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Giovanni Battista Ramusio

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Giovanni Battista Ramusio
Fonction
Ambassadeur
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 71 ans)
PadoueVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Enfant
Paolo Ramusio (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Personne liée
Pietro Bembo (épistolier)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales
Delle navigationi et viaggi, Description de l'Afrique, La conquista di Costantinopoli (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Giovanni Battista Ramusio (Trevise -Padoue ) est un diplomate, géographe et humaniste italien de la République de Venise. Il est principalement connu pour son œuvre monumentale intitulée Delle navigationi et viaggi, considérée comme un jalon essentiel de l'histoire de la géographie moderne et de la littérature de voyage.

Érudit majeur de la géographie de la Renaissance, Ramusio entreprend avec son ouvrage la première tentative systématique de compilation et d'analyse des récits d'exploration contemporains, afin de les rendre accessibles aux intellectuels européens. Son travail de traduction et de commentaire permet de redéfinir la cartographie mondiale en intégrant les savoirs de l'Antiquité aux découvertes récentes. L'influence des Navigationi et viaggi dépasse largement les frontières de la péninsule italienne, l'ouvrage devenant une référence pour les savants européens et confirmant la primauté de Venise dans la diffusion des connaissances géographiques. Sa carrière illustre la synthèse entre la rigueur du haut fonctionnaire de la Sérénissime et l'ouverture d'esprit de l'humanisme vénitien du XVIe siècle.

Plan de « La Terra De Hochelaga Nella Nova Francia » avec le « Monte Real » à gauche, dessiné par Giacomo Gastaldi pour l'ouvrage Delle Navigationi et Viaggi.
Universale della Parte del Mondo Novamente Ritrovata (1556), par Ramusio et Gastaldi.

Giovanni Battista Ramusio naît à Trévise en 1485. Fils de Paolo Ramusio, magistrat au service de la République de Venise, il grandit dans un milieu érudit étroitement lié aux cercles administratifs et politiques vénitiens[1]. Il effectue ses études à l'Université de Padoue sous la direction de Pietro Pomponazzi. Durant cette période, il se lie d'amitié avec Girolamo Fracastoro, Andrea Navagero, Gasparo Contarini et Pietro Bembo, entretenant avec eux une correspondance intellectuelle nourrie tout au long de sa vie[2].

En 1505, il entre à la chancellerie de la République de Venise en tant que notaire extraordinaire, un poste qui lui permet de s'impliquer directement dans la vie politique et diplomatique de la Sérénissime[1]. La même année, il accompagne Alvise Mocenigo en France comme secrétaire de légation. Durant ce séjour de deux ans, il se distingue par ses compétences linguistiques et son sens de la diplomatie[2]. Nommé chancelier en 1513, il devient deux ans plus tard secrétaire du Sénat vénitien. Son intégrité et ses capacités de médiation entre les différents organes de l'État en font alors l'un des fonctionnaires les plus respectés de la République[2].

Au cours de sa carrière publique, Ramusio remplit diverses missions politiques en Suisse, à Rome et vraisemblablement dans les Pouilles, s'assurant ainsi la confiance des Doges et des lignages influents de Venise[2]. Parmi ses fonctions notables, il fut chargé de négocier avec le navigateur Sebastiano Caboto lorsque celui-ci proposa ses services à la République[2]. En 1524, il épousa Franceschina Navagero, sœur de l'humaniste Andrea Navagero ; leur fils, Paolo, devint également secrétaire du Sénat et se distingua comme historien[2]. Il s'éteignit à Padoue le , au terme d'une existence consacrée à l'administration de l'État et aux études humanistes[3]. Il a eu un fils, Paolo[4].

Dès son jeune âge, Ramusio conjugue l'étude des humanités classiques avec un intérêt marqué pour la géographie, alliant l'érudition de l'humaniste à la rigueur de l'administrateur vénitien. Outre le latin et le grec, certaines sources suggèrent qu'il maîtrisait également plusieurs langues orientales[2]. Collaborateur de l'imprimeur Alde Manuce, il rédige les préfaces des éditions de Quintilien (1514) et de la Troisième Décade de Tite-Live (1519), publiées par la célèbre officine aldine[2]. Ces travaux témoignent de son intégration au sein des cercles humanistes de Venise et de sa rigueur philologique dans l'analyse des sources antiques[1].

Sa démarche intellectuelle s'exprime principalement dans l'étude de la cosmographie. Cette discipline lui permet de concilier le savoir académique avec la nécessité de mettre à jour les connaissances territoriales consécutives aux grandes découvertes[2]. Ramusio entretient d'ailleurs une correspondance suivie avec des savants tels que Fracastoro, Navagero et Bembo, traitant des enjeux scientifiques les plus contemporains[2]. Sur le plan de la cartographie, il supervise probablement la réalisation des cartes peintes par Giacomo Gastaldi dans la Sala dello Scudo du Palais des Doges[2].

Relations intellectuelles et scientifiques

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Giovanni Battista Ramusio entretint une correspondance suivie avec plusieurs érudits majeurs de la Renaissance, notamment Girolamo Fracastoro, Pietro Bembo et Andrea Navagero[2]. Leurs échanges témoignent d'une réflexion continue sur la philosophie, la géographie e la littérature de l'époque. Grâce à ses fonctions au sein de la République de Venise, il sollicita régulièrement des diplomates et des explorateurs pour obtenir des rapports originaux qu'il traduisit et intégra dans son œuvre monumentale, Navigationi et viaggi[1].

Son intérêt pour les explorations françaises est illustré par l'attention portée au voyage de Jacques Cartier au Canada. Par l'intermédiaire des réseaux diplomatiques vénitiens, Ramusio se procura le récit de l'exploratore breton et l'inséra dans son recueil, accompagné d'une représentation précise de la « Terre d'Hochelaga », correspondant à l'actuelle ville de Montréal[5]. Bien qu'il n'ait jamais quitté l'Europe, sa capacité à cartographier et à décrire des territoires lointains à partir de sources indirectes lui valut la réputation d'« explorateur de chambre » (esploratore da scrivania)[5].

Interprétations du carte de Fra Mauro

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L'activité de Ramusio s'étend également à l'étude du carte de Fra Mauro, conservé à la Bibliothèque nationale Marciana de Venise. Dans son ouvrage Dichiaratione d'alcuni luoghi ne libri di M. Marco Polo — intégré à l'édition de 1606 du deuxième volume de Delle navigationi et viaggi — il établit un lien direct entre l'origine de cette carte et la figure de Marco Polo[6].

S'appuyant sur les récits du prieur Paolo Orlandino, Ramusio soutient que le moine cartographe Fra Mauro aurait copié d'anciennes cartes chinoises rapportées à Venise par Marco Polo et son père[6]. Bien que cette hypothèse manque de preuves documentaires et que la structure du planisphère ne présente pas d'éléments orientaux manifestes, l'analyse de Ramusio témoigne de sa volonté d'inscrire l'œuvre de Fra Mauro dans la lignée des grandes découvertes et du savoir géographique vénitien[6]. En décrivant la carte comme un objet d'admiration pour les savants de son temps, il a largement contribué à la renommée de ce chef-d'œuvre cartographique à l'époque moderne[6].

Delle navigationi et viaggi

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La grande œuvre de Ramusio est un recueil de traités géographiques, le premier de l'époque moderne, intitulé Delle navigationi et viaggi[7], en six volumes (Venise, 1550-1559)[4], souvent réimprimé. Ce travail monumental est le précurseur d'une vaste production littéraire géographique, dont, immédiatement après lui, celle de Richard Hakluyt.

Cet ouvrage compile des récits géographiques dus à divers auteurs[8] : Marco Polo, Nicolò de' Conti, Magellan, Álvar Núñez Cabeza de Vaca, Josaphat Barbaro, ainsi qu'une traduction de la Description de l'Afrique faite par Léon l'Africain (J. Temporal, Lyon, 1566)[9].

C'est dans ce recueil, sur la carte La Terra De Hochelaga Nella Nova Francia que l'on trouve situé pour la première fois le Mont Royal sous le nom de Monte Reale et la représentation schématique de la bourgade iroquoienne de Hochelaga, première agglomération de la future ville de Montréal. Les cartes de Navigationi e Viaggi sont de Giacomo Gastaldi.

Le récit de Marco Polo se trouve dans le deuxième (premières éditions) ou troisième volume des Delle navigationi et viaggi. Le texte est réécrit et inclut des additions ou modifications nombreuses, parfois importantes (meurtre d'Achmat, description de Hangzhou, retrait du prénom Marco dans le chapitre sur Xangyang), ou parfois « générant une nuée de difficultés » (Yule) ; l'ensemble « ne peut pas être retenu comme l'une des trois rédactions principales » (Baldelli Boni). Ce texte de Ramusio a servi de base à la première édition scientifique du Livre de Marco Polo, l'édition anglaise de William Marsden (1812)[10].

La conquista di Costantinopoli

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Bibliographie

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  • (en) Henry Yule et Henri Cordier, The Book of Ser Marco Polo, vol. 2, Londres, John Murray, (lire en ligne)
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « J. B. Ramusio » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (lire sur Wikisource)
  • Christine Gadrat, « Le rôle de Venise dans la diffusion du livre de Marco Polo (xive-début xvie siècle) », Médiévales, no 58,‎ (lire en ligne)
  • Fiona Lejosne, « Mise en forme et objet du savoir géographique dans une compilation du XVIe siècle : les Navigationi et viaggi de Giovanni Battista Ramusio », L’Atelier du Centre de recherches historiques. Revue électronique du CRH, no 17,‎ (ISSN 1760-7914, DOI 10.4000/acrh.7864, lire en ligne, consulté le )

Notes et références

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  1. a b c et d (it) « Ramusio Giovanni Battista », sur Summagallicana (consulté le )
  2. a b c d e f g h i j k et l (it) Roberto Almagià, « Ramusio, Giovanni Battista », sur Enciclopedia Italiana Treccani
  3. (it) Massimo Donattini, « Ramusio, Giovanni Battista », sur Treccani Dizionario Biografico (consulté le )
  4. a et b Gadrat 2010.
  5. a et b (it) « L’uomo che scoprì il mondo con gli occhi degli altri », sur Veneti nel Mondo (consulté le )
  6. a b c et d (it) « Giovan Battista Ramusio », sur Biblioteca Nazionale Marciana (consulté le )
  7. G. B. Ramusio, Delle Navigationi et Viaggi
  8. Voir liste en italien.
  9. lire en ligne sur Gallica
  10. Yule-Cordier 1903, p. 141.

Articles connexes

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Liens externes

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