Le Grand Carnaval
| Titre original | Le Grand Carnaval |
|---|---|
| Réalisation | Alexandre Arcady |
| Acteurs principaux |
Philippe Noiret Roger Hanin Richard Berry Fiona Gélin |
| Pays de production |
|
| Genre | Comédie dramatique |
| Durée | 130 minutes |
| Sortie | 1983 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Le Grand Carnaval est un film franco-tunisien réalisé par Alexandre Arcady, sorti en 1983.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, les soldats Américains débarquent en Algérie pour l'opération Torch. Le débarquement se fait à proximité d'une petite ville : Tadjira. Cette sous-préfecture principalement composée de pieds-noirs et d'Algériens devra accueillir les Alliés et vivre avec eux.
Synopsis
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Le 8 novembre 1942, dans la ville fictive de Tadjira (Algérie française), le débarquement allié en Afrique du Nord bouleverse la vie locale. Des troupes américaines s’installent dans la région sous l’autorité du colonel Hendricks, notamment à proximité du domaine du maire, Étienne Labrouche, notable influent et grand propriétaire foncier.
La présence américaine désorganise les habitudes de la communauté européenne de Tadjira et ouvre des opportunités économiques. Léon Castelli, cafetier pied-noir et ami d’enfance du maire, se retrouve au centre de ces « bonnes affaires » lorsque l’officier américain Walter Giammanco, chargé des approvisionnements, lui propose une activité lucrative liée au marché noir. Castelli s’associe à Giammanco, entraînant dans son sillage son entourage (sa femme Simone, son fils Norbert, et le proche de celui-ci, Gaby Atlan).
En parallèle, une intrigue sentimentale se met en place avec l’arrivée de Sylvette Landry, venue de métropole pour aider le couple Labrouche et s’occuper des enfants. Étienne Labrouche entame avec elle une liaison, qui finit par être découverte par son épouse Armande. Armande chasse alors Sylvette du domicile familial.
Recueillie par Léon Castelli, Sylvette est ensuite employée dans son café. Cette situation transforme les rapports entre Castelli et Labrouche : les deux hommes, jusque-là proches, deviennent rivaux.
À la fin du film, les troupes américaines quittent la région pour poursuivre la guerre car le débarquement en Italie s'annonce et la génération en âge de combattre (notamment les jeunes Castelli et le fils labrouche) quittent Tadjira pour le front. Rémy s'engage dans l'Air Force comme pilote. Les conflits personnels retombent : Étienne Labrouche et Léon Castelli finissent par se réconcilier imaginant de grands projets futurs ensemble, tandis que le film sous entend l’horizon d’une Algérie en marche vers l’indépendance.
Une voix off de fin raconte que Léon et Etienne ont continué à vivre à leur manière sans réaliser ce qu'il allait advenir de l'Algérie, s'éteignant tous les deux de leur "belle mort" à l'été 1957. Ils n'ont donc jamais su, qu'en raison de la Guerre d'Algérie, leurs famille respectives ont du rejoindre la France en 1962 et abandonner définitivement Tadjira. Plus personne n'a pu revenir fleurir la tombe des deux patriarches.
Fiche technique
[modifier | modifier le code]- Titre : Le Grand Carnaval
- Réalisateur : Alexandre Arcady
- Scénario : Alexandre Arcady, Alain Le Henry et Daniel Saint-Hamont
- Dialogues : Daniel Saint-Hamont
- Producteur : Ariel Zeitoun
- Producteur exécutif : Tarak Ben Ammar
- Production : Partner's Productions, Alexandre Films, Carthago Films, TF1 Films Productions, S.F.P.C. et Soprofilms
- Directeur de production : Michel Frichet
- Musique : Serge Franklin
- Image : Pierre Lhomme
- Cadreur : Gilbert Duhalde
- Décors : Jacques Bufnoir
- Montage : Joële van Effenterre
- Ingénieur du son : Guillaume Sciama
- Mixage : Claude Villand
- Montage son : Laurent Quaglio
- Costumes : Mic Cheminal
- Costumes militaires : Ugo Pericoli
- Réalisateur de seconde équipe : Luc Besson
- Assistants réalisateur : Rémy Duchemin et Marc Angelo
- Scripte : Many Barthod
- Régisseurs : Michel Bernede, Christian Eludut, Farid Chaouche et Habib Chaâri
Distribution
[modifier | modifier le code]- Philippe Noiret : Étienne Labrouche
- Roger Hanin : Léon Castelli
- Richard Berry : Rémy Castelli
- Fiona Gélin : Sylvette Landry
- Macha Méril : Armande Labrouche
- Jean-Pierre Bacri : Norbert Castelli
- Marthe Villalonga : Simone Castelli
- Patrick Bruel : Pierre-Marie Labrouche
- Gérard Darmon : Gaby Atlan
- Jean Benguigui : Benjamin Fitoussi
- Peter Riegert : Walter Giammanco
- Alexandre Aja : Raphael
- Michel Creton : José
- Sam Karmann : Rabinovitch
- Attica Guedj : Odette Castelli
- Edward Meeks : colonel Hendricks
- Jean Pélégri : Honoré Labrouche, le père d'Etienne
- Jean-Claude de Goros : Bonnel
- Jean Danet : colonel de Vigny
- Saïd Amadis : Naouri
- Anne Berger : Fortunée Fitoussi
- Lucien Layani : Jacob Atlan
- Georges Carmier : gendarme Perez
- André Lambert : Carasco
- Alain Le Henry : le professeur
- Daniel Saint-Hamont : gendarme Picard
- Tarak Harbi : Messaoud
- Michael Edwards Steven : Charlie
Production
[modifier | modifier le code]Genèse
[modifier | modifier le code]Le Grand Carnaval s’inscrit dans la continuité du cinéma d’Alexandre Arcady consacré à la mémoire de l’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Après Le Coup de sirocco (1979), centré sur l’exil des pieds-noirs, et avant Le Grand Pardon (1982), le réalisateur souhaite aborder un moment charnière de l’histoire nord-africaine : le débarquement allié de novembre 1942, connu sous le nom d’opération Torch.
Le projet est conçu comme une fresque historique à hauteur d’hommes, privilégiant les conséquences politiques et morales de l’événement sur une communauté locale plutôt qu’une reconstitution militaire des opérations. Arcady s’attache ainsi à montrer les tensions internes provoquées par l’arrivée des forces alliées dans une société coloniale déjà fragilisée[1].
Écriture
[modifier | modifier le code]Le scénario est coécrit par Alexandre Arcady, Alain Le Henry et Daniel Saint-Hamont. Il adopte une structure chorale, articulée autour de plusieurs familles et figures d’autorité, permettant de croiser des trajectoires sociales, politiques et intimes au sein d’un même espace urbain. Le récit se déroule sur un laps de temps volontairement resserré, accentuant la tension dramatique liée à l’imminence du débarquement et à l’effondrement progressif des certitudes établies.
Les dialogues sont confiés à Daniel Saint-Hamont, qui privilégie une écriture réaliste, ancrée dans les rapports de pouvoir et les conflits de loyauté, sans recours à un discours explicatif excessif.
Attribution des rôles
[modifier | modifier le code]Le rôle principal d’Étienne Labrouche est confié à Philippe Noiret, dont la présence permet d’incarner une figure d’autorité confrontée à des dilemmes moraux complexes. Roger Hanin interprète Léon Castelli, personnage central dans l’équilibre des forces locales. La distribution réunit également Richard Berry, Fiona Gélin et Macha Méril, ainsi qu’un ensemble d’acteurs issus de générations différentes, participant au caractère choral du film.
Alexandre Arcady s’entoure par ailleurs de plusieurs collaborateurs réguliers ou futurs collaborateurs, tant devant que derrière la caméra, contribuant à inscrire Le Grand Carnaval dans un réseau de fidélités artistiques propre à son cinéma.
Tournage
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Le tournage de Le Grand Carnaval a lieu principalement en Tunisie, où les décors naturels servent à représenter la ville fictive de Tadjira. Alexandre Arcady privilégie les prises de vues en extérieur, utilisant rues, places, quartiers résidentiels et infrastructures portuaires existantes afin d’ancrer le récit dans des espaces réels, sans reconstitution en studio.
Ce choix répond à une démarche constante du réalisateur, qui cherche à renforcer l’authenticité historique et visuelle de ses films par un ancrage géographique concret. Le tournage mobilise une équipe franco-tunisienne et fait appel à de nombreux figurants locaux, notamment pour les scènes de foule liées à l’arrivée des forces alliées et aux bouleversements provoqués par l’opération Torch.
Lieux de tournage
[modifier | modifier le code]C'est Bizerte en Tunisie qui sert de principal lieu de tournage, utilisé pour représenter la ville fictive de Tadjira avec notamment :
- Les zones portuaires : utilisées pour les scènes de circulation, de rassemblements et de tensions collectives.
- Les quartiers urbains et résidentiels : servant de cadre aux scènes de la vie quotidienne, aux interactions familiales et aux confrontations entre les différents groupes sociaux.
Les principales sources de référence consacrées au film, notamment les notices du Dictionnaire mondial des films de Larousse et de L’Officiel des spectacles, indiquent que le tournage s’est déroulé en grande partie en décors naturels en Tunisie, sans fournir d’inventaire détaillé ni d’adresses précises des lieux utilisés.
Autour du film
[modifier | modifier le code]Tadjira, ville fictive
[modifier | modifier le code]L’action du film se déroule à Tadjira, une localité fictive d’Algérie française présentée comme une petite ville où cohabitent pieds-noirs et Algériens au moment du débarquement allié de novembre 1942. Dans la filmographie d’Alexandre Arcady, Tadjira s’inscrit dans un ensemble de films consacrés à la mémoire pied-noire : Le Grand Carnaval est ainsi décrit comme le dernier volet d’un « triptyque pied-noir », après Le Coup de sirocco et Le Grand Pardon. De fait, Le Coup de sirocco situe également une partie de son intrigue à Tadjira (dans la région d’Oran), où la famille Narboni tient une épicerie avant l’exode de 1962.
La ville de Tadjira est une création de l’œuvre littéraire de Daniel Saint-Hamont, dont plusieurs livres sont adaptés par Alexandre Arcady au cinéma : la présentation éditoriale du roman Le Grand Carnaval (édition de poche) précise que la « pittoresque Tadjira » est une ville « imaginée » par l’auteur dans Le Bourricot (1974) et Le Coup de sirocco (1978), avant d’être confrontée, dans Le Grand Carnaval, au débarquement américain en Afrique du Nord. Cette continuité romanesque se prolonge au XXIe siècle : le résumé de l’éditeur Grasset pour Et le Sirocco emportera nos larmes (2012) indique que des personnages du Coup de sirocco reviennent en Algérie et « revisitent leur jeunesse à Tadjira », parmi d’autres lieux (Mascara, Oran)[2].
Accueil
[modifier | modifier le code]Accueil critique
[modifier | modifier le code]À sa sortie en 1983, Le Grand Carnaval reçoit un accueil critique contrasté. Plusieurs commentateurs soulignent l’ambition du film, qui mêle chronique historique et fresque chorale sur fond de débarquement allié en Afrique du Nord, mais estiment que le récit peine parfois à trouver un équilibre entre la dimension intime des personnages et le contexte historique[3].
Dans la presse nationale, le film est souvent rapproché des œuvres précédentes d’Alexandre Arcady consacrées à la mémoire des communautés d’Afrique du Nord. Le Monde évoque un film choral porté par ses interprètes principaux, mais note une narration parfois éclatée, reflétant la multiplicité des points de vue et des intrigues[4].
Télérama souligne pour sa part la volonté du réalisateur de dresser un tableau social large, où les destins individuels se croisent sans hiérarchie marquée, tout en relevant une certaine dispersion dramatique[5].
Box-office
[modifier | modifier le code]En France, Le Grand Carnaval sort en salles le 7 décembre 1983. Le film totalise 1 271 311 entrées sur l’ensemble de son exploitation nationale, un score honorable mais inférieur à ceux des précédents films d’Alexandre Arcady sortis au début des années 1980[6].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Alexandre Arcady – cinéma et mémoire », sur Institut du monde arabe (consulté le )
- ↑ « Et le Sirocco emportera nos larmes », sur Grasset, (consulté le )
- ↑ « Le Grand Carnaval », sur AlloCiné (consulté le )
- ↑ « « Le Grand Carnaval », d’Alexandre Arcady », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Le Grand Carnaval », sur Télérama (consulté le )
- ↑ « Le Grand carnaval (1983) », sur JP’s Box-Office (consulté le )
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives à l'audiovisuel :