Paul IV
| Paul IV | ||||||||
Tableau peint à la manière de Jacopino del Conte. Vers 1556-1560. Palais ducal de Mantoue. | ||||||||
| Biographie | ||||||||
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| Nom de naissance | Pietro Carafa | |||||||
| Naissance | Capriglia Irpina (Campanie, royaume de Naples) |
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| Père | Giovanni Antonio Carafa, Conte di Montorio (d) | |||||||
| Mère | Vittoria Camponeschi (d) | |||||||
| Ordre religieux | Ordre des Théatins | |||||||
| Décès | (à 83 ans) Rome (États pontificaux) |
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| Pape de l'Église catholique | ||||||||
| Élection au pontificat | ||||||||
| Intronisation | ||||||||
| Fin du pontificat | (4 ans, 2 mois et 26 jours) |
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| (en) Notice sur catholic-hierarchy.org | ||||||||
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Gian Pietro Carafa, né le à Capriglia Irpina (Campanie) et mort le à Rome, est un religieux italien du XVIe siècle issu de l'illustre famille Carafa, qui devient le 223e pape de l'Église catholique.
Gian Pietro Carafa fut nommé évêque de Chieti, mais démissionna en 1524 pour fonder avec saint Gaétan de Thiène l'ordre des Théatins. Rappelé à Rome et nommé archevêque de Naples, il s'attela à la réorganisation du système inquisitorial face à l'essor du protestantisme en Europe, auquel il s'opposait à tout dialogue (l'Inquisition ayant été instituée par le pape Innocent III, qui en avait réglementé les procédures au XIIIe siècle). Il fut ensuite nommé cardinal et controleur général de l'Inquisition. Carafa fut élu pape en 1555 grâce à l'influence du cardinal Alessandro Farnese, malgré l'opposition de Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique. Son pontificat fut marqué par un nationalisme exacerbé, en réaction à l'influence de Philippe II d'Espagne et des Habsbourg. La nomination de Carlo Carafa comme cardinal-neveu aggrava encore la situation de la papauté, et des scandales contraignirent Paul IV, très axé sur le népotisme, à le destituer. Il réprima certains abus du clergé à Rome, mais ses méthodes furent jugées sévères. Il instaura le premier Index Librorum Prohibitorum, ou « Index des livres interdits », bannissant les ouvrages qu'il considérait comme erronés. Malgré son âge avancé, il travailla sans relâche et promulgua quotidiennement de nouveaux décrets et règlements, déterminé à empêcher les protestants et les marranes récemment immigrés de gagner en influence dans les États pontificaux. Paul IV publia la bulle papale Cum nimis absurdum, qui confinait les Juifs de Rome dans le quartier du claustro degli Ebrei (« enclos des Hébreux »), plus tard connu sous le nom de ghetto de Rome. Il s'agit d'une des premières formes modernes de ghetto. Il mourut très impopulaire, à tel point que sa famille précipita ses funérailles pour éviter que sa dépouille ne soit profanée par un soulèvement populaire[1].
Naissance
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Gian Pietro Carafa appartenait à une famille de la haute noblesse napolitaine, les Carafa della Stadera, qui avait déjà donné plusieurs cardinaux à l'Église[2]. Il est le petit-fils du comte de Maddaloni Diodeme Ier Carafa richissime aristocrate humaniste italien, ami de Laurent de Médicis du coté paternel. Du côté maternel, il descend de la famille Noronha, la plus puissante famille noble du Portugal liée à la maison royale de Portugal et aux Bragance[1].
C'est un grand-cousin du prince de Castiglione Marittimo, Antonio d'Aquino, beau-fils du maréchal de France et prince de Melfi Jean Caracciolo[3].
Gian Pietro Carafa est aussi un parent du pape Innocent XII[4].
Carrière éclésiastique
[modifier | modifier le code]Il fut pris sous l'aile de son oncle le cardinal Oliviero Carafa qui lui céda l'évêché de Chieti. Sous la direction du pape Léon X, il fut ambassadeur en Angleterre puis nonce apostolique en Espagne, où il développa une haine farouche du pouvoir espagnol qui influença la politique de son pontificat ultérieur. En1518, il devint archevêque de Brindisi.
En 1524, le pape Clément VII autorisa Carafa à renoncer à ses bénéfices et à rejoindre la congrégation ascétique et nouvellement fondée des Clercs réguliers, communément appelée les Théatins. Après le sac de Rome en 1527, l'ordre s'installa à Venise. Là, il écrivit dans un mémorandum en 1533 que la réforme de l'Église et la lutte vigoureuse contre toute déviation étaient indissociables.Carafa fut rappelé à Rome par le pape réformateur Paul III (1534-1549), pour siéger à un comité de réforme de la cour pontificale, une nomination qui annonçait la fin d'une papauté humaniste et un renouveau de la scolastique, Carafa étant un parent de Thomas d'Aquin[1].
Cardinal
[modifier | modifier le code]En décembre 1536, il fut nommé cardinal-prêtre de San Pancrazio, puis archevêque de Naples et doyon du Sacré Collège. Le colloque de Ratisbonne, en 1541, ne parvint pas à une quelconque réconciliation entre catholiques et protestants en Europe, mais vit au contraire plusieurs personnalités italiennes rejoindre le camp protestant. En réaction, Carafa réussit à persuader le pape Paul III d'établir une Inquisition romaine, sur le modèle de l'Inquisition espagnole, dont il devint l'un des inquisiteurs généraux. La bulle papale fut promulguée en 1542. Carafa exigea la surveillance de l'éducation, ordonna la confiscation de nombreux auteurs, tels qu'Érasme, et inspira la mise en garde de l'Inquisition contre les livres imprimés contenant des menaces perçues contre la chrétienté. À cet égard, il dirigea la commission chargée d'enquêter sur la querelle entre Bragadin et Giustiniani et qui recommanda la destruction du Talmud, texte fondamental du judaïsme, par le feu en 1553[5],[1].
Pontificat
[modifier | modifier le code]Son élection comme pape, successeur de Marcel II (1555), fut une surprise ; son caractère sévère et inflexible, combiné à son âge avancé et à son patriotisme italien, aurait dû, en temps normal, qu'il refuse cet honneur. Il accepta apparemment parce que l'empereur Charles Quint s'opposait à son accession au trône pontifical.
Carafa, élu le 23 mai 1555, prit le nom de « Paul IV » en hommage au pape Paul III qui l'avait nommé cardinal. Il fut couronné pape le 26 mai 1555 par le protodiacre. Il prit officiellement possession de la basilique Saint-Jean-de-Latran le 28 octobre 1555.
Une fois élu, il pratiqua un important népotisme, pratique courante à l'époque chez les souverains mais jusq'alors assez peu poussée, en faisant ses neveux Carlo Carafa et Giovanni Carafa, respectivement, cardinal et secrétaire d'Etat et capitaine général de l'Eglise puis duc de Paliano[1].
Politique intérieur
[modifier | modifier le code]En tant que pape, le nationalisme de Paul IV fut une force motrice ; il utilisa sa fonction pour préserver certaines libertés face à une quadruple occupation étrangère. À l'instar de Paul III, il était un ennemi de la famille Colonna. Son traitement de Giovanna d'Aragona, petite-fille du roi de Naples Ferdinand Ier de Naples, qui avait épousé Ascanio Colonna, suscita de vives critiques à Venise, car elle avait longtemps été une mécène des artistes et des écrivains. Cette dernière, nouvelle duchesse fut assignée à résidence par le Paul IV et ce dernier lui interdit le mariage de ses filles. Elle parvint toutefois à s'échapper, déguisée en servante, et retourna à Rome à la mort de Paul IV.
Paul IV s'opposa farouchement au cardinal libéral Giovanni Morone, qu'il soupçonnait fortement d'être un protestant caché, au point de le faire emprisonner. Afin d'empêcher Morone de lui succéder et d'imposer à l'Église ce qu'il considérait comme ses convictions protestantes, Paul IV codifia le droit canonique, dans la bulle Cum ex apostolatus officio, l'exclusion des hérétiques et des non-catholiques de la papauté[1].
Paul IV était un homme d'une orthodoxie rigide, austère dans sa vie et autoritaire dans ses manières. Il affirma la doctrine catholique « extra ecclesiam nulla salus » (« hors de l'Église, point de salut ») et utilisa le Saint-Office pour réprimer les Spirituali, un groupe catholique considéré comme hérétique. Le renforcement de l'Inquisition se poursuivit sous son pontificat, et rares étaient ceux qui pouvaient se croire à l'abri de leur position face à sa volonté de réformer l'Église ; même les cardinaux qu'il n'appréciait pas pouvaient être emprisonnés. Il nomma l'inquisiteur Michele Ghislieri, futur pape Pie V, au poste de grand inquisiteur, bien que les persécutions menées par Ghislieri, alors inquisiteur de Côme, aient provoqué une rébellion dans toute la ville, le contraignant à fuir pour sauver sa vie. Paul IV créa également un comité spécial chargé de travailler sur l'Index Librorum Prohibitorum, dont une première ébauche fut achevée en 1557, qui servit plus tard de base à la première version promulguée par l'Inquisition après sa mort en 1559[6].
Paul IV instaura également une politique plus radicale et sévère envers les Juifs, contrastant avec la législation papale indulgente de la première moitié du XVIe siècle. Ainsi, dans les États pontificaux, et notamment dans le port d'Ancône, les marranes avaient prospéré sous les papes bienveillants Clément VII (1523-1534), Paul III (1534-1549) et Jules III (1550-1555). Ces derniers avaient même reçu la garantie qu'en cas d'accusation d'apostasie, ils ne seraient soumis qu'à l'autorité papale. Convaincu que la politique de clémence du pape avait été détournée par les Juifs et n'avait pas abouti à suffisamment de conversions, il promulgua des restrictions sévères et mit fin à toutes les dispenses accordées aux Juifs dans les États pontificaux, dans le but de les encourager à se convertir[7].
Cette politique fut officialisée dans sa bulle Cum nimis absurdum, publiée le 17 juillet 1555, dans laquelle Paul IV déclarait explicitement que l'Église devait adopter une politique incitant les Juifs à se convertir. Dans cette bulle, Paul IV restreignait les activités commerciales et les professions que les Juifs pouvaient exercer, leur interdisait d'employer des domestiques chrétiens et de posséder des biens immobiliers, tout en limitant leurs possibilités de vendre leurs propres biens. Il ordonnait en outre que les Juifs portent des chapeaux jaunes distinctifs, en particulier en dehors du ghetto, et qu'il leur était interdit d'avoir plus d'une synagogue par ville, ce qui entraîna, rien qu'à Rome, la destruction de sept lieux de culte « excédentaires ».Enfin, la bulle ordonna également la création d'un ghetto juif à Rome[8]. Le pape en fixa les limites près du Rione Sant'Angelo, quartier où résidait déjà une importante communauté juive, et ordonna son isolement du reste de la ville par des murs. Une unique porte, fermée chaque jour au coucher du soleil, était le seul moyen d'accéder à Rome. Les Juifs furent contraints de financer eux-mêmes l'intégralité des coûts de conception et de construction, qui s'élevèrent à environ 300 scudi. Autre revirement par rapport à la politique papale antérieure, une centaine de marranes d'Ancône furent emprisonnés, cinquante condamnés par le tribunal de l'Inquisition et vingt-cinq conversos, revenus au judaïsme, furent brûlés vifs au printemps 1556. Finalement, en 1557, l'Inquisition, sous son influence, interdit aux Juifs de posséder tout autre ouvrage religieux en hébreu que la Bible. La politique de Paul IV connut un certain succès, la fin du XVIe siècle étant marquée par une augmentation substantielle des conversions de Juifs au christianisme. À la fin de son règne de cinq ans, le nombre de Juifs romains avait diminué de moitié. Pourtant, son héritage antijuif perdura pendant plus de 300 ans : le ghetto qu'il avait établi cessa d'exister seulement avec la dissolution des États pontificaux en 1870. Ses murs furent démolis en 1888.
Selon Leopold von Ranke, une austérité rigoureuse et un zèle ardent pour la restauration des mœurs primitives devinrent la tendance dominante de son pontificat. Les moines qui avaient quitté leurs monastères furent expulsés de la ville et des États pontificaux. Il ne tolérait plus la pratique qui permettait à un homme de percevoir les revenus d'une charge tout en déléguant ses fonctions à un autre[9].
Tout était interdit. Même la collecte des aumônes pour les messes, auparavant effectuée par le clergé, fut supprimée. Une médaille fut frappée représentant le Christ chassant les marchands du Temple. Paul IV mit en place une réforme de l'administration papale visant à éradiquer la corruption des postes clés de la Curie. Toutes les charges séculières, des plus élevées aux plus basses, furent attribuées au mérite. D'importantes économies furent réalisées et les impôts furent réduits proportionnellement. Paul IV créa un coffre, dont il était le seul à détenir la clé, afin de recueillir toutes les plaintes[1].
Durant son pontificat, la censure atteignit des sommets inédits. Parmi ses premiers actes en tant que pape, il supprima la pension de Michel-Ange et ordonna que les nus du Jugement dernier dans la chapelle Sixtine soient peints avec plus de pudeur (une requête que Michel-Ange ignora) (marquant le début de la campagne du Vatican contre la censure). Paul IV instaura également l'Index Librorum Prohibitorum, ou « Index des livres interdits », à Venise, alors un État commerçant indépendant et prospère, afin de réprimer la menace grandissante du protestantisme. Sous son autorité, tous les livres écrits par des protestants furent interdits, ainsi que les traductions italiennes et allemandes de la Bible latine.
Politique extérieur
[modifier | modifier le code]Paul IV, mécontent de la trêve de cinq ans signée par la France avec l'Espagne en février 1556 (en pleine guerre d'Italie de 1551-1559), pressa le roi Henri II de France de se joindre aux États pontificaux pour envahir Naples. Le 1er septembre 1556, Philippe II répliqua en envahissant préventivement les États pontificaux avec 12 000 hommes sous le commandement du duc d'Albe. Les forces françaises, approchant par le nord, furent défaites et contraintes de se replier à Civitella del Tronto en août 1557. Les armées pontificales, laissées à découvert, furent vaincues, et les troupes espagnoles atteignirent les portes de Rome. Craignant un nouveau sac de Rome, Paul IV accepta la demande du duc d'Albe de déclarer la neutralité des États pontificaux en signant le traité de Cave-Palestrina le 12 septembre 1557. L'empereur Charles Quint critiqua ce traité, le jugeant trop généreux envers le pape.
En tant que cardinal-neveu, Carlo Carafa devint le principal conseiller politique de son oncle. Ayant accepté une pension des Français, le cardinal Carafa œuvra à obtenir une alliance avec la France. Le frère aîné de Carlo, Giovanni, fut nommé capitaine général de l'Eglise et duc de Paliano après que les Colonna, pro-espagnols, eurent été privés de cette ville en 1556. Un autre neveu, Antonio, reçut le commandement de la garde papale et fut fait marquis de Montebello. Leur conduite devint notoire à Rome. Cependant, à la fin de la désastreuse guerre contre Philippe II d'Espagne lors de la guerre d'Italie, et après de nombreux scandales, Paul IV déshonora publiquement ses neveux et les bannit de Rome en 1559[1].
Avec la Réforme protestante, la papauté exigea que tous les souverains catholiques romains considèrent les souverains protestants comme hérétiques, rendant ainsi leurs royaumes illégitimes. Au moment de l'élection de Paul IV, la reine Marie Ire d'Angleterre régnait depuis deux ans et revenait sur la Réforme anglaise qui avait eu lieu sous son demi-frère Édouard VI. Paul IV publia une bulle papale en 1555, Ilius, per quem Reges regnant, levant toutes les mesures de l'Église contre le gouvernement anglais et reconnaissant Marie et son époux Philippe comme roi et reine d'Irlande, et non plus comme simples « seigneurs ». Malgré la bulle papale, ses relations avec l'Angleterre ne furent pas positives. Après la mort de Marie, il rejeta la succession d'Élisabeth Ire d'Angleterre au trône.
Consistoire
[modifier | modifier le code]Durant son pontificat, Paul IV nomma 46 cardinaux lors de quatre consistoires, dont Michele Ghislieri (le futur pape Pie V). Selon Robert Maryks, le pape décida de nommer le prêtre jésuite Jacques Laynez au cardinalat. Cependant, le père Alfonso Salmeron et le cardinal Otto Truchsess von Waldburg en mirent en garde saint Ignace de Loyola. En réponse, le père Pedro de Ribadeneyra rapporta les paroles du saint : « Si le Seigneur ne s’y oppose pas, nous ferons de Maître Laínez un cardinal, mais je vous assure que, si tel était le cas, cela ferait tant de bruit que le monde entier comprendrait comment la Compagnie de Jésus accepte de telles choses. »[1]
Politique spirituelle
[modifier | modifier le code]Pour renforcer l'Église catholique, Paul élargit les pouvoirs de la Sainte Inquisition. On lui attribue cette phrase : « Même si c'était mon propre père qui était hérétique, je ramasserais du bois pour le faire brûler. »[1]
Contre les Juifs
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Sa bulle Cum nimis absurdum du , est ainsi préfacée : « Les Juifs... condamnés par Dieu à l'esclavage éternel à cause de leur faute... ont atteint un degré d'effronterie tel qu'ils s'enhardissent non seulement à vivre au milieu des Chrétiens, mais aussi au voisinage de leurs églises, sans aucune distinction d'habit, louant des Palais, et achetant ou possédant des terres, dans les rues ou les places principales[10]... » Paul IV institue donc pour les Juifs l'obligation de vivre reclus dans des ghettos (lat. vicus), notamment limité à Rome dans le quartier le plus malfamé, et de porter un insigne distinctif comme celui d'un vêtement jaune[11]. La propriété immobilière et l'exercice du commerce leur deviennent interdits sauf le prêt sur gages et la chiffonnerie[8].
Comme un prélat avait été envoyé à Ancône pour persécuter les marranes, cinquante-et-un d'entre eux qui s'étaient enfuis vers Pesaro ou Ferrare sont arrêtés et traduits devant l'Inquisition au printemps 1556, et 24 sont brûlés vifs au mois de juin. Ce fut la seule fois dans l'histoire italienne que cela se produisit mais provoqua des manifestations internationales avec notamment l'intervention du Sultan ottoman, et eut un grand retentissement dans le monde juif de la diaspora qui évoque encore cette tragédie chaque année au 9 Av. Le pape impose aussi aux synagogues le paiement d'une taxe de dix ducats annuellement pour l'instruction des Juifs qui voudraient se convertir au catholicisme et crée avec ces impôts juifs des maisons hospitalières pour les nouveaux convertis[12],[10],[13].
À travers toutes ces mesures, Paul IV ne faisait que suivre ses prédécesseurs en réitérant et renforçant les dispositions de Corpus juris canonici qui demeura droit canonique en vigueur entre 1582 et 1917, et les anciennes bulles pontificales. Il n'innova en somme que dans leur application rigoureuse, en interdisant toute tolérance envers les Juifs[10].
Politique pontificale
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Il ne continua pas le concile de Trente, qui avait été suspendu, puisqu'il regardait la rénovation de l'Église comme une tâche essentielle de la Curie pontificale et du Sacré Collège.
En 1559, il publia la bulle Super Universas, créant une réforme profonde des diocèses aux Pays-Bas. Le théologien Sonnius était à la base de cette réforme intellectuelle et territoriale.
Un de ses derniers actes fut de mettre en vigueur en 1559, une censure des livres par l'interdiction des écritures suspectes d'hérésie et/ou de subversion morale par le moyen de l'Index librorum prohibitorum, institution qui demeura en vigueur jusqu'en 1966, sous Paul VI, et il publia la bulle Cum ex apostolatus officio.
Décès de Paul IV
[modifier | modifier le code]La santé de Paul IV commença à décliner en mai 1559. Il reprit des forces en juillet, tenant des audiences publiques et assistant aux réunions de l'Inquisition. Mais il entreprit un jeûne, et la chaleur de l'été l'affaiblit de nouveau. Alité, il devint évident le 17 août qu'il n'allait pas survivre. Les cardinaux et d'autres dignitaires se réunirent à son chevet le 18 août, où Paul IV leur demanda d'élire un successeur « juste et saint » et de maintenir l'Inquisition comme « fondement même » du pouvoir de l'Église catholique. Vers 14 h ou 15 h, il était à l'article de la mort et mourut à 17 h. Le peuple romain n'oublia pas les souffrances endurées à cause de la guerre qu'il avait déclenchée contre l'État. Des foules se rassemblèrent sur la place du Capitole et des émeutes éclatèrent avant même la mort de Paul IV. Sa statue, érigée devant le Capitole quelques mois auparavant, était coiffée d'un chapeau jaune (semblable à celui que Paul IV avait contraint les Juifs à porter en public). Après un simulacre de procès, la statue fut décapitée. Elle fut ensuite jetée dans le Tibre[14].
La foule prit d'assaut les trois prisons de la ville et libéra plus de 400 prisonniers, puis pénétra dans les bureaux de l'Inquisition au Palazzo dell'Inquisizone, près de l'église San Rocco. Ils assassinèrent l'inquisiteur, Tommaso Scotti, et libérèrent 72 prisonniers. Parmi les libérés figurait le dominicain John Craig, qui devint plus tard un collègue de John Knox. La foule saccagea le palais, puis y mit le feu (détruisant les archives de l'Inquisition). Le même jour, ou le lendemain (les archives sont imprécises), la foule attaqua la basilique de la Minerve. L'intervention de quelques nobles locaux les dissuada de l'incendier et de tuer tous ceux qui s'y trouvaient. Le troisième jour des[1] émeutes, la foule arracha les armoiries de la famille Carafa de toutes les églises, monuments et autres bâtiments de la ville.
La foule lui a dédié la pasquinade suivante :
Carafa, haï du diable et du ciel,
est enterré ici avec son corps en décomposition,
Érèbe a emporté l'âme ;
il haïssait la paix sur terre, il contestait notre foi.
Il a ruiné l'Église et le peuple, offensé les hommes et le ciel ;
ami traître, suppliant avec l'armée ce qui lui fut fatal.
Voulez-vous en savoir plus ? Il était pape, et cela suffit[14].
Ces opinions hostiles ne se sont guère atténuées avec le temps ; les historiens modernes ont tendance à considérer son pontificat comme particulièrement malheureux. Ses positions politiques découlaient de préjugés personnels – contre l’Espagne, par exemple, ou les Juifs – plutôt que d’objectifs politiques ou religieux d’envergure. À une époque où l’équilibre entre catholiques et protestants était précaire, son attitude conflictuelle n’a guère freiné l’expansion de ces derniers en Europe du Nord. Son hostilité envers l’Espagne l’a éloigné des Habsbourg, sans doute les souverains catholiques les plus puissants d’Europe, et ses convictions ascétiques l’ont tenu à l’écart des mouvements artistiques et intellectuels de son temps (il parlait souvent de blanchir à la chaux le plafond de la chapelle Sixtine). Cette attitude réactionnaire lui a aliéné aussi bien le clergé que les laïcs : l’historien John Julius Norwich le qualifie de « pire pape du XVIe siècle ».
Quatre ou cinq heures après sa mort, le corps de Paul IV fut transporté à la chapelle Pauline du palais du Vatican. Il y fut exposé et un chœur chanta l'office des défunts le matin du 19 août. Les cardinaux et de nombreuses autres personnes rendirent ensuite hommage à Paul IV (ils baisèrent les pieds du pape). Les chanoines de la basilique Saint-Pierre refusèrent d'y introduire le corps sans recevoir les offrandes et la somme d'argent habituelles. Ils chantèrent donc l'office habituel à la chapelle du Saint-Sacrement. Le corps de Paul IV fut transféré à la chapelle Sixtine du palais apostolique à 18 heures.
Le cardinal Carlo Carafa, neveu de Paul IV, arriva à Rome tard le 19 août. Craignant que des émeutiers ne s'introduisent dans la cathédrale et ne profanent la dépouille du pape, il fit enterrer Paul IV sans cérémonie à 22 heures, près de la chapelle du Saint-Visage, dans la basilique Saint-Pierre. Sa dépouille y demeura jusqu'en octobre 1566, date à laquelle son successeur, Pie V, la fit transférer à Santa Maria sopra Minerva. Dans la chapelle fondée par le cardinal Oliviero Carafa, oncle et mentor de Paul IV, un tombeau fut aménagé par Pirro Ligorio et les restes de Paul IV y furent déposés.
Dix jours après sa mort, Giovanni Carafa, duc de Paliano, fit assassiner son épouse enceinte avec l'approbation de son frère, le cardinal Carlo Carafa, secrétaire d'État. Sous le nouveau pape Pie IV, ils passèrent en jugement. Le cardinal secrétaire d'État fut étranglé au château Saint-Ange et le duc fut décapité. Leurs complices périrent avec eux. La sentence fut cassée par le pape successeur, saint Pie V, en 1567, le principal accusateur fut exécuté pour avoir trompé Pie V. Depuis, leur mémoire a été entièrement réhabilitée étant donné qu'aucune preuve n'a été trouvée. Les neveux étant en effectivement détestés de la population, de nombreuses rumeurs sans fondements sont nées[1].
Dans la fiction
[modifier | modifier le code]Le titre du chapitre de Paul IV dans la Prophétie de saint Malachie est « De la foi de Pierre »[15].
Paul IV apparaît également comme personnage dans la pièce de John Webster, Le Diable blanc (1612), un drame de vengeance jacobéen[16].
Dans le roman Q dit l'Oeil de Carafa de Luther Blissett, Gian Pietro Carafa, bien qu'il n'y figure pas, est mentionné à plusieurs reprises comme le cardinal dont l'espion et agent provocateur, Qoelet, est à l'origine de nombreux désastres qui frappent les protestants durant la Réforme et la réaction de l'Église romaine au XVIe siècle.
Le roman historique d'Alison MacLeod, « The Hireling » (1968), relate l'amitié naissante entre le cardinal Carafa et le cardinal anglais Reginald Pole durant le long exil de ce dernier en Italie, leur brouille ultérieure et le sentiment de trahison éprouvé par Pole lorsque Carafa, une fois élu pape, l'accuse d'hérésie au moment même où Pole s'efforce de ramener l'Angleterre au sein de l'Église catholique.
Le pape Paul IV est un personnage particulièrement maléfique dans le roman historique de Sholem Asch, « The Witch of Castile » (1921) (en yiddish : Di Kishufmakherin fun Kastilien, en hébreu : Ha'Machshepha Mi'Castilia המכשפה מקשיטליה). Le récit, dans le livre, d'une jeune femme juive séfarade à Rome, faussement accusée de sorcellerie et brûlée vive, mourant en martyre juive, est replacé dans le contexte de la persécution réelle des Juifs par Paul IV.
Paul IV est régulièrement cité dans des articles et vidéos sur différentes plateformes parmi les papes les moins bien considérés.
La "légende des neveux Carafa" a été délibérément noircie par Stendhal dans une fiction romanesque, La Duchesse de Paliano.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Pope Paul IV (1555-1559) », sur gcatholic.org (consulté le )
- ↑ Gian Pietro Carafa était le grand-oncle de Galeazzo Caracciolo, qui, de surcroît, épousa une Carafa.
- ↑ Joseph University of Ottawa, Antonio Caracciolo, évêque de Troyes (1515-1570), Paris : Letouzey et Ané, (lire en ligne)
- ↑ (it) « Innocènzo xii papa - Enciclopedia », sur Treccani (consulté le )
- ↑ (en) Federico Dal Bo, Print, Power, and Cultural Hegemony: A Material History of Early Hebrew Prints, Walter de Gruyter GmbH & Co KG, (ISBN 978-3-11-139315-5, lire en ligne)
- ↑ Will Durant, The Renaissance, A History Of Civilization In Italy From 1304 - 1576 A. D., (lire en ligne)
- ↑ Frank J. Internet Archive, The papacy, the Jews, and the Holocaust, Washington, D. C. : Catholic University of America Press, (ISBN 978-0-8132-1449-8, lire en ligne)
- (en) Theater Acculturation-cl, University of Washington Press (ISBN 978-0-295-80344-9, lire en ligne)
- ↑ « Leopold von Ranke | Portrait of Pope Paul IV » [archive du ], sur www.umass.edu (consulté le )
- Léon Poliakov, Les Banquiers juifs et le Saint-Siège : du XIIIe au XVIIe siècle, Paris, Calmann-Lévy,, 2014 (réédition), 312 p. (ISBN 978-2-7021-4823-5 et 2-7021-4823-9, lire en ligne), chap. XI (« Les Juifs et l'évolution des sensibilités chrétiennes (Rome) »)
- ↑ Lelio Torelli, conseiller du duc de Toscane qui refusa de faire porter à ses sujets juifs un signe distinctif : « Il ne peut pas être question de faire porter aux Juifs un béret jaune, la chose est ridicule ». L. Poliakov, op. cit.
- ↑ Bernard Lazare, L'antisémitisme, son histoire et ses causes, Documents et témoignages, 1969, p. 80.
- ↑ « Ancône », sur JGuide Europe
- (en) Kenneth M. Setton, The Papacy and the Levant, 1204-1571, American Philosophical Society, (ISBN 978-0-87169-162-0, lire en ligne)
- ↑ (en) The Month: An Illustrated Magazine of Literature, Science and Art, The Month, (lire en ligne)
- ↑ (en) Thomas Rist, Revenge Tragedy and the Drama of Commemoration in Reforming England, Ashgate Publishing, Ltd., (ISBN 978-0-7546-6152-8, lire en ligne)
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie récente
[modifier | modifier le code]- (it) Massimo Firpo, Inquisizione romana e Controriforma. Studi sul cardinal Giovanni Morone (1509-1580) e il suo processo d'eresia, Brescia, Morcelliana, 2005.
- (it) Alberto Aubert, Paolo IV. Politica, Inquisizione e storiografia, Florence, Le Lettere, 1999.
Liens externes
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- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressources relatives à la religion :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Britannica
- Brockhaus
- Den Store Danske Encyklopædi
- Deutsche Biographie
- Dizionario biografico degli italiani
- Dizionario di Storia
- Enciclopedia italiana
- Enciclopedia De Agostini
- Gran Enciclopèdia Catalana
- Hrvatska Enciklopedija
- Internetowa encyklopedia PWN
- Larousse
- Proleksis enciklopedija
- Store norske leksikon
- Treccani
- Universalis
- Visuotinė lietuvių enciklopedija
- (de) Georg Denzler, « Paul IV », dans Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexikon (BBKL), vol. 7, Herzberg, (ISBN 3-88309-048-4, lire en ligne), colonnes 17-18
- (en) Entrée « Paul IV » dans la Catholic Encyclopedia (1913).
- (it) Correspondance de l'ambassadeur venitien à Rome Bernardo Navagero avec d'autres documents sur la papauté de Paul IV.
- (it) Entrée « Paul IV » dans le Dictionnaire historique de l'Inquisition.
- (la) Documents.
- Naissance dans la province d'Avellino
- Personnalité de la Renaissance
- Théatin
- Évêque de Chieti
- Évêque catholique du XVIe siècle
- Archevêque de Naples
- Archevêque catholique du XVIe siècle
- Cardinal italien du XVIe siècle
- Cardinal créé par Paul III
- Camerlingue du Sacré Collège
- Doyen du Collège des cardinaux
- Pape italien
- Pape du XVIe siècle
- Pape appartenant à un ordre religieux
- Paul IV
- Antiprotestantisme
- Personnalité liée à Brindisi
- Famille Carafa
- Décès à Rome
- Naissance en 1476
- Décès en août 1559
- Décès à 83 ans
- Participant au concile de Trente