Musique moderne

La musique moderne est la musique savante composée pendant la première partie du XXe siècle, le terme de musique contemporaine pouvant s'appliquer à la deuxième moitié. On regroupe donc sous cet intitulé des compositeurs aussi différents que Claude Debussy, Erik Satie, le « Groupe des Six », Igor Stravinsky, Béla Bartók, Alexandre Scriabine, Georges Enesco, George Gershwin, Richard Strauss, Maurice Ravel, Arnold Schönberg, Jean Sibelius...
Seule la chronologie est significative, car cette période n'a pas d'unité de style : elle est au contraire celle de la floraison d'expériences et d'esthétiques diverses et souvent opposées, en particulier dans le cadre de la trialité « musique tonale — musique modale — musique atonale » qui se développe à cette époque ; certains compositeurs resteront cependant et parfois volontairement à l'écart des évolutions en cours.
Tournant du XXe siècle
[modifier | modifier le code]À la fin du XIXe, Franz Liszt, Richard Wagner, Anton Bruckner, Gustav Mahler et Richard Strauss, parmi d'autres, ont grandement contribué à l'affranchissement des règles de l'écriture tonale qui caractérise la musique moderne. Toutefois, on s'accorde souvent à faire de Claude Debussy (1862-1918) un point de départ important de la musique moderne[1]. Sa musique opère une rupture dans le discours musical, qui s'affranchit des contraintes tonales. En proposant une musique faite de successions d'impressions son Prélude à l'après-midi d'un faune ébauche une musique qualifiée d'impressionniste en comparaison avec le mouvement pictural du même nom.
Bouleversement harmonique
[modifier | modifier le code]Parvenus aux confins de l’exploration harmonique et stylistique de la musique romantique, une partie importante des compositeurs de ce début du siècle a essayé de se défaire des systèmes de construction a priori, et de purifier l’écoute de la musique de ses éternels couplages entre tensions et détentes que la tonalité lui avait inculquées. On retrouve, par exemple, chez Ravel ou Debussy, la modalité que l'on avait abandonnée depuis l'apparition de la musique baroque.
Avec Arnold Schönberg, peu à peu, se délitèrent les consonances harmoniques : en commençant par créer des superpositions de deux tonalités puis trois et ce jusqu'à arriver à un système d'atonalité totale (Pièce pour piano, op 11, 1909). Avec son Pierrot lunaire, Schönberg invente le sprechgesang, méthode de diction entre la parole et le chant. Il v encore plus loin dans sa pensée, considérant qu'il n'y a aucune définition valable de la dissonance avec le dodécaphonisme sériel dont il partage la paternité avec Berg et Webern ; les compositions sérielles sont fondées sur des séries de 9 à 12 notes de la gamme chromatique et sur une horizontalité totale de l'écriture. À eux trois, ils fondent ce qui devient la seconde école de Vienne.
Espace-temps
[modifier | modifier le code]La rythmique en elle-même est revue et enrichie. Dans le Sacre du printemps (1913) d'Igor Stravinsky, les rythmes sont scandés, syncopés, mélangés en remettant au goût du jour la polyrythmie délaissée après le Moyen Âge et une succession de temps forts. Charles Ives a aussi exploré la même année la polyrythmie dans son Quatuor à cordes n°2 sans avoir connaissance des travaux de Stravinsky.
Musique marquée par l’époque
[modifier | modifier le code]En 1919, Léon Theremin invente le Thérémine, un des premiers instruments électroniques. En 1923, est créé Pacific 231, mouvement symphonique dit urbaniste d'Honegger, dont le sujet est la locomotive à vapeur éponyme. En 1928 sont inventées les ondes Martenot, instrument électronique nommé d'après son concepteur, qu'Edgar Varèse, précurseur en musique électronique, inclut la même année dans Amériques. De nombreux compositeurs l'utiliseront : Charles Koechlin, Honegger dans Jeanne d'Arc au bûcher, Olivier Messiaen dans la Turangalîla-Symphonie.
L'époque moderne s'enrichit des apports de différentes cultures ; la musique occidentale s'inspire des techniques harmoniques et parfois rythmiques des musiques africaines et asiatiques ainsi que des folklores régionaux et nationaux. Debussy avait été frappé, lors de l'exposition universelle de Paris en 1889 — du côté modal de la musique indonésienne.
Le jazz a une influence considérable sur les compositeurs américains dont principalement George Gershwin, mais aussi européens comme Maurice Ravel, Darius Milhaud (la création du monde), Kurt Weill, Chostakovitch. Les États-Unis deviennent peu à peu et pour diverses raisons (exils dus aux persécutions nazies et soviétiques, meilleure accessibilité aux progrès techniques) l'un des principaux centres d'activité de la musique moderne. Certains compositeurs comme Igor Stravinsky, Arnold Schönberg et Darius Milhaud vont vivre cette entreprise américaine et enseignent dans de prestigieuses écoles comme la Juilliard School of Music ou le conservatoire national de New York ; cette période voit aussi naître et se développer une grande partie des orchestres américains les plus réputés.
Mouvements
[modifier | modifier le code]Beaucoup des nouvelles approches musicales sont aujourd'hui désignées par un nom spécifique.
Certains noms de mouvement désignent une technique de composition musicale pure : l'atonalité, le dodécaphonisme, le sérialisme. D'autres désignent une intention expressive ou figurative, et ont le nom de mouvements littéraires ou picturaux nés à cette période et auxquels les compositeurs voulurent ainsi donner un prolongement musical : le symbolisme, le primitivisme, le futurisme. Certains mouvements peuvent réunir partiellement d'autres mouvements : le sérialisme dodécaphonique. Certains compositeurs connurent différentes périodes : Schönberg passa de la musique tonale post-romantique, à l'atonal puis au dodécaphonisme. L'assignation de certains mouvements à certaines compositions ou certains compositeurs demeurent aussi problématiques, soit que les critiques ne sont pas d'accord, soit même que le compositeur refuse ce nom : ainsi Debussy aurait contesté être impressionniste, et son Prélude à l'après-midi d'un faune qui marquerait le début de la modernité en musique est aujourd'hui analysé comme relevant de la même esthétique symboliste que le poème de Mallarmé qui l'a inspiré ; de même Schönberg aurait refusé le nom atonal.
Ces mouvements sont, par ordre alphabétique :
- Atonalité
- Bruitisme
- Dodécaphonisme
- Expressionnisme
- Folklorisme
- Futurisme
- Impressionnisme
- Néo-classicisme
- Pointillisme
- Post-romantisme
- Primitivisme
- Sérialisme
- Surréalisme
- Symbolisme
Simultanément à ces mouvements, certains compositeurs sont rassemblés sous un nom :
- soit pour désigner un style musical de base commun qu'ils ont développé : Seconde école de Vienne
- soit pour désigner un groupe de compositeurs, réalisant parfois des œuvres communes mais exprimant moins un mouvement musical commun qu'un mouvement culturel : Le Groupe des six, qui composa collectivement Les Mariés de la tour Eiffel.
Compositeurs marquants
[modifier | modifier le code]Allemagne
[modifier | modifier le code]- Richard Strauss (1864-1949)
- Hans Pfitzner (1869-1949)
- Paul Hindemith (1895-1963)
- Carl Orff (1895-1982)
- Kurt Weill (1900-1950)
Argentine
[modifier | modifier le code]- Alberto Ginastera (1916-1983)
Autriche
[modifier | modifier le code]- Gustav Mahler (1860-1911)
- Alexander von Zemlinsky (1871-1942)
- Arnold Schönberg (1874-1951)
- Alban Berg (1885-1935)
- Anton Webern (1883-1945)
Belgique
[modifier | modifier le code]- Joseph Jongen (1873-1953)
- Désiré Pâque (1867-1939)
- Maurice Schoemaker (1890-1964)
Brésil
[modifier | modifier le code]- Heitor Villa-Lobos (1887-1959)
Bulgarie
[modifier | modifier le code]- Pancho Vladigerov (1899-1978)
Danemark
[modifier | modifier le code]- Carl Nielsen (1865-1931)
Espagne
[modifier | modifier le code]- Manuel de Falla (1876-1946)
- Joaquín Turina (1882-1949)
- Federico Mompou (1893-1987)
- Joaquín Rodrigo (1901-1999)
États-Unis
[modifier | modifier le code]- Charles Ives (1874-1954)
- Carl Ruggles (1876-1971)
- Henry Cowell (1897-1965)
- George Gershwin (1898-1937)
- George Antheil (1900-1959)
- Aaron Copland (1900-1990)
- Samuel Barber (1910-1981)
Finlande
[modifier | modifier le code]- Jean Sibelius (1865-1957)
- Leevi Madetoja (1887-1947)
France
[modifier | modifier le code]- Claude Debussy (1862-1918)
- Maurice Ravel (1875-1937)
- Albert Roussel (1869-1937)
- Erik Satie (1866-1925)
- Darius Milhaud (1892-1974)
- Francis Poulenc (1899-1963)
- Georges Auric (1899-1983)
- Louis Durey (1888-1979)
- Germaine Tailleferre (1892-1983)
- Lili Boulanger (1893-1918)
- Edgar Varèse (1883-1965)
Hongrie
[modifier | modifier le code]- Béla Bartók (1881-1945)
- Zoltán Kodály (1882-1967)
Italie
[modifier | modifier le code]- Ferruccio Busoni (1866-1924)
- Ottorino Respighi (1879-1936)
- Gian Francesco Malipiero (1882-1973)
- Alfredo Casella (1883 -1947)
Japon
[modifier | modifier le code]- Tōkichi Setoguchi (1868-1941)
Norvège
[modifier | modifier le code]- Christian Sinding (1856-1941)
- Fartein Valen (1887 - 1952)
Mexique
[modifier | modifier le code]- Carlos Chávez (1899-1978)
- Silvestre Revueltas (1899-1940)
Pologne
[modifier | modifier le code]- Ignacy Paderewski (1860-1941)
- Karol Szymanowski (1882-1937)
Portugal
[modifier | modifier le code]- Luís de Freitas Branco (1890 - 1955)
Roumanie
[modifier | modifier le code]- Georges Enesco (1881-1955)
Royaume-Uni
[modifier | modifier le code]- Edward Elgar (1857-1934)
- Frederick Delius (1862-1934)
- Ralph Vaughan Williams (1872-1958)
- Gustav Holst (1874-1934)
- William Walton (1902-1983)
- Benjamin Britten (1913-1976)
Russie
[modifier | modifier le code]- Alexandre Scriabine (1872-1915)
- Sergueï Rachmaninov (1873-1943)
- Igor Stravinsky (1882-1971)
- Sergueï Prokofiev (1891-1953)
- Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
- Aram Khatchatourian (1903-1978)
- Dmitri Kabalevski (1904-1987)
République tchèque
[modifier | modifier le code]- Leoš Janáček (1854-1928)
- Bohuslav Martinů (1890-1959)
- Alois Hába (1893-1973)
Suède
[modifier | modifier le code]- Wilhelm Stenhammar (1871 - 1927)
- Hugo Alfven (1872 - 1960)
Suisse
[modifier | modifier le code]- Frank Martin (1890-1974)
- Arthur Honegger (1892-1955)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Paul Griffiths, Brève histoire de la musique moderne, de Debussy à Boulez, Fayard 1992 Réed (ISBN 2213029997).
- Jean-Yves Bras, Les Courants Musicaux du XXe siècle, E. Papillon, Genêve, 2006 2e édition (ISBN 2-94031-013-0).
Notes et références
[modifier | modifier le code]Liens externes
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