Musée Poldi-Pezzoli
| Nom local |
Museo Poldi Pezzoli |
|---|---|
| Type |
Musée d'art, palazzo (d), maison-musée, musée privé (en) |
| Ouverture | |
| Surface |
1 200 m2, 900 m2 |
| Visiteurs par an |
34 996 () |
| Effectif |
21 employés () |
| Site web |
| Nombre d'objets |
7 000 () |
|---|
| Architecte |
|---|
| Pays |
Italie |
|---|---|
| Commune | |
| Coordonnées |
Le musée Poldi Pezzoli (Museo Poldi Pezzoli) est une casa museo (« maison-musée ») située au 12 via Manzoni, au centre de la ville de Milan, près du Teatro alla Scala, inauguré officiellement le . Il fait partie du circuit Case Museo di Milano (« Maisons-musées de Milan ») au centre de la ville de Milan.
Le musée était au XIXe siècle une collection privée appartenant au comte Giacomo Poldi Pezzoli (1822-1879) qui l’avait léguée à sa mort en 1879 à la « Fondation artistique Poldi-Pezzoli » pour rassembler et conserver les œuvres présentes dans sa maison au moment de sa mort[1]. La Fondation fut reconnue par l’État en 1887. Aujourd’hui le Musée est une Onlus (organisme sans but lucratif) : son Conseil d’Administration est composé du Directeur du Patrimoine Artistique de Milan, des délégués du Ministère de la Culture, de la Région et de la Mairie de Milan et d’un héritier du comte Pezzoli.
Gian Giacomo Poldi Pezzoli, fondateur de la collection
[modifier | modifier le code]La mère du comte, Rosa Trivulzio, descendante de la famille du condottiere Jacques de Trivulce, était une figure importante du milieu culturel milanais de l’âge néoclassique. Le salon des Trivulzio était fréquenté par des poètes et écrivains comme Vincenzo Monti et Giuseppe Parini. Après la mort de son mari Giuseppe en 1833, elle se consacra à l’éducation de son fils Gian Giacomo et à l’enrichissement de la collection familiale, déjà remarquable.

Une fois la majorité atteinte (24 ans pour la loi autrichienne de l’époque)[2], Gian Giacomo développa encore la collection, en achetant en particulier des armes et armures selon la mode de l’époque. En 1848, il avait soutenu passionnément les mouvements révolutionnaires, notamment celui des Cinq journées de Milan, ce qui lui valut au retour des Autrichiens une forte amende et un exil forcé[3]. Pendant une année, il parcourut l’Europe, en rencontrant autres collectionneurs et en visitant de nombreuses expositions.
En 1846, Poldi Pezzoli démarra les travaux pour son appartement, séparé de celui de sa mère. Le style des chambres est inspiré par la mode courante de l’Éclectisme. Les styles du Baroque, de la Renaissance, et du XIVe siècle y trouvent alors leur place. Les salles sont conçues pour contenir des œuvres d’art et du mobilier précieux, contrairement à une véritable maison privée. Une salle au premier étage est adaptée pour héberger l’armurerie, par l’architecte Giuseppe Balzaretto (en) et par le scénographe Filippo Peroni. La salle est terminée en 1850 en style néogothique, alors que la chambre est inspirée par le maniérisme lombard. Les décorations et le projet des autres chambres (à partir du « petit bureau » dantesque de 1853-56) sont confiés à Giuseppe Bertini, peintre et professeur de l’Académie de Brera, à Giuseppe Speluzzi, ébéniste et bronzier, et au peintre Luigi Scrosati.
Toujours entouré d'artistes et intellectuels européens, Poldi Pezzoli avait une conception très large de l’art. Il enrichissait sa collection avec pièces d’armures, peintures, tissus, tapisseries, objets de verre et céramique, et en général d’œuvres des arts appliqués. La collection est très appréciée par les connaisseurs, malgré sa petite taille.
Création du musée
[modifier | modifier le code]À sa mort le 6 avril 1879, Poldi Pezzoli lègue par testament l'ensemble de son appartement et des ses collections à la ville pour en faire une institution pérenne, qui soit dédiée à l'usage et à l'utilité publique. Ce nouveau musée est conçu pour le bien-être commun des Milanais et administré selon les règles en vigueur à la Pinacothèque de Brera. Contrairement à une simple galerie, la volonté du collectionneur était de préserver le caractère d'une maison-musée, où le décor et l'atmosphère importent autant que les oeuvres elles-mêmes.

Le musée Poldi Pezzoli est officiellement inauguré deux ans après la disparition de son créateur, le 25 avril 1881, date à laquelle la fondation est érigée en "Ente Morale" par décret royal[4].
La direction de Giuseppe Bertini
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La gestion de ce patrimoine est confiée par le fondateur à son ami et conseiller, le peintre Giuseppe Bertini, qui est nommé directeur à vie. Celui-ci étant déjà président de l'Académie des Beaux-Arts de Brera, il est décidé que la direction du musée Poldi-Pezzoli reviendra ensuite aux autres présidents de l'Académie, et ce pour préserver une bonne continuité dans la gestion du nouveau musée. Bertini, véritable « inspirateur et ordonnateur » de la collection, dispose d'une rente annuelle de 8 000 lires léguée par le fondateur, ce qui lui permet d'enrichir considérablement le fonds par de nouvelles acquisitions durant les dix-sept années de sa direction (1881-1897). Par la suite, une commission consultative composée d'artistes, de mécènes et de notables milanais, tels que Camillo Boito (1836-1914) ou Gustavo Frizzoni (1840-1919), est mise en place pour épauler la direction face à l'accroissement de la fréquentation du public au musée. En 1902, Camillo Boito innove en éditant des cartes postales et des affiches pour assurer d'autant plus la promotion du musée[1].
Parallèlement à l'ouverture du musée, Giuseppe Bertini rédige en 1881 le premier catalogue général des collections Poldi Pezzoli. Une seconde édition voit le jour 5 ans plus tard, en 1886. Pour la rédaction de ce catalogue, Bertini tient compte de la physionomie topographique particulière du musée que le donateur, encore vivant, avait fait aménager dans ses appartements. Giacomo Poldi Pezzoli avait pris le soin de donner un nom à chaque salle et de cataloguer les œuvres exposées selon une numérotation qui commençait dans chaque salle. Cette organisation rigoureuse fut très utile à Bertini pour la rédaction du premier catalogue[5].
La réception par le public et les tourments du XXe siècle
[modifier | modifier le code]L'événement suscite un écho immédiat : dès le lendemain, la presse milanaise célèbre la découverte d'un véritable « coffre aux trésors » digne des Mille et Une Nuits[6]. Les chroniqueurs louent la richesse des collections, qui mêlent des exemples splendides de peinture lombarde, florentine et vénitienne à une profusion d'objets d'art décoratifs, tels que l'orfèvrerie, la céramique, la verrerie et les armes anciennes. L'engouement populaire est tel que la direction doit installer une barrière de verre devant le célèbre Portrait de dame Pollaiolo pour empêcher les visiteurs de l'embrasser[7].

La qualité artistique de cette maison-musée est également saluée par les historiens de l'art, notamment Bernard Berenson (1865-1959), qui qualifie plus tard la collection de maîtres italiens du musée Poldi Pezzoli d'« incomparable ». Il affirme que la principale qualité de ce musée tient à sa collection de tableaux, et notamment l'admirable collection des maîtres italiens de Piero Lorenzetti à Francesco Guardi[1].
Cependant, l'histoire du musée est marquée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale en août 1943, qui détruisent une grande partie de la maison et de ses décorations intérieures. La destruction du premier inventaire topographique du musée et la pauvreté des archives survivantes ont rendu par la suite très difficile, voire impossible, la recherche de provenance précise de certaines peintures anciennes acquises par le fondateur[1]. Après une période de fermeture et de reconstruction, au cours de laquelle tous les décors sont recrées afin de conserver l'âme originelle et le caractère privé des espaces, le musée rouvre ses portes en 1951 et retrouve son rôle de centre culturel dynamique. Il est aujourd'hui cité comme l'un des plus importants musées privés d'Europe, fréquemment comparé à la Wallace Collection de Londres et au musée Jacquemart-André de Paris pour sa nature de demeure-musée.
Collection
[modifier | modifier le code]Les peintures les plus importantes sont des œuvres italiennes du XVe siècle, principalement des écoles toscane et lombarde selon les goûts de l'époque. La peinture flamande et de l’Europe du Nord y est aussi bien représentée. En plus, on peut admirer des exemples importants des auteurs de la Vénétie du XVIIIe siècle et une œuvre de Sandro Botticelli (1445-1510), La Lamentation sur le Christ mort, réalisée vers 1495.
De nombreuses oeuvres d'art décoratif jalonnent également les salles du musée. En effet, la collection de Giacomo Poldi Pezzoli comprenait de nombreux émaux de Limoges, des objets d'orfèvrerie français et lombards du Moyen Âge et de la Renaissance, ainsi que des tapis, des tapisseries et des bijoux. Dans chaque domaine, le comte privilégiait les pièces uniques, ce qui permet aujourd'hui au musée Poldi Pezzoli de compter dans sa collection de nombreux chefs-d'œuvre d'arts décoratifs, tels qu'un célèbre ensemble d'horloges. L'hétérogénéité des collections du musée permet au visiteur de créer de véritables dialogues entre les arts dits majeurs et les arts appliqués, ainsi que le souhaitait Poldi Pezzoli pour sa propre collection[3].
Principaux artistes italiens représentés
[modifier | modifier le code]Mariotto Albertinelli ; Giovanni d'Alemagna ; Giovanni Angelo d'Antonio ; Sofonisba Anguissola ; Lorenzo Bartolini ; Fra Bartolomeo ; Luca Baudo ; Alessandro Mazzola Bedoli ; Iacopo Bellini ; Giuseppe Bertini ; Vitale da Bologna ; Francesco Bonsignori ; Paolo Borroni ; il Moretto ; Botticelli, Giulio Campi ; Canaletto ; Francesco Capella (Dagiù) ; Cristoforo Caselli ; Jacopo di Casentino ; Giovanni Benedetto Castiglione ; Bernardo Cavallino ; Luigi Cavenaghi ; Cima da Conegliano ; Luigi Crespi ; Daddi ; Gaetano Fasanotti ; Gaudenzio Ferrari ; Domenico Fetti ; Ambrogio Borgognone ; Gaetano Gandolfi ; Raffaellino del Garbo ; Giovanni Battista Gaulli ; Francesco Gessi ; Luca Giordano ; Francesco Guardi ; Giacomo Guardi ; Francesco Hayez ; Pietro degli Ingannati ; Filippo Lippi ; Pietro Lorenzetti ; Lorenzo Lotto ; Bernardino Luini ; Gian-Francesco de Maineri ; Rutilio Manetti ; Andrea Mantegna ; Giovanni Martinelli ; Pier Francesco Mazzucchelli ; Livio Mehus ; Lippo Memmi ; Michelangelo ; Francesco Morone ; Giovanni Battista Moroni ; Carlo Francese ; Giuseppe Nuvolone;Marco d'Oggiono ; Eleuterio Pagliano ; Filippo Palizzi, Palma il Vecchio ; Marco Palmezzano ; Pietro Vannucci ; Francesco di Stefano Pesellino ; Lo Spagna ; Antonio Pirri ; Piero Pollaiuolo ; Riccardo Pellegrini ; Giulio Cesare Procaccini ; Francesco Raibolini ; Jusepe de Ribera ; Giampietrino ; Giovanni Battista Salvi;Francesco Salviati ; Raphael ; Luigi Scrosati ; Fra Semplice ; Cesare da Sesto ; Giovanni Servi ; Andrea Solari ; Gherardo Starnina ; Bernardo Strozzi ; Zanobi Strozzi ; Cesare Tamaroccio ; Francesco de Tatti ; Girolamo Tessari ; Tiepolo ; Cosmè Tura ; Giovanni De Vecchi ; Bartolomeo Veneto ; Antonio Vighi.
Artistes d'Europe du Nord
[modifier | modifier le code]Jan Brueghel le Jeune ; Lucas Cranach ; Hendrik Goltzius ; James Baker Pyne ; Thomas Shotter Boys ; Giusto Sustermans ; David Teniers ; Jacob Toorenvliet ; Pierre Tetar van Elven (en) ; Mattheus van Helmont (en) ; Jan Van der Meer II ; Willem van Mieris ; Jacob Ferdinand Voet ; Hans Mair von Landshut et Cornelis de Wael.
Principales œuvres
[modifier | modifier le code]- Giovanni Bellini : Pietà (1455-1460)
- Ambrogio Borgognone : Madonna con Bambino, Santa Caterina d'Alessandria
- Giovanni Antonio Boltraffio : Madonna con Bambino
- Sandro Botticelli : La Madone du livre (1480-1481), La Lamentation sur le Christ mort (1495)
- Canaletto : Le Pra della Valle à Padoue (1741-46) ; Capriccio con rovine
- Cima da Conegliano : Le Mariage de Bacchus et Ariane (1505) ; Thésée tuant le Minotaure (années 1500)
- Vincenzo Foppa : Ritratto di Francesco Brivio
- Fra Galgario : Ritratto di cavaliere dell'Ordine Costantiniano, Ritratto di gentiluomo, Ritratto di Giovanni Francesco Albani
- Francesco Guardi : Gondoles sur la lagune
- Fra Filippo Lippi : Pietà (1437-1439)
- Lorenzo Lotto : Madonna e santi, Santa Caterina d'Alessandria
- Bernardino Luini : Cristo portacroce, Sposalizio mistico di Santa Caterina d'Alessandria
- Andrea Mantegna : Madonna con Bambino (1490-1500), Profilo d'uomo (1448-1450)
- Giovanni Battista Moroni : Le Gentilhomme en noir (1567)
- Piero della Francesca : San Nicola da Tolentino (1454-1469)
- Piero Pollaiuolo : Portrait de dame (vers 1470)
- Raphaël : Crocifisso
- Andrea Solari : Madonna con Bambino, Ecce Homo, Riposo in Egitto, San Giovanni Battista
- Cosmè Tura : Terpsichore (v. 1460) (avec Angelo Maccagnino)
- Francesco de Tatti : Annonciation et Nativité
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (it) Franco Russoli et Guido Gregorietti (préf. Bernard Berenson), La Pinacoteca Poldi Pezzoli, Milan, Electa, , 295 p. (EAN 2567709375429), p. 19
- ↑ Milan était part de l’empire d’Autriche jusqu’à 1859
- (it) Maria Teresa Balboni Brizza et Marina Sambuy (préf. Sergio Romano), Il Museo Poldi Pezzoli, Torino, Umberto Allemandi & C., (ISBN 9788842214243), p. 24
- ↑ (en) Maria Teresa Balboni Brizza et Marina Sambuy, The Poldi Pezzoli Museum in Milan : masterpieces of painting, Torino, Umberto Allemandi & C., , 86 p. (ISBN 9788842220718)
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- ↑ (it) Maria Teresa Balboni Brizza et Marina Sambuy (préf. Sergio Romano), Il Museo Poldi Pezzoli, Torino, Umberto Allemandi & C., (ISBN 9788842214243), p. 31
- ↑ (en) Alessandra Mottola Molfino, Andrea di Lorenzo et Annalisa Zanni, The Poldi Pezzoli Museum in Milan : visitor's guide, Torino, Umberto Allemandi & C., , 121 p. (ISBN 8842209074)
Sources
[modifier | modifier le code]- (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Museo Poldi Pezzoli » (voir la liste des auteurs).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Museo Poldi Pezzoli, Milano, textes de Federica Armiraglio, Milan, Skira 2006. (ISBN 9788861301191)
Liens externes
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- Site officiel
- Ressource relative à l'architecture :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :