Les occasions de convier Jean Lorrain en cours de français sont bien nombreuses. Dans “La chambre close” (1891), le narrateur passe une nuit des plus désagréables dans un pavillon perdu dans les bois. Toute la nuit, il entend des bruits étranges venir de la chambre de la “défunte marquise”, Simonne-Henriette d’Hauthère, la mère de son hôte, morte prématurément.
Le début de la nouvelle me sert de point de départ à une activité d’écriture que je mène avec mes classes de 4e.
« L’hostilité de certains logis et de certaines chambres de province, leur air mortuaire et fermé, jamais je ne l’avais si profondément ressentie que cette triste et pluvieuse matinée d’octobre quand la porte de la haute pièce, où le valet de ferme venait de déposer ma valise, presque silencieusement, d’elle-même se referma. […] Quitte à paraître fou, ma conviction est qu’en venant m’échouer presque involontairement dans cette forêt délabrée par l’automne et si étrangement solitaire, je fus l’instrument d’une volonté inconnue, plus puissante que la mienne et que je jouais là inconsciemment un rôle dans un drame d’Au-delà! » (Jean Lorrain, « la chambre close », 1891)
Sujet : Vous venez d’arriver dans un hôtel perdu au milieu d’une forêt et une atmosphère étrange et inquiétante se dégage du lieu. Décrivez à la première personne du singulier et à partir d’un point de vue interne, l’hôtel puis la chambre que vous occuperez pendant cette nuit inquiétante. Terminez votre texte au moment où quelque chose d’inhabituel et de surnaturel apparaît – vous n’êtes pas obligé de le décrire, vous pouvez vous concentrer sur l’effet provoqué sur votre personnage.
Objectif : Décrire un lieu inquiétant en construisant une atmosphère angoissante, troublante et/ou étrange avant l’apparition d’un phénomène surnaturel.
Contraintes :
- Il faut dix phrases complètes (sujet-verbe-complément et ponctuation).
- Écrivez à l’imparfait de l’indicatif et le passé simple de l’indicatif en les identifiant. Employez les autres temps du passé quand cela est nécessaire.
- Utilisez trois expansions du nom en les mettant en évidence dans votre travail et en les identifiant.
Outils : Utilisez le vocabulaire du fantastique + vous pouvez utiliser le Dictionnaire et le Bescherelle + les leçons sur l’imparfait / le passé simple de l’indicatif.
Parenthèse didactique :
- La maîtrise de la conjugaison, et des temps du passé plus spécifiquement, représente un obstacle permanent. Puisqu’il n’existe toujours pas de recette miracle pour que tous les élèves assimilent le passé simple en un seul cours, pourquoi ne pas installer une routine d’écriture qui en favorise la maîtrise peu à peu ? Lorsque j’engage mes élèves dans ce travail, je leur explique que le véritable enjeu de l’exercice c’est d’apprendre à maîtriser ce temps. L’exercice est formatif puisqu’il prépare les élèves à une tâche plus complexe : écrire un récit fantastique en entier en maîtrisant les temps du passé.
- Afin de rassurer les élèves, je les laisse utiliser plusieurs outils et je les accompagne dans l’usage du dictionnaire – les préparant ainsi au DNB.
- Je choisis de leur faire rédiger dix phrases complètes. Certes, cela peut sembler peu, mais dix phrases écrites avec soin — en corrigeant leurs erreurs, en identifiant trois expansions du nom et en utilisant à bon escient les temps du passé — représente un défi à la fois accessible et exigeant.
Ce que j’apprécie particulièrement dans cet exercice d’écriture, c’est qu’il permet aux élèves qui accumulent les erreurs d’orthographe d’apprendre à les repérer, à les corriger et, peu à peu, à les faire disparaître.
Les idées seules ne suffisent pas : ils en ont souvent d’excellentes pour créer des atmosphères fantastiques, mais l’écriture ne se limite pas à l’imagination.
De plus, dès que l’on touche à l’orthographe et à la langue, on aborde des dimensions bien plus sensibles qu’il n’y paraît.
L’écriture, c’est la première image que l’on offre à son lecteur : une écriture négligée en dit long sur la perception que l’auteur a de lui-même. Et une orthographe défaillante suscite souvent un sentiment de honte.
Beaucoup d’élèves ont l’impression que ces erreurs les définissent, qu’elles leur collent à la peau et font d’eux de “mauvais élèves”.
Or, ce type d’exercice contribue à désamorcer ces blocages et à leur redonner le contrôle sur leur écriture, donc sur la confiance qu’ils peuvent y placer.
Pour retrouver la nouvelle de Jean Lorrain et son univers à mi-chemin entre Jane Eyre et “Le portrait ovale” suivez le lien :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k81135s/f104.item : Une aventure nocturne avec Jean LorrainOpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Mado Monnereau (7 novembre 2025). Une aventure nocturne avec Jean Lorrain. La crypte du croque-mot. Consulté le 4 février 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1548m