Bataille de Degsastan
| Date | 603 |
|---|---|
| Lieu | Degsastan (localisation inconnue) |
| Issue | victoire anglo-saxonne |
| Gaëls du Dál Riata | Anglo-Saxons de Bernicie |
| Áedán mac Gabráin | Æthelfrith |
La bataille de Degsastan se déroule en 603. Elle voit la victoire du roi anglo-saxon Æthelfrith de Bernicie sur Áedán mac Gabráin, le roi du Dál Riata qui a tenté d'envahir son royaume.
L'emplacement exact du champ de bataille est inconnu.
Contexte
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Au début du VIIe siècle, les Anglo-Saxons sont solidement établis sur le littoral oriental du Nord de l'Angleterre et du Sud de l'Écosse actuelles. Ils y ont fondé deux royaumes : le Deira au sud, entre le Humber et la Tees, et la Bernicie au nord, entre la Tees et le Forth. Le reste de la région, appelé Hen Ogledd (« le Vieux Nord ») dans les sources galloises, est occupé par des peuples bretons au sein de royaumes comme l'Elmet, le Gododdin, le Rheged ou l'Ystrad Clud. Au nord-est se trouvent les terres occupées par les Pictes, tandis qu'au nord-ouest, le royaume gaël du Dál Riata s'étend sur les deux rives de la mer d'Irlande[1].
Les poésies galloises suggèrent que le plus puissant souverain de la région dans la deuxième moitié du VIe siècle est Urien du Rheged, qui affronte à plusieurs reprises les Anglo-Saxons et les Bretons[2]. Sa mort ne peut être datée avec certitude, mais il semble qu'elle entraîne un effondrement de son hégémonie dont cherchent à profiter ses plus puissants voisins, Æthelfrith de Bernicie à l'est et Áedán mac Gabráin du Dál Riata à l'ouest[3].
Déroulement
[modifier | modifier le code]La plus ancienne source écrite concernant la bataille de Degsastan est l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais du moine northumbrien Bède le Vénérable, achevée en 731. Il s'agit du premier événement de l'histoire de la Northumbrie qu'il juge digne de mentionner[4]. Bien qu'il soit païen, Æthelfrith est décrit de manière élogieuse par Bède, qui loue sa bravoure et le compare au roi Saül[5]. Il rapporte qu'en 603, la Bernicie est envahie par Áedán mac Gabráin à la tête d'une grande armée. Il affronte Æthelfrith en un lieu appelé Degsastan, et bien qu'il bénéficie de la supériorité numérique, il est vaincu et doit prendre la fuite. Bède précise qu'un frère d'Æthelfrith nommé Theodbald trouve la mort pendant cet affrontement[6].
La bataille de Degsastan est également enregistrée sous l'année 603 dans la Chronique anglo-saxonne, dont les compilateurs se sont visiblement appuyés sur le texte de Bède[7]. C'est dans le manuscrit E que l'on trouve la description la plus détaillée de l'affrontement, avec notamment la mention de la mort de Theodbald. Elle offre aussi une information supplémentaire par rapport à Bède en indiquant que l'armée des envahisseurs a été conduite à Degsastan par un certain Hering, fils de Hussa[8]. Il s'agit probablement du Hussa qui apparaît dans les listes des rois de Bernicie comme le prédécesseur d'Æthelfrith : la présence de son fils aux côtés des adversaires de son successeur reflète sans doute un conflit entre plusieurs familles berniciennes pour la royauté[9].
Les annales irlandaises (Annales d'Ulster, Annales de Tigernach et Annales de Clonmacnoise) mentionnent également une bataille entre Æthelfrith et Áedán en 600 ou 603. Elles précisent que le prince irlandais Máel Umai mac Báetáin, frère du haut-roi Colmán Rímid, participe à la bataille aux côtés d'Áedán et qu'il tue un frère d'Æthelfrith nommé Eanfrith[3],[7].
Conséquences
[modifier | modifier le code]D'après Bède le Vénérable et la Chronique anglo-saxonne, il s'agit de la dernière tentative d'invasion d'un royaume anglo-saxon par les Scots[6],[8].
Localisation
[modifier | modifier le code]L'emplacement du champ de bataille de Degsastan est inconnu. Plusieurs hypothèses ont été avancées par les historiens. L'une des plus anciennes, avancée dès 1692 par Edmund Gibson, le situe à Dawston, dans le comté historique du Roxburghshire. Dawston Burn est le nom d'un affluent de la Liddel Water (en), une rivière qui forme une partie de la frontière entre l'Angleterre et l'Écosse. Bien que fréquemment reprise par la suite, cette identification n'est pas corroborée par la linguistique, car le nom vieil-anglais Degsastan aurait dû évoluer en Daystone et non en Dawston[10].
Une autre hypothèse situe Degsastan à Lochmaben, dans le comté historique du Dumfriesshire[11].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Koch 2006, p. 902-904.
- ↑ Fraser 2009, p. 124-133.
- Fraser 2009, p. 141.
- ↑ Hunter Blair 1954, p. 155.
- ↑ Gautier 2019, chapitre 6, §29-39.
- Bède le Vénérable 1995, livre I, chapitre 34, p. 122.
- Hunter Blair 1954, p. 156.
- Swanton 1996, p. 20-21.
- ↑ Kirby 2000, p. 60.
- ↑ Hunter Blair 1954, p. 157.
- ↑ Lapidge 2014, p. 16.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Sources primaires
[modifier | modifier le code]- Bède le Vénérable (trad. Philippe Delaveau), Histoire ecclésiastique du peuple anglais, Gallimard, coll. « L'Aube des peuples », , 399 p. (ISBN 2-07-073015-8).
- (en) Michael Swanton (trad.), The Anglo-Saxon Chronicle, Routledge, (ISBN 0-415-92129-5).
Sources secondaires
[modifier | modifier le code]- (en) James Fraser, From Caledonia to Pictland : Scotland to 795, Edinburgh University Press, (ISBN 978-0-7486-1232-1).
- Alban Gautier, Beowulf au paradis : Figures de bons païens dans l'Europe du Nord au haut Moyen Âge, Paris, Éditions de la Sorbonne, (1re éd. 2017) (ISBN 9791035101336, lire en ligne).
- (en) Peter Hunter Blair, « The Bernicians and their Northern Frontier », dans H. M. Chadwick et al., Studies in Early British History, Cambridge, Cambridge University Press, .
- (en) John T. Koch, « Hen Ogledd », dans John T. Koch, Celtic Culture: A Historical Encyclopedia, ABC-CLIO, (ISBN 9781851094400).
- (en) D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Londres, Routledge, (ISBN 978-0-415-09086-5).
- (en) Michael Lapidge, « Æthelfrith », dans Michael Lapidge, John Blair, Simon Keynes et Donald Scragg (éd.), The Wiley Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, Wiley Blackwell, , 2e éd. (ISBN 978-0-470-65632-7).