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Nationalisme assyrien

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Le drapeau assyrien, adopté en 1968[1].

Le nationalisme assyrien est un mouvement du peuple assyrien qui prône l'indépendance ou l'autonomie dans les régions auxquelles il habite dans le nord de l'Irak, le nord-est de la Syrie, le nord-ouest de l'Iran et le sud-est de la Turquie.

Le peuple assyrien revendique la descendance de ceux qui ont établi la civilisation et l'empire assyrien mésopotamiens centré sur l'Assyrie, l'Irak moderne, qui à son apogée, couvrait le Levant et l'Égypte, ainsi que des parties de l'Anatolie, de l'Arabie et de l'Iran moderne et de l'Arménie. L'empire dure possiblement du XXVe siècle avant J-C jusqu'à son effondrement vers le VIIIe siècle avant J-C[2],[3].

Le mouvement naît à la fin du XIXe siècle dans un climat de persécution ethnique et religieuse croissante des Assyriens dans l'Empire ottoman, et est aujourd'hui communément épousé par les Assyriens de la diaspora assyrienne et de la nation assyrienne.

L'Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO) reconnaît les Assyriens en tant que peuple autochtone du nord de l'Irak, du sud-est de la Turquie, du nord-est de la Syrie et du nord-ouest de l'Iran, comme le décrit le Political Dictionary of Modern Middle East[4].

L'idéologie du nationalisme assyrien repose sur l'unification politique et nationale des adeptes d'ethnie assyrienne d'un certain nombre d'églises chrétiennes syriaques (principalement celles originaires ou basées dans et autour de la Haute Mésopotamie) avec le syriaque classique d'influence akkadienne comme langue culturelle et les dialectes araméens orientaux comme langues parlées. Ses principaux partisans à la fin du XIXe et au début du XXe siècle étaient Naum Faiq, Freydun Atturaya, Ashur Yousif, Malik Khoshaba et Farid Nazha.

Dans l'ensemble de la population chrétienne syriaque du Proche-Orient, l'assyrianisme est limité par certaines frontières géographiques, ethniques, linguistiques et confessionnelles.

Géographiquement et linguistiquement, une position assyrienne est occupée par ceux qui parlent des dialectes araméens orientaux qui vivent ou descendent de ceux qui vivaient jadis dans le nord de l'Irak, le nord-est de la Syrie, le sud-est de la Turquie et le nord-ouest de l'Iran.

Théologiquement, les adeptes de l'Église assyrienne d'Orient, de l'Ancienne Église antique d'Orient, de l'Église catholique chaldéenne, de l'Église pentecôtiste assyrienne et de l'Église évangélique assyrienne adhèrent habituellement à une position assyrienne, bien que parfois le terme chaldo-assyrienne soit utilisé pour éviter un conflit théologique entre les adeptes assyriens de l'Église primitive d'Orient et ceux qui se séparèrent entre la fin du XVIIe et le début du XIXe siècle et entrèrent en communion avec l'Église catholique romaine, qui la nommèrent Église catholique chaldéenne en 1830. Les chaldéens catholiques ne doivent pas être confondus avec les anciens Chaldéens, un peuple disparu depuis longtemps avec lesquels ils ne partagent aucun lien.

Les populations arabophones orientales qui suivent l'Église syriaque orthodoxe et l'Église syriaque catholique, qui vivent ou descendent de ceux qui vivaient dans le nord de l'Irak, le nord-est de la Syrie, le sud-est de la Turquie, le nord-ouest de l'Iran et le sud du Caucase, ont tendance à se considérer comme assyriens, alors que les membres levantins de ces Églises, qui parlaient autrefois l'araméen occidental et aujourd'hui presque exclusivement l'arabe, du reste de la Syrie, du Liban et du centre-sud de la Turquie, adhéraient souvent avec un héritage araméen, phénicien (plus fréquent chez les chrétiens maronites) ou même grec (voir araméanisme et phénicianisme).

Cela s'explique en partie par le fait que le terme syriaque est généralement considéré par la majorité des chercheurs comme une dérivation de l'assyrien du IXe siècle av. J. -C., qui a été utilisé pendant de nombreux siècles en relation spécifique et exclusive avec les Assyriens et l'Assyrie, et en partie parce que la majorité de la population chrétienne de ces régions n'est pas géographiquement originaire de l'Assyrie ou de la Mésopotamie et ne s'identifie donc pas à un héritage assyrien de la même manière que les Assyriens pré-arabes et pré-islamiques originaires d'Irak, de Syrie, de Turquie, d'Iran et du Caucase.

Selon Raif Toma, l'assyrianisme va au-delà du simple patriotisme syriaque, et vise à l'unification de tous les « Mésopotamiens », les qualifiant comme du « pan-mésopotamianisme ». Cette variante de l'assyrianisme est indépendante de l'identité chrétienne et ethno-religieuse et se qualifie de nationalisme purement ethnique, en ce sens qu'elle identifie le peuple assyrien comme les héritiers de l'Empire assyrien et comme la population indigène de la Mésopotamie, par opposition au panarabisme, identifié comme un élément chronologiquement tardif, non autochtone et étranger intrusif. Cela s'exprime par exemple dans le calendrier assyrien introduit dans les années 1950, qui a pour époque 4750 av. J. -C. , alors considéré comme la date approximative de la construction du premier temple (préhistorique, pré-sémitique) à Assur.

Les organisations qui prônent l'assyrianisme sont l'Organisation démocratique assyrienne, le Parti démocratique de Bet-Nahrain, l'Alliance assyrienne universelle (depuis 1968) et le parti Shuraya (depuis 1978). Le drapeau assyrien est conçu par l'Alliance universelle assyrienne en 1968[1].

Mordechai Nisan, orientaliste israélien, soutient l'opinion selon laquelle les Assyriens devraient être nommés spécifiquement en tant que tels dans un sens ethnique et national, qu'ils sont les descendants de leurs anciens homonymes, et qu'ils refusent à s'exprimer pour des raisons politiques, ethniques et religieuses[5].

Selon le Dr Arian Ishaya, historien et anthropologue de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA), la confusion des noms appliqués aux Assyriens et le déni de l'identité et de la continuité assyriennes découlent d'une part de l'impérialisme et de la « condescendance » occidentales du XIXe et du début du XXe siècle, et non d'un fait historique, et d'autre part de politiques islamiques, arabes, kurdes, turques et iraniennes de longue date qui visent à diviser le peuple assyrien selon des lignes « erronées » et à nier son identité, dans le but d'empêcher les Assyriens d'avoir une volonté d'unité, d'expression et de devenir un potentiel État[6].

Naum Faiq, un défenseur du nationalisme assyrien de la communauté syriaque orthodoxe de Diyarbakır, encouragea les Assyriens à s'unir indépendamment des différences tribales et théologiques[7].

Freydun Atturaya a également prôné l'unité assyrienne et a été un fervent partisan de l'identité et du nationalisme assyriens et de la formation d'une nation assyrienne ancestrale au lendemain du génocide assyrien[8].

Irrédentisme

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L'idéologie de l'indépendance assyrienne est un mouvement politique qui soutient la recréation de l'Assyrie en tant qu'État-nation correspondant à une partie de la patrie assyrienne d'origine, dans la plaine de Ninive au nord de l'Irak et dans d'autres régions de la patrie assyrienne. La question de l'indépendance assyrienne a été soulevée à plusieurs reprises au cours de l'histoire, depuis la veille de la Première Guerre mondiale jusqu'à la guerre d'Irak de 2003.

Territoires concernés

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La zone d'Irak habitée par des Assyriens se trouve principalement dans la région du gouvernorat de Ninive, au nord de l'Irak, où se trouvait l'ancienne capitale assyrienne de Ninive[5]. Cette zone est connue sous le nom de « triangle assyrien »[9]. Les Assyriens se trouvent généralement dans tout le nord de l'Irak, y compris à l'intérieur et aux alentours des villes de Mossoul, Erbil, Kirkouk, Dohuk, Amedi et Rawanduz. D'autres communautés existent le long de la frontière dans le sud-est de la Turquie (Mardin, Diyarbakır, Harran, Botan, Kültepe, Hakkari), dans le nord-est de la Syrie (Hassaké, Qamlichli, Khabour) et dans le nord-ouest de l'Iran (Ourmia).

Historique des projets d'État ou d'autonomie

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Les projets d'État ou d'autonomie assyrienne sont récurrents depuis le début du XXe siècle, motivés par les persécutions, génocides (Sayfo de 1915-1918 : 250 000–500 000 morts) et la perte de territoires historiques (haute Mésopotamie, divisée entre Irak, Syrie, Turquie et Iran). Aucun n'a abouti à un État indépendant, mais certains ont obtenu des formes limitées d'autonomie locale. Voici une description exhaustive, chronologique, des sept principaux projets.

1. Fin XIXe – 1917 : Émergence du nationalisme assyrien et Manifeste d'Ourmia (1917)

  • Dates : Fin XIXe siècle – Première Guerre mondiale.
  • Contexte : Sous l'Empire ottoman, massacres kurdes (Bedr Khan Beg en 1843-1846 dans le Hakkari et Tyari : dizaines de milliers de morts). Influence des missions protestantes américaines et archéologie britannique réveille la conscience nationale.
  • Porteurs : Intellectuels comme Naum Faiq ; tribus du Hakkari ; alliance avec les Russes pendant la guerre.
  • Projet : « Assyrie libre unie » autour du lac d'Ourmia (Iran) et Hakkari (Turquie).
  • Frontières proposées : Régions montagneuses du Hakkari, plaine d'Ourmia.
  • Chances et échec : Les puissances alliées (Russes, Britanniques) promettent leur soutien, mais les Assyriens sont abandonnés après la révolution bolchévique (1917). Le génocide ottoman anéantit le projet.
  • Persistance : Ce projet est la base du nationalisme assyrien moderne.

2. 1919-1923 : Projet d'État assyrien à la Conférence de paix de Paris

  • Dates : 1919 (Conférence de Paris) – 1923 (Traité de Lausanne).
  • Contexte : Effondrement ottoman ; génocide assyrien ; Assyriens ont combattu aux côtés des Alliés (20 000 volontaires sous Agha Petros et Malik Khoshaba).
  • Porteurs : Délégation assyrienne (Agha Petros, patriarche Mar Shimun XIX Benjamin) ; soutien britannique initial.
  • Frontières proposées : Vast territoire incluant Hakkari, Tur Abdin (Turquie), Mosul, Ninive (Irak), Ourmia (Iran), et parties de Syrie ; parfois appelé « Triangle assyrien » (Dohuk-Mosul-Kirkuk ou plus large).
  • Chances : Promesses alliées non tenues ; Traité de Sèvres (1920) prévoit protections minoritaires mais pas d'État ; Commission King-Crane (1919) ignore les Assyriens.
  • Raisons de l'échec : La Grande-Bretagne préfère un Irak arabe unifié (pétrole de Mosul) ; La Turquie kemaliste refuse ; La rébellion assyrienne de 1924 est écrasée.
  • Conséquence : Installation forcée en Irak mandataire britannique.

3. 1931-1936 : Projets de règlement de la SDN et autonomie en Syrie (Khabour/Jazira)

  • Dates : 1931-1933 (Irak) ; 1936 (Syrie).
  • Contexte : Indépendance irakienne (1932) ; massacre de Simele (1933 : ~3 000 morts par armée irakienne et Kurdes).
  • Porteurs : Patriarche Mar Shimun XXI Eshai ; Ligue des Nations.
  • Projets : Bloc homogène assyrien en Irak ou transfert massif au Khabour (Syrie française). Demande d'autonomie pour la Haute-Jazira (Al-Hasakah) avec Kurdes et Arméniens (1936).
  • Frontières : Plaine du Khabour (Syrie) ou plaine de Ninive (Irak).
  • Échec : La France refuse une concentration assyrienne dense ; l'Irak refuse tout ; ~20 000 Assyriens s'installent néanmoins au Khabour (villages actuels comme Tel Tamer).
  • Persistance : La Communauté du Khabour reste un foyer assyrien.

4. 1945-1946 : Pétition nationale assyrienne à l'ONU

  • Porteurs : Patriarche Mar Shimun XXI Eshai (exilé).
  • Projet : Retour dans un homeland protégé.
  • Échec : La pétition a été ignorée.

5. 1979-2003 : Mouvement autonomiste sous Saddam Hussein

  • Porteurs : Assyrian Democratic Movement (Zowaa, fondé 1979) ; Bet-Nahrain Democratic Party.
  • Projet : Autonomie culturelle puis territoriale dans la plaine de Ninive.
  • Échec : Total du fait de la répression baasiste, de l'arabisation, des guerres ; beaucoup d'émigration.

6. Depuis 2003 en Irak : Projets pour la plaine de Ninive (projet le plus actif aujourd'hui)

  • Dates : 2004 (Loi administrative transitoire) – aujourd'hui (appels renouvelés en 2025).
  • Contexte : Chute de Saddam ; constitution 2005 (article 125 garantit droits administratifs aux minorités) ; attentats anti-chrétiens (2008-2014) ; génocide ISIS (2014 : expulsion de 150 000 chrétiens de Mossoul et plaine de Ninive).
  • Principales variantes :
    • Province autonome de la plaine de Ninive (districts Al-Hamdaniya/Bakhdida, Tel Keppe, Shaikhan) : soutenue par ADM (Yonadam Kanna), Conseil populaire chaldéen-syriaque-assyrien ; approuvée par cabinet irakien en 2014 puis bloquée.
    • Région fédérale plus large (plaine de Ninive + parties de Dohuk).
    • Rattachement au Kurdistan avec autonomie interne (soutenue par certains, opposée par d'autres).
    • Région Al-Rafidain (2017 : avec Yézidis de Sinjar et Turkmènes de Tel Afar).
  • Porteurs : ADM, Assyrian Patriotic Party, Bet-Nahrain, certains évêques ; diaspora (États-Unis, Suède, Australie). Dans l'Irak post-bathiste, le Mouvement démocratique assyrien (ou ADM) était l'un des plus petits partis politiques émergeant du chaos social de l'occupation[10].
  • Opposants : Kurdes (KDP veut intégrer au KRG) ; milices chiites (PMF contrôlent zones) ; divisions internes (Église chaldéenne parfois opposée).
  • Chances d'aboutir : Très faibles (2025) du fait des divisions assyriennes, de l'opposition kurde/PMF, de l'émigration massive (~70 % des chrétiens irakiens ont fui depuis 2003), du manque de soutien international fort. Les appels répétés ont été laissés sans suite (2017 Bruxelles, 2025 par quatre partis).
  • Persistance : Très forte ; chaque crise (ISIS, tensions Bagdad-Erbil) relance le projet.

7. Depuis 2012 en Syrie : Participation à l'Administration autonome du Nord-Est (Rojava/AANES)

  • Dates : 2012-2015 (formation forces assyriennes) – aujourd'hui.
  • Contexte : Guerre civile syrienne ; retrait partiel du régime ; création de l'AANES (kurde-majoritaire).
  • Projet : Pas d'État assyrien indépendant, mais autonomie locale dans la Région de Jazira (Gozarto en assyrien) : langue syriaque officielle, éducation en syriaque, forces de police (Sutoro) et militaires (Conseil militaire syriaque-assyrien, intégré aux SDF).
  • Porteurs : Syriac Union Party (SUP, dawronoye, allié PYD kurde) ; Conseil militaire syriaque (MFS).
  • Opposants internes : Assyrian Democratic Organization (ADO, opposé au PYD, accuse kurdification) ; Sootoro (pro-régime).
  • Frontières : Cantons de Qamishli, Hasakah, Khabour.
  • Chances d'aboutir : Faible malgré une réalisation limitée mais dépendante des Kurdes avec des tensions (fermetures d'écoles assyriennes en 2024-2025), fragile (dépend de la survie de l'AANES face à Turquie/Assad).

Références

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  1. a et b (en) « Assyria » Accès libre, sur web.archive.org (consulté le ).
  2. (en) Bleda S. Düring, The Imperialisation of Assyria: An Archaeological Approach, Cambridge, Cambridge University Press, , 198 p. (ISBN 978-1108478748, lire en ligne)
  3. (en) Eckart Frahm, A Companion to Assyria, Wiley-Blackwell, , 648 p. (ISBN 978-1118325247, lire en ligne)
  4. (en) Agnes G. Korbani, The Political Dictionary of Modern Middle East, University Press of America, , 258 p. (ISBN 0819195790, lire en ligne)
  5. a et b (en) Mordechai Nisan, Minorities in the Middle East: A History of Struggle and Self-Expression, McFarland, , 341 p. (ISBN 0786413751, lire en ligne)
  6. (en) Dr. Arian Ishaya, « Intellectual Domination and the Assyrians » Accès libre, sur atour.com, (consulté le ).
  7. (en) Wilfred Bet-Alkhas, « Neo-Assyrianism and the End of the Confounded Identity » Accès libre, sur atour.com, (consulté le ).
  8. (en) « December 29, 2003 » Accès libre, sur zindamagazine.com (consulté le ).
  9. (en) Arther Ferrill, The origins of war : from the Stone Age to Alexander the Great, Londres, Thames and Hudson, , 235 p. (lire en ligne)
  10. (en) « Assyrian Democratic Movement » Accès libre, sur GlobalSecurity.org (consulté le ).
  11. (en) Petra Ayar Jahchan, « Iraqi Artists Use Modern Technology to Change Views of Heritage Sites » Accès libre, sur al-fanarmedia.org, (consulté le ).