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Boni de Castellane

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Boni de Castellane
Portrait photographique d’André Taponier.
Fonction
Député des Basses-Alpes
-
Titre de noblesse
Marquis de Castellane
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Boniface-Marie Paul Ernest de CastellaneVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Famille
Père
Mère
Madeleine Anne Marie Le Clerc de Juigné (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Conjoint
Anna Gould (1895 à 1906)
Enfants
Autres informations
Propriétaire de
Blason.
signature de Boni de Castellane
Signature.

Boniface de Castellane, 4e marquis de Castellane, dit Boni de Castellane, né le à Paris 7e et mort le à Paris 8e, est un mondain, homme politique et mémorialiste français.

Issu d'une illustre et antique lignée originaire de Provence [a], fils d'Antoine de Castellane, marquis de Castellane et de la marquise, née Madeleine Anne Marie Le Clerc de Juigné, Marie Ernest Paul Boniface de Castellane-Novejean, frère de Jean de Castellane et de Stanislas de Castellane, partage son enfance entre la résidence parisienne de ses parents 27, rue de Constantine et le château de Rochecotte, appartenant à sa grand-mère, Pauline de Talleyrand-Périgord, marquise de Castellane.

Il fait ses études au collège Stanislas de Paris, à l'école Sainte-Geneviève, puis au collège des Oratoriens de Juilly.

Après avoir échoué à l'oral de Saint-Cyr, il effectue son service militaire en 1885 au 15e bataillon de chasseurs à pied à Fontainebleau, puis à Sampigny.

Il voyage en Italie en 1892, au Portugal et en Espagne en 1893.

En 1894, il rencontre, chez Fanny Read, dans son appartement parisien de la rue de La Trémoille, Anna Gould, fille d'un multimillionnaire américain, Jay Gould, et l'épouse le à New York[1], avec dispense de religion mixte[2]. La nouvelle comtesse de Castellane est fort laide, petite, légèrement bossue mais à la tête d'une fortune personnelle de 15 millions de dollars (soit plus de 440 millions de dollars de 2015) ce qui fait dire à Boni une phrase restée célèbre : « Elle n'est pas mal vue de dot ! » Le couple s’installe à Paris la même année, d’abord avenue Bosquet. Abel Hermant a brodé sur ce mariage un roman dialogué et une pièce qui sont restés célèbres[3].

Boni de Castellane, photographié en 1897 par Paul Nadar.

De cette union naissent quatre enfants. Une fille, Marie-Louise (1896), morte en bas âge, puis trois fils nés à Paris, avenue Bosquet pour les deux premiers, au palais Rose pour le dernier-né, en 1902 : Boniface, Georges et Jason de Castellane, dit Jay (1902-1956).

En , la première pierre du palais Rose, nouvelle résidence des Castellane, construite par Ernest Sanson, à l’angle de l’avenue du Bois (aujourd’hui avenue Foch) et de l’avenue de Malakoff, est posée. Le jour de son inauguration, Boni de Castellane aurait eu le geste inédit de régler — dans la limite de 500 francs les loyers des paroissiens nécessiteux[4] —, de Saint-Honoré-d’Eylau[5], sa paroisse.

« En haut de son escalier de marbre, sanglé dans sa redingote grise fleurie d'un œillet pourpre, tendant vers les épaules, bombant la poitrine, creusant les reins, la tête en arrière, le nez au vent, des yeux bleus, le teint clair, les cheveux blonds, gai et souriant, grave néanmoins, sentant la noblesse en toutes ses manières, un rien de glorieux, mais avec quelle aisance[6]… »

— Lucien Corpechot

En 1897, Boni de Castellane et Anna Gould achètent un trois-mâts, le Walhalla, sur lequel ils effectuent une croisière en Norvège et en Russie, et la même année, ils acquièrent le château du Marais, avec 1 200 hectares de terre, puis le château de Grignan, en 1902.

Le , Boni est élu député des Basses-Alpes dans la circonscription de Castellane ; réélu le face à André Siegfried, son élection est invalidée, chassé de la Chambre pour ses déloyales manœuvres électorales, mais il est réélu le , face au même opposant.

Réélu le , son élection est de nouveau invalidée, mais il n'en est pas moins réélu le  ; il est battu le .

En 1899, il participe aux régates de Cowes en Angleterre avec l’Anna, construit spécialement ; en 1900, il effectue un nouveau voyage aux États-Unis, puis un autre en 1903. La même année, il effectue une croisière à Malte, Constantinople et Venise.

An International High Noon Divorce. Caricature illustrant l'ambiance burlesque du divorce d'Anna Gould et Boni de Castellane.

Son épouse — dont il présentait la chambre conjugale avec un ton de guide de musée avec des commentaires du type : « Voilà le revers de la médaille… » ou « Voilà la chapelle expiatoire[7] » — se lasse des frasques de son mari volage autant que de ses dépenses immodérées. En , après douze ans de mariage, Anna Gould demande la séparation de corps. Le divorce est prononcé le . Du jour au lendemain, sa vie change. L’homme, qui dépensait des centaines de milliers de francs, se retrouve, un soir, devant son palais tout noir, portes fermées, jeté dehors avec ses malles comme un valet congédié[7].

Boni quitte le palais Rose inachevé, où son chiffre sera effacé, après le remariage civil d'Anna Gould le avec Hélie de Talleyrand-Périgord, fils du prince de Sagan, 5e duc de Talleyrand et cousin de Boniface[b]. Il retourne vivre chez sa mère, rue de Constantine, avant d'acheter un appartement, 2, place du Palais-Bourbon.

Out In the Cold. Caricature du Minneapolis Journal, du 14 novembre 1905.

En 1908, il demande l'annulation de son mariage. L’officialité diocésaine de Paris ayant refusé d’instruire sa demande d’annulation de mariage, il fait remonter l’affaire, à la Sacrée Rote de Rome, arguant que de l’invalidité du sacrement, sa femme ayant manifesté, avant le mariage, son intention de divorcer si jamais son mari lui était infidèle. Selon lui, cette condition proprement dite constitue un consentement conditionnel la validité du sacrement. Débouté en première, seconde, troisième, troisième instance, il se pourvoit en cassation. Ce tribunal ayant passé la main, le pape forme une commission spéciale composée de trois cardinaux, qui ne lui donne pas plus raison[2]. Il n’obtiendra gain de cause qu’en 1924, après 16 ans de procédure, après que la maladie aura déjà commencé à faire son œuvre.

Obligé de commencer à gagner sa vie, il devient courtier en objets d'art. Le , l'antiquaire parisien René Gimpel le décrit ainsi dans sa galerie d'art de la rue La Boétie : « Sa poitrine est trop bombée, ses épaules trop carrées, sa taille trop pincée. Il est très dandy, très blond, encore vert, trop vert, très charmeur, trop poupée, et très grand seigneur[8]. » Tout en travaillant pour vivre, il conserve sa tenue et ses allures de grand seigneur, sauf le jour où, à la sortie de l'enterrement de la duchesse de Talleyrand[3], il a une explication orageuse à coups de poings avec son propre cousin le duc de Talleyrand-Périgord, qui l’avait remplacé comme mari d’Anna Gould, et dont s’est ensuivi un procès[c].

Après 1914

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Engagé volontaire en 1914, à l'âge de 47 ans, il sert pendant quelques mois, avec le grade de sergent, comme interprète auprès de l'armée britannique au Havre, où il s'ennuie terriblement. Après quelques mois, |une circulaire de Millerand renvoyant tous les hommes de la classe 87 dans leurs foyers, le retourne à la vie civile[9]. Il vend alors son appartement à Emilio Terry et s'installe à l'hôtel Ritz. En 1915, il se rend à Rome pour obtenir l'annulation de son mariage. En 1918, il achète un hôtel particulier, au 71, rue de Lille, où il reçoit des personnalités politiques étrangères réunies à l'occasion de la conférence de la Paix de 1919.

En 1919, il voyage en Suisse, et rend visite à l'ex-empereur d'Autriche Charles de Habsbourg-Lorraine en exil à Prangins. Albert Besnard fait de lui un portrait qu'il refusera, disant : « Albert Besnard… réussit à me donner l'air d'un noceur affalé contre une colonne à la sortie de chez Maxim’s ! »[10].

En 1921, il subit les premiers symptômes d'une encéphalite léthargique, séjourne fréquemment à Pau et à Londres, vend son hôtel particulier et achète un appartement avenue Victor-Emmanuel III. En 1926, il publie l’Art d’être pauvre[11]. En 1932, il s’écarte de la vie parisienne et vit retiré dans cet appartement[3].

En 1924, il fonde l'association La Demeure historique, avec Joachim Carvallo.

Son état ayant empiré, sa mère se rend à son chevet, le professeur Lereboullet, qui le soignait, est appelé, et il meurt, après s’être éteint petit à petit, lentement emporté par la maladie « qui, depuis quelques années, en avait fait avant l’âge une épave dolente et lamentable[7] », entouré de ses trois fils, de ses frères et de la religieuse qui le veillait, muni des derniers sacrements du chanoine Mugnier[12]. À l’issue de ses obsèques, à Saint-Philippe-du-Roule, le [13], il a été inhumé au cimetière communal de Saint-Patrice, commune du château de Rochecotte, propriété familiale des Castellane, où il a passé une partie de son enfance[14].

Iconographie

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Albert Besnard a réalisé un portrait en pied de Castellane[15], « chef-d’œuvre d'intelligence intuitive » (selon Jean-Louis Vaudoyer) mais dans lequel celui-ci ne voulut pas se reconnaître, qui fut reproduit en 1932 dans L'Illustration, « tout debout, dans sa fière et conquérante prestance, vêtu d'un habit de soirée, la tête rose et blonde en pleine lumière »[16] ; la gouache préparatoire, exposée l'année suivante à la galerie Charpentier à Paris, fut reproduite dans le numéro du de cette revue (J.-L. Vaudoyer, Une exposition Albert Besnard - arch. pers.).

Vers 1912, Rembrandt Bugatti l'a représenté en pied dans un bronze qui figura dans la vente au château d'Artigny[17].

Un portrait photographique de lui « en costume de Talleyrand » par Otto Wegener a été acquis en vente publique à Paris le par la ville de Cabourg pour 2 944 euros.

Résidences

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Publications

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Figure Blasonnement

De gueules, à la tour donjonnée de trois pièces d'or, maçonnée de sable, celle du milieu plus élevée.[18]

Notes et références

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  1. Voir Maison de Castellane.
  2. Boniface aura cette phrase à propos de son cousin : « Nous avons servi dans le même corps[4]:138 ».
  3. Le substitut commentera : « Le grand nivellement s'achève : les lies ne montent plus, l'élite descend[7]. »

Références

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  1. Boniface de Castellane et Emmanuel de Waresquiel, Mémoires : 1867-1932, Paris, Perrin, , 607 p. (ISBN 978-2-26206-124-1, OCLC 1544244285, lire en ligne).
  2. a et b « Le 14… », La Guerre mondiale, Genève, Atar, no 540,‎ , p. 4314 (lire en ligne sur Gallica).
  3. a b et c A., « Un grand seigneur : La vie et la mort de Boni de Castellane », Comœdia, Paris, vol. 26, no 7196,‎ , p. 1 (ISSN 2400-1112, lire en ligne sur Gallica).
  4. a et b Anne Manson (« il n'y en a guère »), « Le Mariage du siècle », dans Gilbert Guilleminault, Prélude à la Belle époque, Paris, Denoël, , 376 p., illustr., portr. ; in-16 (OCLC 7377284, lire en ligne), p. 128.
  5. Pierre Assouline, Le Dernier des Camondo, Paris, Gallimard, , 288 p. (ISBN 978-2-070-74554-8, OCLC 246109758), p. 56.
  6. Lucien Corpechot, Dans les beaux châteaux de France..., Paris, Plon, , 261 p., in-16 (OCLC 491276729), p. 47.
  7. a b c et d Jacquyve, « Boni », Le Soir, Paris, vol. 14, no 7363,‎ , p. 1 (ISSN 1257-595X, lire en ligne sur Gallica).
  8. René Gimpel, Journal d’un collectionneur, marchand de tableaux, Paris, Calmann-Lévy, , 500 p. (OCLC 59799971, lire en ligne), p. 2.
  9. Boni de Castellane, L’Art d'être pauvre : mémoires, Paris, G. Crès et Cie, , 2e éd., 277 p., frontisp. (portr.) in-16 (OCLC 11778372, lire en ligne), p. 201-2.
  10. Chantal Beauvalot, Catalogue de l'exposition Besnard au musée Eugène-Boudin de Honfleur, 2008
  11. L’Art d’être pauvre : mémoires, Paris, G. Crès et Cie, , vi, 277 p., frontisp. (portr.) in-16 (OCLC 11778372, lire en ligne)
  12. « Mort de M. de Castellane », L’Avenir de Touraine, Tours, vol. 7, no 1895,‎ , p. 1 (ISSN 2968-4021, lire en ligne sur Gallica).
  13. « Les obsèques du marquis de Castellane », L’Éclair comtois, Besançon, vol. 30, no 11066,‎ , p. 1 (ISSN 2461-4602, lire en ligne sur Gallica).
  14. « De somptueuses funérailles ont été faites au marquis Boni de Castellane », La Dépêche de Constantine, Constantine, vol. 25, no 8754,‎ , p. 1 (ISSN 2999-4896, lire en ligne sur Gallica).
  15. Portrait exposé au Musée Eugène Boudin de Honfleur à l'occasion de la rétrospective Albert Besnard du 5 juillet au 29 septembre 2008 - catalogue sous la direction de Chantal Beauvalot
  16. lire sur Google Livres.
  17. Par Me Rouillac, des 26 et 27 mai 2024 (cf. reprod. coul. dans La Gazette Drouot nº 19 du 10 mai 2024.
  18. Revue historique de la noblesse, vol. 4, (lire en ligne).

Bibliographie

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Liens externes

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