La famille Sanseverino est une des familles historiques les plus illustres du royaume de Naples et de toute l'Italie, et une des plus riches d'Europe, possédant 300 fiefs, 40 comtés, 9 marquisats, 12 duchés et 10 principautés répartis essentiellement entre Calabre, Campanie, Basilicate et Pouilles. Parmi ses membres, on trouve des cardinaux, des vice-rois, des maréchaux, des condottieres et plus généralement des aristocrates de premier plan. Elle faisait partie des Sept sérénissimes grandes maisons du royaume de Naples.
À l'époque du royaume de Naples, la famille Sanseverino était si puissante qu'elle avait droit à un traitement de maison semi-souveraine (dont le principal privilège était qu'en cas de défaillance d'héritier mâle direct, les fiefs devaient passer à l'héritier mâle le plus proche. Ainsi, en 1606, le prince Bernardino de Bisignano mourut en ne laissant qu'une fille. Celle-ci fut évincée au terme d'un long procès au profit de son cousin au 6e degré Fernandino Sanseverino, comte de Saponara. Ce privilège permettait à la famille de toujours conserver ses fiefs, et ainsi sa puissance et son immense fortune). Ce privilège fut confirmé par l'empereur Charles Quint en 1520. La famille Sanseverino était la première en rang des sept grandes maisons du royaume de Naples[1], ce qui en faisait la plus importante famille noble du royaume.
Les titres de la famille Sanseverino ont été repris par la famille Costa Sanseverino, descendants en ligne féminine, dont le chef est don Filippo Luca Costa Sanseverino, prince de Bisignano. La seule lignée masculine subsistante de la famille Sanseverino est celle des barons de Marcellinara, dont le chef est Patrizio Sanseverino, 21e baron de Marcellinara.
La lignée remonte au chevalier normand Turgisio, descendant des ducs de Normandie, qui reçut de Robert Guiscard le comté de Rota (actuel Mercato San Severino), situé à un emplacement stratégique reliant la principauté de Salerne au duché de Naples et de Bénévent. Ayant établi sa résidence au château de Sanseverino, situé sur ses nouvelles possessions, il en adopta également le nom. En raison de leur loyauté envers le pape et le parti guelfe, la famille fut presque anéantie, d'abord par les Hohenstaufen puis par les Anjou-Sicile, mais parvint toujours à survivre et à retrouver sa splendeur d'antan.En 1306, Tommaso Sanseverino, comte de Tricarico, fonde la chartreuse de Padula inscrite aujourd'hui sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO[8].
Au XVe siècle, la famille Sanseverino se divisa en deux branches principales : celle de Salerne et celle de Bisignano. D'autres branches sont issues de cette famille, notamment les comtes Sanseverino de Lauria et ducs de Scalea, les ducs Sanseverino de San Donato, les comtes Sanseverino de Tricarico, les comtes Sanseverino de Caiazzo et de Colorno, les barons Sanseverino de Calvera, les barons Sanseverino de Marcellinara, ainsi que de nombreuses autres branches mineures[9].
La famille Sanseverino jouissait d'un statut quasi souverain au sein du royaume de Naples. En témoigne le privilège qui lui fut accordé et confirmé par Charles Quint en 1520 : en l'absence d'héritier mâle, les fiefs ne pouvaient être dévolus par succession féminine, mais revenaient au plus proche parent mâle :
« aussi éloignée soit-elle, même jusqu'au dixième degré et au-delà, de toute lignée transversale, ascendante ou descendante [...] Et entre elles se conservent la descendance et le degré du nom de famille de Sancto Severino. »
En effet, à la mort du prince de Bisignano, Nicolò Bernardino Sanseverino, sans héritier (son fils unique étant décédé avant lui), en 1606, le fief revint à sa nièce Giulia, après un long procès devant la Cour royale de Naples. À la mort de Giulia, le privilège fut rétabli et Luigi Sanseverino, comte de Saponara, cousin au sixième degré, fut reconnu comme héritier. Il n'en fut pas de même pour le comté de Tricarico, qui, par testament, fut mis aux enchères, privant ainsi la famille de sa principale source de revenus[9].
Les Sansevirino de Salerne étaient issus des comtes de Tricarico et de Marsico (ces derniers descendaient des anciens seigneurs de San Severino) (cf. Sanseverino : it. et[10]), et plus précisément de Giovanni, 9e comte de Marsico, père de Roberto Sanseverino, qui suit :
Ferrante Sanseverino, dernier prince de Salerne. Prince éclairé, amis des Lettres, il tente de protéger la population de Salerne en s'opposant à l’instauration de l'inquisition dans sa ville. Le vice-roi Pedro Álvarez de Toledo le dépouilla alors de tous ses biens et le contraint à l'exil en France.
Un autre Roberto Sanseverino (1418-1487) fut comte de Caiazzo (1460), et continua les comtes de Colorno du au , puis il renonça en faveur de son fils, Gianfrancesco Sanseverino (les Sanseverino, comtes de Colorno, étaient issus d'Antonio, 6e comte de Marsico).
Luca Sanseverino (1420-1475), 6e comte de Tricarico, 3e duc de San Marco et premier prince de Bisignano, fils d'Antonio Sanseverino, second duc de San Marco (issu des comtes de Tricarico et de Marsico, eux-mêmes descendants des seigneurs de San Severino).
du fils cadet de Luca, Giovanni Antonio Sanseverino, sont nés : Giovanni Tommaso, seigneur de San Chirico (d'où la suite des princes de Bisignano) ; et Alfonso Sanseverino (souche des ducs de Somma)
une branche cadette des Tricarico (issue de Venceslao Sanseverino, 3e comte de Tricarico), les seigneurs de Calvera, a donné les ducs de San Donato
Girolamo Sanseverino (1448-1487), 4e duc de San Marco et second prince de Bisignano (fils aîné de Luca), sa participation dans la Conjuration des Barons fomentée par son cousin le prince de Salerne Antonello Sanseverino lui vaut d'être déchu de ses titres et d'être exilé en France
Pietrantonio Sanseverino (1508-1559), quatrième prince de Bisignano (fils du précédent). Fait chevalier de l'ordre de la Toison d'or en 1519 par l'empereur Charles Quint, il est le premier Napolitain à recevoir cet honneur. Il obtient la qualité de Grand d'Espagne. Il épousa en troisièmes noces Irina Skanderbeg, héritière du héros albanais Gjergj Kastriot Skanderbeg[11].
Nicolò Bernardino Sanseverino (1541-1606), cinquième prince de Bisignano (fils du précédent)Portrait de Galeazzo Sanseverino, grand écuyer de France dans le Portrait de Luca Pacioli par Jacopo de' BarbariFerdinando Sanseverino (1562-1609), sixième prince de Bisignano (cousin au 6e degré du précédent, arrière-arrière-petit-fils de Luca Sanseverino)
Luigi I Sanseverino (1588-1669), septième prince de Bisignano (fils du précédent). Titré Grand d'Espagne (dignité transmissible à descendance par primogéniture masculine) par le roi Philippe IV d'Espagne en 1662.
Carlo Sanseverino (1590-1670), huitième prince de Bisignano (frère du précédent).
Carlo Maria Sanseverino (1644-1704), neuvième prince de Bisignano (petit-fils du précédent) et père de la princesse Aurora Sanseverino.
Giuseppe Sanseverino (1676-1726), dixième prince de Bisignano (fils du précédent).
Luigi II Sanseverino (1705-1772), onzième prince de Bisignano (fils du précédent). Fait chevalier de la Toison d'Or en 1731 par l'empereur Charles VI du Saint-Empire
Pasquale Sanseverino (1752-1772), douzième prince de Bisignano (petit-fils du précédent).
Luigi III Sanseverino (1758-1789), treizième prince de Bisignano (frère du précédent)
Tommaso Sanseverino (1759-1814), quatorzième prince de Bisignano (frère du précédent). Ministre des Finances du royaume de Naples (1806-1808), conseiller d'État, premier chancelier de l'ordre des Deux-Siciles, grand-aigle de l'ordre de la Légion d'Honneur
Pietro Antonio Sanseverino (1790-1865), quinzième prince de Bisignano (fils du précédent). Grand-maréchal de la Cour du royaume des Deux-Siciles. Il accompagne le roi François II des Deux-Siciles dans son exil romain.
À sa mort en 1888, le prince Luigi IV Sanseverino ne laisse pas d'héritier mâle, mais cinq filles. La branche de Bisignano semble donc devoir s'éteindre, mais la même année, le fils aîné de la princesse Maria Antonietta (elle-même fille aînée du prince Luigi IV) et du marquis Francesco Costa di Arielli, obtint par décret spécial du roi Humbert Ier d'Italie, le droit de succéder aux titres de son grand-père, en y ajoutant d'abord le nom de son père, d'où le nom « Costa Sanseverino di Bisignano » :
Luigi Costa Sanseverino (1870-1939), dix-septième prince de Bisignano (petit-fils du précédent)
Luigi II Sanseverino, Prince de Bisignano (Giuseppe Bonito, huile sur toile, 77,5 × 62,5 cm.)Edoardo Costa Sanseverino (1909-1983), dix-huitième prince de Bisignano (fils du précédent), diplomate, chevalier de l'ordre de Saint-Janvier[12]
Le Palazzo Ducale (Colorno) appartenait à la comtesse Barbara Sanseverino de Colorno, qui en avait fait le siège d'une cour raffinée. Voulant s'approprier le palais, le duc Ranuce Ier Farnèse accusa la comtesse de trahison et la fit exécuter, ce qui lui permit de prendre possession du palais sans avoir à l'acheter...
La villa Bisignano à Naples, dont le jardin botanique était réputé être l'un des plus beaux du monde au XVIIIe siècle
Le palais Sanseverino à Trapani, construit par le prince Leopoldo Sanseverino en 1606, il était le palais où résidait le vice-roi de Sicile lors de ses déplacements à Trapani.
↑Roberto Sanseverino, prince de Salerne épousa Raimondina Orsini, fille de Gabriele Orsini del Balzi, duc de Venosa, comte de Lecce et de Montescaglioso
↑Luigi IV Sanseverino di Bisignano épousa la princesse Giula Imperiali, petite fille de Vincenzo Imperiali, prince de Francavilla
↑Le prince Bernadino Sanseverino di Bisignano épousa Isabella della Rovere, fille de Guidobaldo II della Rovere, duc d'Urbino
↑Guglielmo Sanseverino, 3e comte de Capaccio, épousa Isabella Carafa, fille de Diomede Ier Carafa, comte de Maddaloni, qui lui-même épousa en secondes noces une Sanseverino
↑Roberto II Sanseverino, prince de Salerne épousa Maria d'Aragon, petite fille du roi Jean II d'Aragon
↑ a et b(it) Marchese Vittorio Spreti, Enciclopedia storico-nobiliare italiana: famiglie nobili e titolate viventi riconosciute dal R. g̊overno d'Italia compresi: città, comunità, mense vescovili, abazie, parrocchie ed enti nobili e titolati riconosciuti, Forni, (lire en ligne)
↑Lors du mariage de sa fille illégitime Carmela, Luigi Sanseverino, 11e prince de Bisignano versa la somme de 40 000 ducats en dot. Un ducat étant une pièce de 22 grammes composé de 9/10 d'argent fin, Luigi Sanseverino versa donc l'équivalent de 792 kg d'argent fin, ce qui donne une idée de ses moyens financiers. Information tirée de "Baffa Trasci Amalfitani di Crucoli D., Spigolature sulla discendenza naturale della Casa Sanseverino Principi di Bisignano, in Araldica Calabrese, Ed. MIT Cosenza 2011"
↑(it) « LA STORIA DEL COMPLESSO MONUMENTALE DELLA REGGIA DI COLORNO - Reggia di Colorno », Reggia di Colorno, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
Pollastri Sylvie, « Une famille de l'aristocratie napolitaine sous les souverains angevins : les Sanseverino (1270-1420) », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, tome 103, no 1. 1991. p. 237-260. [lire en ligne]