Corail rouge
Corallium rubrum
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EN A2bd : En danger
Le corail rouge (Corallium rubrum) est une espèce de cnidaires de la famille des coralliidés. Octocoralliaire à squelette calcaire rouge-orangé qui forme des colonies ramifiées à croissance lente, essentiellement au sein du coralligène. Il est pêché en mer Méditerranée depuis la Préhistoire en apnée en poids constant, puis en poids variable à partir de l'Antiquité avec l'utilisation de skandalopetras et enfin à l'aide de scaphandres à casques puis de scaphandres autonomes à partir du XIXe siècle. Le pêcheur de corail rouge, appelé corailleur, exerce aujourd'hui une activité réglementée en raison du renouvellement très lent de la ressource par ailleurs menacée par le chalutage de fond, la pollution marine et le réchauffement climatique. En raison de sa rareté et de sa croissance très lente le corail rouge est un matériau rare et précieux, utilisé en joaillerie pour la réalisation de bijoux.
Description
[modifier | modifier le code]Les animaux pluricellulaires (eumétazoaires) coloniaux qui le composent, sont issus d'un embryon à 2 feuillets, l'ectoderme et l'endoderme, qui donneront d'une part la paroi externe et d'autre part la paroi interne à fonction digestive du corps en forme de « sac à double paroi » (ancien embranchement des cœlentérés). Il forme des colonies arborescentes, ramifiées dans tous les plans, de taille variable. Les colonies peuvent mesurer jusqu'à 50 cm, bien que celles d'une taille supérieure à 20 cm soient devenues rares du fait de leur exploitation[1]. Le taux de croissance annuel du corail rouge est de 1 à 2 mm/an[1], bien que cette valeur puisse varier localement. Généralement de couleur rouge il existe des colonies roses ou même blanches[2]. Les polypes sont quant à eux blancs.

La colonie est soutenue par un axe squelettique central dur, ou polypier, constitué de carbonate de calcium sous forme de calcite colorée en rouge vif par un pigment de la famille des caroténoïdes, la canthaxanthine[3]. Ce squelette résulte de la soudure de spicules ou sclérites sécrétés par la colonie et noyés dans un ciment calcaire. C'est le corail rouge, très recherché par les bijoutiers et pour les objets de culte en Italie, sur les côtes de l'Algérie et de la Tunisie. Le polypier est recouvert d'une croûte vivante charnue, rouge vermillon, parcourue par des canaux. Les individus sont des polypes blancs transparents à symétrie biradiale ou bilatérale en forme de colonne à double paroi, creuse, surmontée d'un disque buccal entouré de 8 tentacules creux avec de petits prolongements ou pinnules. La cavité digestive centrale et le pharynx sont cloisonnés par des membranes verticales symétriques. Le pharynx est parcouru par une gouttière ciliée ou siphonoglyphe qui assure l'entrée de l'eau dans la cavité gastrique.
Habitat et répartition
[modifier | modifier le code]Le corail rouge, bien que signalé en Atlantique Nord-Est, est considéré comme une espèce essentiellement endémique de Méditerranée[4]. Concentré principalement dans le bassin occidental[5], on le retrouve de manière moins abondante sur les rives sud et dans le bassin oriental de la Méditerranée.
Cette espèce peut être rencontrée dès 5 m de profondeur, mais est abondante surtout au-delà de 30 m (peut-être en raison de sa surexploitation), et a été observée jusqu'à 800 m de profondeur[6].
Le corail rouge vit fixé à demeure (on parle d'une espèce « sessile ») sur les fonds (espèce benthique) rocheux obscurs et les parois des grottes semi obscures de l'étage circalittoral, ainsi que sur des falaises rocheuses plus profondes. On a pourtant constaté que des colonies bien éclairées étaient souvent luxuriantes. Le corail rouge a aussi besoin d'eaux limpides et agitées à une température moyenne de 15 °C ; aussi sa répartition en Méditerranée est-elle assez limitée.
Alimentation
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C'est un consommateur microphage zoophage prédateur (= carnivore) qui capture de petites proies planctoniques à l'aide des tentacules des polypes qui constituent un fin réseau qui filtre l'eau de mer et retient œufs, larves, crustacés copépodes ... mais aussi des particules organiques inertes ; aussi le considère-t-on comme un filtreur passif (= suspensivore). Les cavités internes des polypes communiquant entre elles, les produits de la digestion profitent au reste de la colonie. Les tentacules des gorgonaires, contrairement aux hydraires, méduses ou anémones de mer sont pauvres en cellules urticantes.
Reproduction
[modifier | modifier le code]Le corail rouge se reproduit par voie sexuée, les colonies étant hermaphrodites. Les individus sont mâles ou femelles, mais on ne les distingue qu'en les disséquant. Dans certains endroits du génome les femelles portent des variants identiques sur les deux copies de leurs gènes et les mâles des variants différents, et en d'autres endroits c'est le contraire. La détermination du sexe est donc similaire au système XX/XY mais plus complexe[7].
La fécondation est externe et l'œuf donne naissance à une larve ciliée ou planula qui se fixe sur un substrat dur et donne un petit polype qui forme par bourgeonnement une colonie. Il n'y a donc pas de stade méduse dans le développement de cet animal. (Cf. Cycle de développement des anthozoaires).
Le corail rouge se multiplie aussi par voie asexuée, par bourgeonnement. La croissance est lente.
Le corail rouge et l'homme
[modifier | modifier le code]Exploitation
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Autrefois, le corail rouge se rencontrait abondamment à des profondeurs de 30-40 mètres sur les surplombs, tapissant les parois des grottes en milieu calme peu éclairé de tout le bassin méditerranéen. Récolté depuis la Préhistoire[9], et de manière plus intensive depuis la plus haute Antiquité à l'aide de skandalopetras, on en utilise l'axe calcaire en joaillerie (« l'or rouge de Méditerranée »). Le corail rouge est de nos jours exploité à l'aide de scaphandres autonomes et est aujourd'hui devenu rare en Méditerranée du Nord où les corailleurs génois, siciliens, corses, sardes, croates, grecs ou catalans le récoltent à des profondeurs de 100, 150 voire 200 mètres, soit la limite inférieure du coralligène. Cette récolte de plus en plus intensive pourrait conduire rapidement à l'extinction de cette espèce endémique de la Méditerranée : elle est victime des techniques de plongée plus performantes utilisées par les corailleurs, et de la lenteur de sa croissance et reproduction, bien inférieures au rythme effréné de la récolte, qui se fait aussi de manière illicite dans les aires marines protégées du fait du prix de revente.
Joaillerie
[modifier | modifier le code]Le corail rouge, que l'on peut trouver par exemple en Méditerranée, n’a rien de comparable avec les coraux des mers chaudes que l’on trouve même à faible profondeur et, qui ont une valeur marchande en décoration principalement. Il se travaille comme une pierre dure contrairement aux coraux qui sont pleins de porosités et ne permettent pas l’élaboration de sculptures. Plusieurs étapes sont nécessaires à l'élaboration de bijoux et de sculptures. Le corail est lavé à l’aide d’eau de javel. On découpe ensuite des tronçons à la scie circulaire sous un filet d’eau. Leurs contours sont ensuite régularisés par meulage. Le corail se travaille avec certains instruments utilisés par les dentistes tels que les forets, fraises, scies à eau, meules et polisseuses, le corail ne se travaillant pas à sec. Toutes les pièces, sauf les boules, sont percées avant de subir leur élaboration à la main. Le polissage, enfin, donne au corail tout son éclat. La vente de corail rouge est néanmoins un danger pour l’environnement : sa beauté n'a d'égale que sa popularité, alimentant le braconnage ou la surpêche. En France, la pêche de corail en Méditerranée est réglementée[10].
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Parure en corail réalisée pour la Reine Farida d'Égypte par les ateliers Ascione, 1934, Naples, Musée du corail.
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Gau tibétain (nl) incrusté de corail rouge
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Brin de corail sculpté sur socle de la collection Spallanzani, Reggio d'Émilie, Musei Civici di Reggio Emilia (v. 1780-1790).
Une large partie du corail rouge vendu dans le commerce est en réalité entièrement artificiel et souvent en provenance de Chine. On le retrouve en vente dans de nombreuses régions touristiques, comme la Thaïlande mais aussi la Corse.
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Imitation de corail rouge en provenance de Chine et vendu en Thaïlande. -
Morceau de véritable corail rouge.

Protection apotropaïque
[modifier | modifier le code]Au Moyen Âge et jusqu'à la Renaissance en Italie, des brins de corail rouge sont portés comme amulette par les enfants pour leur assurer protection contre le mauvais œil : la couleur du matériau rappelle en effet le sang du Christ et son sacrifice par la crucifixion.
Protection
[modifier | modifier le code]Il fait partie des espèces surexploitées, localement disparues ou menacées, et fait depuis 2011 l'objet en catalogne française d'une protection pour la zone 0 à -50 m[11]. Cependant, les prix sur le marché noir alimentent une exploitation illégale florissante, notamment en Corse. Certains pêcheurs peuvent cependant se voir ponctuellement délivrer des licences de ramassage.
Références
[modifier | modifier le code]- (en) J. Garrabou et J. G. Harmelin, « A 20‐year study on life‐history traits of a harvested long‐lived temperate coral in the NW Mediterranean: insights into conservation and management needs », Journal of Animal Ecology, vol. 71, no 6, , p. 966–978 (ISSN 0021-8790 et 1365-2656, DOI 10.1046/j.1365-2656.2002.00661.x, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Steven Weinberg, Découvrir la Méditerranée, [détail des éditions]
- ↑ (en) Cvejic J, Tambutté S, Lotto S, Mikov M, Slacanin I, Allemand D, Determination of canthaxanthin in the red coral (Corallium rubrum) from Marseille by HPLC combined with UV and MS detection, Marine Biology, Springer Science+Business Media, 2007, 152, p855-862
- ↑ Henri Augier, Guide des fonds marins de Méditerranée,
- ↑ Luca Lo Basso et Olivier Raveux, « Introduction. Le corail, un kaléidoscope pour l’étude de la Méditerranée dans le temps long », Rives méditerranéennes, vol. 57, , p. 7–15 (ISSN 2103-4001 et 2119-4696, DOI 10.4000/rives.5566, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Federica Costantini, Marco Taviani, Alessandro Remia et Eleonora Pintus, « Deep‐water Corallium rubrum (L., 1758) from the Mediterranean Sea: preliminary genetic characterisation », Marine Ecology, vol. 31, no 2, , p. 261–269 (ISSN 0173-9565 et 1439-0485, DOI 10.1111/j.1439-0485.2009.00333.x, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Comment le corail rouge devient mâle ou femelle », Pour la science, no 475, , p. 11.
- ↑ « Réserve de corail rouge en Algérie », Magharebia, 2008.
- ↑ (en) Aquarium de Barcelone - Red precious coral Corallium rubrum : « The oldest finding is the skeleton of a man with small coral pearls found in 1908 in Wiesbaden (Germany). He is calculated as being some 25,000 years old, and coral decorations were also found in the tombs of the pharoahs. »
- ↑ Arrêté du 6 juillet 2006 portant réglementation de la pêche du corail dans les eaux territoriales de la République française en Méditerranée (lire en ligne)
- ↑ Brève du Journal de l'Environnement, La France interdit la pêche du corail rouge jeudi 18 août 2011]
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Catalogue of Life : Corallium rubrum (Linnaeus, 1758) (consulté le )
- (fr) SeaLifeBase :
- (en) Paleobiology Database : Corallium rubrum Marsigli 1766
- (fr + en) ITIS : Corallium rubrum (Linnaeus, 1758)
- (en) WoRMS : espèce Corallium rubrum (Linnaeus, 1758)
- (en) Animal Diversity Web : Corallium rubrum
- (en) NCBI : Corallium rubrum (taxons inclus)
- (fr) DORIS : espèce Corallium rubrum
- (fr) INPN : Corallium rubrum (TAXREF)
- (en) « Species fact sheets : Corallium rubrum (Linnaeus, 1758) », sur foa.org, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (consulté le )
