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Ska

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Ska
Origines stylistiques Mento et calypso jamaïcains ; jazz et rhythm and blues américains
Origines culturelles Fin des années 1950 ; Jamaïque
Instruments typiques Saxophone, trompette, trombone, orgue Hammond, batterie, guitare électrique, basse électrique
Popularité Élevée au début des années 1960 ; élevée en Jamaïque et popularité notable au Royaume-Uni ; revival notable dans les années 1970 et 1980 au Royaume-Uni et à la fin des années 1990 en Europe et Amérique du Nord
Scènes régionales Allemagne, Australie, États-Unis (particulièrement la Californie), Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Slovénie
Voir aussi Skinhead, mods, punk, rude boys, artistes

Sous-genres

Skacore

Genres dérivés

Rocksteady[1], reggae

Genres associés

2 tone, ska jazz, ska pop, ska punk, spouge

Le ska est un genre musical apparu en Jamaïque à la fin des années 1950[2]. Issu notamment de formes traditionnelles jamaïcaines telles que le mento et les chants revivalistes, ainsi que du calypso, du jazz et du rhythm and blues américain, il constitue un hybride original[3],[4].

Il se caractérise par l'accentuation des contretemps, généralement assurée par la guitare et le piano exécutant des accords brefs et syncopés. Le guitariste Ernest Ranglin illustre ce renversement rythmique par le passage du chink-ka au ka-chink, traduisant un déplacement de l'accent vers le contretemps[5]. Ce schéma rythmique est soutenu par une section de cuivres assurant à la fois des fonctions mélodiques et de ponctuation[5]. Développé dans le contexte des sound systems jamaïcains et de l'essor de l'industrie musicale locale, le ska s'impose au début des années 1960 comme le style dominant de l'île[6].

Parmi ses principaux représentants figurent Laurel Aitken, The Skatalites et Toots & The Maytals[7]. Porté par les diasporas caribéennes, diffusé à l'international notamment par le label Island Records fondé par Chris Blackwell, il précède le rocksteady, puis le reggae[8]. Le ska connaît par la suite plusieurs phases de renouveaux, notamment au Royaume-Uni à la fin des années 1970 sous le nom de two tone puis aux États-Unis dans les années 1990[9].

Madness en concert aux Bimbos en 2005

Racines et origines

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Contexte social et économique

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Dans les années 1950, la Jamaïque demeure une colonie du Royaume-Uni, marquée par de profondes inégalités sociales héritées des périodes esclavagiste et coloniale. La majorité de la population, d'origine africaine, vit dans des conditions économiques précaires, tandis qu'une minorité concentre l'essentiel des richesses. Depuis 1944, le suffrage universel est en vigueur, mais les tensions sociales et les aspirations à l'autonomie politique demeurent importantes.

Au cours de la première moitié des années 1950, l'île connaît cependant une croissance économique soutenue. Le produit national brut progresse d'environ 10 % par an jusqu'en 1957, porté par l'exploitation de la bauxite dont la Jamaïque est alors le premier fournisseur mondial et par l'essor du tourisme de luxe[10]. Cette prospérité reste toutefois inégalement répartie. Ainsi, la majorité de la population, d'origine africaine, vit dans des conditions économiques précaires, tandis qu'une minorité concentre l'essentiel des richesses. Près de 70 % des habitants du pays vivent au-dessous du seuil officiel de pauvreté[11]. Plus d'un quart de million de Jamaïcains émigrent vers le Royaume-Uni, le Canada ou les États-Unis au cours de la décennie[12].

Au sein du paysage musical jamaïcain

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Le paysage musical jamaïcain repose sur un socle d'une grande diversité. Le mento, souvent considéré comme la première forme musicale nationale, mêle des influences africaines et européennes. Ses instruments de prédilection, le banjo et la rhumba box, ainsi que son rythme modéré le distinguent du calypso trinidadien[13]. Par ailleurs, les circulations migratoires au sein de la Caraïbe et de l'Amérique centrale contribuent à introduire sur l'île divers styles latino-caribéens, parmi lesquels le mambo, le cha-cha-cha, le merengue ou encore la rumba[14]. Le mento reste solidement ancré dans les milieux ruraux, tout en étant adapté à un usage touristique dans les complexes hôteliers. Ses paroles sont parfois marquées par des allusions grivoises dont le double sens est apprécié du public[réf. nécessaire].

À ces influences régionales s'ajoute l'apport des musiques américaines. Dès les années 1940, des stations de radio situées à Miami, Nashville et La Nouvelle-Orléans diffusent du rhythm and blues et du jazz, captés en Jamaïque[15][note 1]. Les disques importés par des marins ou des travailleurs migrants, ainsi que les tournées d'artistes américains tels que Shirley and Lee ou Louis Jordan, participent également à la diffusion de ces répertoires[16]. Une partie de cet approvisionnement transite par des échanges informels sur les quais de Kingston, où des marins négocient des singles américains contre des produits locaux[17]. Dans les quartiers populaires de Kingston, ces influences sont progressivement réinterprétées par les musiciens locaux, qui les combinent avec les traditions jamaïcaines pour produire des formes hybrides[18]. Un son nouveau prend alors forme, caractérisé par une basse plus marquée et un rythme de guitare syncopé, parfois désigné sous le terme de shuffle[19]. Ces appropriations s'inscrivent dans une tradition musicale locale déjà structurée, au sein de laquelle persistent des éléments issus du mento et d'autres formes populaires. Même dans les productions les plus influencées par le rhythm and blues, ces caractéristiques locales demeurent perceptibles[20].

Essor des sound system et émergence d'une industrie musicale

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Le développement des sound systems constitue un élément déterminant dans l'évolution de la musique populaire jamaïcaine[21]. Ces dispositifs mobiles de diffusion musicale, assemblés à partir de postes de radio et de gramophones amplifiés, sont d'abord utilisés pour animer les bars et épiceries des quartiers populaires ; leur appellation locale de « postes » renvoie à ces origines techniques[22]. Ils deviennent rapidement des acteurs centraux de la vie sociale et culturelle, les soirées qu'ils animent faisant office d'espace de sociabilité, de forum et d'agora informelle pour les communautés de l'ouest de Kingston[21]. Leur fonctionnement repose sur la sélection et la diffusion de disques importés, ainsi que sur l'animation assurée par des opérateurs spécialisés. Des figures comme Clement Dodd et Arthur Reid se rendent régulièrement aux États-Unis pour se procurer de nouveaux enregistrements[23]. La concurrence entre sound systems favorise l'innovation. Les selectors masquent les étiquettes de leurs disques pour en conserver la primeur.

Ces soirées voient également émerger la pratique du toasting, animation orale au microphone, mêlant rimes, formules rythmiques et improvisation verbale dont Count Matchuki est considéré comme l'un des pionniers[24].

Radio Jamaica Rediffusion (RJR), dont la programmation est essentiellement constituée de musique américaine et de standards britanniques, ne diffuse pas le répertoire des sound systems[25]. En 1959, la création de la Jamaican Broadcasting Corporation (JBC), station publique dont la mission est de promouvoir les arts indigènes et de refléter les goûts du public local, marque une rupture[26]. À la charnière de la décennie, les sound systems représentent désormais une alternative viable aux deux stations de radio, et les producteurs locaux qui en sont issus commencent à s'imposer dans l'espace médiatique[27].

Le ska apparait également à la faveur de l'émergence d'une industrie musicale locale. Au début des années 1950, Stanley Motta réalise les premiers enregistrements de musique locale, suivi par Ken Khouri, en posant ainsi les bases[23]. À la fin de la décennie, le déclin relatif du rhythm and blues aux États-Unis — dont RJR suit l'évolution en adoptant le Memphis Sound — incite les sound systems à maintenir un répertoire ancré dans la tradition musicale noire[28], tandis que les producteurs développent leurs propres enregistrements.

Les premières productions jamaïcaines s'entremêlent aux formes locales pour donner naissance à des pièces de « proto-ska », caractérisées par une accentuation du contretemps[29]. Parmi les morceaux marquant cette transition figurent Manny Oh de Higgs & Wilson, Easy Snappin' de Theophilus Beckford et Oh Carolina des Folkes Brothers[30].

Parallèlement, la diffusion musicale s'étend à l'international. De nombreux Jamaïcains tentent leur chance en Angleterre, où leur musique rencontre un accueil favorable auprès des immigrés antillais et d'une partie de la jeunesse ouvrière. Certains opérateurs de sound systems, comme Duke Vin et Count Suckle, s'installent à Londres en tant que promoteurs de la musique jamaïcaine[31]. L'ensemble de ces évolutions contribue à la structuration d'une véritable industrie musicale locale. Dans un contexte où les débouchés économiques restent limités, la musique constitue pour de nombreux Jamaïcains l'un des rares vecteurs d'ascension sociale, malgré des conditions de production souvent précaires.

Indépendance politique et culturelle

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L'influence croissante du jump blues, illustrée par des artistes comme Fats Domino[17], se combine aux traditions locales (mento, jazz, gospel, calypso et musiques caribéennes) pour contribuer à l'émergence du ska. Ce nouveau style s'impose à la veille de l'indépendance de la Jamaïque en 1962. Bien que cette indépendance reste, pour la majorité de la population, davantage un concept politique qu'une réalité quotidienne, elle est accompagnée d'une vague d'optimisme collectif[11] que la montée du ska traduit dans la sphère culturelle[30].

Ainsi, le ska accompagne un moment charnière de l'histoire jamaïcaine. Il exprime, pour une partie de la population, un sentiment d'affirmation culturelle, d'autonomie et de fierté nationale. En donnant à la Jamaïque une musique qui lui est propre, il contribue à diffuser l'idée que l'île peut également définir son propre avenir.

Caractéristiques musicales

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Rythme et instrumentation

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La syncope du boogie, fondée sur le contretemps, s’accentue progressivement jusqu’à devenir un élément structurant du rythme. Le ska se distingue par ce principe, reposant sur une accentuation systématique des contretemps (offbeats). L'historienne de la musique Heather Augustyn décrit cette accentuation comme portant sur les « deuxième et quatrième temps de la mesure »[32], formulation qui renvoie en réalité au backbeat du R&B. Dans le ska, l’accent rythmique est plus précisément déplacé sur les contretemps stricts, situés entre les temps, et réalisé notamment par le skank, c’est-à-dire une attaque brève et sèche des accords. Les musicologues emploient à ce propos les termes offbeat et after-beat, qui correspondent à cette accentuation spécifique[33],[34]. Le guitariste Ernest Ranglin décrit cette différence de manière imagée. Le rythm and blues produit un motif chink-ka, chink-ka, tandis que le ska inverse cette pulsation en ka-chink, ka-chink[32]. La guitare joue ainsi sur le contretemps, dans le prolongement du shuffle du R&B, tandis que le piano, hérité du boogie, renforce cette même articulation rythmique. Une section de cuivres assure à la fois la ponctuation rythmique et le portage des lignes mélodiques, selon un dispositif que partagent également le merengue, le calypso et le mento[32].

Le rhythm and blues comportait déjà un usage du contretemps, mais celui-ci y demeurait un élément secondaire. Le ska consiste précisément à l'accentuer jusqu’à en faire un élément structurant du rythme[34]. Cette accentuation pourrait s’expliquer par l’héritage africain de la musique jamaïcaine. Sans reproduire la superposition de mètres distincts caractéristique de certaines musiques d’Afrique subsaharienne, elle en conserve le principe des rythmes croisés et des polyrythmies simultanées. Ce foisonnement rythmique permet au danseur de se caler sur différents instruments à la fois, et contribue à faire du contretemps une pulsation perceptive centrale[35].

À maturité, le genre peut mobiliser simultanément plusieurs instruments sur ce contretemps (piano, guitare, saxophone, trombone, trompette ou harmonica) produisant une richesse harmonique fondée sur la superposition des lignes[35]. Le trombone et la contrebasse constituent par ailleurs des traits caractéristiques du ska. Contrairement à une idée reçue, le genre n’est pas défini par un tempo fixe et peut se décliner en versions à tempo variable, y compris à tempo lent[4].

La cristallisation de ce rythme est associée à une intervention précise de Lloyd Knibb vers la fin de l'année 1961. En modifiant la structure rythmique héritée du shuffle américain, le batteur entraine une transformation des lignes de basse et de contrebasse qui fixe durablement la pulsation propre au genre[36]. Les musiciens de session des studios de Kingston jouent un rôle déterminant dans cette évolution stylistique, même si l'historiographie retient davantage les noms des producteurs qui financent les séances[36].

Sources et influences

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Le mento joua un rôle structurant dans la genèse du genre. Il apporta une sensibilité ainsi qu’un répertoire spécifiques, venant équilibrer l’influence du rhythm and blues et favorisant l’émergence d’une forme musicale nouvelle[4]. Les premiers sound systems programmaient conjointement mento et R&B, tandis que les influences latines — cha-cha, rumba — ainsi que le jazz vinrent se superposer à ces deux pôles pour constituer la palette sonore caractéristique du ska. Cette hétérogénéité des sources rend difficile toute définition univoque du genre. Par voie de conséquence, un même morceau peut évoquer tantôt le R&B, tantôt le mento, où se revêtir d'une coloration latine[16].

La cristallisation du rythme ska est associée à l'émergence d'une nouvelle génération de musiciens. Lloyd Knibb, Tommy McCook, Lloyd Brevett et Jackie Mittoo, qui formeraient en 1963 l'ossature des Skatalites, posèrent les bases de cette pulsation nouvelle. Le tempo, sensiblement plus rapide que celui du rhythm and blues qui l’avait précédé, transforme la pulsation antérieure en une succession d’attaques régulières sur le contretemps[37]. Les musiciens qui ont donné sa forme au ska avaient pour la plupart accompli leur formation dans les orchestres de jazz et de swing des années 1930-1940, notamment dans ceux d'Eric Deans, de Roy Cobourne, de Milton McPherson ou de Sonny Bradshaw. Plusieurs d'entre eux avaient également fréquenté l'Alpha Boys School ou la Jamaica Military Band. Cette maitrise technique du jazz caractérise des instrumentistes comme Don Drummond, Roland Alphanso ou Tommy McCook. Musiciens aguerris, ils ne méprisaient pas les chanteurs novices qui arrivaient en studio avec des compositions inachevées, mais mettaient leur savoir-faire technique au service du genre naissant, contribuant ainsi à façonner sa vigueur[20].

Étymologie

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L'étymologie du mot « ska » fait l'objet de débats parmi les acteurs de la scène jamaïcaine. Des hypothèses, non exclusives, suggèrent une origine multiple du terme, liée à la fois aux usages internes des sound systems, aux onomatopées et à la transformation du rhythm and blues, sans qu’une étymologie unique puisse être établie avec certitude. Elles témoignent plus largement d’un processus de création collective propre à l’environnement des studios jamaïcains naissants, où l’attribution des origines du genre fait elle-même l’objet de récits concurrents cherchant à en revendiquer la paternité. Ainsi, Prince Buster l'interprète comme une abréviation de « scatter » (« dégager », « faire se disperser »), terme qu'il utilisait pour affirmer sa supériorité à l'encontre de ses concurrents Duke Reid et Coxsone Dodd[38]. Le bassiste Lloyd Brevett propose lui une double origine. D'une part, l'onomatopée du son sec de la guitare (ska, ska, ska) et d'autre part, l'expression skavoovie, prisée par le bassiste Cluett Johnson[38]. Selon Bunny Lee, skavoovie était à l'origine une formule de salutation employée par Johnson, puis reprise par Coxsone Dodd pour désigner les musiciens, notamment après une session réunissant Taste Campbell, Val Bennett et Jah Jerry, dont serait issu le premier son identifiable comme du ska. Ce même témoignage attribue à Coxsone la recherche d'un « son jamaïcain », auquel les musiciens répondirent par une forme décrite comme « le swing avec la guitare jouant sur le contretemps »[39]. Carlos Malcolm propose enfin une troisième hypothèse. Le ska serait né de manière accidentelle lors de tentatives de reproduction du rhythm and blues américain, laissant émerger un rythme local spécifique[5]. Enfin, Les percussions vocales pratiquées par les toasters des sound systems, comme la vocalisation rapide de formules telles que « ska-ska-ska » constituent une piste étymologique complémentaire, ancrée dans la pratique vivante des dancehalls[24].

Le ska à l'ère de l'indépendance (1962-1966)

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La production du ska repose sur une poignée d'entrepreneurs qui cumulent les fonctions d'opérateurs de sound systems, de producteurs indépendants et de détenteurs de labels. Coxsone Dodd ouvre en 1963 la Jamaican Recording & Publishing Studio Ltd au 13, Brentford Road, connue sous le nom de Studio One. Duke Reid s'appuie sur son magasin Treasure Isle, Leslie Kong fonde Beverley's Records et Prince Buster, ancien collaborateur de Dodd, produit en indépendant[40],[41]. Dodd est alors le seul propriétaire noir d'un studio d'enregistrement en Jamaïque[41]. Le modèle économique dominant repose sur des sessions intensives, pouvant atteindre une dizaine de faces par journée, dans lesquelles les musiciens sont rémunérés forfaitairement, sans redevances proportionnelles[42]. Duke Reid, fervent partisan du rhythm and blues, méprise d'abord le ska. Converti tardivement, il produit néanmoins quelques-uns des meilleurs enregistrements du genre avec les Skatalites, Slim Smith et Alton Ellis[43].

La principale formation instrumentale de cette période est celle des Skatalites, qui adoptent leur nom en 1964 après un premier concert au Hi-Hat Club de Rae Town, à Kingston[44]. Le groupe réunit Lloyd Brevett (contrebasse), Lloyd Knibb (batterie), Jackie Mittoo (piano), Tommy McCook (saxophone ténor soliste), Roland Alphonso et Lester Sterling (saxophones), Don Drummond (trombone), Johnny Moore et Baba Brooks (trompettes), Jah Jerry et Harold Moore (guitares), ainsi que Lord Tanamo et Tony DaCosta au chant[45]. Plusieurs membres ont été formés à l'Alpha Boys School de Kingston[46]. Enregistrant pour l'ensemble des principaux producteurs de l'époque, ils contribuent à stabiliser les traits fondamentaux du style, notamment l'accentuation du contretemps et le rôle structurant des cuivres[44]. Don Drummond, nationaliste noir et rastafarien, confère à plusieurs de ses compositions une couleur sombre et modale. Ses titres Man in the Street, Addis Ababa et Eastern Standard Time figurent parmi les morceaux les plus emblématiques du genr[47]. Le 1er janvier 1965, Drummond est arrêté à la suite du meurtre de sa compagne Anita Mahfood. Interné à l'asile psychiatrique de Bellevue, il y meurt quatre ans plus tard. Sa disparition précipite la dissolution de la formation dans son incarnation originelle[48].

Dès 1960 et l'enregistrement de Oh Carolina des Folkes Brothers, réalisé avec les percussionnistes rastas de Count Ossie, marque une première ouverture du studio jamaïcain aux rythmes nyahbinghi[49]. L'essor du ska coïncide par ailleurs avec l'émergence, dans les quartiers populaires de Kingston, de la figure du rude boy. Jeune urbain désaffilié des institutions sociales dominantes, aux codes vestimentaires et pratiques musicales distincts[49].

Thèmes et dimension sociale

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Le catalogue de morceaux ska embrasse un éventail de sujets variés. Longtemps, les premières productions ont été considérées comme essentiellement légères ou romancées. Garth White, à l'inverse, souligne que « la critique sociale et la protestation étaient présentes dans le ska presque dès son apparition »[3]. Cette tension entre lecture festive et lecture protestataire traverse l'ensemble de l'historiographie du genre. L'écrivaine Erna Brodber évoque des chansons moralisatrices ou des réinterprétations du folklore pour décrire les débuts du ska, tandis que Garth White conteste cette lecture en insistant sur la présence précoce d'un commentaire social dans le répertoire.

Parmi les titres les plus emblématiques de cette dimension protestataire figure Carry Go Bring Come (1963) de Justin Hinds & the Dominoes, enregistré pour Duke Reid. L'expression jamaïcaine carry-go-bring-come, attestée dès 1943 dans le lexique vernaculaire, désigne le colportage de ragots et la délation[50]. À sa sortie, le titre fit sensation en s'exprimant dans le patois jamaïcain, à un moment où la musique de l'île cherchait encore à affirmer une identité propre[51]. Numéro un des ventes pendant un mois en 1964, il est considéré comme l'un des premiers chants de protestation du genre[52]. Puisant dans le proverbe jamaïcain et la parabole biblique, ses paroles dénoncent la médisance. Elle traditionnellement associée à l'épouse du Premier ministre Alexander Bustamante dans la tradition orale. De plus, elle invoque explicitement l'image du mont Sion comme horizon de justice, motif qui trouve ses racines dans le Zion revival et qui préfigure les thèmes rastafariens du reggae de la décennie suivante. Le chanteur invite ainsi les opprimés à « chercher sur le mont Sion » plutôt qu'à perpétuer cette oppression[53],[51].

Certains titres valorisent ou interrogent la figure du rude boy, comme Al Capone de Prince Buster ou Simmer Down des Wailers, qui s'adresse aux jeunes des quartiers populaires de Kingston en mêlant danse, protestation et revendication sociale. D'autres assument une fonction de commentaire social ou une dimension spirituelle marquée, comme les compositions des Maytals[54],[55]. Certaines chansons sont par ailleurs régulièrement interdites sur les radios jamaïcaines en raison de leur contenu[56].

Ska et guerre froide

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La scène ska s'inscrit dans un contexte de guerre froide qui pèse directement sur l'île. Le gouvernement du Jamaica Labour Party au pouvoir adopte une ligne anticommuniste stricte, allant jusqu'à exclure Fidel Castro des cérémonies d'indépendance de 1962 et refusant d'établir des relations diplomatiques avec Cuba[57]. Les liens qui unissent l'île à Cuba sont pourtant anciens : plusieurs membres fondateurs des Skatalites sont nés dans cette île, parmi lesquels les saxophonistes Roland Alphonso et Tommy McCook, ainsi que le percussionniste Alvin « Seeco » Patterson et Rita Marley[58].

La musique s'empare de ces tensions politiques. Dès 1964, Coxsone Dodd associe sur un même 45 tours le titre Fidel Castro des Skatalites et River Jordan de Clancy Eccles, suggérant une analogie entre la révolution cubaine et la promesse biblique d'une terre libérée[57]. En 1968, le saxophoniste Val Bennett « versionne » Take Five du quartette Dave Brubeck, envoyés en tournée par le Département d'État américain comme ambassadeurs culturels du « monde libre », sous le titre ironique The Russians Are Coming, retournant ainsi contre ses auteurs un jazz instrumentalisé à des fins de propagande[59].

Diffusion internationale

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Sur le plan de la diffusion, Chris Blackwell s'installe à Londres en 1962 puis y fonde Island Records en 1963, devenant le principal distributeur du ska vers le Royaume-Uni[60]. Le label britannique Blue Beat, fondé par Emil Shallit, constitue l'autre vecteur majeur de cette exportation[61]. Byron Lee, sino-jamaïcain, contribue à la légitimation sociale du genre auprès des radios et de la haute société de l'île. C'est lui qu'Edward Seaga, alors responsable des Affaires sociales et du Développement économique, choisit pour représenter la musique jamaïcaine à l'Exposition universelle de New York en 1964, au détriment des artistes issus des quartiers populaires[62]. La version du ska qu'il y présente est aseptisée à destination des touristes et des hôtels de la côte nord. Qualifié de « ska-typ-so », il s'avère trop éloignée du style originel pour emporter l'adhésion des marchés étrangers[63]. Malgré l'intérêt d'Atlantic Records, le ska ne parvient pas à s'implanter durablement sur le marché américain[64]. Cependant, Millie Small assure la percée internationale du genre avec My Boy Lollipop (1964), produit par Blackwell. Le titre se vend à six millions d'exemplaires et atteint le Top 5 en Grande-Bretagne, figurant dans les mêmes hit-parades que les Beatles et les Rolling Stones. Al Capone de Prince Buster et Guns of Navarone des Skatalites deviennent ainsi les premiers titres jamaïcains officiellement classés dans les charts britanniques[65].

Transition vers le rocksteady

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Durant l'été 1966, une canicule frappe Kingston. La chaleur rend impossible la danse exubérante que réclame le ska, et le tempo de la musique jamaïcaine ralentit spontanément[66]. La visite de Hailé Sélassié en Jamaïque le 23 avril 1966, accueillie par des milliers de Rastafari massés sur le tarmac, marque l'entrée de cette culture dans la conscience nationale et éloigne progressivement le ska de cette mouvance[66]. La disparition effective de Don Drummond, interné à l'hôpital psychiatrique de Bellevue après le meurtre de sa compagne le 1er janvier 1965 et mort le 6 mai 1969, prive le genre de son compositeur le plus doué[67].

Le rocksteady qui émerge alors est tributaire de la soul américaine. Les sound systems jamaïcains se disputent avec la même ardeur qu'autrefois les disques importés des États-Unis, et les chanteurs jamaïcains commencent par reprendre des standards de soul avant d'en intégrer le style à leur propre production[68]. Ce déplacement stylistique fait passer la voix au premier plan, les cuivres en retrait, et les conditions de vie des quartiers défavorisés de Kingston au cœur des textes[69]. Plusieurs candidats au titre de premier enregistrement rocksteady sont avancés : Take It Easy d'Hopeton Lewis, Girl I've Got a Date d'Alton Ellis et Tougher Than Tough de Derrick Morgan, les trois comptant Lynn Taitt à la guitare[7],[70]. Ce guitariste originaire de Trinité-et-Tobago, à la tête des Jets, est reconnu comme l'initiateur du ralentissement du tempo et de la première ligne de basse rocksteady sur Take It Easy[7]. Alton Ellis donne son nom au genre en 1966 avec son 45 tours Rocksteady, qui atteste d'une pratique de danse déjà répandue sans en être lui-même l'acte fondateur[71].

Au Royaume-Uni, Trojan Records est créé en 1967 comme division d'Island Records et se consacre à la diffusion des productions jamaïcaines. Le nom du label est emprunté au sound system de Duke Reid, dont le camion était fabriqué à partir d'un châssis Trojan importé. En 1968, l'entrepreneur Lee Gopthal reprend le label après la fusion de sa structure B&C avec Island Records[72].

En 1968, Desmond Dekker remporte le concours jamaïcain du festival de la chanson avec « Intensified » et publie la même année « Israelites »[73]. Ce titre rencontre un succès considérable en Jamaïque et propulse Dekker en Angleterre, où il signe avec Trojan Records en 1970[73]. Porté par un rythme distinct du rocksteady, « Israelites » s'inscrit dans l'avènement du reggae comme style dominant à la fin de la décennie. L'émigration au Canada du pianiste et arrangeur Jackie Mittoo en 1968, suivie de celle de Lynn Taitt, marque de son côté la clôture de l'ère rocksteady et le début de la transition vers ce nouveau genre[7].

Le ska en Grande-Bretagne

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Dans le Royaume-Uni de la fin des années 1960, en particulier grâce au label Trojan Records qui publie alors la majeure partie des disques de reggae, les skinheads, jeunes des banlieues ouvrières de Londres descendant des Mods, raffolent particulièrement de ce nouveau rythme. De là naîtra le skinhead reggae. Après en avoir été fanatiques en 1970, en 1971 les skinheads violents commencent à se désintéresser un peu de cette musique dont le tempo se ralentit avec l'arrivée des thématiques rastas dans les morceaux[note 2]. L'année suivante, 1972, apparaît comme décisive pour la Jamaïque ; le dub s'affine en séparant les pistes de basse, de batterie, de voix et des autres instruments, en réalisant des mixages plus créatifs et aussi plus complexes, annonçant la fatale arrivée de la musique technoïde quelques années plus tard. C'est aussi en 1972 que le reggae entre dans sa troisième phase d'évolution : après le early reggae et le one-drop, un nouveau rythme apparaît, au tempo encore plus lent que pendant la deuxième phase, mais plus rapide que le rocksteady, avec une basse qui s'alourdit encore plus.

Années 1980

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Les années 1960 qui enfantent du ska Jamaïcain refilent le bébé au Royaume-Uni des années 1980 où tout se joue désormais[74].

En 1979, le ska revient au goût du jour grâce au fondateur des Specials, Jerry Dammers et son label britannique 2 Tone (avec les têtes de file The Specials, Madness, The Beat, The Selecter, Bad Manners…) qui réhabilite les esthétiques rude boy, mod et skinhead des années 1960. Il met son logo à la mode en Angleterre puis dans le monde entier : le damier noir et blanc, symbole d'unité entre les noirs et les blancs. Symbole aussi d'un désir de mettre fin à la haine raciale qui règne depuis des années dans le pays. Les groupes de musiciens ethniquement mixtes essaient de prôner l'unité raciale dans le Royaume-Uni déchirée avec des paroles plus engagées, mais ne peuvent empêcher les émeutes de 1981, à cause des difficultés des ghettos, des attaques fascistes, du chômage, des contrôles policiers, des émeutes raciales, du front national à son apogée, de la communautarisation des immigrés etc. Un pays en profonde crise.

Le label Two-Tone, racheté par Chrysalis Records, s'effondre en 1985, ce qui n'empêche pas au damier de rester le symbole du ska à travers le monde. Après le raz-de-marée 2 tone, Gaz Mayall (fils de John Mayall des Bluesbreakers) relance le ska en 1986 avec son label Gaz Records. D'autres labels apparaissent également, tels que Ska records et Moon records aux États-Unis, Skank et Unicorn en Grande-Bretagne, Pork Pie en Allemagne, ainsi que des groupes tels que les Deltones, Potato 5 et The Trojans (le groupe de Gaz Mayall). Les concerts et les festivals de ska se multiplient, c'est l'époque cruciale du ska revival qui perdure bon an mal an jusqu'à aujourd'hui. Une date à retenir tout de même: 1989, c'est l'explosion du revival avec trois grands courants distincts : le courant allemand, une des scènes les plus productives encore actuellement, avec des groupes comme the Busters, Skaos, The Braces, No Sports, El Bosso und Die Ping Pongs… Un mélange de revival et de 2 Tone au rythme très soutenu et très rapide, avec 4 ou 5 cuivres par groupe. Vient ensuite le courant américain, avec certains groupes toujours présents comme The Toasters, Mighty Mighty Bosstones, Bim Skala Bim, Voodoo Glow Skulls… une scène fusion, caractérisée par un mélange détonnant de 2-tone, de hardcore, de funk et de punk, ce qui donne souvent un ska punk. Enfin, le courant international qui désire rester proche des racines jamaïcaines des années 1960 : les californiens de the Liquidators puis Jump With Joey et Hepcat ; the Trojans, Skaville Train, The Cosmics et 100 Men en Angleterre ; Dr. Ring Ding and the Senior Allstars en Allemagne ; Tokyo Ska Paradise Orchestra et Ska Flames au Japon, La Poupée vinyle, Les Frelons, Tchicky-Monky et La Marabunta en France.

Troisième vague et renouveau

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Le ska revival est aussi appelé le « third-wave Ska » (en français, « troisième vague de ska »), les Américains opérant cependant une dichotomie entre « third-wave » et « traditional » pour distinguer l'approche rock/2-Tone de l'approche sixties.


Groupes et artistes

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Les labels notables du genre incluent : Trojan Records, Crash Disques, Epitaph Records, Fat Wreck Chords, Grover, Small Axe, Stomp Records, Studio 1, Blue Beat, 2 Tone Records.

Notes et références

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  1. Augustyn (2013) identifie parmi ces stations WNOE à La Nouvelle-Orléans, WLAC à Nashville et WINZ à Miami. Bradley (2017, p. 113) confirme que les Jamaïcains se branchaient sur ces stations faute d'une programmation locale adaptée.
  2. Note : Les skins ne sont pas tous d'extrême droite comme la majeure partie des gens le pensent aujourd'hui : ils cohabitent alors pacifiquement avec leurs cousins les rude boys noirs immigrés de Jamaïque et partagent le même goût pour les vêtements chics et les musiques jamaïquaines et noires américaines. Ce n'est qu'avec la crise de la fin des années 1970, que des mouvements d'extrême-droite, British National Front en tête convaincront certains de renier leur amitié pour rejoindre le camp adverse. Ceux-ci se mettent à agresser des immigrés pakistanais, comportement appelé le « paki bashing » (lynchage de Pakistanais, qui fut aussi pratiqué par une partie des premiers skinheads). C'est le début d'une longue haine raciale, suscitant le besoin pour nombre de skins de se démarquer de celle-ci. Ainsi naîtra aux États-Unis puis en Angleterre sous l'impulsion de Roddy Moreno le mouvement S.H.A.R.P (SkinHead Against Racial Prejudice = Skinheads contre les préjugés raciaux). Ces skinheads antiracistes, las d'être confondus avec leurs frères ennemis, les skinheads d'extrême droite, décident de les surnommer les « boneheads » (tête d'os). Un skinhead se distingue par ses badges: apolitique, SHARP, red ou nazi. Les skinheads sont reconnaissables à leur allure : tête tondue, chemises ou t-shirts, Doc Martens aux pieds, souvent des bretelles tenant leur jean ou leur sta-prest. Ils ont comme musique emblématique le reggae, mais aussi le ska, le rocksteady et la soul, si possible avec des tempos rapides sur lesquels ils dansent jusqu'à épuisement dans les soirées.

Références

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Bibliographie

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Ouvrages généraux

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Sur les musiques noires en Grande-Bretagne

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  • Herbie Miller et Roberto Moore, « Le jazz jamaïcain sur l'île et à l'étranger », Volume !,‎ , p. 147-161
  • Garth White, « The Evolution of Jamaican Music Pt. I: "Proto-Ska" to Ska », Social and Economic Studies, vol. 47, no 1,‎ , p. 5–19

Liens externes

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