Hortense Mancini
| Duchesse |
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- |
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Michele Lorenzo Mancini (d) |
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| Conjoint |
Armand-Charles de La Porte de La Meilleraye (à partir de ) |
| Enfants |
Marie Charlotte de La Porte de La Meilleraye Marie Olympe de La Porte Mazarin (d) Paul Jules de La Porte (d) |
Hortense Mancini, duchesse de Mazarin et de Mayenne, comtesse de Rozoy, née le à Rome, morte le à Chelsea, est une nièce du cardinal Mazarin et la sœur de Laure, Paul Jules, Olympe, Marie, Philippe, Alphonse et Marie-Anne Mancini.
Biographie
[modifier | modifier le code]Hortense Mancini est la fille de Geronima Mazzarini et du baron romain Michele Mancini. Elle est mariée le au duc Armand-Charles de La Meilleraye (1632-1713) sous la condition que celui-ci prenne le nom et les armes de Mazarin. Quatre enfants naissent de cette union : Marie-Charlotte (1662-1729), Marie-Anne (1663-1720), Marie-Olympe (1665-1754) et Paul-Jules (1666-1731). Le couple est mal assorti : Hortense est jeune, vive et légère, elle aime le monde, et est entourée d'une foule de prétendants ; le duc de La Meilleraye au contraire est avare et jaloux, engoncé dans une dévotion exagérée, fuit la société et oblige sa femme pourvue d'une dot de trente millions à renoncer au séjour de Paris et à le suivre de ville en ville dans ses différents gouvernements. Ils résident au Grand-Logis de Mayenne.
La fuite en Italie
[modifier | modifier le code]Hortense décide de s'affranchir de ce qu'elle appelle « un esclavage odieux ». Grâce à son frère Philippe, duc de Nevers, qui lui procure des chevaux et une escorte, elle s'enfuit dans la nuit du à Rome où elle se réfugie auprès de sa sœur Marie, la princesse Colonna.
Aussitôt, son mari porte plainte au Parlement contre le duc de Nevers pour avoir favorisé son départ. Il obtient un arrêt par lequel il est autorisé à faire arrêter sa femme partout où elle se trouverait. Hortense, pressée par ses parents, écrit à son époux, le prie de lui pardonner et de la recevoir, promettant de ne se conduire à l'avenir que d'après ses conseils. Il lui fait répondre que, « quand elle aurait demeuré deux ans dans un couvent, il verrait ce qu'il aurait à faire ». À court d'argent, elle engage ses bijoux pour une somme très inférieure à leur valeur.
La protection de Louis XIV et du duc de Savoie
[modifier | modifier le code]Hortense revient en France afin de solliciter une pension sur les grands biens qu'elle a apportés à son mari. Le roi Louis XIV se déclare son protecteur. Agacé par le comportement du duc qui, pris d'un accès de bigoterie, mutile des œuvres d'art de la précieuse collection de Mazarin, le monarque est touché et lui fait obtenir une pension annuelle de vingt-quatre mille livres et douze mille livres argent comptant pour s'en retourner à Rome, malgré l'ire du mari.

Elle quitte Rome peu après, en compagnie de sa sœur, la princesse Colonna. Elle se retire seule à Chambéry, où elle séjourne trois ans. Autour d'elle se crée un cercle de gens distingués et bien nés. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel II, se déclare aussi son protecteur mais il meurt jeune. Hortense craint d'avoir à confier son destin à la régente Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours et, en 1675, choisit l'exil en Angleterre. L'abbé de Saint-Réal, qui lui est très attaché, l'accompagne.
Pendant ce séjour à Chambéry, elle rédige ses mémoires : « Je veux bien vous faire le récit de ma vie » C’est par ses mots que débute ce court texte. Seule trace écrite de sa main, on la découvre très soucieuse d’elle-même et de sa condition, dressant un portrait à charge du Duc de Mazarin son époux, sans un mot sur sa vie galante ni sur ses enfants.
L’ouvrage traduit en plusieurs langues et souvent réédité connut un certain succès. Quelques années plus tard, Marie Mancini rédigea elle aussi ses mémoires. Ces deux récits pleins de fraîcheur sont présentés à la suite dans les dernières éditions. On découvre les deux sœurs en femmes libres, affranchies de toute contrainte morale ou religieuse et toujours maîtresses de leur destin.
Charles II d'Angleterre
[modifier | modifier le code]Charles II accueille Hortense avec bienveillance et lui octroie sur sa cassette une pension de quatre mille livres sterling. Elle aurait probablement remplacé la duchesse de Portsmouth dans le cœur du monarque si elle ne s'était montrée sensible aux soins que lui rendait le prince de Monaco. Le roi, irrité de la préférence qu'elle semble accorder à son rival, supprime la pension qu'il lui consent, et puis la rétablit quelques jours plus tard, honteux de s'être abandonné à un mouvement de jalousie sans motif réel. Cet incident, ainsi que la liaison d'Hortense avec Anne Palmer Fitzroy, fille légitimée du roi et de Barbara Palmer, sonne la fin de sa liaison avec le roi.
Le cercle constitué autour d'Hortense devient bientôt en vue dans le tout-Londres. Parmi les beaux esprits qui le fréquentent, on voit Justel, Vossius, Leti et Saint-Évremond. Elle se pique de littérature, mais les jeux d'argent la minent : elle passe ses nuits au jeu de la bassette, y perd des sommes considérables, et s'endette auprès de ses amis.
Parmi les prétendants qui la pressent, elle jette son dévolu sur le baron de Banier, gentilhomme suédois. Mais l'un des neveux de la duchesse, le prince Philippe de Savoie-Carignan[1], présent à Londres et jaloux de cette liaison, provoque Banier en duel et le tue d'un coup d'épée en 1683. Très affectée, Hortense fait tapisser sa chambre de noir et y reste enfermée plusieurs jours sans prendre aucune nourriture. Parmi ses amis, Saint-Évremond tente de la convaincre qu'elle se nuit à elle-même en affichant une douleur excessive ; elle lui répond qu'elle veut passer en Espagne et finir ses jours dans le couvent où languit sa sœur, la princesse ; il n'a aucune peine à lui prouver qu'elle ne s'accoutumerait jamais à la vie régulière et tranquille d'une religieuse. Quelque temps plus tard, Hortense reprend goût aux plaisirs et rouvre sa porte à la plus brillante société de Londres.
La révolution d'Angleterre, qui appelle au trône Guillaume III d'Angleterre, la prive de la pension qu'elle reçoit, son unique ressource.
Son mari, le duc de Mazarin, lui envoie Françoise de Soissan, qui a la confiance des deux conjoints, pour tenter de la convaincre de revenir en France[2]. Ensuite, le duc de Mazarin lui intente un nouveau procès. En 1689, il obtient du Grand Conseil un arrêt qui la déchoit de tous ses droits si elle ne reprend la vie conjugale[3]. Hortense objecte qu'elle a contracté des dettes et qu'elle ne peut pas sortir d'Angleterre sans avoir remboursé ses créanciers. De fait, ses meubles sont saisis. Elle est dans le plus grand dénuement lorsque le roi Guillaume III, informé de sa situation, lui assure une pension de deux mille livres sterling. Elle revient alors à la vie mondaine, passant l'hiver à Londres et la belle saison à Chelsea. En juin 1699, elle y tombe malade et meurt le . Sa dépouille est rapatriée en France et elle est inhumée dans l'Église Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre[4].
Hortense Mancini était considérée comme l'une des plus belles femmes de son siècle[5]. Douée d'un esprit vif et d'une parole très agréable, elle n'avait pas de prétention littéraire : pour preuve, elle permettait à Saint-Évremond de la railler sur ses fautes d'orthographe.[réf. nécessaire]
Fratrie
[modifier | modifier le code]Les petites Mazarines :
- Laure (1636-1657) fut mariée à Louis de Vendôme duc de Mercœur,
- Olympe (1638-1708) fut mariée à Eugène-Maurice de Savoie-Carignan, comte de Soissons,
- Marie-Anne (1649-1714) fut mariée à Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et neveu de Turenne.
- Marie Mancini (1639-1715), la dernière sœur, fut le premier et grand amour (platonique) de Louis XIV, qui renonça à elle pour épouser sa double cousine Marie-Thérèse, et épousa après la mort de son oncle le prince Lorenzo Colonna, connétable de Naples.
Les petites Mazarines eurent trois frères :
- Philippe (1641-1707), qui épousa Diane de Thianges, nièce de Madame de Montespan ;
- Paul Jules (1636-1652), tué pendant la Fronde à la bataille du faubourg Saint-Antoine ;
- Alphonse (1644-1658), mort dans un accident de jeu au collège de Clermont.
Descendance
[modifier | modifier le code]De son mariage avec Armand-Charles de La Meilleraye naissent quatre enfants :
- Marie-Charlotte de La Porte de La Meilleraye (1662-1729), épouse du marquis Louis-Armand de Richelieu (fils de Jean-Baptiste Amador et petit-fils de François de Vignerot de Pont-Courlay, ce dernier étant un neveu du cardinal de Richelieu) : Parents d'Armand-Louis, duc d'Aiguillon
- Marie-Anne de La Porte de La Meilleraye (1663-1720), abbesse du Lys
- Marie-Olympe de La Porte de La Meilleraye (1665-1754), dame de Langeais, épouse de Louis-Christophe, marquis de Bellefonds (-en-Berry), fils du maréchal Bernardin
- Paul-Jules de La Porte-Mazarin (1666-1731), duc de La Meilleraye, duc de Mazarin et duc de Mayenne, héritier des titres de ses parents. Il eut deux enfants avec Charlotte-Félicité († 1730), fille du maréchal-duc Jacques-Henri de Durfort :
- Guy-Paul-Jules, duc de Mazarin (1701-1738), épouse Louise-Françoise de Rohan-Soubise, fille d'Hercule-Mériadec de Rohan-Soubise :
- Charlotte-Antoinette de La Porte (1719-1735), héritière de l'ensemble des duchés et seigneuries Mazarin, épouse en 1733 son cousin Emmanuel-Félicité de Durfort, duc de Duras (1715-1789), fils du duc de Duras Jean-Baptiste et petit-fils de Jacques-Henri de Durfort ci-dessus :
- Louise-Jeanne de Durfort (1735-1781), épouse de Louis-Marie d'Aumont (1732-1799) : d'où la succession de cette immense fortune vers les Grimaldi de Monaco par le mariage de leur fille Louise d'Aumont (1759-1826) avec le prince Honoré IV (1758-1819)
- Charlotte-Antoinette de La Porte (1719-1735), héritière de l'ensemble des duchés et seigneuries Mazarin, épouse en 1733 son cousin Emmanuel-Félicité de Durfort, duc de Duras (1715-1789), fils du duc de Duras Jean-Baptiste et petit-fils de Jacques-Henri de Durfort ci-dessus :
- Armande-Félice (1691-1729) mariée à Louis III de Mailly-Nesle (1689-1764), prince titulaire d'Orange : quatre de leurs filles furent successivement favorites de Louis XV entre 1733 et 1744.
- Guy-Paul-Jules, duc de Mazarin (1701-1738), épouse Louise-Françoise de Rohan-Soubise, fille d'Hercule-Mériadec de Rohan-Soubise :
Mémoires
[modifier | modifier le code]Les Mémoires que nous avons sous le nom de la duchesse Mazarin sont considérées par certains comme l'ouvrage de l'abbé de Saint-Réal. Pierre Bayle n'est pas de cet avis ; mais Desmaizeaux nous apprend qu'il est possesseur d'un exemplaire de la première et rare édition de 1675 qui a appartenu à Hortense et qui est chargé de corrections marginales de la main de Saint-Réal. Ces Mémoires ont été réimprimés dans le Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à St-Evremond, t. 2, et dans le Recueil des œuvres de St-Réal, t. 6.
On peut aussi consulter :
- Oraison funèbre de la duchesse Mazarin, par Saint-Évremond, pièce composée, en 1684, à la prière d'Hortense, qui désire savoir ce qu'on dira d'elle après sa mort ;
- Lettre touchant le caractère de la duchesse Mazarin ;
- le Plaidoyer d'Erard ;
- les Remarques sur ce plaidoyer, et les autres pièces insérées dans le Mélange curieux déjà cité.
On a publié à Paris, en 1808, La duchesse Mazarin, mémoires écrits par elle-même, in-8 et 2 vol. in-12, réimpression des Mémoires faits par Saint-Réal, et que l'on a défigurées par des additions tirées de sources qui ne méritent pas toutes la même confiance.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Il était fils d'Olympe Mancini, seconde des sœurs d'Hortense, mariée à Eugène Maurice de Savoie, comte de Soissons.
- ↑ Lucien Bély, Louis XIV, le fantôme et le maréchal-ferrant, Paris, Presses universitaires de France, , 675 p. (ISBN 978-2-13-082747-4, lire en ligne).
- ↑ Madame de Sévigné disait, avec St-Evremond, que "la duchesse était dispensée des règles ordinaires, et qu'on voyait sa justification en voyant M. de La Meilleraye". Quand on lui représentait qu'elle devait retrouver son mari, elle répétait, comme pendant la guerre civile : Point de Mazarin, point de Mazarin ! (Voir la Lettre, de madame de Sévigné à sa fille du .)
- ↑ Mien-Péon, Isidore Philoximène, Le Canton de Rozoy-sur-Serre, Saint Quentin, 1865, p. 74
- ↑ Barbier et Beauvais 1829, p. 1837
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Courtney Beggs, « Writing from the Road: Space and the Spectacle of Hortense Mancini, Duchess of Mazarin », dans Mona Narain, Karen Gevirtz, Gender and Space in British Literature, 1660-1820, Londres, Routledge, (ISBN 9781315583969)
- (en) Elizabeth C. Goldsmith, « Fashioning Equality and Friendship. Saint-Evremond, Hortense Mancini and Ninon de Lenclos », dans Derval Conroy, Towards an Equality of the Sexes in Early Modern France, New York, Routledge, (ISBN 9780429275203)
- (en) J. Antonio López Anguita, « Hortense Mancini: A Life on the Run », dans Anne Cruz et Alejandra Franganillo Álvarez, Early Modern Women's Mobility, Authority, and Agency Across the Spanish Empire, Amsterdam, Amsterdam University Press, (ISBN 9789048557424, DOI https://doi.org/10.1515/9789048557424-009), p. 161-184.
- (en) Annalisa Nicholson, The Mazarin Salon: French Exiles in Seventeenth-Century London (Thèse), Apollo - University of Cambridge Repository, (DOI https://doi.org/10.17863/CAM.81866)
- (en) Annalisa Nicholson, « Like Mother, like Daughter: Hortense Mancini, Duchesse de Mazarin, and Marie-Charlotte de La Porte-Mazarin, Marquise de Richelieu », Early Modern Women, vol. 16, no 1, , p. 14-35. (DOI https://doi.org/10.1086/715751)
- (en) Annalisa Nicholson, « The Wordy Milieu of the Mazarin Salon: Queer Anti-Absolutism with Hortense Mancini, Charles de Saint-Évremond, and Jean de La Fontaine », Early Modern French Studies, vol. 46, no 2, , p. 166-182. (DOI https://doi.org/10.1080/20563035.2024.2308811)
- (en) Susan Shifrin, “The Wandering Life I Led”. Essays on Hortense Mancini, Duchess Mazarin and Early Modern Women’s Border Crossings, Cambridge Scholars Publishing, (ISBN 1-4438-1103-3)
