dans les parties ouest et sud du replat, les autres secteurs, au nord, à l’est et au sud, sont occupés par une zone d'habitat en partie contemporain et en partie postérieur à la fortification[2].
Chronologie
[modifier | modifier le code]Les archéologues distinguent cinq phases évolutives dans l'histoire du site, identifiées tant dans les structures architecturales que dans les productions de la culture matérielle.
Bronze moyen (1500‑1300 av. J.‑C.)
[modifier | modifier le code]Cette durant cette phase qu'est construite la tour principale, comme un nuraghe simple. L'édifice est alors une structure tronconique à trois niveaux avec terrasse, dotée d’une entrée à la base, bâtie en appareil polygonal avec des blocs de basalte. La tour est alors complètement isolée et aucune trace d’un habitat de cabanes n’a été conservée[3].
Bronze récent (1300‑1100 av. J.‑C.)
[modifier | modifier le code]À cette époque., afin d’augmenter l’espace disponible et de fortifier le site face à des dangers émergents, un solide corps de maçonnerie est ajouté contre la tour primitive (tour A ou mastio). La nouvelle structure intègre quatre tours plus petites, orientées selon les points cardinaux (tours B, C, D, E), reliées par des courtines rectilignes couronnées de consoles pour soutenir un chemin de ronde avec des mâchicoulis en surplomb. La tour centrale est restructurée de la même manière. Une cour sert de raccord entre les pièces de la tour principale et celles des tours périphériques. La cour comporte un puits. Les tours périphériques comprennent deux étages superposés accessibles depuis le chemin de ronde des courtines, qu'elles dépassaient en hauteur sans toutefois atteindre l’élévation de la tour principale. Depuis ce chemin de ronde, on peut accéder à la cour par un escalier en pierre à retour d’angle, aménagé dans l’épaisseur de la courtine sud‑est (entre les tours E et C). Des tours résiduelles (R, M et O) et le secteur d'« avant-murs » datent de la même période[3].
Les parois de la cour, fortement en surplomb, sont construites avec des blocs basaltiques beige foncé polygonaux de taille moyenne. La même technique est utilisée dans les pièces des tours périphériques et sur leurs parements extérieurs, ainsi que pour les courtines, mais seulement jusqu’à la base du second étage. Au-delà et jusqu'au couronnement du chemin de ronde, la maçonnerie est un appareil ordonné de blocs équarris tantôt de couleur jaune (marne, grès et calcaire), tantôt en basalte poreux noir. L'effet chromatique est encore renforcé par la finition terminale, sur les couronnements des terrasses des tours et des courtines par de grands corbeaux en calcaire blanc régulièrement espacés de 40 cm et alternés avec d’autres en basalte noir[3].
Le plus ancien noyau d’habitat accolé à la forteresse apparaît durant la période. Il n'en subsistent que peu de vestiges. La création du village est précédée d'un rite de fondation, comme l’indiquent la découverte de petits puits contenant du matériel votif[3].
Bronze final – phase géométrique (1100 – VIIIᵉ siècle av. J.‑C.)
[modifier | modifier le code]Entre la fin du IIᵉ et le début du Iᵉʳ millénaire av. J.‑C., le nuraghe subit de graves dommages. Les structures se détériorent et nécessitent une consolidation qui prend la forme d'un revêtement complet du périmètre et de l’élévation, au moyen d’un anneau de maçonnerie d’environ trois mètres d’épaisseur. À cette occasion, les petits orifices de lumière vers l’extérieur, souvent appelés à tort « meurtrières » sont obturées et un nouvel accès est aménagé dans la courtine nord‑est (entre les tours C et E), à environ 7 mètres au‑dessus du niveau du sol. Le réaménagement concerne aussi une large portion de la partie supérieure de la cour, où la maçonnerie polygonale primitive est remplacée par un appareil régulier avec de grands blocs basaltiques équarris. Le chemin de ronde est entièrement reconstruit et les anciennes consoles en grès sont laissées en place mais englobées dans de grandes consoles basaltiques, bien plus lourdes. Ces consolidations donnent au nuraghe un aspect encore plus monumental[4].
La zone d'« avant-murs » est également remaniée et agrandie et cinq nouvelles tours (G, H, N, P, Q) font leur apparition. Elles comportent une saillie plus marquée par rapport à la ligne des courtines. La zone d'« avant-murs » adopte une forme heptagonale, avec deux entrées protégées par le tir croisé des meurtrières des tours H‑G (à l’est) et O‑P (à l’ouest) et un accès autonome en saillie, en forme de tenaille, qui enveloppe la « salle des réunions »[4].
Le village s'accroît d’environ soixante‑dix nouvelles constructions, qui à raison de quatre par habitation, correspondent à environ dix‑huit maisons pour un total estimé d’environ quatre‑vingt‑dix habitants. Dans chaque maison, les pièces sont tangentes et sont reliées par une cour intérieure. L’intérieur des maisons comporte des foyers, des banquettes‑lits et divers équipements domestiques. Les murs sont épais, montés à sec avec de grosses pierres en basalte. Une construction se distingue du lot par sa vaste rotonde à banquette, et son mobilier rituel et symbolique : elle correspond vraisemblablement à un lieu de réunion[4].
Deux bétyles coniques, brisés à leur sommet et réemployés comme matériau de construction dans les phases ultérieures, suggèrent la présence non lointaine d’une tombe de géants[4].
Âge du fer avancé (VIIᵉ – VIᵉ siècles av. J.‑C.)
[modifier | modifier le code]Vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C., Su Nuraxi est presque entièrement détruit : les niveaux supérieurs du nuraghe et de la zone d'« avant-murs » sont arasés seules quelques maisons échappent aux destructions puis sont restructurées. Pendant un certain temps, le site demeure inhabité et devait alors s’apparenter à un champ de ruines[5].
Sur ces ruines, des survivants refondent un nouvel habitat, L’agglomération comprend alors un total de 109 bâtiments (71 à l’extérieur de l'« avant-murs », 38 dans l’espace compris entre l'« avant-murs » et le nuraghe) correspondant à environ 14 maisons, chacune composée de 8 à 12 pièces. La population du village est alors estimée à une centaine d’habitants, sans compter ceux qui pouvaient se loger dans les ruines du nuraghe. Le nouvel habitat semble se développer de manière moins anarchique que précédemment : les maisons sont serrées les unes contre les autres et séparées par des ruelles avec une voie plus importante qui coupe longitudinalement, du nord au sud, le secteur d’habitations . D’autres ruelles descendent plus ou moins parallèlement à la principale et facilitent l’écoulement des eaux (pluviales et usées) . Des infrastructures d'assainissement, modestes, apparaissent dans les maisons et dans le village. L'utilisation de l'espace semble plus rationnelle en s'adaptant au relief et en utilisant au maximum l’espace disponible. Les habitations sont constituées par une enfilade de pièces rectangulaires qui s'adaptent à la préexistence des tours et des courtines du nuraghe et des murs d'enceinte[5].
Durant cette phase, l'espace intérieur des maisons est organisé autour d’un atrium central dallé, parfois doté d’un puits, et les pièces sont reliées par un couloir d’entrée muni de sièges et de petites niches. L’intérieur semble fonctionnellement divisé avec des espaces de repos, un séjour, une cuisine, ainsi qu’une micro-rotonde soigneusement construite, interprétée comme un petit espace rituel. Un local derrière le four, avec un siège et une cuve en pierre, semble destiné à un rite lustral domestique. La maison possède aussi un grenier accessible depuis l’atrium, qui reste ouvert, tandis que le reste de l'habitation est couvert d’un toit. Les aménagements fixes comprennent des niches, des fours, des foyers, des rigoles d’évacuation, et une petite « chapelle » pour les rites de purification familiale[6].
Les techniques de construction deviennent plus fines : murs plus minces, pierres plus petites liées avec de l'argile, pièces parfois décorées (assises horizontales, motifs en « arête de poisson »). L’ensemble reflète une société en évolution, plus stable, pacifiée et ouverte aux influences extérieures, tout en conservant la tradition nuragique[6].
Époque punico‑romaine (Vᵉ siècle av. J.‑C. – IIIᵉ siècle apr. J.‑C.)
[modifier | modifier le code]Durant cette période Su Nuraxi connaît une lente décadence : le village se réduit, la population diminue et les nouvelles constructions, plus grossières, réutilisent les ruines des phases précédentes. Une cinquantaine de bâtiments restent fréquentés. Les niveaux archéologiques montrent une fréquentation continue, mais pauvre, avec des céramiques puniques, campaniennes et romaines. La cour du nuraghe devient progressivement un lieu de sépulture, et un cimetière externe est également attesté. Des objets d’importation (lampes, vases attiques, céramiques fines) suggèrent l’existence d’un petit culte rural actif entre le IVe siècle et le IIe siècle av. J.-C., peut‑être lié à un sacellum situé près de la tour C. À la fin de la période, le site est abandonné et tombe dans l'oubli[7].
- Le nuraghe
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Vue extérieure du nuraghe.
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Tour D vue du mastio.
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Puits dans la cour centrale.
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Consoles en basalte qui soutenaient les mâchicoulis.
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Tour dans l'« avant-murs ».
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Tour de l'« avant-murs ».
Le nuraghe
[modifier | modifier le code]Le nuraghe Su Nuraxi est un nuraghe complexe composé d'un grand donjon central originel (le mastio) incorporé dans un bastion quadrilobé (tours B, C, D, E), l'ensemble étant compris dans une zone d'« avant-murs » fortifiée par cinq tours.
Le mastio
[modifier | modifier le code]Le mastio est une tour tronconique de 10 m de diamètre à la base, conservée sur 14,10 m de hauteur (18,60 m de hauteur à l'origine) avec une inclinaison de 10°. Elle se compose de trois chambres superposées, voûtées en tholos, dont la dernière n'a conservé que la base de ses murs. Les murs sont constituées de blocs polygonaux en basalte, provenant de la giara de Gesturi, disposés par emboîtement. Les blocs de grandes et moyennes dimensions tendent à diminuer de taille en montant vers le haut. La porte d'accès (2,07 m de hauteur), exposée au sud, est de forme trapézoïdale avec une architrave monolithique surmontée d’une fenêtre de décharge rectangulaire. Elle donne accès à un couloir de section ogivale (hauteur maximale 4,14 m), doté à droite d’une niche de garde qui débouche dans la chambre du rez-de-chaussée. Cette dernière, de plan circulaire (4,80 m de diamètre) est couverte d'une voûte en tholos (hauteur 7,76 m). Elle comporte deux grandes niches sur les côtés droit et gauche, de dimensions différentes (1,36 × 1,15 × 3,05 m pour la niche de droite, 1,72 × 1,35 × 3,17 m pour celle de gauche). À l'origine, les niches devaient être revêtues de feuilles de liège, retrouvées en grande abondance au cours de la fouille. Le liège était utilisé pour l’imperméabilisation des espaces d’habitation à l'époque nuragique : une utilisation similaire est documentée dans le protonuraghe Brunku Madugui et dans les nuraghes Losa et Santu Antine[8].
Au fond de la chambre du rez-de-chaussée, on peut voir un tronc d’olivier sauvage, utilisé lors de la construction et qui fut laissé en place probablement pour une utilisation secondaire indéterminée. Sur la paroi de gauche, à 4,22 m de hauteur, s’ouvre l’embrasure du couloir d’escalier (0,90 m de large), qui était accessible avec une échelle mobile en corde ou en bois. Cet escalier comportant 10 marches très raides mène à un palier en face de la seconde chambre. Le palier est éclairé par une fenêtre déplacée vers l’est par rapport à la verticale de l’entrée, afin de ne pas affaiblir la structure murale. La seconde chambre, également ogivale, mesure 2,40 m de diamètre et 5,90 m de hauteur. À 1,75 m de hauteur, s’ouvre l’accès (0,60 m de hauteur) à la rampe d’escalier de 13 marches (0,70 m de large) qui conduit à la troisième chambre (1,20 m de diamètre) dont il ne demeure que la base des murs. Depuis cette salle, un escalier devait à l’origine monter sur la terrasse terminale[8].
- Le nuraghe : vues intérieures
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Le mastio.
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En bas : entrée de la tour D à gauche, accès vers la tour E à droite.
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Couloir intérieur dans le bastion.
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Couloir en tholos et rez-de-chaussée d'une tour.
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Vue intérieure d'une tour.
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Voûte en tholos.
Le bastion quadrilobé
[modifier | modifier le code]Le mastio est protégé par un bastion quadrilobé à profil droit‑curviligne (c’est‑à‑dire avec les tours nettement saillantes sur la courtine) de forme rhomboïdale avec quatre tours, orientées vers les points cardinaux, conservées sur 10 m de hauteur. Les tours orientale (C) et méridionale (B) protègent l’entrée du mastio et la cour située devant. La cour intérieure est un espace semi‑circulaire de 56,43 m² comportant un puits (profondeur 20 m), creusé lors de la construction du bastion quadrilobé. Au Bronze final, la construction d'un revêtement supplémentaire d'environ trois mètres d’épaisseur pour renforcer le bastion oblitère les « meurtrières » et obture l’entrée originelle de la courtine sud‑orientale, remplacée par un accès surélevé rectangulaire (1,53 × 0,85 m) ouvert sur la courtine nord‑est. Les tours (B, C, D, E) furent alors surélevées d'un étage, pour atteindre jusqu’à 14 m de hauteur, mais seule l'assise du deuxième étage de la tour orientale (C) est encore visible[9]. Les tours (B, C, D, E) comportaient quatre niveaux : la chambre de base était certainement divisée en deux par un plancher et elle était surmontée d’une chambre supérieure, à la base de laquelle se trouve un grand espace en silo, intermédiaire entre le plancher du premier étage et la tholos du rez‑de‑chaussée[10].
La tour (B) est accessible par un couloir (3,70/3,10 × 1,81/1,37 m) à section ogivale. La chambre mesure 4,70 m de diamètre pour une hauteur de 8,40 m. La tour (C) est accessible par un couloir (5,20 à 5,40 m de longueur sur 0,82/1,53 m de largeur) à section angulaire. La chambre circulaire mesure 4,90 m de diamètre interne et 8,40 m de hauteur. Le niveau supérieur était doté d’un chemin de ronde en bois dont des restes ont été retrouvés au cours des fouilles. En sortant de la tour (C), on peut voir l’entrée d’une petite cellule secondaire obtenue dans l’épaisseur du mur. On accède à ce minuscule espace par un petit couloir (longueur 1,20 m × 0,61/1,05 m). La petite chambre, de plan elliptique (2,60 × 1,80 m), couverte d’une petite coupole de 3,84 m de hauteur pourrait correspondre à une armurerie. La tour (D), au nord-ouest, est accessible par un couloir qui n'a pas entièrement conservé sa voûte en tholos. La chambre a un diamètre interne de 4 m pour une hauteur de 7,72 m. Les « meurtrières » d'origine sont encore parfaitement visibles côté intérieur car elles ne furent pas oblitérées[9].
Dans l’espace compris entre la tour (D) et la tour nord (E), à 3,65 m du sol, s’ouvre une porte trapézoïdale (1,67 m de hauteur) donnant accès à une petite chambre à tholos (4,23 m de diamètre pour 5,20 m de hauteur), comportant d’une grande niche et d’un petit placard mural. La pièce n'était accessible qu'au moyen d’une échelle mobile, directement depuis la cour. La chambre de la tour (E) (diamètre interne 4,40 m, hauteur 8,40 m) est celle qui comporte le plus de « meurtrières ». Au centre de la pièce, on peut voir un puits circulaire (diamètre interne 1,11/2,30 m ; profondeur 2,15 m). Lorsque que la chambre perdit sa fonction militaire originelle, le puits dut probablement constituer une réserve d’eau ou, accessoirement, une citerne pour y conserver des vivres au frais[9].
Le périmètre des tours et des courtines était doté d’un encorbellement continu soutenu par de grandes consoles en basalte, qui permettait, à travers les mâchicoulis ménagés entre deux consoles, de lancer sur les assaillants de projectiles lithiques qui furent retrouvés en abondance au pied de la forteresse au cours des fouilles[9].
- Le village
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Le village.
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La « cabane des assemblées ».
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Une ruelle.
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Un four.
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Bassin et siège annulaire.
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Meule dormante et molette.

Le village
[modifier | modifier le code]Le village nuragique s'est développé dans le secteur situé à l'est de la fortification : c'est un enchevêtrement de petites maisons, pour la plupart circulaires, desservies par de ruelles étroites. Le village actuellement visible résulte d'une occupation continue du site sur près de douze siècles. Durant les phases anciennes (XIIIe et XIIe siècles av. J.-C.), les premières habitations sont des maisons monocellulaires ou à deux pièces, construites en gros blocs de basalte noir. Plusieurs cabanes circulaires (n°161, 180, 182) comportent des vestibules, des cuvettes et des fours. Un grand village apparaît vers 650–500 av. J.-C. postérieurement à un événement violent. La majorité des maisons visibles aujourd’hui appartiennent à cette phase : les maisons adoptent alors un plan pluricellulaire organisé autour d’une cour centrale, avec des murs constituées de petits blocs liés à la boue. Plusieurs ruelles et places triangulaires structurent le quartier. Postérieurement, après la conquête carthaginoise, quelques habitations sont reconstruites, parfois selon des plans quadrangulaires d’inspiration punique. Plusieurs maisons sont caractéristiques de cette évolution[11].
La maison n°42 est grande habitation elliptique (15 × 12 m), composée de neuf pièces, avec une entrée monumentale, un couloir pavé, une cour centrale complexe. L’atrium, de forme circulaire (4,17 m de diamètre) est pavé. À l’époque hellénistique, il desservait cinq pièces : une pièce quadrangulaire, pavée de dalles polygonales, correspondant probablement à une salle de réception ; un petit réduit familial avec pavement similaire ; une pièce rectangulaire en face de l’entrée ; une petite rotonde (1,45 m de diamètre) avec siège annulaire liée à des activités domestiques ou rituelles ; un minuscule réduit polygonal. La maison n°42 a été utilisée depuis la période orientalisante jusqu' à l’époque hellénistique, avec plusieurs réfections comme l'atteste le mobilier archéologique retrouvé (céramique nuragique, céramique tardo‑punique, restes alimentaires, outils lithiques)[11].
La maison n°20 est une maison à sept pièces, de forme sub-circulaire (13,60 × 12,60 m), structurée autour d’un atrium circulaire (3,52 m de diamètre), pavé de dalles polygonales. Elle comporte : une grande pièce d’origine qui fut subdivisée à l’époque hellénistique ; une pièce trapézoïdale avec pavement; une rotonde équipée d’un siège annulaire, d’un bassin en trachyte et d’une vasque ; une cuisine trapézoïdale équipée d'un four ; une pièce triangulaire avec niche ; une pièce trapézoïdale avec deux niches et un petit réduit romboïdal. Le matériel archéologique retrouvé sur place comprend de la céramique tardo‑punique, des pointes de lance en fer, un mobilier nuragique (fusaïoles, bronze) et des restes alimentaires[11].
La maison n°11 est un édifice maintes fois remanié au cours des siècles correspondant à une combinaison des phases nuragiques, puniques et hellénistiques. On y accède par un vestibule ovale menant à un atrium circulaire (4,53 m de diamètre) avec un puits central pour l’eau de pluie[11].
L'« édifice zz : » est un édifice singulier et prestigieux correspondant à un bâtiment monocellulaire de forme ovale. L'entrée est orientée à l’est et le seuil est surélevé. Les parois internes sont percées de cinq niches d’un côté et de cinq étagères de l’autre. Le bâtiment dont la hauteur est conservée sur 3,25 m était probablement couvert d'une coupole. L'édifice comporte un décor externe exceptionnel avec une frise en « arête de poisson » , le plus ancien exemple connu en Sardaigne (vers 650 av. J.-C.). Il devait probablement s'agir d'une salle de représentation pour le chef du village en lien avec la tour (H) voisine[11].
La « cabane des assemblées » est un édifice circulaire monumental (diamètre extérieur 9,70 m), avec une entrée comportant un seuil, un banc annulaire pouvant accueillir environ 30 personnes, cinq grandes niches, dont une principale en face de l’entrée. Le mobilier archéologique retrouvé correspond à des objets rituels punico‑nuragiques retrouvés : une vasque trapézoïdale, un bassin en grès, une cippe en forme de nuraghe, des bronzes nuragiques fragmentaires, un protomé de bovin en bronze, des pointes de flèches et des fragments métalliques. Le bâtiment a connu plusieurs réaménagements au cours du temps[11].
Le « complexe 32/36 » correspond probablement à un atelier constitué d'une pièce rectangulaire arrondie, avec un vestibule et une petite niche, et une pièce elliptique plus récente, avec trois niches. On y a découvert un squelette d’un individu mort lors de l’effondrement du toit (VIe siècle av. J.-C.), un petit bronze représentant un guerrier ou un chef et une amphore piriforme à décor géométrique[11].
En contournant la tour (M) , on peut voir quatre bâtiments caractéristiques de la période punique : la structure n°26 de forme trapézoïdale, la structure n°49 de forme quadrangulaire, la cabane n°44 très bien conservée, avec sol pavé et petite niche murale et la maison n°54, maison pluricellulaire, reprenant le modèle des maisons n°42, 20 et 11 et remaniée durant l'époque punique[11].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Lilliu et Zucca 2005, p. 36.
- Lilliu et Zucca 2005, p. 39.
- Lilliu et Zucca 2005, p. 40-43.
- Lilliu et Zucca 2005, p. 43-45.
- Lilliu et Zucca 2005, p. 46-49.
- Lilliu et Zucca 2005, p. 52-53.
- ↑ Lilliu et Zucca 2005, p. 53-56.
- Lilliu et Zucca 2005, p. 84-91.
- Lilliu et Zucca 2005, p. 92-101.
- ↑ (it) Paolo Melis, « I nuraghi », dans Alberto Moravetti, Paolo Melis, Lavinia Foddai, Elisabetta Alba, La Sardegna nuragica : Storia e monumenti,, Carlo Delfino Editore, , 430 p. (ISBN 978-88-7138-995-0), p. 47
- Lilliu et Zucca 2005, p. 105-124.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (it) Giovanni Lilliu et Raimondo Zucca, Su Nuraxi di Barumini, Sassari, Carlo Delfino Editore, , 146 p. (ISBN 88-7138-384-2, lire en ligne)