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Empire toucouleur

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Empire toucouleur
سلطنة توكولير

1848–1893

Description de cette image, également commentée ci-après
L'Empire peul vers 1864.
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Ségou puis Bandiagara
Langue(s) Peul
Religion Sunnisme
Histoire et événements
1851 Campagne de Tamba
1855 Campagne du Bambouk
18551857 Campagne du Kaarta avec la prise du Diangounté et Nioro
1857 juillet Siège du fort de Médine
10 mars 1861 Conquête toucouleur de ségou
7 mai 1862 Bataille de Porman
1890 Conquête Française de Ségou
Sultans
1848 - 1864 Oumar Tall
1864 - 1888 Tidiani Tall
1864 - 1893 Ahmadou Tall

Entités suivantes :

L'Empire Toucouleur ou Califat Tidjaniya est un ancien État d'Afrique fondé en 1861 par El Hadj Oumar Tall. À son extension maximale, l'empire couvrait la majeure partie du Mali actuel, de Médine à Tombouctou et de Nioro-du-Sahel à Dinguiraye.

Contexte et fondation

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Oumar Tall, un toucouleur originaire du Fouta Toro, revient du Hajj en 1836 avec les titres d'El Hadj et de calife de la confrérie Tijaniyya du Soudan. Après un long séjour à Sokoto, il s'installe dans la région du Fouta Djallon dans les années 1840. Il y réalise un important ouvrage sur la Tijaniyya. Il se consacre ensuite à son éducation militaire car il projète de conquérir des territoires païens pour l'islam[1],[2].

Le message d'Oumar Tall séduit une grande partie de la population sahélienne du milieu du XIXe siècle, notamment les Peuls et les Soninkés. De nombreux membres des classes populaires nourrissent des griefs contre les élites religieuses ou militaires locales. Les esclaves aspirent à la liberté en combattant pour l'islam. Des individus déracinés et d'origines ethniques diverses trouvent une nouvelle identité sociale et de nouvelles perspectives. Les communautés sous le joug des Européens comptent sur Oumar Tall pour les chasser. Les familles maraboutiques espèrent acquérir un pouvoir politique en plus de leur influence religieuse[3],[4].

Son pouvoir et le nombre de ses fidèles croissant, des tensions enflent avec dirigeants de l'imamat. En 1851, il déménage avec sa communauté pour fonder la ville de Dinguiraye, dans ce qui est alors le royaume de Tamba. Le roi Yambi lui accorde la terre en échange d'une redevance annuelle[5]. Cependant, l'accumulation de forces armées commence également à inquiéter les dirigeants de Tamba. Après le refus diplomatiques de recevoir une série d'émissaires, et la conversion d'un griot éminent à l'islam, Yambi attaque la communauté de manière préventive, mais est vaincu en septembre 1852[5].

Premières conquêtes et conflit avec les Français

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Carte allemande contemporaine montrant les États avant l'avènement d'Oumar Tall, colorée pour représenter son empire en 1861. Les capitales conquises sont en vert, les forts français en bleu. La région inoccupée au centre correspond au désert du Hodh.

Après avoir conquis le royaume Tamba, Oumar Tall lance son djihad. Ses premières actions se dirigent vers le nord. Il envoie une armée avec Modi Mamadu Jam à sa tête afin de conquérir Makhana et Guidimakha[5]. Oumar Tall fait construire un tata près de la ville de Kayes[6]. Il prend possession de Bambouk, puis de Nioro du Sahel, la capitale du royaume du Kaarta, en avril 1855, et en fait la capitale de son califat[7]. En 1855 et 56, ses sujets Bambara nouvellement conquis se rebellent contre l'imposition de l'Islam[5].

Après avoir repris le contrôle, Oumar Tall se dirige vers l'ouest, en direction du royaume du Fouta Toro, du royaume de Galam et de Boundou. Ces opérations l'amènent à se confronter aux Français qui tentent d'établir leur suprématie commerciale le long du fleuve Sénégal. Oumar Tall assiège l'armée coloniale française au fort de Médine. Le siège échoue le 18 juillet 1857, lorsque Louis Faidherbe, gouverneur français du Sénégal, arrive avec des renforts. En 1860, Oumar Tall conclue un traité avec les Français reconnaissant sa sphère d'influence et celle de ses partisans au Fouta Toro et leur attribuant les États de Kaarta et de Ségou.

Son flanc occidental sécurisé, Oumar Tall se tourne vers l'empire Bamana. Il intronise officiellement son fils Ahmadou Tall comme son successeur et émir al-Mu'minin pendant la campagne[5]. Les forces toucouleurs s'emparent de Nyamina sans combat le 25 mai 1860, puis remportent la bataille de Witala en septembre, au cours de laquelle les canons pris aux Français sont décisifs[8]. Amadou III de Masina prête assistance à Bina 'Alī, le faama de Ségou, à condition qu'il se convertisse à l'islam[9]. En janvier 1861, l'armée du Massina est mobilisée sous le commandement de Ba Lobbo avec 8 000 cavaliers, 5 000 fantassins et 1 000 mousquetaires et est rejointe à Tio, sur la rive droite du Niger, face à Sansanding, par ce qui reste des forces Bamana[10]. À la mi-février, deux flottes de pirogues s'affrontent en plein cours d'eau. Environ 500 soldats d'Oumar attaquent un village près de Tio de leur propre initiative et sont capturés et détruits. Le lendemain, cependant, Oumar divise son armée en deux ailes, qui traversent le fleuve de nuit et écrasent les forces alliées[11].

Après une victoire décisive à la bataille de Ségou (en), le 10 mars 1861, Oumar Tall fait de la ville la capitale de son empire toucouleur. Une nouvelle révolte bambara éclate, fomentée par Massina[5]. Après avoir installé Ahmadou comme faama de Ségou, Oumar Tall descend le Niger pour mettre un terme définitif à la menace d'Hamdullahi[1]. Cette décision est controversée, car il est interdit d'attaquer une autre puissance musulmane[7]. Plus de 70 000 personnes périssent dans les batailles qui suivent. La plus décisive eut lieu à Cayawal (en), où Amadou III est blessé, puis capturé et décapité[5],[11]. Djenné tombe rapidement suivi par Hamdullahi en mai 1862[12].

Malgré cette victoire, la région reste profondément instable. Les seigneurs de guerre tonjon, commandant les vestiges des armées bamana, résistent par poches[8]. Bientôt, une importante rébellion éclate dans les terres du Massina, menée par Ba Lobbo (en). Tout en réprimant la révolte au printemps 1863, Oumar Tall réoccupe la ville de Hamdullahi, mais en juin, les forces rebelles y assiègent son armée. Elles s'emparent de la ville en février 1864. Oumar Tall s'enfuit, mais est tué peu après[13].

Le Califat Toucouleur en 1881 sous le règne d'Ahmadou Tall.

À sa mort, Tidiani Tall, conteste la succession à Ahmadu Tall, poursuivant la guerre à Massina et installant sa capitale à Bandiagara. À Ségou, Ahmadou continue de régner, luttant pour centraliser l'empire face à la résistance de l'aristocratie peule. À cette fin, il cultive un soutien parmi les Bambaras de Ségou[14]. Cependant, les Torodbe du Fouta Toro dominent les rangs supérieurs de l'empire[5].

Les frères d'Ahmadou, Aguibou et Mokhtar, restés à Dinguiraye pendant les guerres contre Ségou et Massina, tentent de prendre le pouvoir à Nioro et Koniakary dans les années 1870, mais sont tous deux vaincus et emprisonnés. Ahmadou les remplace par un autre frère, Mountaga. Ce dernier se révolte à son tour en 1884, poussant Ahmadou à transférer sa cour à Nioro[5].

Pendant ce temps, les Français continuent leur expansion. Ils capturent Nioro en 1891 et chassent Ahmadou à Bandiagara[7]. En 1893, les Français prennent le contrôle définitif, mettant fin à l'empire et envoyant Ahmadu en exil à Sokoto[2].

Gouvernement et économie

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L'Empire Toucouleur est une théocratie militaire reposant sur les principes et les normes établies par le Coran, suivant dès lors la Charia[2]. L'un des principaux objectifs de la gouvernance sous l'Empire toucouleur est d'unifier la population de l'État sous la bannière de l'islam. À cette fin, la justice et l'islamisation sont assurées par un corps de cadis et de marabouts. L'État est financé par des impôts religieux et laïcs directs, ainsi que par des droits de douane sur le commerce[15].

La conquête de l'empire Bamana par Oumar Tall est facilitée par l'instabilité interne et la décentralisation, mais cela rend difficile la gestion du Niger moyen. Dans les années 1860, l'inflation est galopante et les troupes effectuent de nombreux raids pour s'approvisionner, l'État n'ayant pas une emprise suffisante sur le pays pour taxer la population et payer ou nourrir les soldats[8]. L’insécurité et le commerce des armes avec la côte contribuent à déplacer le commerce des routes nord-sud du Niger vers un axe est-ouest reliant Nioro à Ségou[8].

Sous le règne d'Ahmadou, le gouvernement de l'Empire est très structuré, avec des gouverneurs des différentes provinces secondés par des cadis, des commandants militaires et des collecteurs d'impôts, tous nommés par le Calife. Les ministres basés à Ségou gèrent diverses compétences telles que la justice, la flotte du fleuve Niger, le trésor public, les relations avec les Européens et autres puissances étrangères, le commerce, etc. L'armée est professionnalisée et hiérarchisée, avec un noyau de gardes du corps de sofas, et commande la majeure partie du budget de l'État[16].

Conséquences

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Les conquêtes et l'extension de l'Empire toucouleur sont responsable de la forte islamisation des territoires occupés[1]. À son extension maximale, l'empire couvrait la majeure partie du Mali actuel, de Médine à Tombouctou et de Nioro-du-Sahel à Dinguiraye[2].

Notes et références

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  1. a b et c Martin Meredith, The Fortunes of Africa: A 5000 Year History of Wealth, Greed and Endeavour, New York, Public Affairs, , 168–169 p. (ISBN 978-1-61039-459-8, lire en ligne)
  2. a b c et d (en) Tokunbo A. Ayoola, « Toucouleur », dans Saheed Aderinto, African Kingdoms : An Encyclopedia of Empires and Civilizations, ABC-CLIO, , 383 p. (ISBN 978-1-61069-579-4), p. 268-270
  3. Chastanet, « De la traite à la conquête coloniale dans le Haut Sénégal : l'état Soninke du Gajaaga de 1818 à 1858 », Cahiers du C.R.A, vol. 5,‎ , p. 106–107 (lire en ligne, consulté le )
  4. (en) Ira M. Lapidus, A History of Islamic Societies, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-51430-9, lire en ligne)
  5. a b c d e f g h et i Hanson, « Historical Writing in Nineteenth Century Segu: A Critical Analysis of an Anonymous Arabic Chronicle », History in Africa, vol. 12,‎ , p. 101–115 (lire en ligne, consulté le )
  6. « El-Hadj Umar Tall (1797-1864) Islamic scholar and empire builder », Standard News From The Gambia, (consulté le )
  7. a b et c Pierre Boilley, Encyclopedia of African History, New York, Fitzroy Dearborn, , 1591–2 p., « Tukolor Empire of al-Hajj Umar »
  8. a b c et d Roberts, « Production and Reproduction of Warrior States: Segu Bambara and Segu Tokolor, c. 1712–1890 », Journal of African History, vol. 13, no 3,‎ , p. 389–414 (lire en ligne, consulté le )
  9. Merriam-Webster 1999, p. 1116.
  10. Roberts 1987, p. 82.
  11. a et b Roberts 1987, p. 83.
  12. Roberts 1987, p. 84.
  13. Tall, « Al Hajj Umar Tall: The Biography of a Controversial Leader », Ufahamu: A Journal of African Studies, vol. 32, nos 1/2,‎ , p. 73–90 [86] (DOI 10.5070/F7321-2016514, lire en ligne)
  14. Cissoko 1982, p. 68.
  15. Cissoko 1982, p. 70.
  16. Cissoko 1982, p. 69-70.

Bibliographie

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  • Cissoko, « Formations sociales et État en Afrique précoloniale : Approche historique », Présence Africaine, vol. COLLOQUE SUR « LA PROBLÉMATIQUE DE L'ÉTAT EN AFRIQUE NOIRE »,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • Merriam-Webster, Merriam-Webster's Encyclopedia of World Religions, Merriam-Webster, (ISBN 978-0-87779-044-0, lire en ligne Inscription nécessaire), 1116
  • Richard L. Roberts, Warriors, Merchants, and Slaves: The State and the Economy in the Middle Niger Valley, 1700–1914, Stanford University Press, (ISBN 978-0-8047-6613-5, lire en ligne), p. 82

Liens externes

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