Forces de soutien rapide
Les Forces de soutien rapide (FSR) (en arabe : قوات الدعم السريع, Quwat al-Da’m al-Sari’, en anglais : Rapid Support Forces) sont une force paramilitaire soudanaise sous le commandement du Service de renseignement général (NISS) créée à la mi-2013 et issue des milices janjawids[13] dans le but de lutter contre les groupes rebelles au Soudan[14]. Son fondateur et dirigeant est Mohamed Hamdan Dogolo, alias Hemedti. En , un amendement à la Constitution a conféré au NISS et à la FSR le statut de « force régulière ».
Les Forces de soutien rapide, dont les effectifs sont constitués de Baggaras, étaient au service du gouvernement d'Omar el-Béchir. Connue pour leurs atrocités dans le Darfour et défendant le suprémacisme ethnique du groupe baggara[15], elles participent également à la coalition arabe contre les Houthis durant la guerre civile yéménite jusqu'en 2019, année du coup d'état contre Omar el-Béchir auxquelles elles participent. En 2023, les FSR se révoltent contre le gouvernement d'al-Buhran, déclenchant une guerre civile en cours.
Idéologie et alliances
[modifier | modifier le code]L'idéologie revendiquée par les FSR repose sur le nationalisme arabe et l'anti-islamisme[16],[17],[18]. Souvent qualifiées de suprématistes arabes par les universitaires, ces forces sont connues pour avoir perpétré des attaques à caractère raciste contre des ethnies non arabes au Soudan, allant jusqu'à exécuter sommairement des milliers de civils non armés[19]. Outre le Soudan, les soldats des FSR ont également combattu le mouvement houthi lors de la guerre civile yéménite[20]. Les FSR s'opposent généralement à la République islamique d'Iran et à ses alliés islamistes chiites ainsi qu'aux islamistes sunnites des Frères musulmans, de ce fait, ils sont alliés aux Émirats arabes unis[21].
Commandement et structure
[modifier | modifier le code]La force est commandée sur le terrain par le général Mohamed Hamdan Dogolo, plus connu sous le nom de « Hemedti », un ancien chef janjawid qui avait d'abord été intégré avec ses hommes dans une autre force paramilitaire, la Brigade du renseignement aux frontières.
La majorité des membres des FSR sont des Darfouris recrutés par Hemidti, notamment au sein de sa tribu, les Arabes Rizeigat[14].
Les FSR comptaient en 2014 entre 5 000 et 6 000 soldats et 600 à 750 véhicules, et seraient globalement mieux équipées que la plupart des autres forces paramilitaires[14].
Conflits
[modifier | modifier le code]Guerre du Darfour
[modifier | modifier le code]Initialement déployé dans le Kordofan du Sud, dans le sud du Soudan, les FSR sont transférées au Darfour au mois de pour combattre les rebelles[14].
Les FSR ont mené deux campagnes anti-insurrectionnelles dans la région du Darfour[14]. La première opération baptisée Eté décisif s'est déroulée principalement entre le sud du Darfour et le nord du Darfour entre fin février et début . La seconde, Eté décisif II, s'est déroulée principalement dans et autour de Djebel Marra, la région montagneuse située principalement à au Darfour central, entre le début et le début de la saison des pluies en .
Au cours de cette période, ces forces ont commis de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains[14], notamment en attaquant à plusieurs reprises des villages, incendiant et pillant des maisons, battant, violant et exécutant des villageois, avec le soutien des forces armées soudanaises et d'autres groupes de milices dites janjawids soutenues par le gouvernement.
Dans la première phase de la campagne, les FSR sont accusées par Human Rights Watch (HRW) d'avoir fait des « tueries, des viols en masse et la torture des civils ; le déplacement forcé des communautés entières ; la destruction de l'infrastructure physique nécessaire à la survie dans l'environnement dûr désertique dont des puits, des réserves d'alimentation, des abris et des outils d'agriculture. » Ils auraient brûlé et attaqué de façon répétée dix villes du Darfour du Sud, surtout le et le lendemain[14]. Un témoin dans le village de Donkey Dereisa, Hissein, 18 ans, a vu son collègue de classe décapité pendant l'attaque du , et des femmes nues mortes. Un autre témoin du même village interviewé par HRW, Adam, a observé les FSR brûler les maisons du village, tuer quatre hommes qui ont essayé de résister, et violer, d'après lui, la plupart des femmes du village[14].
Les violations ont continué pendant la phase II de la campagne début 2015, selon l'enquête de HRW basée sur des entretiens avec 43 victimes et témoins. Un défecteur de l'armée a déclaré concernant les opérations près de Golo et Sarong qu'il a vu des FSR et d'autre soldats gouvernementaux violant de « nombreuses » femmes. Selon un autre soldat interviewé, un des vice-présidents du Soudan, Hassabu Mohamed Abdalrahman (en), aurait ordonné à des FSR et d'autres soldats de tuer tous les habitants des régions rebelles à l'est de la montagne Dzebel Marra[14]. Le , un témoin, Alnur, du village de Fanga, a vu trois civils tués par balles et cinq femmes en train d'être violées par les FSR[14]. Jameya du village de Bardani a vu les FSR violer des filles devant leurs pères et violer sa propre fille[14]. Umm-Jumma de Bardani estime à peu près que 100 filles et femmes du village, dont elle-même et ses trois filles, ont été violées par les FSR[14].
En , les FSR ont saisi 100 à 150 véhicules du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) à Goz Dango, dans le sud du Darfour, et ont obligé le groupe rebelle à se réfugier au Soudan du Sud voisin[14].
En 2017, elles ont arrêté Moussa Hilal, un autre chef de guerre tribal arabe rizeigat. L'arrestation a eu lieu près de Mistariha, sa ville natale située dans le nord du Darfour, après des affrontements qui ont fait plusieurs dizaines de victimes dans les deux camps.
Guerre civile yéménite
[modifier | modifier le code]Deuxième guerre civile libyenne
[modifier | modifier le code]En , le général Dogolo envoie des centaines d'hommes combattre aux côtés de l'Armée nationale libyenne du général Khalifa Haftar pour prendre le contrôle de Tripoli lors de la deuxième guerre civile libyenne[22].
Tentative de coup d'État de 2023
[modifier | modifier le code]Le , l’armée accuse les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) d’avoir attaqué des bases dans tout le pays. Les soldats du général Dogolo affirment avoir pris le contrôle du palais présidentiel et de l'aéroport de Khartoum et de la base aérienne de Jebel Aulia[23]. À l'aéroport de Khartoum, les miliciens de la FSR incendient des avions civils, dont un de la Saudi Arabian Airlines. En réaction, l'armée de l'air soudanaise effectue des raids aériens à Khartoum sur des positions tenues par les FSR[24].
Financement
[modifier | modifier le code]La milice se finance notamment à travers le groupe Al-Junaid, d'abord destiné à l’exploitation des mines d’or avant de se diversifier[25]. Elle utilise aussi des sociétés écrans, dont GSK, une société de technologie et de sécurité basée au Soudan, et Tradive General Trading LLC, basée aux Émirats arabes unis[25].
Crimes de guerre
[modifier | modifier le code]Les FSR auraient largement participé au massacre du à Khartoum[26].
Durant le conflit civil soudanais de 2023, les paramilitaires des FSR et les milices qui leur sont alliées, sont accusés d'avoir perpétré des massacres à l'encontre de la communauté Masalit dans plusieurs villages du Darfour. Plusieurs cadavres de civils sont ainsi retrouvés dans la ville d'El-Geneina, et des vidéos d'hommes et de femmes torturés et arrêtés arbitrairement émergent sur les réseaux sociaux. Ces massacres pourraient être liés à une volonté de nettoyage ethnique, qui avait déjà été la motivation des milices Janjawid lors du Génocide du Darfour. Les journalistes de France 24 documentent des propos tenus par les miliciens allant dans ce sens[27].
Plus d'un millier de civils sont massacrés par les FSR en avril 2025 dans le camp de réfugiés de Zamzam[28]. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU rapporte aussi « d'atroces violences sexuelles, notamment des viols et des viols collectifs, ainsi que de l'esclavage sexuel, tant pendant l'attaque du camp que sur les voies de fuite ». Le rapport indique aussi que dans les mois ayant précédé l'attaque, les FSR avaient « bloqué l'acheminement de toute nourriture, eau, carburant et autres biens essentiels à la survie de la population » du camp[29].
Fin octobre 2025, des informations font état du meurtre de plus de 460 personnes dans une maternité à El-Fasher lors de la prise de la ville par les paramilitaires des Forces de soutien rapide[30]. Les tueries se poursuivent dans les jours qui suivent, le bilan de celles-ci étant estimé à plusieurs milliers de morts civils[21].
Liens avec l'Armée nationale libyenne
[modifier | modifier le code]Les FSR sont soutenus par l'Armée nationale libyenne qui fournit discrètement des armes, des munitions et du carburant à son allié soudanais depuis des bases aériennes situées dans le sud libyen[22].
Rapprochement avec le groupe Wagner
[modifier | modifier le code]Les FSR se rapprochent en 2023 de la société militaire privée russe Wagner. Le , ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov salue le déploiement de mercenaires de Wagner aux côtés des FSR.[réf. nécessaire]
Le , CNN publie une enquête qui révèle que le groupe Wagner aurait livré des missiles sol-air aux Forces de soutien rapide depuis les zones libyennes sous le contrôle de l'Armée nationale libyenne du Général Khalifa Haftar. Le groupe Wagner et les FSR ont démenti ces informations.[réf. nécessaire]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Zeinab Mohammed Salih, « 'If you are black, you are finished': the ethnically targeted violence raging in Sudan », (ISSN 0261-3077, consulté le )
- ↑ Nicolas Niarchos, « Escape from Khartoum », (consulté le ) : « Arab supremacy is one of the R.S.F.'s animating ideas. »
- ↑ Jérôme Tubiana, « The Man Who Terrorized Darfur Is Leading Sudan’s Supposed Transition »
, (consulté le ) : « If they rise to power, it would threaten to 'steal the revolution from the people,' as one protest slogan put it, transform Sudan from a military regime into a militia state, and replace Islamism with Arab supremacism. »
- ↑ Yasir Zaidan, « Ethno-mercenarism in Sudan's RSF and the Sahelian Arab Belt in Africa », Small Wars & Insurgencies, (DOI 10.1080/09592318.2025.2576673) : « Some analysts have suggested that Arab supremacy ideology is the driving force behind ethnic-based recruitment...Arab supremacy ideology, land disputes, desertification, and local and regional interventions all contributed to the emergence of ethno-mercenarism in the Sahel. », p. 1–24
- ↑ (en) « Sudan's army takes full control of Khartoum, RSF remains defiant », sur Al Jazeera
- ↑ « Ethnic killings in one Sudan city left up to 15,000 dead: UN report », The Business Standard, (lire en ligne)
- ↑ (en) « UAE is 'main backer' behind Sudan war, intelligence officer tells Sky News », sur Sky News (consulté le )
- ↑ https://www.criticalthreats.org/analysis/wagner-out-africa-corps-in-shabaab-central-somalia-africa-file-june-12-2025
- ↑ Nima Elbagir, Gianluca Mezzofiore et Tamara Qiblawi, « Exclusive: Evidence emerges of Russia's Wagner arming militia leader battling Sudan's army », CNN, (lire en ligne [archive du ], consulté le ) :
« The Russian mercenary group Wagner has been supplying Sudan's Rapid Support Forces (RSF) with missiles to aid their fight against the country's army, Sudanese and regional diplomatic sources have told CNN. The sources said the surface-to-air missiles have significantly buttressed RSF paramilitary fighters and their leader Mohamed Hamdan Dagalo »
- ↑ « Wagner in Sudan: What have Russian mercenaries been up to? », BBC News, (lire en ligne [archive du ], consulté le ) :
« Its founder, Yevgeny Prighozin – who has close links to President Vladimir Putin – has said that, "Not a single Wagner PMC [private military company] fighter has been present in Sudan" for over two years. We've found no evidence that Russian mercenaries are currently inside the country. But there is evidence of Wagner's previous activities in Sudan... »
- ↑ « Sudan's army chief says Haftar denies supporting RSF; no confirmation on Wagner Group's involvement », Al-Ahram, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Tamazuj group aligns with RSF in Sudan's ongoing war - Sudan Tribune » [archive du ],
- ↑ (en) Hamid E. Ali et Ahmed Hussain Adam, « Bashir’s Autocratic Regime is Fighting for its Survival », African Arguments, (lire en ligne, consulté le ).
- (en) Jonathan Loeb, « "Men With No Mercy" – Rapid Support Forces Attacks against Civilians in Darfur, Sudan » [« « Hommes sans pitié » – les attaques par les Forces de soutien rapide contre les civils dans le Darfour, Soudan »] [archive], Human Rights Watch, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Zeinab Mohammed Salih, « ‘If you are black, you are finished’: the ethnically targeted violence raging in Sudan », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Resolving Sudan's crisis means removing those fighting | Chatham House – International Affairs Think Tank », sur www.chathamhouse.org, (consulté le )
- ↑ (en) « How the Muslim Brotherhood could use Sudan's protracted crisis to plot a comeback », sur Arab News
- ↑ (en-US) Arab Center Washington DC (ACW), « One Year On: The Calamities of the Sudan Conflict », sur Arab Center Washington DC,
- ↑ « 'A true genocide': RSF kills 'at least 1,500 people' in Sudan's el-Fasher »
- ↑ « Sudan Drawing Down Troops in Yemen in Recent Months », sur Voice of America,
- Eliott Brachet, « Après les massacres à El-Fasher, au Soudan, l’implication des Emirats arabes unis et la « responsabilité collective » des Occidentaux », sur lemonde.fr, .
- Houda Ibrahim, « Le maréchal Haftar a-t-il allumé l'étincelle du conflit entre généraux au Soudan ? », sur rfi.fr, (consulté le ).
- ↑ Le Monde avec AFP, « Au Soudan, la rivalité entre deux généraux a explosé, des forces paramilitaires disent contrôler l’aéroport international de Khartoum », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ AFP, « Soudan : Khartoum en proie à des combats sur fond de rivalité entre deux généraux », sur Libération (consulté le ).
- Célian Macé, « Au Soudan, le pouvoir militaire contesté défend (surtout) son magot », sur Libération,
- ↑ (en) « Sudan’s livestream massacre », sur BBC News (consulté le )
- ↑ « Reporters - Darfour : enquête sur un massacre », sur France 24, (consulté le )
- ↑ « Trois jours de carnage : l’ONU dévoile l’horreur des crimes commis dans le camp de Zamzam, au Soudan | ONU Info », sur news.un.org, (consulté le )
- ↑ « Plus de 1 000 civils ont été tués en avril au Soudan dans une attaque des paramilitaires contre un camp de réfugiés », sur Franceinfo, (consulté le )
- ↑ « A El-Fasher, au Soudan, plus de 460 personnes tuées dans une maternité selon l’OMS », sur lemonde.fr, .