Aller au contenu

Marie Pleyel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Marie Pleyel
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Marie-Félicité-Denise MokeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Activités
Fratrie
Conjoint
Camille Pleyel (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Instrument
Tombe de Marie Pleyel au Cimetière de Laeken

Marie-Félicité-Denise Moke, plus connue sous le nom de Marie Pleyel, est une pianiste belge née le [1] à Paris et morte le à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles).

Elle est une des plus célèbres virtuoses du XIXe siècle.

Marie Pleyel est un esprit libre aussi bien dans sa carrière que dans sa vie privée mais elle est très respectée sur la scène musicale européenne.

Marie-Félicité-Denise Moke est née à Paris le . Son père, Jean Jacques Moke, est un professeur de langues belge, originaire de Torhout, en Flandres. Sa mère, Maria Magdalena Segnitz est allemande et tient un magasin de lingerie à Paris. Elle a deux frères, dont l'historien et écrivain Henri Moke, professeur de l'Université de Gand et membre de l'Académie royale de Belgique[2],[3]. Sa mère qui est aussi pianiste amatrice l'initie à la musique[4]

Fiancée avec Hector Berlioz en 1830, elle rompt sur l'instigation de sa mère pendant et épouse le Camille Pleyel, compositeur et facteur de piano, fils d'Ignace Joseph Pleyel[5].

Au printemps 1830, Hector Berlioz s'éprend de Marie Moke. Prix de Rome en poche, il doit partir pour l'Italie, mais il est assuré d'épouser Marie. A la villa Médicis, il ne reçoit ni nouvelles ni lettres de Marie. Il décide de rentrer à Paris. Sur le chemin du retour, à Florence, une lettre de Mme Moke mère lui apprend le prochain mariage de Marie avec le facteur de pianos Camille Pleyel. Berlioz ourdit aussitôt le projet d'un triple assassinat contre Marie, sa mère et Camille Pleyel en n'oubliant pas son propre suicide.

Cette rupture rend Berlioz fou de rage, il entreprend de quitter l'Italie (où il se trouve après avoir remporté le Prix de Rome) et de se rendre à Paris pour tuer Marie, sa mère et Camille Pleyel[2]. Heureusement les circonstances et la raison reprennent le dessus et le funeste projet ne se réalise pas. Cependant Berlioz lui garde une rancune féroce[6] qu'il transpose dans une nouvelle des Soirées de l'orchestre, Euphonia ou la ville musicale, où elle apparaît « à peine déguisée[7] » sous le nom anacyclique d'Ellimac (Camille) puis sous celui, plus mystérieux, de Nadira.

Camille et Marie Pleyel ont un fils, Ignace Henry Pleyel (1832-1853) et une fille, Camille Louise Pleyel (1833-1856)[3]. Pendant son mariage, Marie Pleyel continue à enseigner le piano et à donner des concerts dans les salons parisiens et dans la salle Pleyel de la société de Camille Pleyel, rue de Rochechouart[8].

Marie Pleyel mène une vie libre et mouvementée. Elle a d'innombrables admirateurs et beaucoup d'amis intimes: les compositeurs Félix Mendelssohn Bartholdy, Frédéric Chopin, Robert Schumann, Ferdinand Hiller; les écrivains et poètes Félix Arvers, Alfred de Musset, Heinrich Heine, Alexandre Dumas (père et fils), Jules Janin, Emmanuel Gonzalès, Victor Hugo ; les peintres Eugène Delacroix, Adolphe Yvon etc[4].

Les époux se séparent après quatre ans de mariage et Camille Pleyel obtient le divorce pour infidélité le [4]. Marie Pleyel vit alors quelque temps à Hambourg où elle se produit à plusieurs reprises en concert[8].

Carrière musicale

[modifier | modifier le code]

Enfant prodige au piano, Marie Pleyel donne son premier concert à l'âge de huit ans[5].

Son premier professeur de piano est Jacques Herz (1794–1880), frère de Henri Herz. Plus tard, elle étudie avec Ignaz Moscheles, alors de passage à Paris, puis Friedrich Kalkbrenner qui lui enseigne l'égalité d'aptitude des deux mains et la clarté[5],[2].

À l’âge de quinze ans, elle est déjà connue en Belgique, Autriche, Allemagne et Russie comme une virtuose accomplie[5]. Elle impressionne le public par l’aisance et la poésie de son interprétation de Beethoven et de l’école romantique[9].

Elle fait des tournées en Angleterre, en Autriche et en Russie. C’est en Russie qu’elle entend le pianiste autrichien Sigismund Thalberg, qui exerce désormais sur elle une grande influence artistique[10].

En 1842, elle se rend à Bruxelles où vit désormais sa mère. Pendant cinq ans, elle se consacre à améliorer la puissance sonore de son jeu, développer de nouvelles nuances de couleurs tonales et de nouveaux accents toniques de son diapason dynamique[4],[10]. En 1845, elle reprend les concerts et se produit à Paris, d'abord dans les salons du facteur de piano Jean-Henri Pape, puis lors de deux concerts au Théâtre italien. Elle remporte un grand succès mais doit rentrer à Bruxelles auprès de sa mère, très malade[10].

En 1846, elle se rend à Londres où le succès est le même[10]. Elle donne un grand nombre de concerts en France, se déplaçant avec ses deux grands pianos de concert[4].

En 1850, elle s'installe dans un hôtel de maître, l’actuel Hôtel Cohn-Donnay, au n°316 de la rue Royale, à Saint-Josse-Ten-Noode, dans la région bruxelloise où un pavillon de musique est construit pour qu'elle puisse y donner des concerts[11] [12],[13].

Elle organise aussi des soirées musicales dans les salons de sa maison bruxelloise, pendant lesquelles elle joue elle-même et présente ses meilleurs élèves ainsi que des artistes invités[4].

En avril 1852, elle joue avec un orchestre dirigé par Hector Berlioz qui lui voue encore une rancune tenace et n'hésite pas à l'attaquer dans ses pamphlets. La mort de la fille de Marie Pleyel, Camille Louise Pleyel, à l'âge de 20 ans en 1856 met un terme à ses démonstrations de malveillance[4].

Reconnaissance par ses contemporains

[modifier | modifier le code]

Marie Pleyel est en contact avec les personnes les plus connues et les plus influentes de son époque ; elle est un membre important et actif de l’élite artistique du milieu du XIXe siècle. Bientôt elle est considérée comme l’un des meilleurs pianistes de son temps et est louée par les plus grands artistes de l'époque.

Les critiques louent sa technique brillante et son jeu à la fois clair et poétique[8].

Le critique François-Joseph Fétis écrit : « J'ai entendu tous les pianistes célèbres, de Hullmandel jusqu'à ceux qui jouissent aujourd'hui d'une renommée méritée, mais je déclare qu'aucun d'eux ne m'a donné, comme Madame Pleyel, le sentiment de perfection. » [10].

Le professeur émérite de piano du Conservatoire de Paris Antoine-François Marmontel écrit (1816 Clermont Ferrand-1898 Paris) dit dans son ouvrage Les pianistes célèbres que les interprétation de Marie-Félicité Moke-Pleyel avaient la clarté de Kalkbrenner, la sensibilité de Chopin, l'élégance spirituelle de Herz et la brillance de Liszt[14].

Frédéric Chopin lui dédie son opus 9 « Nocturnes » composé entre 1830 et 1832 et, publié en 1833 (4)[15].

Franz Liszt la considère comme «  pas simplement une grande pianiste femme, mais un des plus grands artistes du monde ». Ils se produisent ensemble à Vienne en 1839[4]. La technique de Marie est d'ailleurs comparée à celle de Franz Liszt.

François-Joseph Fétis déclare : « ...mais je déclare qu'aucun d'eux ne m'a donné, comme Madame Pleyel, le sentiment de perfection. »[16]

Heinrich Heine la considère parmi les plus grands pianistes « Thalberg est un roi, Liszt un prophète, Chopin un poète, Herz un militant, Kalkbrenner un troubadour, Mme Pleyel une sibylle, et Döhler un pianiste. »

Elle inspire à Gérard de Nerval la nouvelle Pandora et, pour partie, Aurélia. Alexandre Dumas père lui consacra un épisode de son récit intitulé "Une aventure d'amour"[4].

Peter Bloom écrit que Marie Pleyel « pourrait être la clé pour comprendre le fonctionnement du milieu musical du Paris musical autour de 1830 ».

La pianiste Clara Schumann voit en Marie Pleyel une potentielle rivale qui se distingue par ses qualités similaires aux siennes : une virtuosité technique alliée à une interprétation poétique. « Chacun de ses mouvements semble avoir été étudié avec soin ; après avoir terminé un morceau, elle reste toujours avec l'orchestre, discute avec les musiciens, continue de saluer, avec une candeur enfantine, comme si elle ne savait pas comment elle avait mérité ces applaudissements, puis s'assoit au piano et joue un autre morceau ». Les deux femmes se rencontrent en personne en 1851[8].

Professeure au Conservatoire

[modifier | modifier le code]

En 1848, Marie Pleyel est nommée professeure de piano au Conservatoire royal de Bruxelles où elle crée l'école de piano[2] avec l’appui de François-Joseph Fétis. Elle y enseigne de 1848 à 1872.

Franz Liszt célèbre ses talents pédagogiques : « Il n'y a qu'une seule école appropriée à l'art (du piano) ; c'est celle de Madame Pleyel »[17].

Marie Pleyel meurt subitement le 30 mars en 1875, à l’âge de 63 ans, à Saint-Josse-ten-Noode. Elle est inhumée au cimetière de Laeken sous un monument funéraire d’inspiration antique conçu en 1876 par Hendrik Pickery et représentant une femme appuyée contre un sarcophage qui repose sur un socle sculpté du portrait de la pianiste[5],[18].

Bien que célèbre et célébrée à son époque, l’histoire de la musique n'accorde pas une place très importante à Marie Pleyel[19]. Sa liberté et son indépendance ont été souvent moquées ou méprisées. Ce mépris s’explique au moins en partie du fait qu’elle est une femme. De nombreuses femmes pianistes ont eu du succès au XIXe siècle et peu d’entre elles sont encore mentionnées au début du XXIe siècle.

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • Philippe Baudot, Piano Rue Royale, , 254 p. (ISBN 9782808332774). Roman basé sur la vie à Bruxelles de Marie Pleyel[13].
  • Pascal Beyls, Marie Pleyel, pianiste virtuose, Grenoble,
  • Corinne Chaponnière, Sigismund Thalberg et Marie Pleyel, pianistes au temps de Liszt, Symétrie, , 336 p. (ISBN 9782364853294)

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. Certaines sources indiquent une naissance le .
  2. a b c et d « Pianos Esther - Liège -- Marie Pleyel », sur www.pianosesther.be (consulté le )
  3. a et b (en-US) « Marie Félicité Denise Moke », sur geni_family_tree (consulté le ).
  4. a b c d e f g h et i Voya Toncitch, « Marie Moke-Pleyel », sur www.musimem.com (consulté le ).
  5. a b c d et e « La pianiste belge Marie Pleyel, le sentiment de la perfection musicale », sur Focus on Belgium, (consulté le )
  6. « Marie Pleyel (1811-1875) - Find A Grave Memorial », sur www.findagrave.com (consulté le ).
  7. David Cairns (trad. de l'anglais), Hector Berlioz. Servitude et grandeur (1832-1869), Paris, Fayard, , 944 p. (ISBN 2-213-61250-1), p. 522.
  8. a b c et d (en) « Marie Pleyel - Clara Schumanns Friends, colleagues and contemporaries - Schumann-Portal », sur www.schumann-portal.de (consulté le )
  9. (en) « Marie-Félicité-Denise Pleyel | French musician », dans Encyclopedia Britannica (lire en ligne).
  10. a b c d et e Jean-François Fétis, Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique (tome VII, 1860-1868, Paris), vol. VII, 1866-1867 (lire en ligne), p. 88
  11. Julien Rensonnet, « Avant-première à l'Ultieme Hallucinatie: vous n'en croirez pas vos yeux », sur lavenir.net, (consulté le )
  12. « STORY », sur Ultieme Hallucinatie (consulté le )
  13. a et b Emilie Vanhemelen, « "Piano Rue Royale" plonge les lecteurs dans les rues bruxelloises du XIXe siècle », sur BX1, (consulté le )
  14. Antoine-François Marmontel, Les Pianistes célèbres. Silhouettes et médaillons., Henri Heugel (réimpr. 1888) (lire en ligne), p. 77-89
  15. Frédéric Chopin, Trois nocturnes pour le piano : Op. 9 ; dédiés à Madame Camille Pleyel (Partition musicale) (lire en ligne), p. 1r, 2v.
  16. François-Joseph, Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, vol VII,, Paris, 1860-1868.
  17. (en-US) « Liszt, or the Art of Running after Women!  : Interlude.hk », sur www.interlude.hk (consulté le ).
  18. « Cimetière de Laeken – Inventaire du patrimoine architectural », sur monument.heritage.brussels (consulté le )
  19. Corinne Chaponnière, Sigismund Thalberg et Marie Pleyel, pianistes au temps de Liszt, Symétrie, , 336 p. (ISBN 978-2-36485-329-4)

Liens externes

[modifier | modifier le code]